vendredi 29 mai 2026

Liturgie  8e vendredi TO-II Marc 11, 11-25

Des figues
Homélie

L’Évangile d’aujourd’hui est tout de même un peu déroutant. Jésus a faim. Il voit un figuier, il cherche des figues, il n’en trouve pas. Et le lendemain, l’arbre est sec.
Avouons-le : à première vue, ce pauvre figuier nous inspire presque plus de compassion que d’admiration spirituelle. D’autant que saint Marc précise avec beaucoup d’honnêteté : « Ce n’était pas la saison des figues. »

Alors que se passe-t-il ? Jésus serait-il contrarié ? Aurait-il quitté Béthanie sans son café du matin ? Pourtant, connaissant Marthe, on imagine difficilement les disciples repartir le ventre vide… Mais justement : la faim de Jésus n’est pas celle de l’estomac. Dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus dit : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé ».
Voilà la vraie faim du Christ. Il a faim de foi. Il a faim d’amour.
Il a faim de nous voir vivant.
Oui, Jésus a faim de voir des hommes et des femmes vivants de Dieu, portant des fruits de lumière, de justice, de paix et de miséricorde. Et alors, le figuier devient alors une parabole vivante. Dans la Bible, le figuier représente souvent le lieu de la prière et de la méditation de la Parole, de la Loi. Souvenez-vous de Nathanaël. Jésus lui dit : « Je t’ai vu sous le figuier ».
Autrement dit : « Je t’ai vu dans ton désir de Dieu. »

Le figuier de l’Évangile représente donc aussi le Temple, la vie croyante, et peut-être même chacun de nous. Car on peut avoir beaucoup de feuilles … et peu de fruits.
On peut avoir les apparences de la foi : les habitudes, les paroles, les rites… mais laisser le cœur ailleurs.
Le figuier est beau. Très beau même. Plein de feuilles. Mais Jésus cherche du fruit. Et il n’en trouve pas. Alors attention :
Jésus ne maudit pas l’arbre comme un homme en colère. Le texte grec dit plutôt qu’il “répond” au figuier. Comme si un dialogue mystérieux s’était engagé. Le figuier reste enfermé dans sa logique : « Ce n’est pas la saison. » Mais Jésus, lui, attend davantage. Parce que l’amour espère toujours davantage. Le Christ croit en notre capacité de porter du fruit, même dans les saisons difficiles. Et cela est bouleversant. Dieu ne regarde jamais seulement ce que nous sommes aujourd’hui : il regarde ce que nous pouvons devenir. Augustin écrivait : « Dieu est plus intime à moi-même que moi-même. » Il voit en nous des possibilités que nous-mêmes ignorons. Et justement, c’est ici que l’Évangile devient encore plus fort.

Car entre le moment où Jésus rencontre le figuier et celui où les disciples découvrent l’arbre desséché, saint Marc place un autre épisode : Jésus chasse les marchands du Temple.
Ce n’est pas un hasard. Le figuier représente le Temple. Extérieurement, tout semblait magnifique : les pierres, les sacrifices, les prières, l’organisation religieuse… Beaucoup de feuilles. Mais Jésus cherche du fruit. Et que trouve-t-il ? Du commerce. Du bruit. De l’agitation.

Alors Jésus renverse les tables. On imagine la scène : les pièces qui roulent, les colombes qui s’envolent, les vendeurs qui protestent… et les disciples qui se disent probablement : « Bon… aujourd’hui, le Maître a décidé de faire le grand ménage. » Il y a des jours où l’Évangile ressemble davantage à un chantier qu’à une image pieuse.
Mais attention : Jésus ne détruit pas le Temple. Il veut lui rendre sa vérité.  « Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations. »

Le problème n’est pas le commerce en lui-même : les pèlerins avaient besoin d’animaux pour les sacrifices. Le problème, c’est que peu à peu, le bruit des affaires avait étouffé la recherche de Dieu.
Le Temple risquait de devenir un lieu où l’on “utilise” Dieu, au lieu de le rencontrer. Et cela peut aussi nous arriver. Nous pouvons parfois transformer notre foi en habitude, en automatisme, ou même en petit commerce spirituel : « Seigneur, je fais ceci… alors donne-moi cela. »
Mais l’amour de Dieu ne se négocie pas. Il se reçoit. Alors Jésus vient purifier le Temple. Et ce Temple, dit saint Paul, c’est désormais nous-mêmes. Origène écrivait : « Chacun de nous est appelé à devenir un temple de Dieu. »
Voilà pourquoi le Christ renverse parfois quelques tables dans notre cœur. Les tables de l’orgueil. Les tables du jugement. Les tables des peurs. Les tables de nos fausses sécurités.
Et honnêtement, quand Jésus commence un grand nettoyage intérieur, cela fait parfois beaucoup de bruit.
Mais derrière ce bouleversement, il y a une immense tendresse. Car Dieu ne détruit jamais pour détruire. Il libère. Il purifie. Il redonne de l’espace à la vie.
Même lorsque nous avons l’impression d’être “hors saison”, le Christ continue de venir à notre rencontre. Il a faim de nous voir vivants. Vivants de cette vie qui vient de lui. Amen.
Pierre Hannosset le 29 mai 26

mercredi 27 mai 2026

Liturgie de la Parole 8e mercredi TO-II Marc 10, 32-45 ; 1Pierre 1, 18-25

Méditation 

Les deux lectures de ce jour pourraient se passer de commentaire ! Aussi serais-je brève. Mais j’ai remarqué qu’elles se complètent admirablement.

De quoi avons-nous été rachetés ?« De la conduite superficielle héritée de vos pères » nous répond saint Pierre. Littéralement, de la « vaine conduite », celle qui est du vent, sans consistance, sans racines profondes. C’est étrange, et en même temps tellement humain et quotidien. Combien de fois par jour ma conduite, mes pensées sont-elles superficielles ? C’est aussi de cela que Jésus nous a délivrés.

Par qui avons-nous été rachetés ? « Par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. »

Nous sommes superficiels, mais lui, il n’a ni défaut, ni tache, et l’Évangile nous le dit, il marche devant, il indique la route. Quelle est cette route ? La route de l’amour ! « Celui qui veut devenir grand parmi vous, sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier, sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Et il dit cela en réponse à la conduite superficielle de Jacques et de Jean, ambitionnant les places d’honneur, et des autres disciples qui s’indignent de cette conduite… peut-être parce qu’ils avaient le même rêve !

Le chemin de Jésus, c’est celui du rejet, des injures, de la condamnation à mort comme un esclave rebelle. Mais sa vie donnée est plus forte que la mort, il l’annonce : « trois jours après, il ressuscitera. »

Ce chemin est difficile à accepter, et même les Douze n’ont pas pu l’envisager avant que cela n’arrive. Alors que Jésus parle de vie donnée par amour, eux pensent honneurs et premières places ! C’est décevant pour Jésus, mais il les prend comme ils sont et tourne leur regard, leur ambition vers une vie de service et de don de soi.

Pierre, bien plus tard, invitera les disciples de son temps à marcher dans cette voie, à reconnaître en Jésus l’Agneau pascal qui, par sa mort, donne vie : « ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu. En obéissant à la vérité, vous avez purifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères ; aussi, d’un cœur pur, aimez-vous intensément les uns les autres, car Dieu vous a fait renaître, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable : sa parole vivante qui demeure. »

En se mettant à l’écoute de la Parole, en obéissant à la vérité révélée par Jésus servant, donnant sa vie, les cœurs se purifient et l’amour sincère et vrai fait son œuvre comme une semence impérissable.

Que l’Esprit continue à guérir ce qui est blessé, à assouplir ce qui est raide, à réchauffer ce qui est froid, à rendre droit ce qui est faussé, comme nous l’avons chanté avec la séquence de la Pentecôte.

 

Invitation au Notre Père

Seigneur Jésus tu nous indiques la route et marches devant nous sur la voie de l’amour et de la vie donnée au quotidien : par toi, avec toi et en toi nous chantons le Père.

Sr Marie-Christine le 27 mai 26


mardi 26 mai 2026

Liturgie de la Parole 8e mardi TO-II Marc 10, 28-31 ; 1Pierre 1,10-16 ; Psaume 97

Souriant
Saint Philippe Néri

Homélie

Remarque très humaine que celle de Pierre : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » N’est-ce pas aussi parfois ce que nous pensons ? Et derrière cette phrase, il y a presque une inquiétude : “Est-ce que cela vaut vraiment la peine ?”
Nous donnons… mais nous aimerions parfois un petit tableau récapitulatif céleste. « Seigneur, j’ai été patient trois fois hier. Vu que ‘était un jour férié, est-ce que ça compte double ? »
Et Jésus répond d’une manière étonnante : « Nul n’aura quitté maison, frères, sœurs, père, mère ou champs à cause de moi et de l’Évangile sans recevoir le centuple. »
Comprenons bien. Jésus ne promet pas d’abord des biens matériels. Il promet une vie agrandie : « et dans le monde à venir, la vie éternelle ». Et si vous avez bien écouté, vous avez remarqué ce que c’est cette vie éternelle, dès ici-bas. Il dit d’abord qu’on a quitté maison, frères, sœurs, mère, père, enfants, terre et lorsqu’il parle de ce qu’on va recevoir : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres. Il n’y en a plus que 6 … le père. On l’a compris, la vie éternelle, c’est d’être avec le Père ; on l’a déjà ici-bas, mais avec des persécutions.

Et cela rejoint magnifiquement la première lecture. Saint Pierre nous parle du salut préparé depuis longtemps, désiré même par les prophètes. Comme si toute l’histoire humaine attendait secrètement la venue du Christ. Puis il ajoute une phrase de l’Ecriture : « Devenez saints dans toute votre conduite. Devenez saints, puisque je suis saint, moi le Père ». La sainteté n’est pas réservée à quelques statues dans les niches des églises. Elle est l’appel de chaque baptisé. Et heureusement, la sainteté n’est pas devenir triste. Sinon saint Philippe Néri aurait probablement quitté la salle très vite. Philippe Néri avait une profonde méfiance envers les visages spirituellement catastrophés. Il disait : « Soyez bons si vous le pouvez. » Et aussi : « La tristesse et la mélancolie, loin de ma maison ! » Chez lui, la sainteté passait par la joie, l’humilité et un humour désarmant. On raconte qu’il se rasait parfois à moitié avant de sortir, simplement pour éviter qu’on le prenne trop au sérieux.

Le psaume nous faisait chanter : « Chantez au Seigneur un chant nouveau. » Voilà exactement ce qu’est la vie chrétienne. Non pas répéter sans cesse les vieux refrains de la peur, du découragement ou du repli. Mais laisser Dieu mettre en nous un chant nouveau. Saint Augustin écrivait : « Chanter est le propre de celui qui aime. » Quand le cœur aime, il finit toujours par chanter. Même discrètement. Même au milieu des épreuves.

Or l’Évangile nous rappelle aussi une vérité importante : suivre le Christ coûte quelque chose. Il faut parfois quitter des sécurités, des habitudes. Mais Jésus promet : rien de ce qui est donné par amour n’est perdu. Le Royaume de Dieu ne fonctionne pas selon la logique du manque. On n’est pas dans la logique du manque, mais dans celle du don. « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » dira Jésus par ailleurs (Actes 20, 35)

Et cela éclaire merveilleusement la figure de saint Philippe Néri.
Il n’a pas cherché les honneurs. l n’a pas voulu fonder une puissance. Il voulait simplement conduire les gens vers le Christ dans la joie. Il disait encore : « Un cœur joyeux se perfectionne plus facilement qu’un cœur triste. »
Et au fond, elle rejoint profondément l’Évangile d’aujourd’hui. Dieu ne veut pas des disciples crispés. Il veut des disciples vivants. La sainteté chrétienne n’est pas une grimace héroïque. C’est une existence peu à peu dilatée par l’amour. Un cœur qui devient plus libre. Plus simple. Plus fraternel.

Et Jésus termine par cette phrase mystérieuse : « Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront premiers. » Le Royaume de Dieu bouleverse nos classements humains. Dans l’Évangile, les plus grands sont souvent les plus humbles, les plus pauvres, les plus disponibles à la grâce.

Suivre le Christ, ce n’est pas perdre sa vie. C’est découvrir enfin pour quoi elle est faite. Amen

Pierre Hannosset le 26 mai 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/05/saint-philippe-neri-mettons-nous-en.html 

lundi 25 mai 2026

Liturgie de la Parole 8e lundi TO-II Marc 10, 17-27

Méditation

Aujourd’hui nous reprenons le temps dit ordinaire avec l’évangile de St Marc au Ch. 10 qui nous rapporte un épisode bien familier celui du jeune homme riche.

Pour cette méditation, je me suis inspirée du commentaire du Nouveau testament par le pasteur Antoine Nouis.

L’homme qui s’agenouille devant Jésus a tout pour lui : il est jeune, riche et vertueux. Et pourtant il est en quête de quelque chose, il est en manque. Il demande : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Dans cette question il y a déjà une contradiction entre : « Que dois- je faire » et « avoir la vie éternelle en héritage ». Car un héritage on le touche, on le reçoit, il n’y a rien à faire sauf être.

Jésus énumère les différents commandements mais ce jeune homme vertueux les pratique depuis sa jeunesse et semble donc un peu déçu par cette réponse car il espérait en faire encore plus. Il me semble que Jésus l’est également : ce jeune a maîtrisé sa vie jusqu’à aujourd’hui et il voudrait aussi maîtriser son salut. Alors, « Jésus posa son regard sur lui et l’aima ». Ce n’est pas en raison de sa vertu que Jésus l’aime mais parce que celle-ci l’enferme en lui-même comme une carapace et Jésus veut la faire éclater. A la radicalité de la vertu du jeune homme – depuis sa jeunesse il observe les commandements - Jésus oppose une générosité radicale : « Va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres puis viens et suis-moi». Jésus lui propose de devenir disciple à la seule condition : celle de s’appauvrir pour être libre et s’attacher à lui seul.

Par la radicalité de cet appel le jeune homme touche à ses propres limites : de jeune homme vertueux il devient jeune homme triste qui se découvre incapable d’obtenir la seule chose qui lui manquait : avoir en héritage la vie éternelle.

 

Nous pouvons nous poser cette question : Y a-t-il encore des richesses qui m’empêchent de suivre pleinement Jésus et quelles sont-elles ?

Un passage du livre « Laisse Dieu être Dieu en toi » du père Jean-Marie Gueulette (1), dominicain, peut nous inspirer :


"Il est plus juste de parler de détachement que de renoncement. Se détacher, c'est se libérer, c’est ne plus s'attacher ou être attaché. Si on n'y pense, c'est une situation, une expression terrible, "être attaché".

« Rien ne doit échapper au détachement, au sens où rien, dans la vie chrétienne n'est à l'abri de l’idolâtrie. Nous sommes capables de nous attacher, de nous bloquer, de nous arrêter aussi bien dans le péché que dans l'extase. Pour être vraiment libre, il faut apprendre le détachement non seulement à l'égard de ce qui est mauvais, mais aussi de ce qui est bon et beau.

Dieu ne veut pas que nos cœurs soient encombrés de biens, car il veut y habiter comme notre seul bien. Le péché, c'est de le mettre en concurrence avec d'autres biens. Le principal problème, dans la vie spirituelle, est l'occupation de l'espace : s'il y a déjà du monde, plus personne ne peut entrer. Si notre coeur est plein, si notre vie ou notre agenda sont pleins, il n'y a plus de place pour Dieu. On ne peut rien verser dans un vase déjà plein d'eau."

Mais devant Dieu ce ne sont pas tes travaux qui comptent, c’est toi. C’est toi qui as du prix à ses yeux, et non pas ce que tu fais. Tu n’as rien à prouver devant Dieu, tu es son fils, sa fille.

 

Pose ton regard sur nous Seigneur, et fais-nous découvrir ce qui nous retient encore loin de toi. Que notre générosité à tout donner nous procure la joie de n’appartenir qu’à toi seul.

Sr Jean Baptiste le 25 mai 26


(1) J.M Guellette, Laisse Dieu être Dieu en toi. p. 42-43. 55

dimanche 24 mai 2026

Liturgie de la Parole Pentecôte A Jean 20, 19-23 ; Actes 2,1-11

Introduction

Bonjour, belle fête de Pentecôte à tous, 

Au cours de ses périples missionnaires, Paul arrivant à Éphèse y trouve quelques disciples, et il les interroge : Avez-vous reçu l’Esprit Saint, quand vous êtes devenus croyants ? Mais lui répondirent-ils, nous n’avons même pas entendu parler d’Esprit Saint ! (Actes 19,2) Nous tous nous en avons entendu parler, cela oui... mais en devenant croyant.e.s l’avons-nous accueilli ? en vivons-nous au quotidien ? que cette fête ravive en nous la flamme de l’Esprit. Oui, ouvrons nos cœurs tout grands, faisons-nous simples flûtes de roseau qu’il puisse emplir de sa musique ! que nos vies soient occasion pour lui de jouer sa divine partition !


Méditation

Alors la Pentecôte, le don de l’Esprit, c’est un événement intime, quand Jésus ressuscité souffle sur ses apôtres et les envoie en mission ? c’est un événement tonitruant, quand l’Esprit s’engouffre au cénacle et propulse les disciples au dehors ? sans doute ne faut-il pas opposer les deux textes que nous avons reçu, mais les unir… recevoir le message de chacun.

Oui, la venue de l’Esprit est quelque chose d’intime, c’est Jésus qui nous partage son souffle, qui nous partage cet amour qui l’unit au Père, cet amour qui l’a habité au long de sa vie, qui lui a donné d’accomplir sa mission jusqu’au bout, et de traverser l’épreuve de la mort de la croix, cet amour qui l’a ressuscité et entraîné auprès du Père. Oui, la venue de l’Esprit est pour nous encore aujourd’hui, ce passage du Ressuscité alors que nous sommes claquemurés, confinés dans nos peurs, dans nos traumatismes de toutes sortes. Jésus aujourd’hui encore vient dans nos assemblées (même en nos vidéo conférence), il vient nous donner sa paix, il vient montrant ses plaies et attestant ainsi de sa mort et de sa résurrection, il partage son souffle, comme au jour de la création où Dieu mit son souffle en l’humain formé de la glaise.

Oui, la venue de l’Esprit est quelque chose de tonitruant, quand s’engouffrant dans nos murs, le souffle emplit nos maisons, nous fait expérimenter une plénitude débordante, un feu brûlant, qui fait sauter les verrous de nos peurs, et nous envoie porter la Bonne nouvelle du salut. Quand l’Esprit nous bouscule par delà nos certitudes et nos habitudes, et nous invite à des chemins nouveaux.

Les Juifs fêtaient à la Pentecôte la récolte, c’était la fête de la moisson, cinquante jours après la Pâques, puis ils ont ajouté à ce premier sens de leur fête, la fête de l’Alliance avec Noé, une alliance à couleur universelle, puis ils ont ajouté la célébration du don de la loi au Sinaï. On aurait alors pu penser que la Pentecôte était plutôt une fête qui encadrait la vie humaine, la corsetait peut-être dans une loi qu’il allait falloir observer minutieusement. Et voilà que c’est ce jour-là que l’Esprit vient sur la communauté des disciples, les emplir de feu, les souffler dehors… et que les juifs qui étaient au dehors pour accomplir leur pèlerinage à Jérusalem, pour accomplir les préceptes de la loi, sont bouleversés en les voyant, au point de leur demander : que devons-nous faire ? comme s’ils découvraient que leur simple et belle observance était insuffisante… comme s’ils percevaient soudain un grand souffle qui bouscule, dérange, appelle toujours plus avant…

La venue de l’Esprit est une venue à l’intime, qui nous fait toucher ce lieu du cœur, où nous sommes habités par Dieu lui-même. Et tout à la fois, la venue de l’Esprit nous bouscule et nous sort de nous-mêmes.

Et enfin, la venue de l’Esprit est un événement communautaire : c’est sur les disciples rassemblés que Jésus souffle, les missionnant. C’est sur les disciples rassemblés, que l’Esprit vient : feu, souffle, vie débordante qui projette dans l’ailleurs. Alors faisons de ce temps de prière, un temps pour ensemble accueillir sa venue et acceptons par avance la mission qu’il pourrait lui prendre l’idée de nous confier. Ouvrons-nous à sa grâce ! Consentons à ses bousculades !

Sr Myrèse 28 mai 2020