mercredi 19 août 2026

Liturgie de la Parole 20e mercredi TO-II Matthieu 20, 1-16a ; Ezéchiel 34, 1-11 ; Psaume 22

Introduction

Aujourd’hui nous avons droit à une parabole, une de plus me direz-vous : « Le Royaume des Cieux est comparable à… » De fait, c’est véritablement une technique ou une forme de communication très prisée par Jésus. Jésus va mettre en avant une situation rocambolesque qui va piquer notre attention et susciter un certain malaise chez celui qui s’en tiendrait à une interprétation au premier degré. Si, spontanément, le texte vous rebute, je vous invite à écouter la manière dont Jésus vient nous signifier le monde tel que Dieu le souhaite. Un monde de convivialité, un monde du partage qui permet à tous les êtres humains que nous sommes un vivre ensemble où chacun peut trouver le nécessaire qui donne accès au bonheur et à la joie du Royaume de Dieu. Comme toujours, nous sommes invités à tirer des enseignements en fonction de notre propre vécu.

Vous entendrez aussi ce que le Seigneur annonçait par la voix d’Ezéchiel 587 ans avant J-C. Les prophéties d’Ezéchiel ressemblent curieusement à ce que Jésus soulève comme questionnement.

Le psalmiste l’a bien entendu et bien compris. Il chante son expérience et sa louange : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer. Vers les eaux tranquilles il me conduit, il y refait mon âme. Il me guide aux sentiers de justice à cause de son nom. » Entrons avec lui dans la prière et la louange.

 

Commentaire

Je me projette quelques années en arrière, au temps ou j’étais employeur, et, que ce soit sur base d’un contrat légal préétabli ou non, une telle largesse pour les uns, un tel déséquilibre salarial en fonction des heures prestées, auraient suscité une levée de boucliers de la part des ouvriers. Cela aurait suscité colère et indignation voire entraîné une revendication syndicale.

Essayons de remettre les choses dans leur contexte et voyons s’il est possible de comparer des choses comparables. On peut penser en effet que les conditions d’emploi devaient être très différentes à l’époque de Jésus.

Détrompez-vous… Si vous avez écouté les informations de ces derniers jours, vous comprenez que deux mille ans plus tard, nous vivons une sorte de copié/collé d’une bien triste réalité !

Revenons-en à la parabole : Il s’agit ici d’un maître de maison qui est propriétaire de grands domaines terriens, des terres qu’il ne peut exploiter à lui tout seul. Il est donc dans l’obligation d’engager des ouvriers salariés pour travailler sur son domaine. Le travail et les conditions sont pénibles mais ces hommes sont assurés de manger et de vivre. Dans les périodes de grande activité (moissons, vendanges) on fait appel pour la journée à des travailleurs occasionnels. Ces journaliers reçoivent pour salaire une pièce de monnaie, une pièce d’argent obligatoirement payée le soir même. Il y a des chômeurs, comme ces ouvriers de la 11ème heure attendant vainement un employeur sur la place publique. Je vous fais remarquer qu’il y avait déjà une certaine forme de sécurité sociale puisque la Loi prévoit qu’une petite partie de la moisson doit être réservée aux étrangers, aux veuves et aux orphelins qui peuvent venir glaner les épis laissés au sol… les miettes en quelque sorte, comme disait une certaine Cananéenne !

Est-ce que cette manière de fonctionner est révolue ? On pourrait le croire et l’espérer. Hélas. Aujourd’hui encore beaucoup de personnes sont recrutées et embauchées selon les besoins, selon l’urgence, au rythme des saisons. Des journaliers, comme on les appelle, dont la précarité est liée à une forme de flexibilité que certains voient comme une forme de progrès nécessaire. Flexibilité, un mot bien à la mode et qui laisse entrevoir une justice tout aussi flexible et peu scrupuleuse. Je remarque que ces emplois précaires sont dévolus aux plus faibles, aux « sans quelque chose », à ceux qui sont « sans emploi, sans diplôme, sans défense, sans repères… » Des gens taillables et corvéables à merci et qui, pour la plupart, sont logés dans des conditions insalubres, traités de façon inhumaine.

Bien sûr, de belles avancées ont été réalisées, il faut le reconnaître, mais ils sont encore tellement nombreux à attendre le bon vouloir de ceux qui détiennent les clés du pouvoir et de l’emploi.

Remarquons aussi que le maître ne convient pas d’un salaire avec les ouvriers de la 3ème heure, ni avec ceux de la 6ème ou la 9ème mais il leur dit : « Je vous donnerai ce qui est juste ». A ceux de la 11ème heure, il ne propose d’ailleurs rien sinon d’aller travailler.

Quand vient le moment de la sainte paye nous sommes tous curieux de savoir combien vont recevoir ces derniers arrivés et aussi ce qui correspond à ce que Jésus a annoncé comme juste. Qu’un employeur embauche encore des journaliers à 17H00 est inimaginable, mais qu’il leur verse le même salaire qu’à ceux qui ont travaillé depuis 6H00 du matin est un scandale. En fait, tous reçoivent le même salaire. Est-ce cela que l’on qualifie de juste ? Ceux qui ont trimé toute la journée sous un soleil de plomb sont loin de le penser. Et, même s’ils reçoivent ce qui leur était promis, ils attendent la reconnaissance de leurs efforts, une forme d’équité.

L’accord conclut a pourtant bien été respecté, mais de quelle justice parle-t-on ? Jésus va faire passer la logique du calcul, de la rétribution en fonction des mérites, au second plan.

La parabole oppose ici deux logiques.

Il y a d’une part la logique du monde qui suit les règles du donnant/donnant et où les rôles et les valeurs sont fixés.

Jésus, lui, veut faire apparaître la logique du Règne de Dieu qui bouscule les règles établies. Le Règne s’approche, - ou il est déjà là - quand il bouscule nos attentes et nos schémas. Ce qui prime c’est l’assurance du minimum vital c’est-à-dire que chacun ait de quoi se nourrir et vivre : une pièce d’argent est nécessaire. Tout homme a de la valeur, un prix inestimable aux yeux de Dieu. La logique d’une gratuité, d’une certaine démesure donnant accès au Royaume de Dieu n’est pas un discours creux mais elle exige une prise de conscience personnelle et collective. La logique du Royaume n’est évidemment pas la logique du monde.

Un changement profond de système de valeur est proposé. Le Règne de Dieu n’est ni une utopie, ni un fantasme immergé dans un futur incertain. Les signes ne sont pas à chercher ailleurs que dans le quotidien ; un quotidien où surgit le beau, le bon, le vrai ; un quotidien où l’amour bouscule les raideurs humaines, fussent-elles pieuses !

L’exemple le plus improbable c’est celui d’un homme, celui qu’on appelle « le bon larron ». Cet ouvrier de la dernière minute reçoit un salaire garanti. Celui qu’il n’exige pas mais qu’il confie à Jésus : « Souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume ».

Je voudrais terminer par de la gratitude. S’il y a encore beaucoup à faire au point de vue du respect de la dignité humaine, j’ai énormément de reconnaissance pour tous ceux qui ont œuvré à l’édification d’un système social, pour tous ceux qui continuent à se battre pour le maintenir et l’améliorer afin que les « sans papiers, les sans bonne santé, les sans emploi, les sans qualifications » puissent être assurés et bénéficiés du minimum vital. Le droit aux moyens de subsistance ne se discute pas et doit être garantis sans restriction.

 

Invitation au Notre Père

« Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Vers les eaux du repos il me mène, il y refait mon âme. Il me guide aux sentiers de justice à cause de son nom »

Seigneur, comme Jésus lui-même nous l’a appris nous te prions : Notre Père…

 

Prière de conclusion

Nous sommes reliés quand nous nous épaulons dans une mission collective. Le Royaume est fondé sur des capacités partagées, des talents communs, des forces réunies… L’amour des frères est une forme de mort à soi-même, à nos égoïsmes, nos vanités, notre amour propre. Je ne voudrais pas qu’on oublie qu’avec le Christ nous sommes à la fois dans sa vie, dans sa mort et dans sa résurrection. Alors oui ça implique une forme de radicalité, une exigence qui nous dépasse. « Que la foi soit notre main secourable, celle qui s’empare de la grâce qui permet ce qui nous dépasse ». Nous te le demandons par Jésus, le Christ. Amen.

Raymond le 19 août 2020

 

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