Liturgie 3 septembre saint Grégoire le Grand Luc 5, 1-11 ; Romains 1, 1-7 ; Psaume 95, 1-3.7-8.10 *
* Sœur Marie-Raphaël
commente ces lectures, mais ce ne sot plus celles qui sont lues en cette fête.
Les lectures lues sont : 2 Corinthiens 4, 1-2, 5-7 ; Psaume 95,
1-2.2-3.7-8.10 ; Luc 22, 24-30
Introduction
« Avance au large », dit Jésus à Pierre, et
sur la parole du Christ, Pierre réalise une pêche miraculeuse. « Avance au
large », dit-il à Grégoire, et Grégoire accepte, malgré sa fatigue et son
goût pour la vie cachée de prendre sur lui la charge de l’église.
Les lectures de ce jour sont bien choisies pour fêter
ce saint qui nous tient à cœur. La barque de Pierre où se déroule, selon Luc,
cette première rencontre avec Jésus, rencontre qui se termine par un appel sans
équivoque : « sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu
prendras ». Et la première lecture qui est le tout début de la lettre aux
Romains, l’ouverture, pourrait-on dire, de ce grand traité où saint Paul va
tenter d’exprimer et d’expliquer l’immense évangile
du Christ.
Mais saint Grégoire, c’est aussi, pour nous, le
biographe de saint Benoît, qu’il a d’abord suivi dans la vie monastique.
Fidèles à ces grands maîtres qui nous entraînent, avançons au large dans notre
prière.
Commentaire
Quand Paul écrit aux Galates, aux Philippiens, aux
Thessaloniciens, aux Corinthiens… il connaît personnellement les personnes à
qui il s’adresse. Au contraire, sa lettre aux chrétiens de Rome s’adresse à des
personnes qu’il ne connaît pas encore : il a entendu parler de leur foi et
il souhaite les rencontrer. Cela explique sans doute le ton beaucoup plus
solennel par lequel il ouvre la lettre. Cette lettre qui est un véritable
traité théologique, reprenant en profondeur tous les thèmes déjà abordés dans
ses lettres précédentes.
Ces 7 premiers versets que nous venons d’entendre sont
un véritable défi pour les traducteurs. C’est une adresse solennelle qui tient
d’un bout à l’autre dans une seule phrase. Pour la rendre audible en
traduction, il a fallu couper cette phrase en plusieurs morceaux et déplacer
vers le début quelques mots de la fin. Comme l’ouverture d’un opéra, où
s’annoncent déjà de manière voilée tous les grands thèmes de l’ensemble, ainsi
cette adresse aligne un certain nombre de mots qui préparent les thèmes à venir :
- L’appel de Dieu, un appel à la sainteté, un appel à la mission d’annoncer l’évangile.
- La continuité avec les prophètes et la nouveauté de l’évangile.
- Le mystère de « Jésus Christ notre Seigneur », dans son incarnation, sa filiation divine, sa résurrection.
- Le rôle de l’Esprit
- L’obéissance de la foi.
Je voudrais simplement m’arrêter un instant sur cette
expression : « obéissance de la foi ». C’est un génitif
explicatif, c’est-à-dire qu’il faut comprendre : « l’obéissance qu’est
la foi ». Tout au long de sa lettre, Paul va filer ce thème de la foi et
de l’obéissance. On comprendra qu’il ne s’agit pas d’une soumission aveugle,
mais d’une écoute : une « écoute affinée » (hupakoè), par
opposition à la « désobéissance » qui est, en fait, non pas un refus
d’écouter, mais une mauvaise écoute, un « malentendu » (parakoè).
Et Paul va comparer le péché d’Adam à un « malentendu » qui entraîne
la mort d’un grand nombre, alors que l’obéissance du Christ, à elle toute
seule, va sauver la multitude.
La foi est une obéissance : que veut-il
dire ?
Obéir, c’est tout d’abord écouter, écouter
attentivement, finement. Littéralement « écouter par en-dessous », on
pourrait dire « sous-entendre », entendre même ce qui ne se dit pas,
ce qui s’exprime en sous-entendu, entre les lignes. Pour en arriver à une telle
écoute, il faut très bien connaître celui que l’on écoute, il faut l’écouter
longuement, jusqu’à ce qu’on comprenne ce qu’il veut dire avant même qu’il ne
parle… C’est ce qui se passe dans l’amitié. Patience et persévérance, pour
entrer dans l’amitié avec Dieu. Cela rejoint la RB : obéir, c’est tendre
l’oreille de son cœur, c’est percevoir la volonté de Dieu, le désir de Dieu,
entre les lignes…
Obéir, ensuite, c’est faire confiance à la parole de
celui qui m’interpelle. C’est lui accorder ma foi.
Obéir, c’est alors répondre. La foi est une réponse
à un don qui nous précède. Le don de Dieu est toujours premier, et par la foi,
je l’accueille dans ma vie. Cette réponse doit être celle d’un être libre,
pas une contrainte, mais une réponse joyeuse et spontanée qui vient du plus
profond de l’être.
Et la réponse va se traduire, dans un comportement
accordé au don reçu : la foi s’exprime dans la charité, dira saint Paul.
La lettre aux Romains, c’est une longue méditation sur
le mystère du Christ, mais c’est aussi, parallèlement, une longue méditation
sur la foi, l’accueil des hommes à ce mystère. Accueillons donc cette
salutation de Paul, puisque, nous aussi, nous faisons partie des nations
païennes qu’il veut évangéliser. Entrons dans la foi comme dans une obéissance
profonde et librement choisie. Méditons ces paroles de saint Grégoire (entendues
dans la lecture de Vigiles ce matin) : « Lorsqu’une âme en prière
aspire, haletante, à voir celui qui anime sa vie, enflammée des désirs divins,
elle s’unit au monde d’en haut, elle se détache du monde d’en bas et dans
l’amour de sa ferveur, elle s’ouvre pour accueillir, et en accueillant elle
s’embrase. » (St Grégoire)
Conclusion
Saint Grégoire n’a pas hésité à te prêter sa barque,
Seigneur, et sur ta parole, il a avancé en eau profonde, il a jeté le filet et
recueilli une abondante pêche. Tu as fait de lui le successeur de Pierre et il
a mené ton église avec
intelligence, audace, courage et sagesse. Comme lui, donne-nous l’audace
d’écouter ta Parole et d’en vivre, fais de nous tes disciples, fais grandir
notre foi, afin que nous puissions te rendre gloire par notre justice, toi qui
règnes…
Sr Marie-Raphaël le 3 septembre 2020
