Liturgie de la Parole 13e samedi TO-II Matthieu 9, 14-17 ; Amos 9, 11-15
Introduction
Alors quoi de neuf aujourd’hui ? Rien ? vous êtes sûrs ? attention à l’habitude ! Aujourd’hui les deux lectures nous parlent d’un vin nouveau ! dans le premier Testament, dans un oracle qui date probablement de l’exil, Amos annonce que le Seigneur va relever la hutte de David, que la terre ruissellera de vin nouveau, que le peuple d’Israël rebâtira ses villes dévastées. Promesse de bonheur ! Dans l’évangile, Jésus répond à ceux qui s’étonnent, s’offusquent du manque d’ascèse de ses disciples : voyez un peu, ils ne jeûnent pas comme jeûnent les disciples de Jean ! Et Jésus rappelle que le jeûne est d’actualité en l’absence de l’Epoux, du Messie, non en sa présence. Et il invite à revoir la manière de vivre : on ne met pas le vin nouveau dans de vieilles outres… ah encore du vin nouveau ! dites-moi l’Evangile est-il pour nous un vin nouveau ! un vin qui fait craquer nos vieilles outres ? nos vieilles certitudes, nos vieilles assurances… nous expose-t-il à une vie nouvelle ? demandons la lumière de l’Esprit pour recevoir la Parole que Dieu aujourd’hui nous adresse.
Après l’évangile
Toujours jamais contents… on pourrait ainsi parler des interlocuteurs de Jésus. Dans le passage précédent, Jésus a appelé Matthieu, celui-ci offre un repas en sa maison. Les pharisiens murmurent parce que Jésus mange avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs. Avec l’épisode d’aujourd’hui, nous sommes toujours en cette maison, à cette même table. Cette fois ce sont les disciples de Jean qui viennent accuser : pourquoi les disciples de Jésus ne jeûnent-ils pas comme eux ?
Qu’il est difficile d’accueillir la nouveauté de l’Evangile ! qu’il est difficile de ne pas vouloir de suite le l’enfermer dans des normes, des lois, qu’il est difficile de ne pas vouloir l’enfermer dans des rites et des pratiques. Pouvons-nous accepter que l’Evangile est comme un vin nouveau. Si nous voulons l’enfermer dans nos certitudes, dans nos structures, dans nos institutions… il va tout faire craquer… comme les vieilles outres.
Pouvons-nous accepter un Dieu libre, un évangile qui bouscule, qui renouvelle, qui dérange ?
La vie spirituelle, qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas un chemin de confort. La vie monastique, la vie religieuse, la vie baptismale, ce n’est pas un style de vie acquis une fois pour toutes, qui nous dispense de remise en question au quotidien. Le moment clé, fondateur, de nos vies, c’est peut-être le jour où nous nous trouvons assis par terre au milieu des décombres de tout ce que nous avions échafaudé : la vie religieuse doit être ainsi, la foi se vit ainsi, se célèbre ainsi. Lorsque nous nous trouvons au cœur d’un champ de décombres : l’Eglise nous savions comment elle devait vivre, prier, s’organiser. Et puis tout s’effondre et est remis en question… on est là assis au milieu d’un champ de ruines. Comme le peuple d’Israël, le peuple de Juda, qui ont vu leur temple saccagé, leurs rois déportés, leur terre, la terre promise, livrée au pillage, occupée par l’ennemi. La tentation dans ces moments, c’est de rassembler ses forces pour rebâtir à l’identique, peut-être même en plus costaud, plus bétonné. On le voit bien aujourd’hui, cette tentative de certains de rebâtir notre Eglise en regardant le passé, les yeux rivés sur le rétroviseur plutôt que sur la route inconnue qui s’ouvre devant nous.
La grâce est sans doute ailleurs, travaille sans doute ailleurs que dans la reconstruction à l’identique. Si seulement nous découvrions combien la vérité que nous croyions détenir, nous échappe, nous échappe définitivement. Car la vérité, est une personne, qui en plus s’est présentée comme chemin, vérité, vie. Si nous acceptons de nous mettre en route, avec nos questions et non nos certitudes, avec pour bâton de pèlerin, la foi en Celui qui nous accompagne. Alors l’Evangile pourra être en nos vies, ce pétillant qui fait craquer nos vieilles outres, nos vieilles certitudes. Ce pétillant qui nous invite avec notre Dieu à faire toutes choses nouvelles, sans crainte.
Introduction au Notre Père
Seigneur Jésus, c’est quoi qui nous a mis en chemin, c’est toi qui encore et toujours nous provoque à la nouveauté de ton Evangile. Pour que nous osions l’aventure avec toi, avec toi nous voulons nous abandonner en la main du Père, avec la prière que toi-même nous a laissée.
Prière de conclusion
Seigneur Dieu, tu es le Dieu des grands espaces, tu es le Dieu de la vie. Lorsque nous voulons t’enfermer dans nos catégories, dans nos pratiques, dans nos rites et nos préceptes. Tu viens ébranler nos certitudes. Tu nous appelles à vivre dans la foi, découvrant chaque jour le nouveau pas auquel tu nous appelles. Apprends-nous à accueillir, doutes, incertitudes, questionnements, comme le creuset où ta grâce nous invite. Sois l’éternelle nouveauté en nos vies, fais craquer toutes les limites que nous voudrions t’imposer. Que l’éternelle jeunesse de ton Esprit conduise nos pas toujours plus avant !
Nous te le demandons par Jésus Christ…
Sr Myrèse le 4 juillet 2020