vendredi 5 juin 2026

Liturgie 9e vendredi TO -II Marc 12, 35-37 ; 2 Timothée 3, 10-17

Accueil

Aujourd’hui, 5 juin, nous faisons mémoire de saint Boniface. Ce moine bénédictin anglais du 7ème 8ème siècle est venu en Germanie où il a fondé plusieurs monastères. Moine, évangélisateur, évêque et finalement martyr, car il fut assassiné à 80 ans, le jour de la Pentecôte. Confions-lui notre église d’aujourd’hui !

 Dans les textes du jour, nous recevons une invitation à lire les Saintes écritures. Saint Paul écrit à Timothée pour l’y encourager : « elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ ». Quant à Jésus, il nous donne aujourd’hui une leçon d’exégèse rabbinique.

Méditons donc les textes de l’écriture que l’église nous propose aujourd’hui et qui nous mettent en communion avec tous les croyants. Laissons-nous interroger...

 

Résonances après l’évangile.

Nous sommes toujours au chapitre 12 de Marc : Jésus enseigne dans le Temple et plusieurs groupes viennent à lui pour lui poser des questions piège : pharisiens, hérodiens, sadducéens... à chacun, Jésus répond de façon habile, en faisant appel à l’écriture et en leur donnant une leçon d’exégèse. Il se montre fin lecteur ! Hier, nous avons entendu son dialogue avec le scribe qui l’interrogeait sur le premier commandement. Ce dialogue s’est bien terminé, puisque le scribe et Jésus ont reconnu réciproquement la justesse du propos de l’autre. La conclusion de ce passage était : « personne n’osait plus l’interroger ».

 Alors, maintenant, c’est au tour de Jésus d’interroger. Il interroge le texte, et, ce faisant, il interroge son auditoire. Il ouvre le texte sur une énigme, il n’en donne pas la solution. Et l’évangéliste conclut : « la foule nombreuse l’écoutait avec plaisir ». Le Messie est-il fils de David ou non ? L’écriture semble l’affirmer, mais elle semble aussi le contredire. Voilà bien un échantillon d’exégèse rabbinique. À la manière des meilleurs rabbins de tous les temps, Jésus interroge l’écriture par l’écriture, au risque de déstabiliser ses auditeurs. Mais les auditeurs aiment ça : « la foule l’écoutait avec plaisir ! »

 Rien n’a changé : c’est encore ainsi que procèdent les rabbins d’aujourd’hui, et cela peut nous inspirer pour notre lectio !

Voici, par exemple, ce qu’en dit le rabbin Delphine Horvilleur :

 « Les extrémistes ne viennent pas seulement au secours de Dieu, mais aussi de son texte. Ils souffrent généralement d’une forme de ‘textolâtrisme’, une passion du texte figé et de préférence lu dans sa littéralité non questionnable. C’est une façon d’affirmer ‘pas touche au texte’, et au nom de cet intouchable, au nom de l’honneur du texte, ils touchent aux hommes. L’art de l’exégèse rabbinique est, au contraire, toujours une forme de violence faite au texte, une autorisation de le ‘secouer’. C’est peut-être la condition d’une éthique relationnelle qu’on pourrait formuler ainsi : il faut savoir faire violence au texte pour ne pas faire violence aux hommes »[1].

 

Conclusion (missel de Clervaux)

Seigneur Jésus, fils de David et Fils de Dieu, tu es pour toute l’humanité un mystère et un appel. Fais que ta personne ne cesse jamais de nous interpeller, afin qu’à travers toi et en toi nous cherchions inlassablement le Père, à la droite de qui tu sièges pour toujours.

Sr Marie-Raphaël le 5 juin 2020



[1] Delphine Horvilleur et Rachid Benzine, Des mille et une façons d’être juif ou musulman, Seuil, 2017.

jeudi 4 juin 2026

Liturgie de la Parole 9e jeudi TO-II Marc 12, 28b-34 ; 2 Timothée 2, 8-15

Méditation

L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui (Mc 12, 28-34) nous rapporte l’une des nombreuses discussions que Jésus a eues dans le temple de Jérusalem. Un scribe s’approche et l’interroge : « Quel est le premier de tous les commandements ?» (v. 28). Jésus répond en réunissant deux mots fondamentaux de la loi mosaïque : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » et « Tu aimeras ton prochain » (v. 30-31).

Avec sa question, le scribe cherche « le premier » des commandements, c’est-à-dire un principe qui soit à la base de tous les commandements ; les juifs avaient de nombreux préceptes et cherchaient la base de tout, un qui soit le fondement ; ils essayaient de se mettre d’accord sur un fondement et il y avait des discussions entre eux ; de bonnes discussions parce qu’ils cherchaient la vérité. Cette question est également essentielle pour nous, pour notre vie et pour le cheminement de notre foi. Nous aussi, en effet, nous nous sentons parfois dispersés dans tant de choses et nous nous demandons : mais, en fin de compte, quelle est la chose la plus importante de toutes ? Où puis-je trouver le centre de ma vie, de ma foi ? Jésus nous donne la réponse, en réunissant deux commandements qui sont les principaux : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » et « tu aimeras le prochain ». Et cela est un peu le cœur de notre foi.

Nous tous — nous le savons — avons besoin de revenir au cœur de la vie et de la foi, parce que le cœur est «la source et la racine de toutes ses autres forces, convictions, passions et choix » (Encyclique Dilexit nos, n. 9). Et Jésus nous dit que la source de tout est l’amour, que nous ne devons jamais séparer Dieu de l’homme. Au disciple de tout temps, le Seigneur dit : sur ton chemin, ce qui compte, ce ne sont pas les pratiques extérieures, comme les holocaustes et les sacrifices (v. 33), mais la disposition du cœur avec laquelle tu t’ouvres à Dieu et à tes frères et sœurs dans l’amour. Frères et sœurs, nous pouvons faire beaucoup de choses, en effet, mais les faire seulement pour nous-mêmes et sans amour, avec un cœur distrait ou fermé, cela ne va pas ; les faire avec le cœur distrait ou avec le cœur fermé, cela ne va pas. Toutes les choses doivent être faites avec amour.

Le Seigneur viendra et nous interrogera d’abord sur l’amour : « Comment as-tu aimé ?». Il est donc important de fixer dans notre cœur le commandement le plus important. Quel est-il ? Aime le Seigneur ton Dieu et aime ton prochain comme toi-même. Et tous les jours, faisons notre examen de conscience et demandons-nous : l’amour de Dieu et du prochain est-il au centre de ma vie ? Ma prière à Dieu me pousse-t-elle à aller vers mes frères et sœurs et à les aimer gratuitement ? Est-ce que je reconnais la présence du Seigneur dans le visage des autres ?

Que la Vierge Marie, qui a porté la loi de Dieu gravée dans son cœur immaculé, nous aide à aimer le Seigneur et nos frères.

PAPE FRANÇOIS ANGÉLUS Place Saint-Pierre Dimanche 3 novembre 2024

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mercredi 3 juin 2026

Liturgie de la Parole 9e mercredi TO-II Marc 12, 18-27 ; 2 Timothée 1, 1-3.6-12

Mémoire de St Charles Lwanga et ses compagnons 

Introduction

Nous voici rassemblés en communauté, en Eglise.
En ce 3 juin, la liturgie nous parle de vie et de mort. Et ce, par 3 fois.
D’abord, au commencement de la seconde lettre à Timothée, Paul écrit : « notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile ». 
Ensuite, dans son Evangile, Marc rapporte la réponse de Jésus aux Sadducéens : « Dieu a dit (à Moïse) : « Moi, je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ».
Enfin, nous célébrons une mémoire en ce jour, le martyre de St Charles Lwanga et ses compagnons, Ougandais du 19e siècle. 
Vie et mort. Notre réalité à tous et chacun.
Le plus petit commun dénominateur de tous les êtres créés. 
Que faisons-nous de cette vie donnée et de cette mort qui adviendra ?
Et, aujourd’hui, quelle est la Bonne Nouvelle que le Seigneur veut nous dire à propos de vie et de mort ?
Rassemblons dans notre prière les intentions des hommes et femmes de notre temps, par le chant des psaumes.

Méditation

Vie et mort.
Lorsque Paul s’adresse à Timothée, il fait allusion à « la promesse de la vie que nous avons dans le Christ Jésus »
Mais comment obtenir cette vie ?
Paul conseille à Timothée : « ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains »
Tel est le fondement de l’appel dont nous sommes bénéficiaires. 
Posons-nous la question : comment réveiller en nous le don de Dieu, là où nous sommes ?
Le temps ordinaire, que nous venons de retrouver, est le temps où nous pouvons laisser agir l’Esprit.
Cet Esprit reçu à profusion à la Pentecôte.
Paul s’appuie sur cet Esprit qui nous habite désormais et déclare : « Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération »
Comment nous laisserons-nous porter par cet Esprit ?
Pour nous, comme pour les martyrs Ougandais Charles Lwanga et ses compagnons, il nous faut rendre témoignage à Jésus.
Mais quel témoignage de Vie pouvons-nous rendre ?
En notre monde, tel qu’il est.
En notre Eglise, en recherche de nouveaux chemins.
En notre société, dans cette tentative de déconfinement.
Ne perdons pas de vue la mission qui est la nôtre : celle « de messager, d’apôtre et d’enseignant ».
La clé qui nous ouvre à ce témoignage nous est offerte : c’est la foi.
Nous la retrouvons dans les lectures proposées par la liturgie en ce jour.
Paul l’atteste : « Je sais en qui j’ai cru, et j’ai la conviction qu’il est assez puissant pour sauvegarder, jusqu’au jour de sa venue, le dépôt de la foi qu’il m’a confié »
La parole de Jésus est un article de foi : « (Dieu) n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants »
Les martyrs de l’Ouganda ont offert leur vie au nom de la foi en Jésus.
Nous sommes invités à retrouver la source de notre appel… pour puiser toujours davantage à la Vie de Dieu.
Prions l’Esprit-Saint pour qu’il fasse grandir en nous la foi. 
Et pour la Vie qui jaillit sans cesse, en nous et autour de nous, rendons grâces !

Oraison

Seigneur, aujourd’hui, tu nous confies ta Parole. Tu déposes en nos cœurs la Bonne Nouvelle de ta Vie plus forte que toute mort.
Pour renouveler notre foi en toi, tu nous invites à puiser à ta Vie.
Inspirés par ton Esprit, nous pourrons faire circuler la Vie en nous et autour de nous.
Et nous témoignerons de Toi, qui « n’es pas le Dieu des morts, mais des vivants ».
Alors, dans le sillage de St Charles Lwanga et de ses compagnons, nous tiendrons ferme dans la foi et serons des apôtres de ton Fils. Lui qui règne avec Toi et le Saint-Esprit, un seul Dieu pour les siècles des siècles.
Sr Marie-Jean le 3 juin 2020

mardi 2 juin 2026

Liturgie de la Parole 9e mardi TO-II Marc 12, 13-17

Méditation

Une question est le point de départ de ce texte, et celle-ci met Jésus dans une situation « paradoxale », puisque l’intention des interlocuteurs est de le « coincer ». Que Jésus réponde « oui » ou qu’il réponde « non », il se compromet. Ou il indisposera la population, ou on le dénoncera aux autorités occupantes. Il n’est pas dupe et déjoue le piège par une réponse double. À bon entendeur d’engager sa liberté…
Si la pièce est frappée à l’effigie de César, c’est qu’elle appartient à César. Voilà qui semble clair. Mais Jésus ne s’en tient pas là. N’y a-t-il pas, enfouie à l’intime de chacun, une autre image, d’un autre roi ? Souvent, elle n’est pas reconnue.
 À longueur de récits, les évangélistes proclament que Jésus est l’image de Dieu, par ce qu’il fait et dit de l’amour de son Père : il guérit, relève, redonne espoir, courage. N’est-ce pas cela rendre à Dieu ce qui est à Dieu ?
Mais tous les hommes ne sont-ils pas eux aussi à l’image et à la ressemblance de Dieu ? N’est-ce pas le plus précieux trésor enfoui dans le cœur de tout homme ? Même si l’image de Dieu y est quelque peu déformée, si elle demeure longtemps voilée, cependant, elle est toujours présente, presque à notre insu. Elle est « cet homme caché du cœur », si caché qu’il nous faut la présence parmi nous de cette image unique du Père qu’est Jésus, pour réveiller l’image dans nos cœurs.
Rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, c’est ressembler de plus en plus à Jésus et le rayonner autour de nous. Et au fur et à mesure que l’image de Jésus se révèle en nous, nous devenons aussi capables de la discerner dans nos frères et dans nos sœurs.
Cette parole peut être difficile à entendre pour celles et ceux qui veulent toujours être le centre de l’attention et de la reconnaissance. Dommage.

Sr Renée, carmel Saint Joseph, le 6 juin 2023

https://www.carmelsaintjoseph.com/sermons/marc-12-13-17-5/ 

lundi 1 juin 2026

Liturgie de la Parole 9e lundi TO-II Marc 12, -12

Méditation

(Si le texte ci-dessous ne vous nourrit pas, je vous invite à lire celui de Pierre Hannosset sur son blog:  https://padrepierre.blogspot.com/2026/05/saint-justin-mettons-nous-en-presence.html )

Au chapitre 11, une question avait été posée à Jésus (v. 28) : « En vertu de quelle autorité fais-tu ces choses ? Qui t’a donné cette autorité pour que tu fasses ces choses ? » L’échange qui suit entre Jésus et les grands-prêtres, les scribes et les anciens n’aboutit pas.

Alors Jésus change de registre : il se met à leur parler en paraboles. Nous avons vu, au chapitre 4, que les paraboles sont beaucoup plus impliquantes que le dialogue, si les auditeurs n’en restent pas à leur extériorité. Cela se vérifie car l’écoute de cette parabole qui évoque de la violence induit à la fin un comportement des auditeurs qui révèle qu’ils sont concernés : « 12 Et ils cherchaient à l’arrêter, mais ils eurent peur de la foule, car ils avaient bien compris que c’est à leur adresse qu’il avait dit la parabole. » La parabole, loin de les mettre en garde, les amène à révéler ce qu’ils sont au fond.

Mais la parabole dévoile plus que la violence meurtrière qui peut animer les auditeurs. Elle en révèle aussi l’origine. Mais prenons garde d’en faire une lecture allégorique qui anéantit sa puissance signifiante. En particulier, évitons d’associer l’être humain à Dieu, les serviteurs aux prophètes, le fils à Jésus, bien que cela soit tentant. Cela évite au lecteur d’aujourd’hui d’être concerné.

« Un être humain planta une vigne et l’entoura d’une clôture et creusa un pressoir et bâtit une tour et la loua à des vignerons et s’absenta. »

L’être humain est dans ce verset un investisseur : il plante et équipe une pour la donner en location à des professionnels. Par la suite, il sera qualifié de seigneur de la vigne (v. 9). Entre temps, on apprend que la vigne n’est pas à proprement parler un investissement car son comportement n’est pas celui de quelqu’un qui veut simplement récupérer un loyer. On n’envoie pas ses serviteurs, et même son propre fils, se faire molester ou tuer pour récupérer une dette. Il y a autre chose en jeu.

2 Et au temps favorable, il envoya auprès des vignerons un serviteur pour qu’il reçoive, des vignerons, des fruits de la vigne.

3 Mais, l’ayant pris, ils le battirent et le renvoyèrent vide.

Un premier serviteur est envoyé pour que ce dernier reçoive des fruits de la vigne. Que sont ces fruits de la vigne ? Le loyer seulement ? On comprend que la vigne est destinée à donner des fruits. S’il y a un pressoir, c’est pour faire du vin. Les fruits désignent-ils le vin produit ?

Un serviteur est envoyé. Mais au lieu de le renvoyer les mains vides, il est l’objet de violence. Nous ne sommes plus uniquement sur le registre d’un loyer impayé.

Les versets suivants le confirment, avec une escalade de la violence.

4 Et de nouveau, il envoya auprès d’eux un autre serviteur : celui-là, ils le frappèrent à la tête et l’outragèrent.

5 Et il envoya un autre : celui-là, ils le tuèrent ; puis beaucoup d’autres : [les vignerons] battant les uns, tuant les autres.

Au v. 4, frapper à la tête et outrager révèle une atteinte à la dignité, une marque de mépris. Les vignerons considèrent le serviteur comme moins que rien. Et d’ailleurs, la logique de violence va jusqu’au meurtre (v. 5) : le faire disparaître des vivants. L’acharnement sur les serviteurs laisse penser à une haine contre le bâtisseur de la vigne. En frappant, outrageant ou tuant les serviteurs on atteint celui qui les envoie. Dans l’espace de la vigne, les vignerons sont les seuls maîtres. Tout rappel que cette vigne n’est pas leur œuvre déchaîne violence et meurtre. Nous sommes loin du contrat de location primitif. L’absence du bâtisseur est interprétée comme abandon de la vigne, voire comme déni du fait qu’ils doivent la vigne à quelqu’un d’autre.

L’acharnement du bâtisseur à envoyer d’autres serviteurs, sans intervenir lui-même, est incompréhensible si on en reste à une histoire de loyer impayé. Il agit comme s’il oubliait ou pardonnait le comportement précédent des vignerons, en leur donnant une nouvelle chance. Cette patience ne traduit pas une inconscience ou une indifférence, mais au contraire un espoir et une forme d’affection envers les vignerons. Mais son insistance ne semble entamer en rien les vignerons. Ils agissent comme un seul homme : aucune dissension n’apparaît entre eux ; ils font bloc.

On peut déjà comprendre qu’un contrat entre inégaux – entre un bâtisseur et des exploitants – contient en germe une violence sans fin. Cela pose la question fondamentale de l’alliance entre Dieu et les humains quand Dieu s’absente ou se tait, que traitent les premières Ecritures [1]. Mais aussi, par exemple, celle des parents et des enfants quand les premiers disparaissent.

6 Il en avait encore un, un fils bien-aimé ; il l’envoya, dernier auprès d’eux, disant : Ils respecteront mon fils

7 Mais ces vignerons se dirent entre eux :
Celui-ci est l’héritier : venez, tuons-le, et l’héritage sera à nous.

8 Et l’ayant pris, ils le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne.

Le fils, bien que se situant dans la série des envoyés du seigneur de la vigne, fait rupture. C’est le dernier possible, sachant que l’hypothèse de sa venue en personne est exclue dans la parabole. C’est un fils et non plus un serviteur : il ne représente pas le seigneur mais est, en quelque sorte, une part de lui, le fruit de sa chair. Il est qualifié de bien-aimé : cela confirme que son père n’est pas indifférent, mais mû par l’amour. Cet envoi a effet de révélation de la vérité des vignerons : qu’est-ce qui motivait vraiment leur comportement ?

Cette fois-ci nous entendons parler les protagonistes. Nous n’interprétons plus des comportements : nous entrons dans leur intimité. Pour le père, il s’agit du respect, opposé au mépris dont ont fait preuve les vignerons. Seulement de respect : aucune allusion aux fruits évoqués plus haut. Mais peut-être que ce respect était, au fond, le fruit attendu : le respect de l’autre, dans sa différence radicale en tant que dans la vigne on peut être autre chose que vigneron.

Les vignerons ne voient pas un fils bien-aimé mais un héritier. Leur raisonnement est bizarre : en tuant l’héritier, alors que son père n’est pas mort, ils n’ont aucune chance d’hériter eux-mêmes. A moins que dans leur tête, l’absence du père est équivalente à sa disparition. Ils n’envisagent pas son retour. La violence se nourrit de l’imaginaire, de l’illusion, de déni de la réalité.

Les vignerons tuent le fils et le jettent hors de la vigne pour plus qu’aucune trace ou signe ne rappelle l’existence même du seigneur de la vigne. Ce faisant, ils ont tout pour eux. Plus rien ne fait entrave à leur toute-puissance imaginaire.

9 Que fera le seigneur de la vigne ?
Il viendra, et fera périr les vignerons et donnera la vigne à d’autres.

Jésus quitte le mode de parler parabolique en posant une question à ceux qui l’écoutent. Mais ces derniers ne répondent pas. Jésus continue en évoquant un scénario : le seigneur de la vigne viendra et conduira les vignerons à leur perte [2] (ce qui est différent de tuer). A l’avenir, il donnera cette fois la vigne au lieu de la louer. D’une certaine manière, le don devient possible parce qu’a été révélé où conduisait le refus de l’origine. Rien dans les personnages des vignerons n’a été trouvé digne d’un don.

Précisons que les personnages de la parabole ne sont pas à prendre comme des personnes réelles. En chacun, il y a du vigneron, mais aussi de quoi être sujet d’un don. Le don n’efface pas le donateur, il en est un rappel constant, mais pas sur le régime de la dette. Il n’y a rien à rendre, si ce n’est de rendre grâce. Il reste signe permanent d’un amour. S’approprier le don, c’est le perdre.

Ainsi cette parabole touche à une racine de la violence : le refus ou le déni de l’origine. Cela s’entendait déjà en Genèse 3, quand, en l’absence du divin, l’humain et sa femme ont mis la main sur l’arbre de la connaissance du bien et du mal, arbre faisant signe que ce n’était pas eux qui avaient planté le jardin. Ceci sur la promesse d’un rusé serpent qui leur faisait miroiter un imaginaire : vous serez comme des dieux, vous hériterez de la divinité.

10 Et n’avez-vous pas lu cette Écriture :

La pierre qu’avaient rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue tête d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur et elle est admirable à nos yeux. »

C’était déjà écrit dans les Écritures (psaume 118). Mais elles laissaient en suspens la figure de cette pierre rejetée. Les bâtisseurs peuvent être compris comme les vignerons, de leur point de vue. En anéantissant toute trace du bâtisseur originel, en particulier son fils, ils se sont vus comme étant eux-mêmes bâtisseurs. Une autre bâtisse est possible à partir du meurtre du fils est possible, où ce fils constitue une pierre angulaire.

Je (Raymond volant) partirai du point qui fait la jonction entre ces deux paraboles : le fils rejeté hors de la vigne et la pierre rejetée par les bâtisseurs.

Une vigne est plantée, installée, équipée et mise en location à des vignerons. Celui qui a planté la vigne et qui est à l’origine du projet, s’en va au loin laissant aux vignerons le soin d’exploiter cette vigne et de la faire fructifier. Ceux-ci agissent en propriétaires des fruits de la vigne et veulent tout garder, refusant de donner une part au maître. Viendra le fils, le bien-aimé ; il sera, comme les autres serviteurs qui l’ont précédé, maltraité, tué et rejeté hors de la vigne.

Le Seigneur, maître de la vigne, la donnera à d’autres et le projet va se poursuivre à partir du rejet du fils. Car le fils rejeté, comme la pierre rejetée par les bâtisseurs, deviendra pierre d’angle de la nouvelle construction : deux paraboles qui se rejoignent dans le fils.

Deux paraboles qui sont comme deux dynamiques dont la figure du fils est le point focal : une dynamique du refus du don conduit au meurtre du fils.

En refusant une part des fruits de la vigne, les vignerons oublient qu’ils ont reçu cette vigne en location. Ils veulent s’affranchir de cette condition et lorsqu’apparaît le fils, ils voient en lui l’héritier qui pourrait les empêcher de devenir propriétaires. Le Seigneur, maître de la vigne, les fera périr, ce que ils avaient, la vigne en location, leur est enlevé  (rappel de Marc IV, 25 : on lui enlèvera même ce qu’il a).

Le fils en tant que fils, c’est celui qui a reçu la vie. Fils, il s’inscrit dans la dynamique du don et personne ne peut lui enlever cette condition : en rejetant le fils, peut-on détruire son lien avec celui qui lui a donné la vie, faire que le fils ne soit plus fils ?

Non, nous dit la parabole, puisque la pierre rejetée, le fils rejeté, deviendra pierre d’angle de la nouvelle construction.

Par Pierre Chamard-Bois et Raymond Volant

Traduction utilisée : voir traductions de travail
https://bible-lecture.org/marc-12-1-12-commentaire/