dimanche 22 février 2026

Liturgie de la Parole 1er dimanche carême A Matthieu 4, 1-11

les 3 tentations de Jésus au désert
HOMELIE.

C'est parti pour Jésus : Sa vie publique commence.  Pour bien s’y préparer, il se retire pour jeûner dans le désert.  Il appuie sur le bouton : « pause ».  Quarante jours pour comprendre ce que Dieu attend de lui.  Quarante jours comme Moïse au Sinaï avant de recevoir les tables de la Loi.  Quarante ans comme le peuple hébreux au désert, pour marcher et devenir le peuple que Dieu a choisi pour entrer en Palestine.  Le déluge a duré 40 jours et 40 nuits.  Il y 40 jours entre Pâques et l'Ascension, 40 jours entre Noël et la Chandeleur.  40 jours nous sont donnés pour monter vers la Semaine Sainte.  Vous l'aurez compris: ce chiffre est symbolique, autrement dit signifie autre chose que la somme de 38 + 2.  Mentionné 159 fois dans la Bible, le nombre 40 symbolise généralement une période de mise à l'épreuve ou de probation, le temps qu’il faut pour approcher Dieu, se convertir et faire appel à sa miséricorde.  40 c’est aussi un chiffre de maturité humaine et spirituelle.  Aujourd’hui, plusieurs personnes fêtent leur 40 ans.

Le texte proclamé ce dimanche est comme une sorte de guide de lecture, qui nous donne la possibilité de rejoindre la personnalité de Jésus.  Au début de son livre, Matthieu signifie en quelque sorte à ses lecteurs: "Si vous voulez comprendre quelque chose, gardez bien en mémoire ces trois choix fondamentaux que Jésus a refaits tout au long de sa vie."
Trois choix que Jésus aurait pu ne pas faire.  Aussi les appelle-t-on plus souvent : "les tentations".  Tentations auxquelles ont succombé Adam et Eve (première lecture).  Tentations auxquelles succomba le peuple juif.  Tentations auxquelles toute personne peut céder aujourd'hui.
    Analysons l’attitude de Jésus face aux trois tentations que le diable lui jette sous les pieds.

1°) Le diable dit à Jésus : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
*    Cette tentation s’enracine dans la peur du manque  qui peut être si grande, parfois, qu’on se jette sur la nourriture de manière irréfléchie.
Manger, consommer, satisfaire ses besoins sans le moindre délai: tout cela est du même ordre.  La peur de manquer déclenche parfois de la violence.
Jésus reste sur sa faim.  Il endure le manque.  Il parvient à mettre une distance entre le besoin qui s’exprime et le moment où ce besoin sera assouvi.

2°) Le diable dit à Jésus : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas [du temple]».
•    Il s’agit de la tentation de se croire supérieur à toute limite.
•    Il s'agit aussi de la tentation de la mise en valeur de soi.
Jésus refuse d'utiliser la bonté de Dieu dans un but intéressé.

3°) Le diable dit à Jésus  « [Tous les royaumes] je te les donnerai si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »
•    C'est la tentation des faux dieux.  L'Homme n'est pas fait pour s'agenouiller devant toutes sortes d'idoles et à se soumettre à elles par exemple Johnny Halliday.
•     Le vocabulaire utilisé dans cette troisième tentation renvoie à l’univers politique : L’évangile parle de devenir propriétaire de tous les royaumes terrestres.  Cette troisième tentation concerne la volonté d’écraser les autres. L’actualité en Ukraine en est un exemple.  Cette tentation d’un pouvoir écrasant ne se rencontre pas seulement chez certains dirigeants politiques ou religieux.  Elle est présente aussi chez chaque être humain.  Jésus refuse de se prosterner devant quelqu’un d’autre que Dieu.  Il refusera toujours d’exercer un pouvoir accablant ses auditeurs.

4°) Dans l’Evangile de Matthieu il y a encore une quatrième tentation qui viendra plus tard : celle qui s’exprimera dans la prière de Jésus au jardin des oliviers : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe sans que je la boive, que ta volonté se réalise Mt 26,42b.»   : c’est la tentation de croire d’être abandonné.
C’est la tentation de croire qu’il existerait des circonstances où Dieu lui-même laisserait tomber ses proches, ne les accompagnerait pas plus loin.  A cette tentation, Jésus oppose la volonté de Dieu de ne rien exiger qui dépasse les forces de celui qui fait appel à lui.   Cette tentation souligne qu’il y a une espérance au-delà de toute espérance parce que Jésus croit envers et contre tout à la vie de Dieu en lui.  

Sous le regard du Père et de ses anges, Jésus reprend la route plus debout que jamais, conforté par ses CHOIX de vie.

Et nous, aujourd’hui, nous voici en Carême, pour refuser ce qui nous enchaîne et confirmer nos choix.  Face aux grandes tentations :l’argent, le pouvoir, les honneurs  bref tout ce qui nous enchaîne, c'est à nous d'être pour le monde des porteurs d'espérance  jusqu'à la lumière de Pâques. 


Abbé STREBER Fernand. Hurtebise le 22 février 26


P’TIT RAWETT’

Une souris qui avait peur


    Un jour une souris vint se plaindre au dieu des dieux.
    - J’ai peur des chats, ô dieu des dieux, s’il te plait transforme-moi en chat !
    Le dieu des dieux la transforma en chat.
    Quelques jours plus tard elle revint :
    - J’ai peur du tigre….ô dieu des dieux s’il te plait transforme-moi en chasseur !
    Le dieu des dieux la transforma en chasseur.
    Mais bientôt le chasseur mal dans sa peau souhaita devenir une femme. Laquelle prit peur d’une souris.
    Le dieu des dieux lui dit en souriant :
    - Sois une vraie petite souris et tu sauras alors vivre sans peur….
Extrait de « Voyages au pays des 500 contes, recueil de contes compilés par. A. VERVIER et F. STREBER



samedi 21 février 2026

Liturgie de la Parole samedi après les cendres Luc 5, 27-32

Du regard à la table 

 Méditation 

« Jésus sortit et il remarqua un publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts) du nom de Lévi assis au bureau des impôts. » (Luc 5, 27)

Tout semble déjà dit au sujet de Lévi : publicain, collecteur d’impôts. Un homme effacé par son métier avec la réputation qui l’accompagne : collabo, homme injuste, infréquentable…

Et Jésus lui dit simplement : « Suis-moi. » (Luc 5, 27)

Jésus ne s’arrête pas à ce que tout le monde voit. Son regard rejoint ce qui, en Lévi, reste vivant. Ce qui peut se remettre en route. Ce qui n’est pas définitivement enfermé dans son « état ».

« Et Lévi, abandonnant tout, se leva; et il le suivait. » (Luc 5, 28).

Dans l’Évangile de Luc, plusieurs récits ressemblent à celui-ci.
On peut penser à Zachée (Luc 19, 1-10). C’est le même genre d’histoire.

Lévi est assis à sa table de travail.
Zachée est perché dans son arbre.

Jésus les voit. 
Il s’arrête.
Et il appelle.

Lévi se lève. 
Et Zachée descend de son arbre.

Tous deux se mettent en route.
Ils quittent une place où ils étaient installés.
Ils acceptent de bouger…

Un temps de carême, c’est peut-être d’abord cela : un déplacement. 
Ce n’est pas faire des efforts, corriger ses défauts, éviter des plaisirs, établir une liste de bonnes résolutions ou un programme d’amélioration personnelle. 
C’est se laisser rejoindre et déplacer.    

Dans les deux récits, après ce déplacement, Jésus est accueilli dans une maison : Lévi organise un grand festin ; Zachée reçoit Jésus chez lui avec joie. 

Autour de la table, chez Lévi, ça parle, ça rit, ça mange. Ce sont des gens dont la vie n’est pas simple, des personnes marquées par leurs choix, leurs erreurs, leurs blessures, visibles ou cachées. Ceux qui ont besoin de « médecin », comme dit Jésus. (Luc 5, 31).

Cette scène provoque l’irritation des pharisiens ou de ceux qui sont restés dehors (Luc 5, 30 ; Luc 19, 7). Ils récriminent : Pourquoi Jésus mange-t-il avec ces gens-là ? Avec ces publicains, avec ces pécheurs ? Dans le monde de Jésus, manger ensemble signifie appartenir au même monde ! On ne mange pas avec n’importe qui !

Ils ne voient que des gens peu fréquentables autour d’une table.
Ils ne voient pas des vies qui recommencent à respirer.
Ils n'imaginent pas des frères possibles.

Autour de la table, c’est pourtant comme si une vie nouvelle commençait, comme si la vie, la joie entrait avec Jésus : « Votre vie n’est pas finie ! Vous avez une place parmi les vivants ! » 

Et c’est peut-être justement là que quelque chose peut commencer. Quelque chose qui n’est pas une performance, encore moins un effort pour se changer, mais plutôt un chemin de guérison, un chemin de vie.

Et c’est peut-être là que l’Évangile nous rejoint en ce début de carême :
Accepter que Dieu commence souvent son œuvre là où nous ne l’attendions pas, là où nous préférons ne pas trop regarder, là où quelque chose en nous attend encore de reprendre vie.

Entendre à notre tour : « Suis-moi », et oser quitter, pas à pas, la table de travail… ou l’arbre… où nous restons parfois installés, pour aller manger à la table des vivants.

Isabelle H le 21 février 26

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Photo: Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage (1571-1610), La Vocation de saint Matthieu (1600, huile sur toile, 322 x 340 cm), chapelle Contarelli, église Saint-Louis-des-Français, Rome (Italie). Domaine public.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/59/Caravaggio_%E2%80%94_The_Calling_of_Saint_Matthew.jpg?utm_campaign=S10%20%2323%20GENERALE&utm_medium=email&utm_source=Mailjet 


vendredi 20 février 2026

Liturgie de la Parole vendredi après les cendres Matthieu 9, 14-15 ; Isaïe 58, 1-9a

Méditation 

« Crie à pleine gorge ! Ne te retiens pas ! Que s’élève ta voix comme le cor ! »
Du livre du prophète Isaïe. 
Cela me va très bien et vous ?  

Dans les lectures aujourd’hui, il est question du jeûne. 
Dans ce temps de carême : temps de dépouillement, temps de prières, de jeûne et de partage.
Comment allons-nous le vivre cette année ?
Serait-ce un chemin de transformation intérieure ?
Un temps pour se laisser ajuster par Dieu ?
Un temps de désert et de vérité ?
Une traversée vers la ‘Lumière’ de Pâques ?

Dans l’évangile Jésus se présente comme l’Epoux. Jésus révèle discrètement qu’il est Dieu présent au milieu des hommes. Sa venue est donc un temps de joie, de fête et de vie nouvelle, comme une noce. A un mariage, on ne jeûne pas. On célèbre !
Imaginons-nous être invités à des noces. Des rires, de la musique, des partages, de la lumière. La présence des époux, la joie face à leur bonheur. Les visages rayonnent. La table magnifique, dressée pour accueillir de succulents plats. C’est la fête. 

C’est une manière de dire : « Le royaume des cieux est déjà là au milieu de vous » sa ‘Présence festive’ est là. Cependant « l’Epoux sera enlevé »
Jésus annonce ici sa passion et sa mort.
 « Enlevé » 
Oui, lorsque Jésus ne sera plus là physiquement, le jeûne aura tout son sens.
Le temps du carême :
Lorsque Dieu est proche, c’est une joie intérieure intense.
Dans l’Intime Il est là.
S’enfoncer, retoucher à notre « oui » intérieur à la vie reçue de Dieu. 
Il se peut que la noce devienne plus silencieuse. Jésus s’éloigne doucement. Nous le laissons peut-être partir.
Il y a peut-être un vide en nous, un manque, de l’incompréhension, des doutes, de la tristesse etc…
C’est là que naît le vrai jeûne de cœur. Osons la rencontre avec nos turbulences. Désirons rencontrer plus intensément « l’Amour de Dieu »
L’époux est toujours avec nous.
Et là, le retrait, le silence, le jeûne est précieux.
Jésus nous y invite.
Jeûne de nourriture ?
Jeûne de paroles inutiles ou paroles blessantes ?
Jeûne du ‘faire’ à tout prix et qui nous sépare de l’essentiel ?
D’où part en moi cette décision de faire jeûne ?
Seigneur que ce temps précieux du carême me rapproche de toi et des autres. 

Brigitte le 20 février 26



jeudi 19 février 2026

Liturgie de la Parole jeudi après les cendres Luc 9, 22-25 ; Deutéronome 30, 15-20

Méditation

Une méditation de Soeur Catherine de Coster trouvée sur le site de RCF me parle et je vous la partage.

 
Pourquoi faut-il que le Fils de l’Homme souffre beaucoup et soit mis à mort ? Si Jésus est le Christ, il ne peut être que vainqueur. Nous désirons un Messie qui met fin à l’injustice, pas un Messie qui en est la victime !
Et pourtant, Jésus nous invite à le suivre sur ce chemin. Désormais, la Croix est le prisme par lequel il nous faut regarder le monde ! Sans oublier que la fin de l’histoire est une parole de vie, de résurrection !
Disciples du Christ, nous sommes invités à jouer à qui perd gagne
Dans notre monde, c’est toujours le meilleur, le plus intelligent, le plus fort, le plus rapide, le plus riche ... qui gagnent. Le principe du monde est celui du concours, du combat et de l’élitisme. Or, avec Jésus, il s’agit de perdre et de mourir à tout ce qui n’est pas nous : masques, illusions, idoles, préjugés, prétentions, pour gagner et sauver sa vie. 
 Si quelqu’un veut me suivre… Qu’il se charge de sa croix chaque jour. La croix n’est pas la résignation devant les épreuves inhérentes à la vie. Porter sa croix, c’est mettre ses pas dans ceux de Jésus qui choisit de lutter contre toutes les formes du mal avec les seules armes de la non-violence et de l’amour. Un humain en croix est tendu vers le ciel et les bras étendus vers ses frères. Choisir l’ouverture inconditionnelle de la justice, du dialogue, de la confiance et de l’amour envers nos frères et sœurs humains est toujours un risque, mais c’est le vrai chemin de la vie. 
Quarante jours s’ouvrent devant nous pour marcher dans les pas du Christ. Avec Lui, osons prendre ce risque de jouer à qui perd gagne !

Sœur Catherine de Coster ,Carmel saint Joseph RCF le 6 mars 2025


https://www.rcf.fr/articles/vie-spirituelle/celui-qui-perdra-sa-vie-a-cause-de-moi-la-sauvera-lc-9-2225-2 
photo: michal-galezewski-UNSPLASH

Invitation au notre Père

Seigneur, en ce temps de carême nous voulons d’avantage t’aimer, marcher dans tes chemins, écouter ta voix, nous attacher à toi et te prier avec cœur par Jésus, avec Lui et en Lui. Sur son invitation que nous te chantons…

sr Marie-Christine le 19 février 26


mercredi 18 février 2026

Entrée en Carême : des cendres et du parfum…

La liturgie est un tissu de rites et de paroles qui nous introduisent dans le mystère de l’Alliance et nous en donnent le sens. Au seuil du Carême, le « mercredi des Cendres » nous invite à entrer résolument dans la quarantaine de préparation à Pâques, le sommet de l’année liturgique. Saint Benoît, dans sa Règle, nous propose de vivre le Carême « dans la joie du désir spirituel ». (RB 49)
Au cours de cette célébration, il vous sera proposé de recevoir sur le front non pas les cendres, mais une huile parfumée. Le symbole des cendres ne sera pas pour autant évacué. Nous contemplerons le feu qui brûle les rameaux bénits de l’an dernier et nous amènerons les cendres en procession au cœur de l’église. Nous présenterons ainsi symboliquement à Dieu nos péchés, nos erreurs, nos déceptions, nos fragilités, afin qu’il purifie nos cœurs de tout ce qui peut et doit mourir en vue d’une renaissance.
Dans la Bible, les cendres sont un symbole de deuil et de pénitence. Elles expriment la force du repentir associée à la prise de conscience du péché. Elles sont souvent associées au fait de se vêtir d’une « toile à sac ». Elles ne sont pas liées à une liturgie. Par ailleurs, l’expression « poussière et cendre » évoque la fragilité, la finitude de la condition humaine.
Le rite de l’imposition des cendres de manière systématique dans le cadre de la liturgie d’entrée en Carême apparaît vers le 10ème siècle, dans la région rhénane. Il sera adopté par l’Église universelle à partir du 12ème siècle (1). Ce rite accentue fortement la dimension pénitentielle du Carême.
Il est cependant possible de voir dans les cendres une autre symbolique, celle de la purification et de la renaissance. Après le feu, les cendres fertilisent la terre.
Le chemin du Carême sera marqué par trois pratiques ascétiques qui exprimeront notre désir de conversion : la jeûne, l’aumône et la prière. Ces pratiques font déborder dans la vie ce que la liturgie exprime. L’évangile de ce jour nous met, cependant, en garde : « quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites ; ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. […] Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ! » (Mt 6, 16-17)
Le parfum est signe de joie et procure la joie. À travers lui, le jeûne cesse d’être une triste privation individuelle pour devenir lieu d’ouverture à l’autre et de partage. La joie est contagieuse, comme un parfum de bonne odeur.
Plusieurs sacrements ont recours à l’onction d’huile. Lors du baptême, de la Confirmation, des ordinations, la chrismation évoque notre communion intime avec le Christ. Lors de l’onction des malades, l’huile qui imprègne les mains apporte douceur et guérison intérieure. L’onction des catéchumènes, au cours du Carême, représente la force nécessaire au combat spirituel.
La signation d’huile parfumée que nous recevons aujourd’hui n’est pas à confondre avec l’un de ces sacrements. Ni l’imposition des cendres, ni la signation d’huile ne sont des sacrements, mais ils sont intégrés dans une liturgie qui est tout entière sacramentelle, et dont l’Eucharistie constitue le sommet. Dieu nous touche et sa grâce nous transforme à travers des signes sensibles que nous recevons dans la foi.
Mais est-il permis de modifier ainsi la liturgie traditionnelle du mercredi des Cendres ? Quoi de plus codifié, apparemment, que les rites liturgiques ! Pourtant, l’histoire montre combien la liturgie a été et demeure un lieu permanent de créativité. En invitant à une réforme de la liturgie, le Concile Vatican II rappelait la nécessité de réfléchir les expressions de la liturgie en lien avec la culture.  
Louis-Michel Renier, dans son article « Peut-on créer en liturgie ? » (2), montre l’importance de distinguer la Tradition fondatrice, qui est intouchable, et les traditions qui l’expriment et qui peuvent évoluer au cours du temps. 

« La liturgie ne peut évidemment pas consister à répéter indéfiniment des actes et des paroles. Il lui faut tenir compte de la réalité humaine vécue ici et maintenant par les personnes concernées et par la communauté. C’est aujourd’hui que le peuple de Dieu rend actuelle la victoire de la vie sur la mort inaugurée en Jésus-Christ. Le passé fondateur vient illuminer son avenir, mais à condition qu’il s’écrive dans la réalité contemporaine de l’humanité. […] Il n’y a de créativité que dans le perpétuel souci du vivre en Église […] et les contraintes liturgiques données par l’histoire et le magistère ne sont là que pour assurer une meilleure correspondance avec leur vie de foi, leurs joies et leurs souffrances. À ces conditions, tout ce qui pourra favoriser une meilleure communication de la grâce de Dieu, sera réellement possible. Il ne s’agira plus de se demander : peut-on faire ceci ou peut-on faire cela. Mais plutôt : que désirons-nous célébrer ? » 

En communion avec toute l’Église, le Carême est vécu comme un temps favorable pour se tourner vers Dieu dans une démarche de conversion, de pénitence et de réconciliation. Cette conversion libère le cœur du poids de la culpabilité et le rend disponible à la joie du salut.
Contempler le feu, demeurer en silence autour des cendres, déposer nos péchés par le chant du Kyrie, accueillir la Parole encourageante de Jésus, recevoir sur notre front un signe de la joie de Dieu, communier enfin au Corps et au Sang du Christ, tels sont les gestes, telle est la liturgie qui nous soude, en Église, Corps du Christ, pour entamer ce chemin de Carême dans la confiance et la joie du désir spirituel.

Sœur Marie-Raphaël, Hurtebise, 18 février 2026

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(1) Cf. A.-G. Martimort, L’église en prière, tome IV, La liturgie et le temps, Paris, 1983, p. 82 et P. Jounel, « La pénitence quadragésimale dans le Missel romain », LMD 56, 1958, pp.33-34.

(2)  L.-M. RENIER, « Peut-on créer en liturgie ? », dans CNPL (sous la direction de L.-M. RENIER), Exultet. Encyclopédie pratique de la liturgie, Bayard, 2000, p. 285 et p. 288