vendredi 14 août 2026

Liturgie 19e vendredi TO-II Matthieu 19, 3-12 ; Ezéchiel 16, 1...63

Mémoire de St Maximilien Kolbe
Introduction

Nous voici rassemblés en communauté, en Eglise.

« Je veux que tu vives ! »

Telle est la parole que Dieu adresse à son peuple dans la liturgie de ce jour.

Une parole qui peut paraître paradoxale tandis que nous célébrons, en ce 14 août, la mémoire d’un martyr…

Mais pas aussi paradoxale qu’il n’y paraît… Nous y reviendrons.

Un confesseur et un martyr qui m’est cher : Saint Maximilien Kolbe.

Je voudrais retracer les grandes lignes de sa vie, afin que nous percevions davantage le sens de son geste ultime.

Le Père Maximilien fut franciscain conventuel et prêtre.

Il est né en 1894 en Pologne.

Très épris de la Vierge Marie, il a fondé la « Mission de l’Immaculée » et a beaucoup œuvré pour la diffusion de la vénération de Marie par les médias.

Entré dans la résistance, il est arrêté par la gestapo le 17 février 1941 et transféré au camp d’Auschwitz.

En juillet 1941, un prisonnier du bloc 14 où se trouve le Père Kolbe, parvient à s’échapper.

En guise de représailles, dix des 599 prisonniers du bloc sont condamnés à mourir de faim et de soif.

Dix hommes, dont un père de famille, sont sélectionnés.

C’est alors que Maximilien Kolbe entend un autre Polonais, Franciszek Gajowniczek, s’écrier : « Ma pauvre femme ! Mes pauvres enfants ! Que vont-ils devenir ? ».

Le religieux propose alors de mourir à sa place.

Les dix prisonniers sont enfermés dans un bunker souterrain du camp à peine éclairé par des ouvertures étroites : le « bunker de la faim ».

Le gardien du bunker témoignera qu’en très peu de temps, le prêtre Maximilien réussit à faire régner le calme et la piété parmi les compagnons de cette tragédie, par le chant de prières et d’oraisons : hymnes et psaumes.

Après trois semaines sans nourriture et sans eau, le Père Kolbe demeure en vie, après avoir vu mourir tous ses compagnons. La place venant à manquer, il est exécuté le 14 août 1941, par un kapo, criminel récidiviste chargé de l’exécution, qui fut incapable de fixer le regard du saint.

Son corps est brûlé le lendemain, le 15 août, jour de l’Assomption.

Comme le fit le Père Maximilien Kolbe, tissons la communion avec les hommes et femmes de notre temps par le chant des psaumes…

 

Méditation

« Je veux que tu vives ! »

Ce n’est pas une invitation si paradoxale en ce jour où nous célébrons la mémoire du Père Maximilien Kolbe.

Pour le percevoir, je me réfère à un auteur que j’aime beaucoup, Maurice Zundel, grand spirituel du siècle dernier.

Zundel a découvert dans le Père Kolbe « un homme libre, qui ne subit ni la vie ni la mort et qui peut faire de l’une et de l’autre un don… »[1].

En effet, le martyre, écrit Zundel, « n’est pas refus et condamnation de l’existence. Il atteste, au contraire, un bien qui la valorise et l’éternise, au point que la mort, loin d’y mettre fin, la confirme et l’accroît »[2].

Ce geste du Père Maximilien, c’est « la naissance de l’Homme véritable ».

Je vous cite encore Maurice Zundel :

« Dans tout le camp, il y eut une respiration vraiment humaine. Enfin, on voyait un Homme, un homme qui était plus grand que la mort, et qui attachait à la vie un prix infini, puisqu’il donnait sa vie pour garder la vie à un de ses frères !

Et on sentait qu’il allait entrer dans la mort comme un grand vivant, parce que, dans la mort, il allait réaliser cette plénitude du bien, de la grandeur et de la liberté, à quoi tous les hommes se reconnaissent eux-mêmes dans leur vocation essentielle.

Et, après l’immense terreur, il y eut dans le camp cette espèce de joie pascale, cette large respiration humaine, ce sentiment d’une rencontre avec la Présence unique, en dehors de laquelle aucune présence ne peut se réaliser. Et, pour achever ce chef-d’œuvre, le Père Kolbe, entré dans le bunker de la faim avec ses compagnons, les fit chanter, comme si la vie triomphait, parce qu’elle triomphait, en effet, dans cet Homme unique.

Il avait suffi de cet Homme unique, pour que toute cette humanité, un instant, fût transfigurée, et qu’elle reconnût à quoi elle était appelée. Dieu, justement ici, transparaît en l’homme, comme l’homme transparaît en Dieu. C’est aussi la seule rencontre authentique avec l’Homme : cette transparence de l’homme à Dieu, et ce transparaître de Dieu à travers l’homme »[3].

 

Temps de silence

Notre Père

Oraison

En ce jour, Seigneur, tu redis, à chacun de nous ton désir de Vie et de bonheur.

« Vivre », c’est apprendre le don de nous-mêmes, jour après jour, comme ton Fils l’a vécu et comme le Père Maximilien Kolbe en a témoigné par son geste de totale désappropriation et d’entière liberté.

Accorde-nous de découvrir, selon les mots de Maurice Zundel, combien « l’homme n’est vraiment lui-même que dans le dialogue silencieux avec ce Plus-que-lui-même dont la rencontre suscite l’espace où la liberté respire »[4].

Nous te le demandons, par Jésus-Christ, ton Fils ressuscité, qui règnes avec Toi et le Saint-Esprit, un seul Dieu pour les siècles des siècles.

Sr Marie-Jean le 14 août 2020



[1] Maurice Zundel, La pierre vivante, p. 18.

[4] Maurice Zundel, Un autre regard sur l’homme, p. 174.

jeudi 13 août 2026

Liturgie de la Parole 19e jeudi TO-II Matthieu 18, 21-19, 1, Ezéchiel 12, 1-12

 Introduction

Dans la première Lecture, Dieu demande à Ezekiel de quitter sa maison occupée par des gens qui ne voient pas, qui n'entendent pas, « une engeance de rebelles », dit-il. Ezekiel doit quitter cet endroit, comme un exilé et les yeux bandés, vers un autre lieu.  C'est un signe pour la maison d'Israël qui partira en exil. Le prince se bandera les yeux pour ne plus voir son pays.

En saint Mathieu, Pierre demande à Jésus combien de fois il faut pardonner à son frère, alors Jésus raconte la parabole du roi qui règle ses comptes avec ses serviteurs.

Pour entrer dans cette célébration, chantons les psaumes en rendant gloire à Dieu qui nous pardonne.

 

Commentaire

Combien de fois n'entendons-nous pas cette phrase « je ne lui pardonnerai jamais » ?

Les pharisiens disaient qu'il fallait pardonner trois fois. Pierre pense rejoindre la pensée de Jésus en pardonnant sept fois, mais Jésus l'invite à pardonner sans limite.

 

« Nous qui entendons aujourd'hui cette invitation, ne risquons-nous pas d'en rester aux belles théories sans réel impact sur la réalité ? Il nous est déjà bien difficile de pardonner à ceux qui nous ont blessés par une parole désobligeante... ou une indifférence méprisante ou à ceux qui nous ont trompés. Alors, comment parler de pardon pour un assassin, un violeur, un dictateur qui écrase son peuple, un grand propriétaire qui exploite les petits paysans, un trafiquant de drogue qui détruit toute une jeunesse ?

Et Dieu répond : « je sais que le pardon n'est pas à votre portée. La pardon, c'est moi qui l'ai inventé et mon Fils sur la croix m'a supplié de pardonner aux hommes.

Le pardon, c'est un don que j'accorde à ceux qui me le demandent ; c'est la plus belle manifestation de mon Esprit au cœur de l'homme. Pardonner, c'est avoir part au don de ma propre vie, c'est accueillir une part-donnée de mon amour. »

C'est vrai que le pardon défie toute logique humaine, mais il est la seule force capable d'enrayer la spirale de la violence. Il est la seule brèche possible dans le mur de béton armé de la rancune. Réfléchissons, celui qui ne pardonne pas rend captive la miséricorde de Dieu. En refusant de la communiquer aux autres, il l'empêche de prendre corps en lui. On ne reçoit la liberté de Dieu, qu'en devenant soi-même libérateur.
La parabole est celle de notre vie quotidienne : celui qui a été gracié ne fait pas de grâce alors que le don de Dieu est fait pour être partagé, le pardon pour être imité. La grâce est bloquée par celui qui garde ce qu'il a reçu. Le pardon de Dieu précède notre pardon pour le rendre possible mais celui qui ne pardonne pas ne peut être pardonné. Si nous faisons obstacle au pardon divin en ne le partageant pas, nous nous en excluons nous-mêmes. Le pardon de Dieu s'accomplit dans la communauté dans la mesure où il circule entre les frères et sœurs.

Finalement, seule la contemplation amoureuse de Dieu nous fera entrer dans le mystère du pardon évangélique qui est une nouvelle naissance pour le pardonné et pour le pardonnant. Si Jésus nous demande l'impossible, c'est justement pour le rendre possible ». (*)

Danièle le 13 août 26

(*) Extrait du livre « Paroles pour la route » (quelques homélies de l'Abbé Roger Gillet) 


mercredi 12 août 2026

Liturgie de la Parole 19e mercredi TO-II Matthieu 18, 15-20 ; Ezéchiel 9, 1-7 ; 10, 18-22

Résonances

Ah les visions fantastiques du prophète Ezéchiel ! Dans ce long livre prophétique, il y a toutes sortes de visions, plus fantastiques ou effrayantes les unes que les autres. Il y a pourtant une cohérence, un fil rouge, que l’on pourrait résumer par les derniers mots du livre : « le Seigneur est là » (adonai shamma).

Le passage de ce jour est morcelé. Deux parties : la première raconte les châtiments qui s’abattent sur les habitants de Jérusalem qui se sont détournés de Dieu. Seul un petit nombre est sauvé : ceux qui sont marqués au front d’un signe qui les distingue. C’est d’ailleurs un thème récurrent chez Ézéchiel, cette question du petit nombre de rescapés. La deuxième partie raconte comment la gloire de Dieu quitte le temple de Jérusalem, en chevauchant des Kéroubim, ces êtres ailés qui viennent tout droit de la culture babylonienne. Signe que le texte a été écrit dans le contexte de l’exil. Les Kéroubim sont aussi ceux qui se tiennent aux deux extrémités du propitiatoire, au-dessus de l’arche de l’alliance. C’est le lieu où « Dieu se laisse rencontrer », le lieu de la présence. Ici, chez Ézéchiel, il parle de « la gloire » de Dieu. Autre mot pour dire sa présence. Dans la littérature rabbinique, ce sera la shekina, la « demeurance » de Dieu.

Et donc la gloire de Dieu, la présence de Dieu, quitte le temple. Ce n’est pas le lieu saint qui fait la présence du Seigneur, c’est la présence du Seigneur qui fait qu’un lieu est saint. Dieu suit la logique des hommes : si personne ne vient m’adorer dans le temple, si le temple devient même bien plutôt le lieu où on adore les idoles, qu’à cela ne tienne, je quitte le temple pour aller là où se trouvent mes fidèles. C’est le grand fil rouge du prophète Ézéchiel : le Seigneur reste avec son peuple, où qu’il soit.

Et c’est ici qu’on peut faire un lien avec l’évangile, et cette belle formule de Jésus : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ».

Dans la tradition juive, il y a un nombre requis : ce qu’on appelle le minyan. Pour qu’il y ait une assemblée de prière, il faut au moins dix hommes ayant atteint leur maturité religieuse. « Si dix hommes prient ensemble, la Chekhinah (Présence divine) plane au-dessus d’eux », dit une maxime des Pirké Avôt.[1]

Jésus connaissait-il cette maxime ? Voici une citation plus longue : « rabbi Halaphta de Kephar Hananyah dit : Quand dix personnes sont assises et s’occupent de la Torah, la gloire de Yhwh est au milieu d’elles. Quand elles ne sont que cinq, elle est encore au milieu d’elles. Quand elles ne sont que trois, la gloire de Yhwh est encore au milieu d’elles. Et si elles ne sont que deux, la gloire de Yhwh est au milieu d’elles. Et s’il n’y a qu’une seule personne à s’occuper de la Torah, la gloire de Yhwh l’habite encore »[2].

Sr Marie-Rapahël le 14 août 24



[1] Voir dictionnaire encyclopédique du judaïsme au mot minyan.

[2] Cité par le commentaire de Chouraqui

mardi 11 août 2026

Liturgie de la Parole 19e mardi TO-II Matthieu 18, 1-5.10.12-14 ; Ezéchiel 2, 8-3,4

Résonnances

En ce jour, nous allons essayer de mettre en lien la fête de sainte Claire, le début de la retraite des enfants, la première lecture avec Ezéchiel et l’évangile de Matthieu.

Est-ce que vous aimez lire ? Alors, vous connaissez l’expression « dévorer un bouquin ». La Bible est un vieux bouquin… ne va-t-il pas nous faire avaler beaucoup de poussière ? Peut-être, au contraire, va-t-il avoir dans notre bouche le goût du miel. Le prophète Ezéchiel fait cette expérience. Dieu lui demande de « manger un livre » ! Quand Dieu veut nous parler, il passe par des hommes à qui il demande de manger sa parole ! Manger, assimiler, faire sien, être imprégné, nourri transformé par ce que l’on a mangé.

Dans ce sens, Jésus aussi est un prophète, un homme habité par la Parole de Dieu pour nous la transmettre. Mais il est plus que cela, parce qu’il est lui-même la Parole de Dieu. Quand nous écoutons Jésus, nous écoutons Dieu. Quand nous regardons Jésus, nous regardons Dieu. Et que dit-il ? Que donne-t-il à voir ?

Il ne cesse de nous parler d’une réalité mystérieuse qu’il appelle la « Royaume des cieux ». Qu’est-ce que c’est ? Un lieu ? Un groupe ? Une manière de vivre ? Les disciples de Jésus se posent la question. Et ils se posent une question tout humaine à ce propos : « qui est grand, qui est petit dans le Royaume des cieux ? » Autrement dit : quelle est l’échelle des valeurs dans le Royaume des cieux ? Y a-t-il une hiérarchie ?

Nous les humains, nous avons toujours besoin de nous comparer, besoin de nous sentir plus grands, meilleurs, plus forts, plus doués… besoin d’être admirés, besoin de se sentir aimés… C’est important de se sentir aimé… mais cet esprit de concurrence peut tout abîmer dans nos relations. Peut même aboutir à des guerres terribles. Il y a des gens qui aiment la guerre, juste pour montrer qu’ils sont les plus forts. Et tant pis pour tous ceux qui vont souffrir ou mourir à cause de cela !

François d’Assise rêvait de cela, lui aussi : être aimé, admiré, être le plus beau, le plus riche. Il mettait de beaux habits, il entraînait ses copains dans les fêtes, il payait la tournée… Il rêvait de gloire !

Un jour, Dieu est venu à la rencontre de François et il l’a rejoint dans ce rêve même : tu veux la gloire ? Je vais t’en proposer une qui surpasse toutes les autres. Dieu a touché la corde sensible de François.

Revenons à l’évangile. Pour répondre à la question des disciples, Jésus ne dit rien, mais il pose un geste fort : il prend un enfant et le place au milieu du groupe. C’est inattendu, parce que les enfants, du temps de Jésus, n’étaient pas admis au milieu des adultes. Jésus dit deux choses :

-        « Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux »

-        « Celui qui accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, il m’accueille moi. »

Premièrement : devenir comme un enfant, devenir petit comme un enfant… Pourtant, je me dis : les enfants ne désirent-ils pas devenir grands ? Mais Jésus parle ici à des adultes. Les adultes pensent parfois qu’ils ne doivent plus grandir. Or, Jésus nous dit : pour grandir dans le Royaume des cieux, il faut apprendre à devenir petits. Pas évident ! Nous pouvons ici regarder Jésus lui-même : n’est-ce pas lui qui est « le plus grand dans le Royaume des cieux » ? Et pourtant, il s’est abaissé pour devenir semblable aux hommes…

Deuxièmement : celui qui accueille un enfant accueille Jésus lui-même. Saint François a vécu quelque chose de semblable : il a découvert que Jésus se cachait dans la personne des tout-petits. Et singulièrement, dans la personne d’un lépreux. D’abord, il a croisé la route du lépreux et il s’est dit : je vais m’abaisser jusqu’à lui, je vais l’embrasser, lui témoigner un peu d’affection, même si cela me dégoûte. Mais en pensant cela, François n’était pas encore à la hauteur du lépreux. Il était au-dessus, il était « plus grand ». Le baiser au lépreux est devenu le baiser du lépreux. Et là, il a compris que le baiser du lépreux était le baiser du Christ. « Qui accueille le petit accueille Jésus… et qui accueille Jésus dans la personne du petit se laisse en fait accueillir par Jésus. Retournement de perspective !

Retenons ces deux grandes idées de l’évangile de ce jour :

-        Devenir petit pour devenir grand.

-        Accueillir Jésus et se laisser accueillir par lui.

Quand le prophète a été invité à manger le petit livre, il lui semblait que ce livre était très poussiéreux, indigeste. Et puis, il a fait l’expérience que ce livre, dans sa bouche, avait le goût du miel…

Sœur Marie-Raphaël le 11 août 26

lundi 10 août 2026

Liturgie de la Parole 10 août st Laurent Jean 12, 24-26 ; 2 Corinthiens 9,6-10

Lumineuse joie
Méditation

Voici la fête d’un personnage bien sympathique. Les Actes de sa Passion, nous disent que ce brave diacre a placé en sureté les biens de l’Église de Rome dont il avait la charge, en les donnant aux pauvres. Et lorsque l’empereur Valérien l’a sommé de livrer les trésors de l’Église, il s’est présenté avec des pauvres et des infirmes ! Voilà les trésors de l’Église ! Il pouvait dire avec st Cyprien : Celui qui a la crainte de Dieu découvre Dieu sous les haillons des pauvres.[1]

 Oui, voilà le bonheur de Laurent : lumineuse joie qui découvre le visage de Dieu dans le pauvre, le petit, et se donne à son service.

 On comprend alors le choix de lectures que nous offre le lectionnaire du jour.

Le psaume que reprend st Paul chante : De grand cœur il donne au pauvre, sa justice, demeure à jamais.  Oui, donner au pauvre, ce n’est pas œuvre de luxe, œuvre méritoire ; c’est justice ! C’est simple justice dont il n’y a pas à se glorifier.

Le passage de la lettre aux Corinthiens que nous avons reçu est véritable hymne au partage. Il y a joie à considérer cette terre comme bien commun, et à y vivre le partage. Saint Paul reconnaît que tout bien vient de Dieu, et qu’il nous est confié non point pour se replier dessus, mais pour vivre en communion, en communauté de partage.

Les biens qui doivent assurer notre subsistance, tissent des liens entre humains.

Lors donc que tu mets en œuvre la miséricorde, si tu tends un pain, souffre avec celui qui a faim ; si tu donnes à boire, souffre avec celui qui a soif ; si tu offres un vêtement, souffre avec celui qui est nu, si tu reçois un hôte, souffre avec celui qui est étranger, nous dit st Augustin[2]

Là nous devenons véritablement humain, à l’image de Dieu, en effet, nous dit Grégoire de Nazianze : L’homme n’a rien de plus commun avec Dieu, que la faculté de faire le bien[3]

 Voilà qui doucement nous fait basculer vers la lecture de l’Évangile de ce jour. En effet, il ne faudrait pas que la méditation de la Parole s’arrête simplement en une invitation à une pratique morale aussi vertueuse soit elle, détachée de son fondement intérieur. S’il nous faut entrer en la danse du partage, c’est bien plus profondément, parce que nous sommes invités à entrer dans la danse de l’amour, qui est don non plus de ce que l’on possède, mais bien de ce que l’on est !

 N’est-ce pas au don total et absolu de soi, que nous convie Jésus ? Comme le grain de blé qui meurt en terre, pour donner vie à un bel épi, nos vies données totalement dans l’obscurité de la terre, liées à la vie donnée de Jésus en l’incarnation, porteront fruit pour le Royaume.

Se donner, servir, trouve tout son sens, en la présence de Dieu qui s’y vit.

 Joignons nos vies au pain et au vin offert en cette eucharistie, et Jésus en fera son corps,  les prendra, il les rompra, et les donnera : pain rompu pour la vie du monde.

Sr Myrèse le 10 août2011



[1] Cyprien, De la bienfaisance et de l’aumône, n° 8

[2] Augustin, Sermon 6, (Morin)

[3] Grégoire de Nazianze, De l’amour des pauvres, n° 27