Liturgie de la Parole 4e dimanche carême A Jean 9, 1-41
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"Réjouis-toi, Jérusalem ; vous tous qui l’aimez, rassemblez-vous. Jubilez de sa joie, vous tous qui étiez dans la tristesse."
Comme sœur Marie-Raphaël l’a dit il y a quelques instants, c’est donc la mi-carême, la Laetare, réjouis-toi, c’est une sorte de répit dans notre marche vers Pâques. Et un peu partout d’ailleurs, il y a des réjouissances populaires, des carnavals de la Laetare, à Andenne, à Stavelot, à Tournai et sans doute dans bien d’autres endroits également. Mais cette respiration au milieu du temps du carême est, je pense, tout-à-fait justifiée parce que ce temps de conversion, ce temps d’ascèse, est bien cumine, mène, normalement à la joie. Et si nous faisons des efforts pour suivre le Christ, c’est pour nous rapprocher de lui, c’est pour avoir part davantage à sa lumière, à sa joie et à son amour.
Au début de cette célébration, accueillons cette lumière du Christ dans nos ténèbres. Rapprochons-nous de lui.
Homélie
Frères et sœurs, voilà un aveugle de naissance décidemment bien sollicité. Quatre entrevues lui sont, en quelque sorte, imposées. Ce n’est jamais lui qui a l’initiative. Il y a deux rencontres avec Jésus et il y a deux rencontres avec les pharisiens. Les deux rencontres avec Jésus font manifestement grandir cet homme. Il était d’abord guéri de son aveuglement de naissance, lors de la première entrevue. Et lors de la deuxième entrevue Jésus le fait parvenir à la foi, à la foi en lui, à la foi dans le Fils de l’homme. Les deux rencontres avec les pharisiens ne se traduisent par aucun progrès, c’est un dialogue de sourds. On répète d’ailleurs les mêmes choses évidemment et ça se termine des injures et par une exclusion de la synagogue pour cet homme.
Il y a quelque chose d’ailleurs qui me frappe dans le récit, c’est à quel point c’est homme, une fois qu’il est guéri, acquière une maturité humaine, une confiance en lui, une assurance qui est tout-à-fait saisissante. Il répond aux pharisiens avec beaucoup de pertinence, tellement de pertinence d’ailleurs qu’ils ne trouvent en définitive rien d’autre à faire que de l’injurier et de le congédier. C’est une belle illustration de ce que la grâce ne détruit pas la nature mais au contraire la porte à son véritable accomplissement.
Ce geste de Jésus occupe une place importante dans l’évangile de saint Jean et on pourrait se dire, c’est une belle histoire passée etc. c’est un bel haut fait de Jésus et nous nous en rappelons de temps en temps, à chaque carême. On comprend pourquoi c’est un texte qui est utilisé dans le parcours des catéchumènes vers la joie et vers la lumière de Pâques.
Mais en fait peut-être que, frères et sœurs, cela nous concerne chacun et chacune d’entre nous en profondeur. Les premiers théologiens chrétiens, ceux qu’on appelle les Pères de l’Eglise, enseignaient que à côté des cinq sens qui nous donnent accès au monde matériel, notre vue, notre ouïe, notre odorat, notre tact, notre goût, voilà, ce qui nous met en contact des réalités extérieures du monde, ce qui nous permet aussi de communiquer les uns avec les autres. Et bien à côté de ces cinq sens, l’homme serait doté aussi de sens spirituels. D’une vue spirituelle, d’une ouïe spirituelle, d’un goût spirituel, etc. et ces facultés nous rendraient capables d’entrer en relation avec les choses de Dieu, avec l’invisible, ce qui est au-delà de ce qui est simplement matériel. Adam dans le paradis était dans une proximité avec Dieu, il entendait, symboliquement, Dieu, ou il le voyait se promener dans le jardin à la brise du soir. Façon bien entendue symbolique de s’exprimer pour dire que l’homme était vraiment en communion avec Dieu, ressentait sa présence et sa proximité grâce à ses sens spirituels. Malheureusement à la chute, ses sens se sont fermés. Rappelez-vous, le serpent promettez à Adam et Ève : ah si vous mangez ce fruit, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux. Mais de quels sens parlait-il ? Parce qu’au moment où Adam et Ève mangent le fruit de la connaissance du bien et du mal leurs sens spirituels se ferment et ceux qui s’ouvrent bien davantage qu’auparavant, et bien, ce sont les sens matériels, ce sont les yeux du corps. L’homme est pour ainsi dire tourné beaucoup plus qu’avant vers les réalités matérielles, il est comme emprisonné, pour ainsi dire, dans ce monde sensible, et coupé du monde de Dieu. Peu après dans la Bible on dira que c’est à ce moment-là qu’on a commencé à invoquer le nom du Seigneur. Mais en général ceux et celles qu’on invoque ce sont des personnes qu’on ressent comme absentes.
Et il faudra, plus précisément, la venue de Jésus parmi nous pour réveiller ces sens spirituels et rétablir pour l’humanité cette possibilité de communication avec Dieu, de saisie des choses divines. Pourquoi, dans les évangiles, y-a-t-il tellement de guérisons, d’aveugles, de paralytiques, de sourds muets etc. Il y a bien entendu des guérisons physiques, mais plus profondément, on veut montrer que le Christ rend progressivement à l’homme toutes ses facultés, le remet debout, le rend capable à nouveaux frais d’entrer en relation avec Dieu et de faire véritablement alliance avec lui. Et d’une certaine façon, ce récit de l’aveugle-né illustre cette mission de guérison profonde des facultés humaines que Jésus est venue opérer parmi nous.
Alors frères et sœurs, cet évangile nous concerne au plus haut point. Nous aussi demandons au Seigneur à être guéris de notre aveuglement. Demandons au Seigneur à ce que ces sens spirituels dont il nous a dotés puissent réellement s’ouvrir sur sa lumière, sur son amour, sur sa présence. Régulièrement des personnes découvrent cette présence de Dieu, du Christ pou de la Vierge Marie à leurs côtés.
Permettez-moi ici de rapporter une conversion récente assez spectaculaire dont on a parlé pas mal dans les journaux. C’est celle de Fabrice Amedeo. C’était un participant du Vendée Globe de l’année passée, cette course en solitaire, sans escale, qui fait littéralement le tour du monde. Fabrice Amedeo était un marin aguerri, c’était déjà sa troisième participation à cette course. Et voilà qu’avant le départ on lui propose de bénir son bateau et on lui propose aussi de prendre à bord une petite statue de la Vierge de Rocamadour. Il était d’éducation chrétienne, mais avait délaissé tout cela complètement pour se tourner vers une forme de panthéisme. Et il se dit, ben pourquoi pas, ça ne peut pas faire de tords, et puis la mer ça reste toujours quelque chose de périlleux, de dangereux, surtout dans de telles conditions. Il se dit, ben pourquoi pas, ça ne peut pas me faire de tords. Et voilà que la traversée s’avère beaucoup plus difficile que prévu. Il rencontre de gros problèmes dans la descente de l’Atlantique sud et il se met à prier. Il dit au début c’était une simple superstition, voilà, je me suis dit : tiens donc. Mais il éprouvait le besoin tout de même de se tourner vers quelque chose avec les difficultés qu’il rencontrait. Et voilà qu’un jour, alors qu’il était à proximité de l’Antarctique, il a la chance de voir une magnifique aurore boréale, ou plutôt australe puisqu’il est dans l’hémisphère sud. Donc il voit le ciel qui est complément illuminé de couleurs vertes, jaunes etc. un spectacle féérique, comme il y en a parfois à ces latitudes, mais en même temps, il se comme enveloppé d’un amour immense, il se sent, et c’est chez lui une véritable certitude, il sent qu’il est protégé, qu’il est aimé. Et cette expérience très forte, il dit : ce n’était pas un sentiment, c’était une certitude que Quelqu’un veillait sur moi, dans ces grandes difficultés du moment qu’il traversait. Et il le dit lui-même cette présence m’a accompagné tout au long du reste du voyage, qui a quand même été extrêmement éprouvant puisqu’il comptait boucler son tour du monde en cent jours et il a dû en faire cent vingt. Il a manqué de nourriture. Il est arrivé aux Sables d’Olonne gravement déshydraté parce qu’il n’avait plus non plus d’eau potable, il était grand temps qu’il arrive. Et il dit : cette expérience au beau milieu de la mer sur cette coquille de noix m’a vraiment marqué pour toujours. J’ai éprouvé une paix et un sentiment intérieur comme je n’en avais jamais éprouvé auparavant.
Voilà, Dieu peut à l’improviste, alors qu’on ne s’y attend pas, ouvrir les sens spirituels de quelqu’un qui devient à ce moment-là conscient de sa présence, de son amour, de sa vie.
Frères et sœurs, en ce dimanche de l’aveugle-né, n’ayons pas peur de demander au Seigneur à ce qu’il nous ouvre également nos yeux, ainsi eu nos autres antennes, pour percevoir sa présence.
Et je voudrais reprendre ici en la transformant un petit peu la prière de la liturgie de ce deuxième dimanche de carême : Seigneur, donne-nous les vivres dont notre foi a besoin, et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta présence et nous ouvrir à ta lumière.
Jean-Michel Counet, Hurtebise le 15 mars 26