mardi 20 octobre 2026

Liturgie 29e mardi TO-II Luc 12, 35-38

Méditation

L’évangile de ce jour fait suite à une série de consignes données par Jésus à ses disciples – que la liturgie ne nous a pas fait lire – et qui se rapporte directement à la petite parabole lue hier, celle de l’homme riche qui thésaurise pour lui-même et non pour Dieu. Jésus demande à ses disciples d’avoir confiance en Dieu pour les besoins corporels, de ne pas se soucier en vain car Dieu sait ce dont nous avons besoin mais de chercher avant tout le Royaume de Dieu et sa justice. Puis, il leur demande de ne pas faire de réserves – ceci nous rappelle l’épisode de la manne au désert ou le pain de chaque jour dans la prière du Notre Père – car notre vrai trésor est dans les cieux et où sera notre coeur sera notre trésor.

 

Aujourd’hui, Jésus poursuit son enseignement aux disciples avec une autre petite parabole sur la nécessité de veiller. Veiller mais pas n’importe comment, veiller à la manière des serviteurs qui attendent leur maître à son retour des noces. Cette vigilance demande d’ignorer l’heure du retour, d’être en tenue de service, c’est à dire d’avoir les reins ceints – comme les Hébreux à leur départ de la terre d’Egypte -, d’avoir une lampe allumée – allusion aux vierges sages.

 

Dans quel but et pourquoi les serviteurs attendent ? Ils attendent pour ouvrir la porte quand leur Maître frappera et pour le servir.  Belle attitude approuvée et reconnue par le maître puisque Jésus déclare : « Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller », et à la fin de notre passage : « Heureux sont-ils » d’être trouvés ainsi à l’arrivée de leur maître.

Le bonheur, la béatitude se trouveraient-ils dans l’attente et le service ? Car que fait le maître : il se ceint les reins et sert les serviteurs qui ont pris place à table. Renversement de situation. Peut-être geste prophétique ? Puisque dans l’évangile de Jean au ch. 13 nous voyons que Jésus se lève de table, se ceint les reins avec un linge et lave les pieds de ses disciples. Lorsque qu’il a terminé il leur dit : Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Amen, amen, je vous le dis : un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. (Jean 13, 13-14. 16-17).

 

Renversement de situation mais pas des rôles. Le maître demeure le maître et les serviteurs des serviteurs car les serviteurs tout en étant servis font encore la volonté du maître, c’est lui qui est le sujet de l’action, c’est lui qui les sert.

 

Que veut nous dire Jésus par cette courte parabole ?

Les serviteurs veillent, ils attendent : ils attendent leur maître, c’est pour lui qu’ils veillent. Ils n’ont qu’une hâte c’est que le maître revienne pour le servir. C’est là leur bonheur : « heureux seront-ils ». 

Et nous qui attendons-nous ? Quel bonheur attendons-nous ?

 

Les serviteurs s’attendaient à servir et c’est le maître qui les sert.  C’est Dieu le maître, c’est lui qui dit et qui donne la béatitude, le bonheur. Il donne non selon les services rendus mais selon ce qu’il est : il donne à la mesure de son coeur et celui-ci est infini. Servir est ce qui montre le mieux qu’il est le maître. Et c’est peut-être là le renversement : découvrir que le service fait de nous des maîtres à la manière de Jésus.
Jésus a dit : « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir et donner ma vie en rançon pour la multitude » (Matthieu 20, 27).

Que l’Esprit nous aide à voir qu’en servant nos frères et sœurs, nous pourrons, nous aussi donner la vie et connaître le vrai bonheur.

Sr Jean-Baptiste le 20 octobre 26

lundi 19 octobre 2026

Liturgie de la Parole 29e lundi TO-II Luc 12, 13-21

« Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? »
Méditation

En écoutant cette parabole, je me souviens d’avoir lu, un jour, un conte issu du folklore russe qui illustre bien cette parole :
« Tu es fou, cette nuit même on va te redemander ta vie 
et ce que tu as accumulé, qui l’aura ?!»
Il était une fois un humble paysan russe qui vivait dans un petit village. Un jour, il entendit parler d’un homme qui possédait d’immenses terres et qui, avait fait cette promesse :
« Si quelqu’un est capable de marcher sur un terrain et de tout clôturer en une journée, tout ce qu’il aura parcouru et clôturé lui appartiendra. »
Le paysan se lève aux aurores, décidé de conquérir autant de terres que possible.
Il commence à marcher en pensant, bien sûr, à toutes les richesses qu’il va pouvoir acquérir.
Au fur et à mesure qu’il avance, sa convoitise grandit : il imagine, les terres fertiles en sa possession, les récoltes abondantes et surtout, la vie du luxe qui sera la sienne !
Mais au fur et à mesure qu’il avance, la fatigue se fait sentir. Et elle se fait sentir de plus en plus. Mais malgré cela, il refuse de s’arrêter, il pousse son corps à l’extrême, ignorant la douleur et l’épuisement jusqu’à ce que, … alors qu’il est sur le point de conclure sa journée et de finir son travail …. il sent que sa fatigue est à son comble et que le temps est presque écoulé …
Mais il veut, y arriver ! Alors il court, il court encore, et encore, mais l’épuisement l’emporte, il tombe au sol et meurt à quelques pas de la promesse fixée.
La terre avec le luxe qu’il convoitait lui échappe et désormais perdue.
Et oui, à force de tout vouloir, on n’emporte rien !
 
Revenons quelques instants sur le début de cet Evangile. Il semblerait que c’est une des seules fois dans l’Évangile où Jésus refuse d’intervenir alors qu’on le lui demande.
Et oui, parfois cela vaut la peine de se tenir en retrait et c’est ce que Jésus fait aujourd’hui :»
 
Jésus n’est-il pas ainsi en train d’appliquer le principe de la subsidiarité ?
Oui, car au fait, il leur dit : « Qui m’a établi juge de vos partages ? Réglez cela entre vous, moi, ça ne me regarde pas ! »
 
Ce principe de subsidiarité est le premier pilier de la Doctrine sociale de l’Eglise.
Et elle consiste en ces termes, nous dit Joseph Ratzingez en 1986 : « Donner la responsabilité, même au plus petit niveau, de ce qui peut être fait par des personnes compétentes, afin de résoudre des problèmes. »
 
Mais sous couvert d’efficacité, ce frère, dont nous parle Jésus, veut gérer rapidement le différend qui l’oppose à son frère et demande à Jésus de courcircuiter les échelons offiels pour résoudre son problème.
Mais ici Jésus refuse d’intervenir.
Son message est simple : « il ne faut pas empêcher le fonctionnement normal des négociations entre les héritiers d’une famille, quitte à faire appel à un médiateur : notaire ou juge ou … »
Mais cela implique de travailler sur l’écoute, le respect, le partage, la confiance envers l’autre.
 
Un 2°principe apparaît dans ce texte, c’est la séparation entre le pouvoir spirituel et temporel.
On voit que Jésus ne veut pas exercer l‘autorité dans la société de son temps.
Jean, dans son Evangile, raconte que Jésus, après la multiplication des pains échappe à la foule qui veut le faire roi.
Non ! Sa royauté n’est pas de ce monde. Donc Jésus sépare bien les deux niveaux.
Et pourtant, il a une vraie autorité, une autorité d’ordre morale et spirituelle.
 
Mais ce n’est pas pour cela que les disciples et les apôtres d’aujourd’hui ne peuvent pas avoir de responsabilités dans la société car la foi influence forcément les comportements des chrétiens dans la société. Mais l’Eglise se gardera toujours de faire de la politique.
Elle n’est pas liée à un système politique particulier.
 
Jésus conclut par ces paroles : « Soyez riches en vue de Dieu. »
Bien sûr, on peut être riche en finance, en temps, en talents.
Mais toute la question est de savoir ce que l’on en fait.
Et donc notre rapport à toutes nos richesses a un rapport avec notre foi.
Il faut que l’Evangile imprègne toutes les dimensions de notre existence, que je sois au travail ou en famille ou dans nos loisirs ou à l’église.
 
Et de cette façon on agit en faveur du bien commun. Un troisième principe cher à la doctrine sociale de l’Eglise.
Du coup, tout le monde, les riches comme les plus démunis y trouvent leur part.
 
Notre Père
Père souffle-nous, comment imprégner nos paroles, nos gestes, nos démarches, nos rencontres, de l’Evangile que tu nous proposes et que nous méditons, chaque jour.
Sr Anne-Françoise le 19 octobre 26

samedi 17 octobre 2026

Liturgie de la Parole 28e samedi TO-II Luc 12, 8-12

Méditation

Luc 12, 8-12

"Je vous le dis : Quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu. Mais celui qui m’aura renié en face des hommes sera renié à son tour en face des anges de Dieu. Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné. Quand on vous traduira devant les gens des synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la façon dont vous vous défendrez ni de ce que vous direz. Car l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire."

 

Pour la plupart, nous achèverons probablement notre passage sur la terre sans être amenés à devoir parler pour notre défense devant des synagogues, des magistrats et des autorités. Je m'autorise dès lors à faire de ce verset d'évangile une lecture spirituelle et à l'appliquer à un autre combat, celui de la prière. La prière est à l'occasion un simple moment de bonheur et d'abandon à la tendresse de Dieu ; mais à d'autres moments, plus ou moins nombreux selon les tempéraments et les aventures personnelles, la prière est un combat, et nous pouvons être tentés de le déserter, comme tous les champs de bataille. Aelred de Riévaulx, au douzième siècle, écrivait à sa sœur ermite : "Lutte avec Dieu, comme Jacob, pour qu'il prenne plaisir à se laisser vaincre."

 

La prière est un combat, mais, si nous le voulons, nous n'y sommes pas livrés à nos propres forces et à notre stratégie. L'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas quoi demander pour prier comme il faut (Romains 8,26). Il me semble fécond de rapprocher cette phrase de Paul et celle de l'évangile, en l'appliquant à notre désir de prier comme il faut : Ne vous inquiétez pas de ce que vous direz. Car l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire. Autrement dit : ne cherchez pas trop dans les ressources de votre intelligence les pensées intéressantes que vous pourriez offrir à Dieu pour son édification, laissez-vous plutôt envahir par son Esprit d'amour.

 

N'étant pas un spécialiste de ces questions ni un maître spirituel, je cède la parole à mon amie Thérèse d'Avila. Je dis "mon amie" parce que votre sœur Marie-Pia m'a suggéré il y a bien longtemps de faire d'elle mon amie, et c'est grâce à elle que, moi qui ne lis pas, j'ai lu ses œuvres complètes et toute sa correspondance. Elle écrit à propos de la parfaite oraison : "J'ai rencontré des gens pour qui toute l'affaire est dans la pensée ; s'ils peuvent la fixer longuement sur Dieu, quand même ce serait par de grands efforts, ils se tiennent pour spirituels ; s'ils s'en distraient, n'en pouvant plus, et serait-ce pour le bien, le désespoir s'empare d'eux, ils se croient perdus… Je ne dis pas que ce ne soit pas une grâce du Seigneur que de pouvoir méditer sans cesse sur ses œuvres, il est même bon de nous y efforcer. Mais il faut comprendre que toutes les imaginations n'y sont pas naturellement portées, tandis que toutes les âmes sont douées pour aimer… Je voudrais seulement faire comprendre que l'âme n'est pas la pensée, que ce n'est pas la pensée qui commande à la volonté, sous peine de grand dommage ; pour le progrès de l'âme il résulte donc qu'il ne s'agit pas de penser beaucoup, mais de beaucoup aimer[1]."

Frère François de Wavreumont

Extrait de la conférence donnée à Hurtebise le 12 octobre 26

 



[1] Livres des fondations, 5, 2.

vendredi 16 octobre 2026

Liturgie de la Parole 28e vendredi TO-II Luc 12, 1-7 ; Éphésiens 1, 11-14

Méditation

Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu.
Cherchez le Seigneur, et vous serez affermis,
Recherchez sans trêve sa face.
cf. Psaume 104,3-4
 
Saint Paul nous dit : 
« Nous espérons dans le Christ, nous écoutons la parole de vérité, l’évangile de notre salut, nous avons reçu la marque de l’Esprit Saint et l’Esprit promis par Dieu est une première avance sur notre héritage » donc c’est ici et maintenant que cela commence dans notre quotidien et avec ce monde en folie.
 
Et l’évangile Luc (12,1-7
« N’ayez pas peur de ceux qui peuvent atteindre le corps, N’aie pas peur, tu as du prix à mes yeux » (Isaïe 43, 4-5).
Nous n’avons rien à réussir, rien à prouver. Juste laisser résonner en nous ce que Jésus veut nous dire.
 
1.« Tout ce qui est caché sera connu ». Je ne vois pas comme une menace, c’est une invitation à mieux se connaitre en profondeur. Sentir nos contradictions. Un travail de connaissance sur soi ? Oui.
Une invitation à nous laisser rejoindre par Dieu dans notre vérité et nos masques. Dieu ne nous invite pas à devenir parfaits, mais à oser être vrai avec nos ombres et nos lumières.
Me dire en vérité, oser l’authenticité ? Oui
 
2.« Ne craignez pas ». Jésus parle de la peur. Il nous invite à ne pas nous laisser dominer par nos peurs. Les accueillir et ne pas nous réduire à elles. La confiance en Dieu aide à les traverser. Une autre lecture montant du dedans peut traverser ces peurs avec « Amour ».
 
Qu’est-ce qui me fait peur aujourd’hui et que je souhaite déposer ?
3.« Vous valez plus qu’une multitude de moineaux » Est-ce que je peux accueillir l’idée que j’ai du prix aux yeux du Seigneur, même dans mes fragilités ?
 
4.« Même les cheveux de votre tête sont tous comptés » Jésus à beaucoup d’humour et beaucoup de délicatesse. Il croit en nous jusqu’à la fine pointe de notre condition humaine. Il nous aime.
Osons la vérité,
Apprenons à faire confiance,
Accueillir et découvrir que je suis connu et précieux aux yeux de Dieu.
 

Invitation au Notre Père

Seigneur, que Ta Parole devienne en nous une source de liberté, de confiance et de vie. Ensemble prions le « Notre-Père ».

Brigitte le 16 octobre 26

jeudi 15 octobre 2026

 Liturgie de la Parole 28e jeudi TO-II Luc 11, 47-54 ; Éphésiens 1, 1-10

Méditation

« Vous avez enlevé la clé de la connaissance ; vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés. »
Comme Jésus peut avoir des paroles dures pour ceux qui ne travaillent pas à aider leur frère à connaitre Dieu !! L’accusation est tranchante et grave.
Thérèse d’Avila que le Carmel et l’Eglise Universelle fêtent aujourd’hui eut à cœur de travailler à faire connaître le chemin vers une connaissance plus grande du Seigneur. Ainsi fut elle reconnue docteur de l’Eglise : sa pensée, ses écrits élaborent une pensée de la foi, à la lumière de l’Ecriture et de manière nouvelle.
Pour Thérèse, la clé de la connaissance est l’oraison. L’oraison est même plus que la clé !! Elle est la porte de la connaissance de Dieu. Alors que Thérèse grandit dans une Europe du XVIe siècle, qui découvre l’existence du Nouveau Monde, Thérèse invite à une autre découverte : celle de Dieu par le chemin de la prière personnelle, par ce cœur à cœur dans l’intimité de chaque histoire, chaque être. La prière d’oraison va devenir ce chemin de connaissance de Dieu, dans un amour de contemplation.
En ce XXI siècle qui développe le monde du net, avec Thérèse d’Avila, ne nous dispersons pas et retrouvons le chemin vers Dieu dans l’intimité de notre cœur : « Je tâchais autant que possible de vivre en gardant en moi la présence de Jésus-Christ, notre Bien et Seigneur, et c’était là mon mode d’oraison. »

Sr Marie, Carmel saint Joseph le 15 octobre 2020

https://www.carmelsaintjoseph.com/sermons/luc-11-47-54-4/

Autre commentaire: Pierre Hannosset ce 15 octobre 26: https://padrepierre.blogspot.com/2026/10/sainte-therese-de-jesus-davila-mettons.html