Liturgie de la Parole 19e mardi TO-II Matthieu 18, 1-5.10.12-14 ; Ezéchiel 2, 8-3,4
Résonnances
En ce jour, nous allons essayer de mettre en lien la fête de
sainte Claire, le début de la retraite des enfants, la première lecture avec
Ezéchiel et l’évangile de Matthieu.
Est-ce que vous aimez lire ? Alors, vous connaissez
l’expression « dévorer un bouquin ». La Bible est un vieux bouquin…
ne va-t-il pas nous faire avaler beaucoup de poussière ? Peut-être, au
contraire, va-t-il avoir dans notre bouche le goût du miel. Le prophète
Ezéchiel fait cette expérience. Dieu lui demande de « manger un livre » !
Quand Dieu veut nous parler, il passe par des hommes à qui il demande de manger
sa parole ! Manger, assimiler, faire sien, être imprégné, nourri
transformé par ce que l’on a mangé.
Dans ce sens, Jésus aussi est un prophète, un homme habité
par la Parole de Dieu pour nous la transmettre. Mais il est plus que cela,
parce qu’il est lui-même la Parole de Dieu. Quand nous écoutons Jésus, nous
écoutons Dieu. Quand nous regardons Jésus, nous regardons Dieu. Et que
dit-il ? Que donne-t-il à voir ?
Il ne cesse de nous parler d’une réalité mystérieuse qu’il
appelle la « Royaume des cieux ». Qu’est-ce que c’est ? Un
lieu ? Un groupe ? Une manière de vivre ? Les disciples de Jésus
se posent la question. Et ils se posent une question tout humaine à ce
propos : « qui est grand, qui est petit dans le Royaume des
cieux ? » Autrement dit : quelle est l’échelle des valeurs dans
le Royaume des cieux ? Y a-t-il une hiérarchie ?
Nous les humains, nous avons toujours besoin de nous
comparer, besoin de nous sentir plus grands, meilleurs, plus forts, plus doués…
besoin d’être admirés, besoin de se sentir aimés… C’est important de se sentir
aimé… mais cet esprit de concurrence peut tout abîmer dans nos relations. Peut
même aboutir à des guerres terribles. Il y a des gens qui aiment la guerre,
juste pour montrer qu’ils sont les plus forts. Et tant pis pour tous ceux qui
vont souffrir ou mourir à cause de cela !
François d’Assise rêvait de cela, lui aussi : être
aimé, admiré, être le plus beau, le plus riche. Il mettait de beaux habits, il
entraînait ses copains dans les fêtes, il payait la tournée… Il rêvait de
gloire !
Un jour, Dieu est venu à la rencontre de François et il l’a
rejoint dans ce rêve même : tu veux la gloire ? Je vais t’en proposer
une qui surpasse toutes les autres. Dieu a touché la corde sensible de
François.
Revenons à l’évangile. Pour répondre à la question des
disciples, Jésus ne dit rien, mais il pose un geste fort : il prend un
enfant et le place au milieu du groupe. C’est inattendu, parce que les enfants,
du temps de Jésus, n’étaient pas admis au milieu des adultes. Jésus dit deux
choses :
-
« Si vous ne changez pas pour devenir comme
les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux »
-
« Celui qui accueille un enfant comme
celui-ci en mon nom, il m’accueille moi. »
Premièrement : devenir comme un enfant, devenir petit
comme un enfant… Pourtant, je me dis : les enfants ne désirent-ils pas
devenir grands ? Mais Jésus parle ici à des adultes. Les adultes pensent
parfois qu’ils ne doivent plus grandir. Or, Jésus nous dit : pour grandir
dans le Royaume des cieux, il faut apprendre à devenir petits. Pas
évident ! Nous pouvons ici regarder Jésus lui-même : n’est-ce pas lui
qui est « le plus grand dans le Royaume des cieux » ? Et
pourtant, il s’est abaissé pour devenir semblable aux hommes…
Deuxièmement : celui qui accueille un enfant accueille
Jésus lui-même. Saint François a vécu quelque chose de semblable : il a
découvert que Jésus se cachait dans la personne des tout-petits. Et
singulièrement, dans la personne d’un lépreux. D’abord, il a croisé la route du
lépreux et il s’est dit : je vais m’abaisser jusqu’à lui, je vais
l’embrasser, lui témoigner un peu d’affection, même si cela me dégoûte. Mais en
pensant cela, François n’était pas encore à la hauteur du lépreux. Il était
au-dessus, il était « plus grand ». Le baiser au lépreux est devenu
le baiser du lépreux. Et là, il a compris que le baiser du lépreux était le
baiser du Christ. « Qui accueille le petit accueille Jésus… et qui
accueille Jésus dans la personne du petit se laisse en fait accueillir par
Jésus. Retournement de perspective !
Retenons ces deux grandes idées de l’évangile de ce
jour :
-
Devenir petit pour devenir grand.
-
Accueillir Jésus et se laisser accueillir par
lui.
Quand le prophète a été invité à manger le petit livre, il
lui semblait que ce livre était très poussiéreux, indigeste. Et puis, il a fait
l’expérience que ce livre, dans sa bouche, avait le goût du miel…
Sœur Marie-Raphaël le
11 août 26
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