dimanche 23 août 2026

Liturgie de la Parole 21e dimanche A Matthieu 16, 13-20 ; Isaïe 22, 19-23 ; Romains 11, 33-36

Homélie

De certains romans on dit qu’ils sont des romans à clé, qui s’ouvrent lorsqu’on y fait jouer une certaine clé, donnant accès à un surplus de signification. Les lectures de ce jour ne sont pas un roman, mais elles parlent de clé et font jouer certaines clés que je voudrais découvrir avec vous.

Aux textes du lectionnaire, je voudrais ajouter deux versets de l’Apocalypse – deux clés sans doute. En Apocalypse 1,18, Jésus ressuscité s’adresse à l’apôtre Jean : « N’aie pas peur ! C’est moi qui suis le premier et le dernier, le vivant. Je suis mort, mais je suis vivant à tout jamais, et j’ai les clefs de la mort et du séjour des morts ». Plus loin, en 3,7, il se désigne comme « celui qui a la clef de David, celui qui ouvre de telle sorte que personne ne ferme, celui qui ferme de telle sorte que personne n’ouvre ». Dans la première lecture de ce dimanche, d’Isaïe, il était dit à propos du serviteur choisi par le Seigneur, Eliakim : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira. » Mais quelle est cette clé de David, qui devient dans l’Apocalypse celle de Jésus ?

Arrêtons-nous d’abord sur l’objet clé, dans sa réalité physique. Les clés dans l’Antiquité n’étaient pas nos clé-de-poche (sans parler de nos clés usb). Elles pouvaient mesurer jusqu’à 60 cm de long. Une célèbre clé de temple en bronze du Ve siècle avant J.-C., découverte dans le sanctuaire d’Artémis à Lousoi en Arcadie, mesure 40 cm de long. Les prêtres portaient cette clé sur l'épaule pour afficher leur rang et leur autorité. Certaines de ces clés étaient si lourdes qu’elles constituaient « la charge d’un homme », d’où l’image d’Isaïe : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David » (Is 22,22), la clé de l’autorité royale.

Dans la Bible, la clé devient le symbole de ce qui donne accès au dessein de Dieu, un dessein par ailleurs inscrutable, comme nous l’avons dit dans le psaume : « Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? ». L’énigme de ce dessein se concentre en fait dans la mystérieuse identité du « Fils de l’homme ». « Au dire des gens, - demande Jésus- qui est le Fils de l’homme ? » Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? ». Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! ». σὺ εἶ ὁ χριστὸς. Tu es l’oint χριστὸς de Dieu, celui qui a reçu l’onction de Dieu. Jésus lui répond : « (Et toi) Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Voilà que ressurgit le symbole des clés, cette fois « les clés, non plus du royaume de David, mais du royaume des Cieux ». Mais quel est ce pouvoir des clés, que Jésus remet à Pierre et à l’Église de Pierre, ce pouvoir des clés qui unit le monde des hommes et le monde de Dieu ?

Vous avez remarqué que Jésus, à la fin de l’épisode, demande instamment aux disciples « de ne dire à personne que c’était lui, le Christ ». Pourquoi cette injonction paradoxale, dans un contexte de révélation ? C’est qu’il manque encore la clé qui permettra d’« ouvrir » le mystère de Jésus-le-Christ – la clé qui est sa passion-résurrection. Et en effet, dès le verset suivant le récit de Matthieu, nous apprenons : « Dès lors Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et se réveiller le troisième jour ».


La clé, en fin de compte, c’est la croix, la croix que porta Jésus sur son épaule. Dans la tradition ancienne, la première lettre du mot Christos, la lettre chi (χ), qui a la forme d’une croix oblique, d’une croix diagonale, est devenue le monogramme, la signature, du Christ, mort et ressuscité. Cette lettre, si on veut, est la clé, qui ouvre le nom et le mystère de Jésus, le Christ. Prions ce matin pour que nous puissions faire le chemin des disciples, et notamment de Pierre, et confesser nous aussi, de la manière la plus personnelle qui soit : « Tu es le Christ ! ». Tu portes sur ton épaule une croix en forme de clé, une clé en forme de croix qui donne accès de manière irréversible, à la Vie de Dieu. Je pensais à ces mots tout à l’heure en regardant votre croix, qui est une croix en forme en de clé et une clé en forme de croix.

Père Jean-Pierre Sonnet, jésuite, Hurtebise le 23 août 26


samedi 22 août 2026

Liturgie 20e samedi TO-II Matthieu 23, 1-12 ; Ezéchiel 43, 1-7a

Faire place

Méditation

Quand on entre dans l’église du monastère d'Hurtebise par la chapelle latérale — chapelle des fidèles ou chapelle de l’Europe —, la première figure que l’on rencontre est celle de Marie. 

Une Marie couronnée. Elle est la seule statue de l’église.

Nous sommes donc accueillis par une Reine, que l’Église, en ce 22 août, nous invite à célébrer.

Je vous l’avoue : cette couronne m’a toujours un peu embarrassée. Les trônes, les titres et les insignes royaux s’accordent mal, à mes yeux, avec la jeune femme de Nazareth.

L’Évangile d’aujourd’hui (Mt 23, 1-12) ne fait rien pour dissiper mon malaise. Jésus dénonce ceux qui recherchent les places d’honneur, aiment être salués en public et tiennent aux titres qui les distinguent des autres. Et Rome, en même temps, nous invite à fêter une Reine.

C'est un télescopage qui mérite qu’on s’y arrête.

On pourrait être tenté d'expliquer que Marie est une reine différente : une reine humble, une reine servante, une reine sans pouvoir. C'est sans doute une intuition juste. Mais cette explication ne dit pas encore ce que cette couronne désigne en Marie.

Et si nous posions la question autrement ?

Non pas : Pourquoi Marie est-elle Reine ?

Mais : Que couronne Dieu en elle ?

La vision d’Ézéchiel nous met sur la voie.

Le prophète voit la gloire de Dieu entrer dans le Temple. Elle arrive de l’orient, avec le bruit des grandes eaux, et toute la terre resplendit. Puis la gloire du Seigneur remplit le Temple.

Le Temple est simplement là. Ouvert à une présence qui vient l’habiter.

Et Dieu déclare : « C’est ici le lieu de mon trône, le lieu où je pose les pieds, et là je demeurerai au milieu des fils d’Israël.»

Ce qui fait la sainteté du Temple n’est donc pas le Temple lui-même. C’est la présence qu’il accueille. Le Temple est grand de Celui qui vient l’habiter.

Peut-être est-ce ainsi qu’il faut regarder Marie. Sa grandeur vient de la présence qu’elle accueille. Sa vie devient un lieu pour Dieu. À une différence essentielle près : un Temple ne peut pas dire oui. Marie, elle, le peut. 

Regardons encore notre statue. Marie n’est pas assise sur un trône. Elle est debout. Elle porte l’Enfant. Il tient dans une main le livre de la Parole et, de l’autre, s'accroche au voile de sa mère.

Marie consent. Elle interroge, s’étonne, puis répond. Son « oui » engage toute sa liberté.

Elle sait aussi que ce qui advient en elle la dépasse entièrement.

C’est ce qu’elle chante dans le Magnificat :

« Mon âme exalte le Seigneur.

Il s’est penché sur son humble servante.

Le Puissant fit pour moi des merveilles. »

Marie s’émerveille parce que Dieu s’est penché sur elle. Toute sa prière est tournée vers ce que Dieu accomplit. Les verbes importants ont Dieu pour sujet : il regarde, il fait des merveilles, il déploie sa force, il renverse, il élève, il comble, il relève.

Voilà qui nous ramène à l’Évangile de Matthieu :

« Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »

Marie fait place, librement. Et c’est dans cet accueil que Dieu l’élève.

Alors, que couronne Dieu en Marie ?

Il couronne son œuvre en elle. Il couronne le « oui » d’une femme qui lui a librement fait place.

Celle qui a porté le Christ est désormais pleinement associée à sa vie. Celle qui s’est appelée « la servante du Seigneur » est élevée auprès de celui dont la royauté consiste à aimer et à servir.

Alors tout se met à résonner :

·        La première lecture dans laquelle Dieu appelle « lieu de mon trône » l’espace où il vient habiter;

·        L'Evangile dans lequel Jésus renverse la logique des places : le plus grand est celui qui sert ;

·        Et le Magnificat : les puissants descendent de leurs trônes et les humbles sont élevés.

Marie Reine nous révèle comment le Royaume entre dans le monde : quand une liberté humaine consent à lui faire place.

Maintenant, en m’arrêtant devant la statue de la chapelle, je regarde la couronne autrement. Elle ne me dit plus : « Regarde jusqu'où Marie est montée. » Elle me dit : « Regarde jusqu’où Dieu peut aller quand on lui fait place. »

Isabelle le 22 août 26, mémoire de Marie Reine

vendredi 21 août 2026

Liturgie 20e vendredi TO-II Matthieu 22, 34-40 ; Ezéchiel 37, 1-14

Amour

Homélie

Il y a des maisons où, lorsqu’on entre, on sent immédiatement que quelqu’un habite encore là. Et puis il y a ces maisons abandonnées depuis longtemps : tout est encore en place, mais quelque chose manque. La vie. C’est un peu le spectacle que Dieu fait voir à Ézéchiel : une vallée immense, couverte d’ossements desséchés. Et Dieu lui demande : « Ces ossements peuvent-ils revivre ? » Ézéchiel pourrait répondre : « Seigneur, soyons sérieux ! » Il dit simplement : « Seigneur Dieu, c’est toi qui le sais. » 

 Nous connaissons, nous aussi, des vallées d’ossements. Une relation qui s’est desséchée. Une famille qui ne se parle plus. Une confiance qui s’est brisée. Une espérance qui s’est éteinte. Et parfois, à l’intérieur de nous-mêmes, quelque chose qui ne chante plus. Alors Dieu dit : « Je vais faire entrer en vous mon esprit, et vous vivrez. » Le mot biblique ruah signifie à la fois le souffle, le vent et l’Esprit. Dieu ne vient pas simplement réparer quelques os : il vient redonner un souffle.

 Et voilà que l’Évangile nous révèle quel est ce souffle : l’amour. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… et ton prochain comme toi-même. » Les deux commandements n’en font en réalité qu’un. Car aimer Dieu sans laisser cet amour atteindre nos frères serait une illusion. Et aimer vraiment son prochain, c’est découvrir en lui quelqu’un qui appartient à Dieu. Benoît XVI écrivait dans Deus caritas est : « L’amour est une lumière — en définitive, la seule — qui illumine sans cesse à nouveau un monde dans lequel nous vivons. »

 Nous faisons aujourd’hui mémoire de saint Pie X. Il avait notamment à cœur que la foi soit réellement nourrie par la Parole et l’Eucharistie. Car une foi qui ne nourrit plus la vie finit, elle aussi, par se dessécher.

Alors la question de ce matin est peut-être toute simple : Qu’est-ce qui, en moi, a besoin du souffle de Dieu ? Nous pouvons avoir de beaux principes, prier, venir à la messe… et garder quelques petits cimetières dans le cœur : des personnes que nous avons définitivement condamnées, des blessures devenues des murs. Aujourd’hui, Dieu nous dit : « Je vais faire entrer en vous mon souffle, et vous vivrez. »

 Le miracle ne sera peut-être pas de retrouver ce qui était autrefois, mais de recevoir un cœur nouveau pour regarder autrement ce qui est là aujourd’hui. Laissons donc entrer le souffle. Et là où l’amour recommence à circuler, la vie n’est jamais très loin.

Pierre Hannosset le 21 août 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/08/saint-pie-x-mettons-nous-en-presence-de.html

jeudi 20 août 2026

Liturgie de la Parole 20e jeudi TO-II Matthieu 22, 1-14, Ezéchiel 32, 23-28

Introduction

Aujourd'hui est jour de fête pour une de nos Soeurs. Saint Samuel ! Qui était ce Samuel qui a dû être appelé 3 fois avant de comprendre que c'était Dieu lui-même qui l'appelait ? Samuel est un personnage biblique dont l'histoire fait l'objet du Premier et du Deuxième Livre de Samuel dans la Bible hébraïque ou Ancien Testament. Il est qualifié de prophète dans la Bible bien que son rôle soit plus proche de celui d'un juge, c'est-à-dire un chef guerrier au sens biblique. Ce n'est pas n'impore qui, Il a guidé le peuple d'Israël et donné l'onction aux rois Saül et David. Bonne fête Soeur Samuel !

 

Dans le livre d'Ezékiel, Dieu dit « je suis le Seigneur... Je vous rassemblerai de tous les pays... Je vous donnerai un cœur nouveau... Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ». N'est-ce pas une bonne nouvelle ?

Dans l’Évangile, Dieu rassemble aussi son peuple, il invite tout le monde à la noce. Il envoie les serviteurs aux croisées des chemins, pour inviter les bons comme les mauvais. Cette parabole nous montre que Dieu nous invite tous et toutes, croyants ou non, beaucoup sont appelés, mais peu sont élus parce qu'il faut porter l'habit de noce.

Chantons les psaumes en rendant grâce à ce Dieu qui nous invite à participer au festin de son royaume.

 

Méditation

Jésus se met de nouveau à parler du Royaume des cieux aux grands-prêtres à l'aide d'une parabole. Le roi envoie ses serviteurs pour aller chercher les invités. Imaginons, un serviteur entre au monastère pour nous inviter à la noce du fils d'un personnage important, maintenant, ce n'est pas demain ni la semaine prochaine ou quand on aura fini un travail commencé, c'est tout de suite. Nous aurions sans doute trente-six bonnes raisons pour refuser l'invitation. On n'invite pas comme cela à l'improviste. Dieu est surprenant...

Le roi insiste, le banquet est prêt, il envoie d'autres serviteurs « venez à la noce » mais ces derniers sont maltraités et même tués. Le roi fera mourir les meurtriers, ce n'est pas de la vengeance de sa part, les meurtriers se sont condamnés eux-mêmes.

Finalement, à la croisée des chemins, tous seront invités, les bons comme les mauvais qui eux ont été enchantés de participer à la fête.

Dieu nous invite mais quel est ce vêtement de noces ? Peut-être l'écoute de sa Parole, le partage avec les autres, être en paix avec soi-même, avec les autres et avec Dieu ? Ou simplement se laisser aimer gratuitement.Si nous voulons rester maître de notre vie, enfermés dans nos habitudes en n'acceptant pas d'entrer dans le royaume sans l'avoir mérité, nous ne portons pas l'habit de noces.

Si nous nous mettons à la place de celui qui invite, quelle tristesse de voir toutes ces places vides ? De voir tous ces invités qui avaient soi-disant mieux à faire mais qui se privent de la joie de la noce parce qu'ils ont trouvé que leurs occupations étaient plus importantes que l'invitation du roi.

Dieu qui est amour, peut nous surprendre, Il nous invite à tout moment.

Le Royaume est comme un banquet auquel nous sommes invité(e)s. Pour porter l'habit de noces, ce vêtement intérieur, il nous suffit d'ouvrir notre cœur à son invitation en acceptant un changement dans nos vies ;

Réjouissons-nous, Dieu nous réserve une place dans son Royaume !

Danièle le 20 août 26

mercredi 19 août 2026

Liturgie de la Parole 20e mercredi TO-II Matthieu 20, 1-16a ; Ezéchiel 34, 1-11 ; Psaume 22

Introduction

Aujourd’hui nous avons droit à une parabole, une de plus me direz-vous : « Le Royaume des Cieux est comparable à… » De fait, c’est véritablement une technique ou une forme de communication très prisée par Jésus. Jésus va mettre en avant une situation rocambolesque qui va piquer notre attention et susciter un certain malaise chez celui qui s’en tiendrait à une interprétation au premier degré. Si, spontanément, le texte vous rebute, je vous invite à écouter la manière dont Jésus vient nous signifier le monde tel que Dieu le souhaite. Un monde de convivialité, un monde du partage qui permet à tous les êtres humains que nous sommes un vivre ensemble où chacun peut trouver le nécessaire qui donne accès au bonheur et à la joie du Royaume de Dieu. Comme toujours, nous sommes invités à tirer des enseignements en fonction de notre propre vécu.

Vous entendrez aussi ce que le Seigneur annonçait par la voix d’Ezéchiel 587 ans avant J-C. Les prophéties d’Ezéchiel ressemblent curieusement à ce que Jésus soulève comme questionnement.

Le psalmiste l’a bien entendu et bien compris. Il chante son expérience et sa louange : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer. Vers les eaux tranquilles il me conduit, il y refait mon âme. Il me guide aux sentiers de justice à cause de son nom. » Entrons avec lui dans la prière et la louange.

 

Commentaire

Je me projette quelques années en arrière, au temps ou j’étais employeur, et, que ce soit sur base d’un contrat légal préétabli ou non, une telle largesse pour les uns, un tel déséquilibre salarial en fonction des heures prestées, auraient suscité une levée de boucliers de la part des ouvriers. Cela aurait suscité colère et indignation voire entraîné une revendication syndicale.

Essayons de remettre les choses dans leur contexte et voyons s’il est possible de comparer des choses comparables. On peut penser en effet que les conditions d’emploi devaient être très différentes à l’époque de Jésus.

Détrompez-vous… Si vous avez écouté les informations de ces derniers jours, vous comprenez que deux mille ans plus tard, nous vivons une sorte de copié/collé d’une bien triste réalité !

Revenons-en à la parabole : Il s’agit ici d’un maître de maison qui est propriétaire de grands domaines terriens, des terres qu’il ne peut exploiter à lui tout seul. Il est donc dans l’obligation d’engager des ouvriers salariés pour travailler sur son domaine. Le travail et les conditions sont pénibles mais ces hommes sont assurés de manger et de vivre. Dans les périodes de grande activité (moissons, vendanges) on fait appel pour la journée à des travailleurs occasionnels. Ces journaliers reçoivent pour salaire une pièce de monnaie, une pièce d’argent obligatoirement payée le soir même. Il y a des chômeurs, comme ces ouvriers de la 11ème heure attendant vainement un employeur sur la place publique. Je vous fais remarquer qu’il y avait déjà une certaine forme de sécurité sociale puisque la Loi prévoit qu’une petite partie de la moisson doit être réservée aux étrangers, aux veuves et aux orphelins qui peuvent venir glaner les épis laissés au sol… les miettes en quelque sorte, comme disait une certaine Cananéenne !

Est-ce que cette manière de fonctionner est révolue ? On pourrait le croire et l’espérer. Hélas. Aujourd’hui encore beaucoup de personnes sont recrutées et embauchées selon les besoins, selon l’urgence, au rythme des saisons. Des journaliers, comme on les appelle, dont la précarité est liée à une forme de flexibilité que certains voient comme une forme de progrès nécessaire. Flexibilité, un mot bien à la mode et qui laisse entrevoir une justice tout aussi flexible et peu scrupuleuse. Je remarque que ces emplois précaires sont dévolus aux plus faibles, aux « sans quelque chose », à ceux qui sont « sans emploi, sans diplôme, sans défense, sans repères… » Des gens taillables et corvéables à merci et qui, pour la plupart, sont logés dans des conditions insalubres, traités de façon inhumaine.

Bien sûr, de belles avancées ont été réalisées, il faut le reconnaître, mais ils sont encore tellement nombreux à attendre le bon vouloir de ceux qui détiennent les clés du pouvoir et de l’emploi.

Remarquons aussi que le maître ne convient pas d’un salaire avec les ouvriers de la 3ème heure, ni avec ceux de la 6ème ou la 9ème mais il leur dit : « Je vous donnerai ce qui est juste ». A ceux de la 11ème heure, il ne propose d’ailleurs rien sinon d’aller travailler.

Quand vient le moment de la sainte paye nous sommes tous curieux de savoir combien vont recevoir ces derniers arrivés et aussi ce qui correspond à ce que Jésus a annoncé comme juste. Qu’un employeur embauche encore des journaliers à 17H00 est inimaginable, mais qu’il leur verse le même salaire qu’à ceux qui ont travaillé depuis 6H00 du matin est un scandale. En fait, tous reçoivent le même salaire. Est-ce cela que l’on qualifie de juste ? Ceux qui ont trimé toute la journée sous un soleil de plomb sont loin de le penser. Et, même s’ils reçoivent ce qui leur était promis, ils attendent la reconnaissance de leurs efforts, une forme d’équité.

L’accord conclut a pourtant bien été respecté, mais de quelle justice parle-t-on ? Jésus va faire passer la logique du calcul, de la rétribution en fonction des mérites, au second plan.

La parabole oppose ici deux logiques.

Il y a d’une part la logique du monde qui suit les règles du donnant/donnant et où les rôles et les valeurs sont fixés.

Jésus, lui, veut faire apparaître la logique du Règne de Dieu qui bouscule les règles établies. Le Règne s’approche, - ou il est déjà là - quand il bouscule nos attentes et nos schémas. Ce qui prime c’est l’assurance du minimum vital c’est-à-dire que chacun ait de quoi se nourrir et vivre : une pièce d’argent est nécessaire. Tout homme a de la valeur, un prix inestimable aux yeux de Dieu. La logique d’une gratuité, d’une certaine démesure donnant accès au Royaume de Dieu n’est pas un discours creux mais elle exige une prise de conscience personnelle et collective. La logique du Royaume n’est évidemment pas la logique du monde.

Un changement profond de système de valeur est proposé. Le Règne de Dieu n’est ni une utopie, ni un fantasme immergé dans un futur incertain. Les signes ne sont pas à chercher ailleurs que dans le quotidien ; un quotidien où surgit le beau, le bon, le vrai ; un quotidien où l’amour bouscule les raideurs humaines, fussent-elles pieuses !

L’exemple le plus improbable c’est celui d’un homme, celui qu’on appelle « le bon larron ». Cet ouvrier de la dernière minute reçoit un salaire garanti. Celui qu’il n’exige pas mais qu’il confie à Jésus : « Souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume ».

Je voudrais terminer par de la gratitude. S’il y a encore beaucoup à faire au point de vue du respect de la dignité humaine, j’ai énormément de reconnaissance pour tous ceux qui ont œuvré à l’édification d’un système social, pour tous ceux qui continuent à se battre pour le maintenir et l’améliorer afin que les « sans papiers, les sans bonne santé, les sans emploi, les sans qualifications » puissent être assurés et bénéficiés du minimum vital. Le droit aux moyens de subsistance ne se discute pas et doit être garantis sans restriction.

 

Invitation au Notre Père

« Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Vers les eaux du repos il me mène, il y refait mon âme. Il me guide aux sentiers de justice à cause de son nom »

Seigneur, comme Jésus lui-même nous l’a appris nous te prions : Notre Père…

 

Prière de conclusion

Nous sommes reliés quand nous nous épaulons dans une mission collective. Le Royaume est fondé sur des capacités partagées, des talents communs, des forces réunies… L’amour des frères est une forme de mort à soi-même, à nos égoïsmes, nos vanités, notre amour propre. Je ne voudrais pas qu’on oublie qu’avec le Christ nous sommes à la fois dans sa vie, dans sa mort et dans sa résurrection. Alors oui ça implique une forme de radicalité, une exigence qui nous dépasse. « Que la foi soit notre main secourable, celle qui s’empare de la grâce qui permet ce qui nous dépasse ». Nous te le demandons par Jésus, le Christ. Amen.

Raymond le 19 août 2020