mardi 17 mars 2026

Liturgie de la Parole 4e mardi Carême Jean 5, 1-16

Accueil

Bonjour, bravo vous êtes là ! dites-moi, est-ce par habitude ? par obéissance ? c’est déjà pas mal ! est-ce réponse à un appel ? à l’appel du Seigneur ? Avez-vous eu le temps de déposer vos soucis, de vous libérer de tout ce qui est peut-être important mais pourrait se transformer en distraction, car nous occupant l’esprit hors du temps opportun. Si le Seigneur nous appelle, pour nous sauver, pour nous combler, encore faut-il que nous soyons là, vraiment là, le cœur ouvert, disponible. Alors laissons-nous un instant, pour descendre en la profondeur… le Seigneur passe, il appelle :
 « Fais-toi capacité et je me ferai torrent. » disait le Seigneur à Catherine de Sienne. Il nous le dit aujourd’hui !  « Fais-toi capacité et je me ferai torrent. » 

Après l’Évangile

Nous y sommes, voyons devant nous la piscine de Bethzatha. Bethzatha : maison de la compassion ! là Jésus vient nous rejoindre aujourd’hui. Ce lieu semble plutôt le rebus de la société, on y dépose les malades, les aveugles, les boiteux, les impotents : littéralement, les desséchés ! un comble, être desséché à côté d’une piscine ! Si nous sommes descendues au fond de notre cœur, au long de ce carême, nous pouvons nous reconnaître parmi tous ces gens… Peut-être résignées, découragées… nous sommes là, déposées !
Là, depuis 38 ans ! 38 ans… ! que représente une telle durée ? le Deutéronome (2,14) nous répond : c’est le temps d’errance du peuple au désert, le temps nécessaire pour que meurent tous les hommes de la contestation, ceux qui étaient en âge de porter les armes ! 38 ans… le temps qu’il faut pour nous désarmer ? pour devenir capacité et nous disposer enfin à accueillir un salut. 
Veux-tu guérir ? question que Jésus nous adresse aujourd’hui ! Ben, je n’arrive pas Seigneur ! veux-tu guérir ? ou veux-tu encore et encore errer avec tes armes au désert, … Ou seras-tu comme cet homme, enfin désarmé, enfin ouvert, enfin capacité avouant : je n’ai personne pour m’aider ! 38 ans, c’est symboliquement la première étape du carême… Temps de dépouillement qui nous mène à ce point, où nous déposons enfin les armes, et accueillons le Seigneur au plus profond. 
Lève-toi, prends ton grabat (ton histoire traversée, assumée) et marche. Marche avec Jésus, vers la Pâque.  
Veux-tu guérir ? lève-toi, prends ton grabat et marche. Fais-toi capacité, Jésus pour toi, se fait torrent

Invitation à la prière

Avec tous les infirmes, desséchés, malades, aveugles… que Jésus vient sauver, tournons-nous vers le Père, Et redisons-lui notre désir du salut

Sœur Myrèse le 1er avril 25



lundi 16 mars 2026

Liturgie de la Parole 4e lundi de carême Jean 4, 43-54 ; Isaïe 66, 17-21

Cana-bis

Homélie 

Dans la première lecture de ce jour, le Seigneur fait entendre une promesse qui ressemble à une aurore : « Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle. » Ces paroles surgissent pourtant dans un temps fragile. Le peuple est revenu d’exil, mais la joie espérée tarde à éclore. Jerusalem est encore blessée, ses pierres portent la fatigue de l’histoire. Les maisons se relèvent lentement, les cœurs aussi. Les rêves d’hier semblent plus petits que l’espérance d’autrefois. Et c’est précisément là, au milieu de ces ruines encore tièdes, que le prophète annonce une parole immense : Dieu ne se contente pas de réparer le passé. Il promet une création nouvelle. Car Dieu regarde le monde autrement que nous. Là où nos yeux voient des crises, des fatigues et des chemins fermés, lui discerne déjà des commencements invisibles. Le Carême est un temps pour apprendre ce regard. Non pas fuir le monde, mais croire qu’au cœur même de notre histoire, Dieu travaille la pâte de la vie comme un artisan patient. Et combien cette espérance nous est nécessaire en ces temps de guerres et de troubles. Isaïe annonce un monde nouveau au moment même où tout semble fragile. Car souvent, la promesse de Dieu naît au cœur des heures les plus incertaines de l’histoire.

Je le dis parfois avec un sourire : Dieu n’a pas de « repair café ». Il ne rafistole pas simplement ce qui est abîmé. Il ne pose pas des rustines sur l’usure du monde. Dieu crée, il recrée, il fait jaillir du neuf là où nous pensions que tout était fini. C’est comme si le premier matin du monde recommençait sans cesse, comme au premier chapitre de la Genèse : la lumière séparée des ténèbres, la vie ordonnée dans le chaos, l’homme appelé à marcher avec Dieu.

Ainsi Dieu ne nous abandonne jamais. Il demeure auprès de nous, et doucement il met de l’ordre dans l’histoire du monde et dans le petit monde de nos cœurs. Cyrille d’Alexandrie écrivait : « Dieu promet un monde renouvelé où la tristesse disparaît et où la joie devient la demeure des justes. » Et Augustin ajoutait cette parole lumineuse : « La création nouvelle commence en nous. » Car le monde nouveau de Dieu commence toujours par un cœur renouvelé. 

Et l’Évangile nous montre comment cette création nouvelle se met en marche. Cana avait déjà vu le premier signe : l’eau changée en vin, la joie offerte à une fête qui s’épuisait. Aujourd’hui vient le deuxième signe. Deux signes, une même leçon : la foi commence souvent par une confiance dans une parole. À Cana, Marie dit simplement : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Et dans l’Évangile d’aujourd’hui, un père inquiet entend Jésus lui dire : « Va, ton fils est vivant. »
Et cet homme repart. Il repart avec une parole pour toute richesse. Il n’a vu aucun miracle. Il n’a aucune preuve dans les mains. Seulement une promesse dans le cœur.
Et pourtant il marche. Comme l’écrira saint Augustin : « Il crut avant de voir, afin que croyant il puisse voir. » Et c’est en chemin qu’il découvrira que la vie était déjà à l’œuvre. Car il en est souvent ainsi dans la vie de Dieu.
Lorsqu’on plante une graine dans la terre, les premiers jours rien ne semble changer. La surface du sol reste silencieuse. Le jardin paraît immobile. Mais sous la terre, dans le secret obscur, la graine se fend, les premières racines cherchent l’eau, et la vie commence son patient travail. Le père de l’Évangile est parti avec une simple parole de Jésus. Sur la route, rien n’avait encore changé. Et pourtant, pendant qu’il marchait, dans la maison lointaine, la vie revenait déjà.
Il en est souvent ainsi pour nous. Nous avançons avec une parole de Dieu déposée dans le cœur, et nous ne voyons pas encore ce qui grandit. Mais sous la surface de nos jours ordinaires, dans le silence de nos chemins Dieu fait déjà lever la vie nouvelle qu’il a promise. Et un jour, comme cet homme de l’Évangile, nous découvrons avec émerveillement que pendant que nous marchions dans la confiance, le miracle était déjà en train de grandir.

Pierre Hannosset le 16 mars 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/03/lundi-de-la-4eme-semaine-de-careme.html 

dimanche 15 mars 2026

Liturgie de la Parole 4e dimanche carême A Jean 9, 1-41

Accueil

"Réjouis-toi, Jérusalem ; vous tous qui l’aimez, rassemblez-vous. Jubilez de sa joie, vous tous qui étiez dans la tristesse."
Comme sœur Marie-Raphaël l’a dit il y a quelques instants, c’est donc la mi-carême, la Laetare, réjouis-toi, c’est une sorte de répit dans notre marche vers Pâques. Et un peu partout d’ailleurs, il y a des réjouissances populaires, des carnavals de la Laetare, à Andenne, à Stavelot, à Tournai et sans doute dans bien d’autres endroits également. Mais cette respiration au milieu du temps du carême est, je pense, tout-à-fait justifiée parce que ce temps de conversion, ce temps d’ascèse, est bien cumine, mène, normalement à la joie. Et si nous faisons des efforts pour suivre le Christ, c’est pour nous rapprocher de lui, c’est pour avoir part davantage à sa lumière, à sa joie et à son amour.
Au début de cette célébration, accueillons cette lumière du Christ dans nos ténèbres. Rapprochons-nous de lui.

Homélie

Frères et sœurs, voilà un aveugle de naissance décidemment bien sollicité. Quatre entrevues lui sont, en quelque sorte, imposées. Ce n’est jamais lui qui a l’initiative. Il y a deux rencontres avec Jésus et il y a deux rencontres avec les pharisiens. Les deux rencontres avec Jésus font manifestement grandir cet homme. Il était d’abord guéri de son aveuglement de naissance, lors de la première entrevue. Et lors de la deuxième entrevue Jésus le fait parvenir à la foi, à la foi en lui, à la foi dans le Fils de l’homme. Les deux rencontres avec les pharisiens ne se traduisent par aucun progrès, c’est un dialogue de sourds. On répète d’ailleurs les mêmes choses évidemment et ça se termine par des injures et par une exclusion de la synagogue pour cet homme.
Il y a quelque chose d’ailleurs qui me frappe dans le récit, c’est à quel point cet homme, une fois qu’il est guéri, acquiert une maturité humaine, une confiance en lui, une assurance qui est tout-à-fait saisissante. Il répond aux pharisiens avec beaucoup de pertinence, tellement de pertinence d’ailleurs qu’ils ne trouvent en définitive rien d’autre à faire que de l’injurier et de le congédier. C’est une belle illustration de ce que la grâce ne détruit pas la nature mais au contraire la porte à son véritable accomplissement. 
Ce geste de Jésus occupe une place importante dans l’évangile de saint Jean et on pourrait se dire : c’est une belle histoire passée etc. c’est un bel haut fait de Jésus et nous nous en rappelons de temps en temps, à chaque carême. On comprend pourquoi c’est un texte qui est utilisé dans le parcours des catéchumènes vers la joie et vers la lumière de Pâques.
Mais en fait peut-être que, frères et sœurs, cela nous concerne chacun et chacune d’entre nous en profondeur. Les premiers théologiens chrétiens, ceux qu’on appelle les Pères de l’Eglise, enseignaient qu'à côté des cinq sens qui nous donnent accès au monde matériel, notre vue, notre ouïe, notre odorat, notre tact, notre goût, voilà, ce qui nous met en contact des réalités extérieures du monde, ce qui nous permet aussi de communiquer les uns avec les autres. Et bien à côté de ces cinq sens, l’homme serait doté aussi de sens spirituels. D’une vue spirituelle, d’une ouïe spirituelle, d’un goût spirituel, etc. et ces facultés nous rendraient capables d’entrer en relation avec les choses de Dieu, avec l’invisible, ce qui est au-delà de ce qui est simplement matériel. Adam dans le paradis était dans une proximité avec Dieu, il entendait, symboliquement, Dieu, ou il le voyait se promener dans le jardin à la brise du soir. Façon bien entendue symbolique de s’exprimer pour dire que l’homme était vraiment en communion avec Dieu, ressentait sa présence et sa proximité grâce à ses sens spirituels. Malheureusement à la chute, ses sens se sont fermés. Rappelez-vous, le serpent promettait à Adam et Ève : ah si vous mangez ce fruit, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux. Mais de quels sens parlait-il ? Parce qu’au moment où Adam et Ève mangent le fruit de la connaissance du bien et du mal leurs sens spirituels se ferment et ceux qui s’ouvrent bien davantage qu’auparavant, et bien, ce sont les sens matériels, ce sont les yeux du corps. L’homme est pour ainsi dire tourné beaucoup plus qu’avant vers les réalités matérielles, il est comme emprisonné, pour ainsi dire, dans ce monde sensible, et coupé du monde de Dieu. Peu après dans la Bible on dira que c’est à ce moment-là qu’on a commencé à invoquer le nom du Seigneur. Mais en général ceux et celles qu’on invoque ce sont des personnes qu’on ressent comme absentes. 
Et il faudra, plus précisément, la venue de Jésus parmi nous pour réveiller ces sens spirituels et rétablir pour l’humanité cette possibilité de communication avec Dieu, de saisie des choses divines. Pourquoi, dans les évangiles, y-a-t-il tellement de guérisons, d’aveugles, de paralytiques, de sourds muets etc. ? Il y a bien entendu des guérisons physiques, mais plus profondément, on veut montrer que le Christ rend progressivement à l’homme toutes ses facultés, le remet debout, le rend capable à nouveaux frais d’entrer en relation avec Dieu et de faire véritablement alliance avec lui. Et d’une certaine façon, ce récit de l’aveugle-né illustre cette mission de guérison profonde des facultés humaines que Jésus est venue opérer parmi nous. 
Alors frères et sœurs, cet évangile nous concerne au plus haut point. Nous aussi demandons au Seigneur à être guéris de notre aveuglement. Demandons au Seigneur à ce que ces sens spirituels dont il nous a doté puissent réellement s’ouvrir sur sa lumière, sur son amour, sur sa présence. Régulièrement des personnes découvrent cette présence de Dieu, du Christ pou de la Vierge Marie à leurs côtés.
Permettez-moi ici de rapporter une conversion récente assez spectaculaire dont on a parlé pas mal dans les journaux. C’est celle de Fabrice Amedeo. C’était un participant du Vendée Globe de l’année passée, cette course en solitaire, sans escale, qui fait littéralement le tour du monde. Fabrice Amedeo était un marin aguerri, c’était déjà sa troisième participation à cette course. Et voilà qu’avant le départ on lui propose de bénir son bateau et on lui propose aussi de prendre à bord une petite statue de la Vierge de Rocamadour. Il était d’éducation chrétienne, mais avait délaissé tout cela complètement pour se tourner vers une forme de panthéisme. Et il se dit, ben pourquoi pas, ça ne peut pas faire de tort, et puis la mer ça reste toujours quelque chose de périlleux, de dangereux, surtout dans de telles conditions. Il se dit, ben pourquoi pas ? ça ne peut pas me faire de tort. Et voilà que la traversée s’avère beaucoup plus difficile que prévu. Il rencontre de gros problèmes dans la descente de l’Atlantique sud et il se met à prier. Il dit au début c’était une simple superstition, voilà, je me suis dit : tiens donc. Mais il éprouvait le besoin tout de même de se tourner vers quelque chose avec les difficultés qu’il rencontrait. Et voilà qu’un jour, alors qu’il était à proximité de l’Antarctique, il a la chance de voir une magnifique aurore boréale, ou plutôt australe puisqu’il est dans l’hémisphère sud. Donc il voit le ciel qui est complément illuminé de couleurs vertes, jaunes etc. un spectacle féérique, comme il y en a parfois à ces latitudes, mais en même temps, il se comme enveloppé d’un amour immense, il se sent, et c’est chez lui une véritable certitude, il sent qu’il est protégé, qu’il est aimé. Et cette expérience très forte, il dit : ce n’était pas un sentiment, c’était une certitude que Quelqu’un veillait sur moi, dans ces grandes difficultés du moment qu’il traversait. Et il le dit lui-même cette présence m’a accompagné tout au long du reste du voyage, qui a quand même été extrêmement éprouvant puisqu’il comptait boucler son tour du monde en cent jours et il a dû en faire cent vingt. Il a manqué de nourriture. Il est arrivé aux Sables d’Olonne gravement déshydraté parce qu’il n’avait plus non plus d’eau potable, il était grand temps qu’il arrive. Et il dit : cette expérience au beau milieu de la mer sur cette coquille de noix m’a vraiment marqué pour toujours. J’ai éprouvé une paix et un sentiment intérieur comme je n’en avais jamais éprouvé auparavant.
Voilà, Dieu peut à l’improviste, alors qu’on ne s’y attend pas, ouvrir les sens spirituels de quelqu’un qui devient à ce moment-là conscient de sa présence, de son amour, de sa vie.
Frères et sœurs, en ce dimanche de l’aveugle-né, n’ayons pas peur de demander au Seigneur à ce qu’il nous ouvre également nos yeux, ainsi que nos autres antennes, pour percevoir sa présence. 
Et je voudrais reprendre ici en la transformant un petit peu la prière de la liturgie de ce deuxième dimanche de carême : Seigneur, donne-nous les vivres dont notre foi a besoin, et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta présence et nous ouvrir à ta lumière.

Jean-Michel Counet, Hurtebise le 15 mars 26


samedi 14 mars 2026

Liturgie de la Parole 3e samedi carême Luc 18, 9-14

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 Méditation 

Deux hommes montent au Temple pour prier. La scène est simple, presque ordinaire. Deux croyants fidèles, un pharisien et un publicain. Deux hommes qui se présentent devant Dieu.

Le pharisien se tient debout. Il prie (1) en commençant par rendre grâce. Puis il énumère ses pratiques : « JE ne suis pas comme les autres hommes. JE jeûne deux fois par semaine. JE verse le dixième de tout ce que JE gagne. » Dieu est présent mais le centre de la prière reste le « JE » - un miroir spirituel. Sa parole monte mais elle ne semble pas attendre de réponse.

Le publicain, lui, se tient à distance. Il ne lève pas les yeux. Il frappe sa poitrine. Il ne construit pas de prière. Il dit simplement « Montre-toi favorable au pécheur que je suis ». « Prends pitié du pécheur que je suis ». « Sois miséricordieux pour moi, le pécheur ». Aucun discours sur lui-même. Il se tient simplement devant Dieu. Il s’en remet à sa miséricorde.

Ce qui distingue ces deux hommes, c’est leur manière d’être devant Dieu. 

L’évangéliste nous annonce que la parabole s’adresse « à ceux qui sont convaincus d’être justes » (2) . Être juste devant Dieu, c’est vivre dans une relation ajustée avec lui. C’est un terme de relation. 
Jésus nous montre alors deux cas de figure :

-    Le pharisien se tient debout, prenant appui sur lui-même et se comparant aux autres. Il se justifie lui-même. Il est convaincu d’être juste.
-    Le publicain est à distance ; il a le cœur ouvert à la miséricorde divine. Il ne s’appuie sur rien d’autre que sur Dieu. Il se présente devant Dieu tel qu’il est.

Le verset clé de ce passage, c’est peut-être celui-ci : « Quand il (le publicain) redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste » (AELF), que la TOB et la Jérusalem traduisent par « il descendit chez lui justifié ».

Il descendit chez lui justifié. On redescend toujours du Temple. Mais spirituellement, il y a peut-être là un chemin : descendre, consentir, lâcher prise. C’est dans ce mouvement que l’homme rencontre la vérité de Dieu et que Dieu peut le relever !

Est justifié celui qui consent à être regardé par Dieu dans sa vérité. A laisser un espace où Dieu peut agir. C’est là que la relation peut s’ajuster et vivre.

Le publicain « reçoit » la justification. Et il en vit.

Plutôt que l’autre. « Il descendit chez lui justifié plutôt que l’autre ». Jésus n’a pas dit : « et pas l’autre ». Jésus ne critique d’ailleurs jamais explicitement le pharisien. Qu’en est-il de lui ? Son sort semble rester en suspens. La parabole nous laisse devant cette question.

Cela nous rappelle que, dans la vie spirituelle, on peut prier beaucoup, servir fidèlement, marcher droit… tout en gardant discrètement la main sur sa propre justification (3) . 

Le carême peut devenir cet espace : un espace où nous pouvons nous tenir devant Dieu tels que nous sommes, sans trop parler, sans nous défendre, sans fuir ; un espace où nous consentons à être rejoints par Dieu dans notre vérité. Au lieu de chercher à nous tenir debout par nous-mêmes, nous pouvons accepter de nous laisser relever par lui. 

Y a-t-il en moi ce lieu où je consens à être regardée par Dieu telle que je suis — et non telle que je voudrais paraître devant lui ?

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[1] Dans le texte grec, le pharisien πρὸς ἑαυτὸν προσηύχετο, littéralement : il priait vers lui-même.

[2] « à certains qui étaient convaincus d’être justes » - en Grec : πεποιθότας ἐφ’ ἑαυτοῖς, mettre sa confiance en soi-même.

[3] La tentation de tirer sa justification de sa propre fidélité est un danger de la sécurité spirituelle fondée sur soi-même.


Prière :

Seigneur,
Il y a en moi le pharisien
qui se tient debout devant toi,
qui prie, qui rend grâce
et qui énumère ce qu’il fait pour toi.

Et il y a aussi en moi le publicain,
qui se tient à distance,
qui n’ose pas lever les yeux vers le ciel
et qui dit simplement :

« Prends pitié du pécheur que je suis. »

Apprends-moi à me tenir devant toi dans la vérité.
Donne-moi d’accueillir la justice qui vient de toi.
 

Apprends-moi aussi ce chemin :
descendre,
consentir,
lâcher prise.

Donne-moi d’accepter d’être regardé par toi
telle que je suis.
Amen.

Isabelle le 14 mars 26