mardi 11 août 2026

Liturgie de la Parole 19e mardi TO-II Matthieu 18, 1-5.10.12-14 ; Ezéchiel 2, 8-3,4

Résonnances

En ce jour, nous allons essayer de mettre en lien la fête de sainte Claire, le début de la retraite des enfants, la première lecture avec Ezéchiel et l’évangile de Matthieu.

Est-ce que vous aimez lire ? Alors, vous connaissez l’expression « dévorer un bouquin ». La Bible est un vieux bouquin… ne va-t-il pas nous faire avaler beaucoup de poussière ? Peut-être, au contraire, va-t-il avoir dans notre bouche le goût du miel. Le prophète Ezéchiel fait cette expérience. Dieu lui demande de « manger un livre » ! Quand Dieu veut nous parler, il passe par des hommes à qui il demande de manger sa parole ! Manger, assimiler, faire sien, être imprégné, nourri transformé par ce que l’on a mangé.

Dans ce sens, Jésus aussi est un prophète, un homme habité par la Parole de Dieu pour nous la transmettre. Mais il est plus que cela, parce qu’il est lui-même la Parole de Dieu. Quand nous écoutons Jésus, nous écoutons Dieu. Quand nous regardons Jésus, nous regardons Dieu. Et que dit-il ? Que donne-t-il à voir ?

Il ne cesse de nous parler d’une réalité mystérieuse qu’il appelle la « Royaume des cieux ». Qu’est-ce que c’est ? Un lieu ? Un groupe ? Une manière de vivre ? Les disciples de Jésus se posent la question. Et ils se posent une question tout humaine à ce propos : « qui est grand, qui est petit dans le Royaume des cieux ? » Autrement dit : quelle est l’échelle des valeurs dans le Royaume des cieux ? Y a-t-il une hiérarchie ?

Nous les humains, nous avons toujours besoin de nous comparer, besoin de nous sentir plus grands, meilleurs, plus forts, plus doués… besoin d’être admirés, besoin de se sentir aimés… C’est important de se sentir aimé… mais cet esprit de concurrence peut tout abîmer dans nos relations. Peut même aboutir à des guerres terribles. Il y a des gens qui aiment la guerre, juste pour montrer qu’ils sont les plus forts. Et tant pis pour tous ceux qui vont souffrir ou mourir à cause de cela !

François d’Assise rêvait de cela, lui aussi : être aimé, admiré, être le plus beau, le plus riche. Il mettait de beaux habits, il entraînait ses copains dans les fêtes, il payait la tournée… Il rêvait de gloire !

Un jour, Dieu est venu à la rencontre de François et il l’a rejoint dans ce rêve même : tu veux la gloire ? Je vais t’en proposer une qui surpasse toutes les autres. Dieu a touché la corde sensible de François.

Revenons à l’évangile. Pour répondre à la question des disciples, Jésus ne dit rien, mais il pose un geste fort : il prend un enfant et le place au milieu du groupe. C’est inattendu, parce que les enfants, du temps de Jésus, n’étaient pas admis au milieu des adultes. Jésus dit deux choses :

-        « Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux »

-        « Celui qui accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, il m’accueille moi. »

Premièrement : devenir comme un enfant, devenir petit comme un enfant… Pourtant, je me dis : les enfants ne désirent-ils pas devenir grands ? Mais Jésus parle ici à des adultes. Les adultes pensent parfois qu’ils ne doivent plus grandir. Or, Jésus nous dit : pour grandir dans le Royaume des cieux, il faut apprendre à devenir petits. Pas évident ! Nous pouvons ici regarder Jésus lui-même : n’est-ce pas lui qui est « le plus grand dans le Royaume des cieux » ? Et pourtant, il s’est abaissé pour devenir semblable aux hommes…

Deuxièmement : celui qui accueille un enfant accueille Jésus lui-même. Saint François a vécu quelque chose de semblable : il a découvert que Jésus se cachait dans la personne des tout-petits. Et singulièrement, dans la personne d’un lépreux. D’abord, il a croisé la route du lépreux et il s’est dit : je vais m’abaisser jusqu’à lui, je vais l’embrasser, lui témoigner un peu d’affection, même si cela me dégoûte. Mais en pensant cela, François n’était pas encore à la hauteur du lépreux. Il était au-dessus, il était « plus grand ». Le baiser au lépreux est devenu le baiser du lépreux. Et là, il a compris que le baiser du lépreux était le baiser du Christ. « Qui accueille le petit accueille Jésus… et qui accueille Jésus dans la personne du petit se laisse en fait accueillir par Jésus. Retournement de perspective !

Retenons ces deux grandes idées de l’évangile de ce jour :

-        Devenir petit pour devenir grand.

-        Accueillir Jésus et se laisser accueillir par lui.

Quand le prophète a été invité à manger le petit livre, il lui semblait que ce livre était très poussiéreux, indigeste. Et puis, il a fait l’expérience que ce livre, dans sa bouche, avait le goût du miel…

Sœur Marie-Raphaël le 11 août 26

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