jeudi 27 août 2026

Liturgie 21e jeudi TO-II Matthieu 24, 42-51 ; 1Corinthiens 1, 1-9

Introduction

Comment vivre en ce temps ? telle est peut-être la question que nous pouvons nous poser en lisant l’évangile de ce jour : Jésus nous y exhorte à la vigilance, à nous tenir prêts ! alors qu’est-ce que la vigilance ? comment la vivons-nous ? comment sommes-nous appelées à la vivre ? car oui, il y a à la base de nos vies, comme le rappelle st Paul aux Corinthiens, un appel de Dieu ! alors entrons dans cette célébration, en descendant au plus profond de nous, là où nous sommes enfants de Dieu, là où nous sommes membres du peuple saint de Dieu, appelés à chanter sa louange !

 

Après l’Evangile

Alors dites-moi Dieu est-il comparable à un voleur ? ou à un maitre qui confie les humains les uns aux autres, et espère qu’ils prendront soin !

La première partie de l’évangile, nous invite à voir l’échec d’une veille sur des biens conçus comme une propriété privée. Qui monte la garde auprès de ses lingots finit quand même par s’endormir ! Par contre dans la deuxième partie de l’évangile, qui veille en intendant, au service de ses frères et sœurs, trouve la manière pour donner à chacun ce dont il a besoin, trouve la manière de servir, et de dormir à ses heures de manière à tenir son service !

L’invitation à la vigilance qui nous est lancée aujourd’hui, est une invitation à la présence plutôt qu’une invitation à ne pas dormir ! ouf ! oui, il me semble qu’à travers les textes que nous recevons aujourd’hui, la question nous est posée : comment vis-tu dans l’aujourd’hui ? Comment es-tu artisan du quotidien, de manière à collaborer à la venue du Seigneur. Il s’agit de vivre aujourd’hui, pleinement, totalement. Et comment le vivrons nous ? st Paul nous répond dans sa lettre aux Corinthiens : en vivant en communion avec Jésus.

Oui, il nous faut apprendre à vivre en Christ. Alors nous ne serons pas dans le rêve du futur, ou dans la nostalgie du passé… nous serons avec celui qui est l’Eternel Présent. Et alors nous pourrons vraiment être vigilants, veiller sur notre création, notre petite planète bleue, veiller les uns sur les autres. Veiller sur notre Dieu ! lui faire place au quotidien en nos vies ! bonne veille !

 

Invitation à la prière du Notre Père

Seigneur Jésus, tu nous invites à vivre sous le regard du Père, tu nous invites à le prier comme tu l’as prié, comme tu nous l’as enseigné. Aussi nous osons dire : …

 

Prière de conclusion

Dieu d’amour sans cesse tu veilles sur tes enfants, et tu les invites à vivre en toi. Dieu d’amour, tu nous offres ton salut, tu nous invites à prendre part à l’édification de ton royaume. Nous t’en prions que ton Esprit fasse de nous des veilleurs, artisans de ta grâce. Nous te le demandons par Jésus…

Sr Myrèse le 27 août 2020

mercredi 26 août 2026

Liturgie 21e mercredi TO-II Matthieu 23, 27-32 ; 2 Thessaloniciens 3, 6-10.16-18

Introduction

L’extrait de la lettre aux Thessaloniciens que nous entendrons n’est pas un plaidoyer à l’encontre des migrants, des malades, des victimes d’une économie basée sur l’élitisme, la performance et l’individualisme.  Paul, au contraire, prône une solidarité responsable. Il pose les bases d’une entraide saine. Il invite à soutenir ceux qui sont dans le besoin réel tout en évitant d’encourager la dépendance de ceux qui refusent de faire des efforts.

Il invite à ne pas être un fardeau pour les autres en abusant de la générosité d’autrui à travers la mise en place d’une sécurité sociale indispensable à la vie et la dignité des plus vulnérables.

Il s’insurge contre toute forme de paresse et s’adresse spécifiquement à ceux qui choisissent délibérément l’oisiveté ou la passivité : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus »

Paul conclut en disant qu’une vie active et rythmée favorise la paix de l’esprit.

 

Commentaire

Je vous invite à lire l’entièreté du ch 23 de l’Evangile de Matthieu qui n’est pas ce qui semble être un réquisitoire pour un plaidoyer accusateur d’un procureur à l’égard des Scribes et des Parisiens. Jésus n’accuse pas, il s’adresse à la foule et aux disciples pour dénoncer et pointer du doigt leurs dysfonctionnements et leurs incohérences dont ils sont les premières victimes : « Malheureux êtes-vous !»

Malheureux êtes-vous car votre aveuglement et vos actes insensés vous rendent malheureux à l’intérieur puisque « vous êtes pleins d’hypocrisie et de mal. Vous témoignez contre vous-mêmes » dit Jésus.

Le décor est planté mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’une histoire ancienne. Nous sommes tous concernés sinon quel intérêt à lire ce récit comme une BN pour nous aujourd’hui ?

D’abord comprendre que nous ne sommes pas accusés mais appelés puissamment à la cohérence intérieure et à la vérité.

Jésus secoue le cocotier de nos habitudes comportementales, qu’elles soient morales ou religieuses. Bas les masques : L’image impeccable que nous montrons trop souvent de nous-mêmes quand nous sommes face aux autres est l’apparence d’une personne bien. Cette apparence est un maquillage qui n’est pas le reflet de notre cœur.

Quand Jésus dit un peu plus tôt : « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur », c’est une manière de nous inviter à l’humilité, à la pauvreté, la fragilité qui n’est pas des faiblesses mais le terreau fécond de notre croissance.

Son appel est aussi celui des voix prophétiques que nous entendons aujourd’hui mais que nous ignorons parce qu’elles dérangent. La violence des propos de Jésus est sans aucun doute un électrochoc pour nous sortir de nos aveuglements. Reconnaître que nous avons tous une part d’hypocrisie est le premier pas nécessaire pour accueillir l’amour indéfectible et la miséricorde de Dieu.

Je terminerai par une petite comparaison :

La vie s’est chargé de faire travailler le bois des portes de grange que nous sommes.  Les planches ont séché et se sont fissurées ; les montants ont rétréci et se sont tordus au fil du temps en traversant les tempêtes de nos vies. L’âge n’arrange pas les choses. Au contraire. Plus elles sont vieilles et plus elles sont fissurées et ça, c’est une chance incroyable car la lumière du Christ va pouvoir s’infiltrer et éclairer notre cœur pour le transformer et y remettre de la vie.

 

Invitation au Notre Père 

Seigneur notre Dieu, Toi la Source de la vie, toute joie nous vient de toi. Dans la foi et la confiance, accueillons ces paroles d’un évangile difficile à entendre car elles sont aussi des paroles de bienveillance. Tournons notre prière vers Celui qui est notre Père.

Raymond le 26 août 26

mardi 25 août 2026

Liturgie de la Parole 21e mardi TO-II Matthieu 23, 23-26 ; 2 Thessaloniciens 2 1-3a.14-17

Introduction

Nous arrivons peu à peu au bout de l’évangile de Matthieu. Depuis samedi, nous sommes dans le chapitre 23, et nous l’entendrons encore demain. C’est le fameux chapitre des invectives aux Pharisiens. Plutôt que des invectives ou des malédictions, il faut comprendre derrière ces paroles de la consternation, de la désolation, de la tristesse. Comme si Jésus disait « ouïe ouïe ouïe ! » Il y a une citation du prophète Osée qui parcourt l’évangile de Mt : « c’est l’amour que je veux, et non le sacrifice, la connaissance de Dieu, plus que les holocaustes » (Osée 6, 6). On la rencontre deux fois explicitement, et ici encore implicitement, quand Jésus dit aux Pharisiens : « malheureux êtes-vous, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité ».

Il y a sans doute en chacun de nous un pharisien qui se cache. Quand nous nous réfugions dans tout ce que nous faisons de bien, au point parfois d’oublier l’amour qui doit être le moteur de toute chose… Mais laissons là les pharisiens et mettons-nous à l’écoute de l’appel de Dieu qui résonne dans les psaumes.


Commentaire après les lectures

Je voudrais évoquer la première lecture, cette 2ème lettre aux Thessaloniciens dont nous lisons des extraits ces jours-ci. Le passage que nous venons d’entendre fait allusion au fait que les premiers chrétiens croyaient très fort que la fin du monde était proche, que le Christ allait revenir bientôt. Et du coup, leur manière de vivre le quotidien s’en trouvait affecté. Paul l’apprend et il met les choses au point : que personne ne lui prête des paroles qu’il n’aurait pas dites ! Certes, nous vivons dans l’attente du jour du Seigneur, mais ce n’est pas une raison pour négliger l’aujourd’hui. Il y a tout un passage qui n’a pas été repris dans cette péricope, et qui parle du mystère d’iniquité, à l’œuvre dans le monde maintenant. Il parle de la séduction du mal, qui viendra avec puissance et signes trompeurs. Puis il ajoute que Dieu nous a appelés à « entrer en possession de la gloire de Jésus-Christ. » Cela me fait penser à l’exposition que nous avons vue hier, sur le manuscrit de l’Apocalypse. Un artiste très doué a mis en image toutes les visions catastrophiques de Jean à Patmos. Mais aussi les visions du combat qui se déroule dans le ciel, de la victoire de l’agneau, de la fin définitive du mal. En fait, l’Apocalypse est un livre d’espérance !

 

Je vois un lien à faire avec notre situation d’aujourd’hui. Au fond, Paul nous parle de notre rapport au temps, à la temporalité. Aujourd’hui aussi, nous vivons une sorte de fin du monde, et nous ne savons pas quand tout cela va s’effondrer, et nous vivons dans une certaine peur. Ou bien, nous évacuons la peur par des discours relativistes, qui disent qu’il n’y a pas de problème, que tout va bien. Entre la vision des catastrophistes et la vision des optimistes négationnistes, la position chrétienne n’est pas toujours si simple ! Dans Laudato Si’, le pape François invite à une attitude responsable et solidaire, qui lance le pari de l’espérance. Oui, les choses vont mal, mais nous avons la mission de ne pas éteindre l’espérance ! Les premiers chrétiens croyaient que le jour du Seigneur allait arriver très vite. Du coup, certains s’arrêtaient de travailler : « à quoi bon ? ». Mais nous, nous avons peut-être oublié la promesse de la venue du Christ, nous vivons trop au présent, le nez dans le guidon. Le « retour du Christ » ne fait plus guère partie de notre théologie… Comment, alors, vivre l’espérance ? Je pense qu’en disant aux chrétiens de Thessalonique : « Dieu vous a appelés par notre proclamation de l’évangile, pour que vous entriez en possession de la gloire de notre Seigneur Jésus Christ », il les invite à introduire l’avenir dans le présent. À vivre le présent en le laissant illuminer par la promesse de l’avenir. À la fois pour réconforter, et pour responsabiliser. Car la venue du Jour de notre Seigneur Jésus Christ dépend aussi de notre désir, de notre tension vers lui, de la préparation que nous lui offrons. Cela demande d’être attentif au présent, et vigilant par rapport au « mystère d’iniquité », et confiant dans la douce force de la vérité de Jésus Christ, qui viendra à bout de ce mystère. C’est cela, son jour : le combat vainqueur de la vérité contre le mensonge, de la douceur contre la brutalité du mal.


Conclusion

Dieu, Père, tu nous aimes ; par ta grâce, tu nous donnes réconfort et joyeuse espérance. Affermis nos cœurs en tout ce que nous pouvons dire ou faire de bien. Rends-nous joyeux dans l’espérance et inventifs dans l’amour. Pour que ton Jour se lève sur le monde, avec ta victoire définitive sur toutes les forces du mensonge et du mal. Par Jésus Christ…

Sr Marie-Raphaël le 25 août 2020

lundi 24 août 2026

Liturgie de la Parole 24 août saint Barthélemy Jean 1, 45-51 ; Apocalypse 21, 9b-14

Accueil

Heureux sommes-nous qui fêtons aujourd’hui l’un des apôtres, Barthélémy, alias Nathanaël dans l’évangile de Jean. Fêter l’un des apôtres, c’est fêter les fondations de notre foi dans le Christ, qui est lui-même la pierre d’angle. Cette pierre d’angle, cet autel, sur lequel je m’appuie. Heureux sommes-nous qui célébrons aussi aujourd’hui le cinquième anniversaire de l’élection de Mère Marie-Jean, prieure de ce monastère. Jour après jour elle se tient au plus près de cet autel, qui est le Christ au milieu de la communauté. Entrons dans cette eucharistie, en rendant grâce pour la figure de Barthélémy, et en entourant Mère Marie-Jean de notre prière.

Mais reconnaissons d’abord notre péché : que le Christ, dans sa miséricorde, recrée en nous le désir de le suivre et le servir.

 

Homélie

L’ange me montra la ville sainte, écrit saint Jean, la Jérusalem qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu. De cette ville, Jean précise : sa muraille repose sur douze fondations portant les douze noms des douze apôtres de l’Agneau. Voilà qui dessine dans un axe vertical. Du ciel de Dieu la ville descend, dans sa beauté, vers le témoin de la vision. Cet acte vertical, apocalyptique, nous l’avons retrouvé à la fin de l’échange entre Jésus et Nathanaël : « Tu verras des choses plus grandes encore. Vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. »

La vocation de l’apôtre, de Barthélémy, alias, Nathanaël, la vocation de chacun des douze apôtres, et la vocation de l’apôtre en nous, croise toujours cet axe vertical, qui est la manifestation de Jésus « à ciel ouvert », dans l’éclaircie de Dieu. Chaque apôtre est témoin à sa manière de l’apocalypse de Jésus, de la révélation fulgurante de son être de Fils de l’homme et de Fils de Dieu.

Mais une vocation apostolique met en jeu, tout autant, un axe horizontal, celui de nos histoires, de nos cheminements, celui des rencontres et des paroles échangées à hauteur d’homme, à propos de Jésus et avec Jésus. Dans l’évangile de ce jour, c’est d’abord la rencontre de deux hommes, liés par l’amitié : « Philippe va trouver Nathanaël et lui dit… ». Nous sommes dans l’axe d’une parole d’amitié, d’une confidence d’amitié à propos de Jésus : « Celui dont il est écrit dans la Loi de Moïse et chez les prophètes, nous l’avons trouvé ! ». Comme le mystère de Jésus est confié à nos amitiés, à ce qu’un ami peut dire à son ami ! Nathanaël répond à Philippe par une boutade, qui trahit des vues humaines, trop humaines : « De Nazareth peut-il venir quelque chose de bon ? ». La réponse de Philippe est celle d’une invitation fraternelle, basée sur sa propre expérience : « Viens et vois ».

Paraît alors Jésus, et c’est lui qui voit Nathanaël, et lui dit : « Voici vraiment un Israélite (un fils de Jacob), il n’y a pas de ruse en lui ». L’ironie ne manque pas, mais elle est douce ; l’ironie ne manque pas car le Jacob biblique était bel et bien un maître en matière de ruse. Sourire de Jésus également dans sa référence au figuier. « Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier – probablement le symbole de l’étude, de la recherche – je t’ai vu ». Le rôle de l’ami, Philippe, a compté, le rôle de l’étude a compté, mais, plus encore, le regard de Jésus – « Je t’ai vu ».

            Et puis la promesse, celle d’une trouée, d’une lumière verticale : « Vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. »

Dans la vocation de l’apôtres deux axes, donc, se rencontrent. Celui, horizontal, de nos échanges dans l’histoire, dans l’estime et l’amitié ; celui, vertical, des cieux ouverts sur le Fils de l’homme.

Il y a cinq ans, vous avez fait une expérience similaire, une expérience johannique, lors de l’élection de Mère Marie Jean. Une expérience qui a mis en jeu votre responsabilité de moniales, celle de chercher et trouver l’une d’entre vous, qui servirait l’unité. Mais aussi l’expérience du choix de Dieu, dans sa verticalité. L’expérience du Dieu qui se penche sur l’une de de vous, qui servira l’unité de vous toutes – selon la Règle de saint Benoît. Pour elle, pour mère Marie-Jean, nous prions : qu’elle soit mère et sœur, une figure de l’amitié dans le Christ, comme le furent Philippe et Nathanaël.

Jésus a dit à Nathanaël « Quand tu étais sous le figuier ». Relisant l’épisode avec vous à Hurtebise, je voudrais corriger le récit johannique sur un point. Et faire dire à Jésus non plus « quand je t’ai vu sous le figuier », mais « sous le tilleul ».

Père Jean-Pierre Sonnet, jésuite, Hurtebise le 24 août 26

 

dimanche 23 août 2026

Liturgie de la Parole 21e dimanche A Matthieu 16, 13-20 ; Isaïe 22, 19-23 ; Romains 11, 33-36

Homélie

De certains romans on dit qu’ils sont des romans à clé, qui s’ouvrent lorsqu’on y fait jouer une certaine clé, donnant accès à un surplus de signification. Les lectures de ce jour ne sont pas un roman, mais elles parlent de clé et font jouer certaines clés que je voudrais découvrir avec vous.

Aux textes du lectionnaire, je voudrais ajouter deux versets de l’Apocalypse – deux clés sans doute. En Apocalypse 1,18, Jésus ressuscité s’adresse à l’apôtre Jean : « N’aie pas peur ! C’est moi qui suis le premier et le dernier, le vivant. Je suis mort, mais je suis vivant à tout jamais, et j’ai les clefs de la mort et du séjour des morts ». Plus loin, en 3,7, il se désigne comme « celui qui a la clef de David, celui qui ouvre de telle sorte que personne ne ferme, celui qui ferme de telle sorte que personne n’ouvre ». Dans la première lecture de ce dimanche, d’Isaïe, il était dit à propos du serviteur choisi par le Seigneur, Eliakim : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira. » Mais quelle est cette clé de David, qui devient dans l’Apocalypse celle de Jésus ?

Arrêtons-nous d’abord sur l’objet clé, dans sa réalité physique. Les clés dans l’Antiquité n’étaient pas nos clé-de-poche (sans parler de nos clés usb). Elles pouvaient mesurer jusqu’à 60 cm de long. Une célèbre clé de temple en bronze du Ve siècle avant J.-C., découverte dans le sanctuaire d’Artémis à Lousoi en Arcadie, mesure 40 cm de long. Les prêtres portaient cette clé sur l'épaule pour afficher leur rang et leur autorité. Certaines de ces clés étaient si lourdes qu’elles constituaient « la charge d’un homme », d’où l’image d’Isaïe : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David » (Is 22,22), la clé de l’autorité royale.

Dans la Bible, la clé devient le symbole de ce qui donne accès au dessein de Dieu, un dessein par ailleurs inscrutable, comme nous l’avons dit dans le psaume : « Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? ». L’énigme de ce dessein se concentre en fait dans la mystérieuse identité du « Fils de l’homme ». « Au dire des gens, - demande Jésus- qui est le Fils de l’homme ? » Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? ». Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! ». σὺ εἶ ὁ χριστὸς. Tu es l’oint χριστὸς de Dieu, celui qui a reçu l’onction de Dieu. Jésus lui répond : « (Et toi) Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Voilà que ressurgit le symbole des clés, cette fois « les clés, non plus du royaume de David, mais du royaume des Cieux ». Mais quel est ce pouvoir des clés, que Jésus remet à Pierre et à l’Église de Pierre, ce pouvoir des clés qui unit le monde des hommes et le monde de Dieu ?

Vous avez remarqué que Jésus, à la fin de l’épisode, demande instamment aux disciples « de ne dire à personne que c’était lui, le Christ ». Pourquoi cette injonction paradoxale, dans un contexte de révélation ? C’est qu’il manque encore la clé qui permettra d’« ouvrir » le mystère de Jésus-le-Christ – la clé qui est sa passion-résurrection. Et en effet, dès le verset suivant le récit de Matthieu, nous apprenons : « Dès lors Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et se réveiller le troisième jour ».


La clé, en fin de compte, c’est la croix, la croix que porta Jésus sur son épaule. Dans la tradition ancienne, la première lettre du mot Christos, la lettre chi (χ), qui a la forme d’une croix oblique, d’une croix diagonale, est devenue le monogramme, la signature, du Christ, mort et ressuscité. Cette lettre, si on veut, est la clé, qui ouvre le nom et le mystère de Jésus, le Christ. Prions ce matin pour que nous puissions faire le chemin des disciples, et notamment de Pierre, et confesser nous aussi, de la manière la plus personnelle qui soit : « Tu es le Christ ! ». Tu portes sur ton épaule une croix en forme de clé, une clé en forme de croix qui donne accès de manière irréversible, à la Vie de Dieu. Je pensais à ces mots tout à l’heure en regardant votre croix, qui est une croix en forme en de clé et une clé en forme de croix.

Père Jean-Pierre Sonnet, jésuite, Hurtebise le 23 août 26