jeudi 6 août 2026

Liturgie 6 août transfiguration du Seigneur A, Matthieu 17, 1-9 ; 2Pierre 1, 16-19

 Homélie

Hier, nous faisions mémoire
de la dédicace de la basilique Sainte-Marie-Majeure.

En 366, la Vierge Marie apparaissait au pape Libère et à un riche couple
pour demander la construction d’une basilique à Rome.

Elle indique l’emplacement en y faisant tomber la neige le 5 août.

Aujourd’hui, 6 août, c’est un peu comme un voile de neige,
qui a été répandu sur celle qui s’appelle désormais Marie-Ephrem
et je peux affirmer sans crainte de me tromper, Marie-Ephrem,
que le Vierge Marie souhaite que ton cœur, ta vie et tout ton être
   soit un sanctuaire tout neuf entièrement dédicacé à la Trinité.

Nous menons une vie singulièrement ordinaire.

D’ailleurs, pour la plupart de ses contemporains,
Jésus était un homme au final assez commun,
lui qui marchait sur les routes poussiéreuses de Galilée.

Puis un jour précis, cette normalité a volé en éclat
d’une manière tellement majestueuse et même… effroyable
— nous dit saint Matthieu —
que l’enveloppe du quotidien s’est déchirée
pour laisser place à une lumière totalement insoutenable :
son visage et ses vêtements rayonnent d’une clarté
   qui n’appartient pas à la physique de notre monde.

Puis la scène gagne encore en intensité :
   Jésus est rejoint par deux monuments de l’Ancien Testament.

Ils discutent ensemble comme si le temps n’existait plus.

La théologie orientale, surtout avec saint Jean Damascène,
et plus tard Benoît XVI insistent sur un point crucial :
il n’y a pas de changement de nature chez Jésus :
il ne devient pas divin par magie sur la montagne,
ce n’est pas une mutation, mais une révélation.

L’éclat de celui qui est Lumière née de la Lumière
perce soudain l’enveloppe de sa nature humaine.

C’est par un excès d’amour pour nous
que Jésus s’est voilé sous son humanité
afin de pouvoir entrer en contact avec chacun d’entre nous.

Si Jésus n’avait pas caché sa Divinité,
l’éclat de sa Majesté infinie aurait provoqué une peur paralysante
comme on le voit aujourd’hui avec les disciples.

Par contre, en se montrant comme un petit enfant ou un homme ordinaire,
Jésus créé un climat de confiance et de fraternité,
permettant à l’âme d’être avec Lui
comme on prend le plus charmant des bébés dans les bras
   voire contre son cœur.

Cette théophanie n’est pas seulement centrée sur le Christ,
elle est trinitaire.

On a la voix du Père depuis la nuée,
le Fils qui est transfiguré
et la nuée qui symbolise l’Esprit saint.

Cela porte un nom savant : c’est l’obombration
formé du latin umbra, l’ombre
obombration signifie littéralement
“l’acte de couvrir de son ombre”.

Nous pensons bien sûr à l’action de l’Esprit Saint
venant sur la Vierge Marie lors de l’Annonciation :
   « Le Saint-Esprit viendra sur toi,
               et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre »[1].

Cette “ombre” divine n’est en rien synonyme d’obscurité,
mais bien plutôt présence protectrice.

Pensons à l’importance de trouver de l’ombre quand on est en plein soleil !

Mais il y a un détail qui change tout.

Les fameux “six jours après”.

Qu’est-ce qui a bien pu se passer six jours avant
pour que ce timing mérite d’être mentionné par notre saint évangéliste ?

Eh bien, six jours avant, Jésus a brisé toutes les illusions de ses disciples.

Pierre venait de le reconnaître comme Messie,
mais Jésus leur annonce qu’il va monter à Jérusalem,
souffrir et être mis à mort. Quel choc !

À eux qui attendaient un roi guerrier pour virer les Romains
et on leur annonce un condamné à mort.

Pierre s’y oppose farouchement. Jésus le recadre direct.

En venant racheter l’homme,
le Fils s’est incarné dans une “chair mortelle”
pour descendre dans l’abîme des misères humaines
   afin de les guérir de l’intérieur.

C’est à travers l’humanité du Christ
que l’âme peut contempler les reflets de la Divinité sans être aveuglée,
et y laver ses péchés pour s’orner de la ressemblance divine.

L’humanité du Christ a été nécessaire pour unir à nouveau Dieu et l’homme, car sans le Verbe fait chair,
il n’y aurait pas eu de moyen de communication entre l’Infini et le fini.

Depuis le péché des origines,
l’homme a perdu la capacité de voir Dieu
   directement dans sa propre chair.

Les âmes sont devenues comme des “illettrées” du langage céleste,
c’est pourquoi, Jésus a dû utiliser le voile
de son humanité et un langage fait de paraboles humaines
pour enseigner le b.a.-ba du salut.

Voiler sa gloire permet à Dieu d’opérer ses plus grandes œuvres
dans le secret et l’ordinaire.

En se cachant sous des formes modestes
comme la vie à Nazareth ou dans l’Hostie,
le Fils évite d’imposer sa présence par la force
en laissant la créature libre de Le chercher et de L’aimer.

Puis il y a eu le projet de camping proposé par Pierre.

Il veut construire des abris matériels pour s’installer dans le divin.

Saint Augustin lui répond :
on n’a pas besoin de trois tentes
puisqu’on a déjà notre demeure véritable, le Christ lui-même.

L’injonction divine : c’est écoutez-le.

L’écoute, ce n’est pas passif.

Jésus disait juste avant,
qu’il fallait se rendre à Jérusalem et porter sa croix.

La vision fige, mais l’écoute exige de se lever.

L’engagement implique de redescendre
dans la vallée pour affronter une existence très incarnée.

Alors, sur le papier, la Transfiguration, c’est super beau.

Mais en toute honnêteté, est-ce que ça a vraiment marché ?

Ces mêmes apôtres Pierre, Jacques et Jean
qui ont vu cette lumière divine incroyable,
ce sont les mêmes qui vont s’endormir misérablement
pendant l’agonie à Gethsémani.

Et à l’arrestation, ils fuient.

Pourquoi leur offrir cette vision si elle s’effondre
à la première épreuve ?

Dom Pius Parsch, dans son Guide de l’Année liturgique
utilise une très belle expression pour expliquer cela.

Il dit que le Thabor a planté en eux un germe de gloire.

Un germe, cela a besoin de temps, sous terre, dans le noir.

C’est pour cela que Jésus leur ordonne de n’en parler à personne
avant sa résurrection.

Pendant la passion, les disciples n’ont pas la lucidité
d’utiliser cette mémoire, le combat étant trop violent.

Mais après Pâques, cette graine germe.

Leur compréhension est rétroactive.

Le souvenir remonte et communique son sens à tout le reste.

Pour conclure, je vais reprendre les cinq étapes pratiques
proposées par le Père Simon d’Artigue.

La première, c’est la mise à l’écart.

Le texte dit que Jésus les emmène à l’écart.

Arrêter le rythme et freiner, ce n’est pas fuir le monde.

C’est créer un espace d’écoute essentiel.

Et ça fait écho au voile blanc que notre chère postulante reçoit,
une forme de retrait du monde non pas pour l’abandonner
mais pour favoriser le dialogue avec notre meilleur ami.

C’est un signe d’appartenance à une communauté,
à un style de vie,
très interpellant, surtout si jeune.

Une fois cet espace créé, on passe à la deuxième étape, la montée.

Le texte précise bien que Jésus gravit la montagne.

Donc ça demande de l’effort.

La prière, ce n’est pas juste de la relaxation,
c’est un combat contre notre paresse, notre fatigue,
contre le stress généré par un emploi du temps bien chargé.

Et la troisième étape alors ? C’est l’écoute.

Aujourd’hui, on nous vend toutes sortes de méditations
comme des façons de faire le vide ou de se recentrer sur soi.

La prière chrétienne, c’est l’inverse, c’est un décentrement.

On fait silence non pas pour s’écouter soi-même,
mais pour laisser Dieu travailler, nous travailler
   avec toute sa puissance d’amour créateur.

La quatrième étape, c’est être avec Jésus seul.

Après la voix du Père, les apôtres relèvent la tête
et ne voient plus que Jésus : Moïse et Élie ont disparu.

Il s’agit de goûter la paix de Dieu,
de se laisser remplir par sa présence active.

Comme une religieuse qui devient progressivement
et spirituellement l’épouse du Christ.

L’âme contemplative console Celui
   qui en retour de son amour, reçoit essentiellement de l’ingratitude[2]
et elle participe au salut de toutes les âmes,
   par ses continuels “Je t’aime”.

La cinquième étape : on redescend de la montagne.

Chez vous, les Bénédictines, c’est le fameux ora (prie) et labora (travaille).

Chères sœurs en Christ, il n’y a pas si longtemps,
vous avez reçu vous aussi, ce voile blanc,
non pas pour quitter le monde mais pour choisir de l’aimer autrement,
en laissant le Christ faire de votre cœur un lieu dédicacé à sa présence.

Souvenons-nous du Thabor
dans le silence de la prière comme dans l’humble travail quotidien,
écoutons le Fils bien-aimé et laissons toute notre vie murmurer :
« Seigneur, il est bon que je sois ici, avec toi. »

Amen.

Abbé Vincent Jemine, Hurtebise le 6 août 26



[1] Luc 1, 35.

[2] La citation exacte, rapportée par sainte Marguerite-Marie Alacoque, est : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’amour. » Elle provient de l’Autobiographie de sainte Marguerite-Marie, § 92, à propos de l’apparition du Sacré-Cœur en 1675.

mercredi 5 août 2026

Liturgie de la Parole 18e mercredi TO-II Matthieu 15, 21-28 ; Jérémie 31, 1-7

Ouverture

Depuis deux semaines le prophète Jérémie nous a habitués, à des paroles rudes. Aujourd’hui et demain, avec le chapitre 31, le ton change : ce sont de magnifiques textes d’espérance. En préparant cette célébration, hier soir, j’ai eu un choc. Après Vêpres, je prenais le temps de méditer cet extrait de Jérémie et je me disais : que beau texte sur l’espérance ! Puis, après Complies, j’ai parcouru les pages du journal, et j’ai été interpelée par tant de très mauvaises nouvelles, qui font penser à une sorte de fin du monde. Guerre entre l’Ukraine et la Russie, menace de guerre entre le Chine et Taiwan, méga-feux et inondations mortelles aux USA, menace de grave crise énergétique en Europe, etc. Et à côté de cela, publication de magnifiques photos de la galaxie de la Roue de Chariot, loin, très loin dans l’univers, beauté infinie ! Notre vie quotidienne, avec ses monotonies, ses grandeurs et ses petitesses, se déroule au cœur d’immenses peines et d’immenses beautés. Comment tenir ? Comment se situer ? Nous prendrons le temps de réécouter Jérémie.

 

Résonances

Reprenons quelques clés que nous donne la prophétie de Jérémie :

Le 1er verset nous resitue dans l‘alliance : Dieu ne l’a jamais reniée, cette alliance, et il nous la rappelle : je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël et elles seront mon peuple. Dieu attend une réciprocité.

Le verset 2 nous dit : Israël est en route vers Celui qui le fait reposer. Et pas « Israël est en route vers son repos ». On est en route vers quelqu’un, pas vers quelque chose, pas vers un état passif, mais vers une rencontre.

Au verset 3, Dieu nous dit par la bouche du prophète : « je t’aime d’un amour éternel, je te garde ma fidélité ». Si nous pouvons appuyer nos vies sur le socle de cette certitude intime, quelle force !

Les versets 4 et 5 répètent trois fois un tout petit adverbe monosyllabique qui veut dire « de nouveau ». Cet adverbe est le secret de la résilience. De nouveau, tu seras rebâtie, de nouveau, tu danseras, de nouveau tu planteras des vignes… C’est tout l’espoir de Dieu ! Il y a toujours moyen de recommencer.

Le verset 7 est étonnant parce que, si on le lit bien, on comprend que c’est Dieu lui-même qui nous dit comment nous devons prier, par quels mots nous devons nous adresser à lui : car ainsi parle le Seigneur : poussez des cris de joie pour Jacob, acclamez la première des nations, faites résonner vos louanges et criez tous : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! »

Dieu nous fait comprendre que, par ces paroles, nous lui adressons une prière qui lui plaît, une prière qui est à la fois louange et supplication. « Sauve-nous ! ». Cette prière se prolonge dans le cri de la femme Cananéenne qui ne se laisse pas décourager par les réticences de Jésus : « viens à mon secours ! ». Que son audace nous inspire à maintenir vive la flamme de l’espérance.

 

Prière.

Seigneur, donne-nous la constance des veilleurs d’Israël, donne-nous l’audace de la Cananéenne, pour t’adresser la prière que tu mets toi-même sur nos lèvres, le cri qui ouvrira la brèche de ton salut pour nous-mêmes et pour le monde dans lequel nous vivons. Sauve-nous, par Jésus Christ, ton fils, notre Seigneur !

Sœur Marie-Raphaël le 3 août 22

mardi 4 août 2026

Liturgie de la Parole 18e mardi TO-II A Matthieu 15, 1-2.10-14 ; Jérémie 30, 1…22

Introduction

Avec toute l’Église nous célébrons en ce jour saint Jean Marie Vianney, Curé d’Ars, Patron de tous les curés : nous portons tous les prêtres dans notre prière. Qu’à l’invitation du Pape François, ils n’aient pas peur d’avoir sur eux et dans leur cœur l’odeur de leurs brebis ; qu’ils soient des pasteurs selon le cœur du Bon Pasteur.

Jérémie nous dit de la part du Seigneur « Je lui permettrai d’approcher et il aura accès auprès de moi. » Bien sûr dans le texte cela s’adresse au chef du peuple…mais ne sommes-nous pas un peuple de prêtres, de prophètes et de rois par notre baptême.

Dans l’évangile Jésus nous dit « Écoutez et comprenez bien ! Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur. » Matthieu ne précise pas, mais en Marc Jésus s’explique « Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. » (Marc 7,21-23)

Approchons-nous de Celui qui fait miséricorde et purifie les cœurs.

Et « chantons les Psaumes, et tenons-nous de telle sorte que notre esprit soit en accord avec notre voix » (Règle de st Benoît 19,7), notre cœur avec notre bouche !


Méditation

« Toute plante que mon Père du ciel n’a pas plantée sera arrachée. » Cette phrase est unique dans les évangiles ; nous ne l’entendons que tous les trois ans ! Alors il m’a semblé bon de la creuser.

En écho j’entends le livre de la Sagesse « Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. 24 Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. 25 Comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? 26 En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, 12 01 toi dont le souffle impérissable les anime tous. 02 Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur. » (Sagesse 11,23 à 12,2)

J’entends aussi la parole du bon grain et de l’ivraie.

Quelle est cette plante que le Père n’a pas plantée ? Peut-être justement le mal qui est en moi. Cette mauvaise herbe qui m’envahit.

Pourtant en jardinage on parle maintenant moins de mauvaises herbes, que d’indésirables : elles ne sont pas mauvaises, certaines sont même médicinales ; mais elles ne sont pas à leur place et risquent d’étouffer les herbes et les plantes choisies, plantées.

Si je lis la phrase de Jésus en positif, justement en lien avec le livre de la Sagesse, je constate que « les vivants », donc tous les hommes, sont plantés, voulus aimés par le Père. Je vois notre Père prendre une graine et la mettre en terre avec délicatesse et tendresse, puis veiller sur elle, dégager les indésirables qui la menacent, l’arroser de l’Esprit de vie, la nourrir de sa Parole, la regarder grandir et l’encourager, la redresser, tailler les gourmands qui pompent sa sève et la dispersent, et l’empêchent de porter de beaux et bons fruits…etc. on peut laisser aller son imagination et admirer le travail et la sollicitude du Seigneur !

Pour compléter le tableau j’écoute saint Jean nous dire : « Tous ceux que me donne le Père viendront jusqu’à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. » (Jean 6,37). Et plus loin, parlant du Bon Pasteur « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père.» (Jean 10, 27-29). « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Romains 8,39) Rien nous arrachera de la main du Père !

Pasteur, Semeur, Jardinier des cœurs tel est notre Dieu : accueillons-le, laissons-nous faire par lui : qu’il n’arrête pas l’œuvre de ses mains, en nous et dans l’Église et le monde

 

Introduction au Notre Père

« Vous priez, vous aimez : voilà le bonheur de l’homme sur la terre !... Dieu, dans sa bonté, nous a permis de lui parler. Notre prière est un encens qu’il reçoit avec un extrême plaisir. Mes enfants, vous avez un petit cœur, mais la prière l’élargit et le rend capable d’aimer Dieu » écrit le curé d’Ars *.

Parce que notre amour est pauvre, notre cœur petit, que nous sommes une plante chétive qui pousse de travers, tournons vers Celui qui viens lui-même aimer, vivre et prier en nous et disons-lui…

 

Oraison de conclusion

Seigneur, par le baptême tu nous as plantés dans le terreau de la vie avec toi. Fais grandir cette vie en nous, augmente notre désir de te rencontrer dans la prière ; que la sève de ton amour nous vivifie, nous transforme. Que ce qui sort de notre bouche, purifié par cette sève, soit source de vie en nous et autour de nous.

Par Jésus Christ ton Fils, notre Vie, notre Résurrection, et par l’Esprit Saint notre Sève, qui nous conduisent à la vie avec toi dès maintenant et pour toujours. Amen

Sr Marie-Christine le 4 août 2020

 

* (Saint Jean Marie Vianney Catéchisme sur la prière : A. Monnin, Esprit du Curé d’Ars, Paris, 1899, pp. 87-89) (livre des jours au 4 août) https://www.aelf.org/2020-08-04/romain/lectures#office_lecture_patristique

 

lundi 3 août 2026

Liturgie de la Parole 18e lundi TO-II A Matthieu 14, 22-36 ; Jérémie 28, 1-17

Mot d’accueil

Où est notre foi ? Qui écoutons-nous ? Que devons-nous croire ? Sur qui nous appuyons-nous en vérité ? Telles sont quelques questions portées par beaucoup. Et Dieu nous a rassemblés en Eglise ce matin, pour recevoir sa Parole et en vivre. Peut-être devons-nous alors poser ces questions à l’Ecriture ? à sa Parole.

Avec Jérémie, nous découvrons qu’il y a les prophètes authentiques, attachés à Dieu, et ceux qui se prennent pour prophètes sans être envoyés. On voit la nuance en notre société, entre climatosceptiques, eurosceptiques, et sceptiques de tous bords (virus, économie, etc.) et ceux qui tentent de se mettre à l’écoute du monde, de la société en sa profondeur, à l’écoute du Dieu de Jésus, de son Souffle et de la vie qu’il veut répandre, même si cela implique un discours quelque peu dur à entendre… lesquels écoutons nous ?

Et l’évangile nous invite à marcher sur les eaux avec Pierre… Sacré Pierre, il nous est si sympathique, dans son impétuosité, proche dans la fragilité de sa foi, qui par moment fait qu’il s’enfonce dans les eaux troubles du mal, de la mort. Il est touchant dans la force de sa foi, qui le montre criant spontanément vers Jésus comme vers son Seigneur.

 

Méditation

Que s’est-il passé ce jour-là sur le lac ? Je devrais dire, cette nuit-là ! il y avait eu le signe du partage du pain la veille… une foule rassasiée et douze corbeilles de restes. Il y avait eu l’enthousiasme de la foule, l’enthousiasme des disciples. Jésus devait se sentir un élan, un souffle incroyable. Ainsi il pouvait accomplir un tel signe, au point qu’une foule entière puisse être rassasiée. Il a dû percevoir la venue du Royaume, la toucher de ses mains, la toucher de son cœur. Y avait-il un brin de griserie en lui, devant une telle fête ? l’annonce de la mort du Baptiste juste avant devait aussi lui tourner en tête. Comme nous le rappelait Bernard hier : Jésus à cette annonce avait voulu se retirer dans la solitude. Alors voici, qu’il oblige les apôtres à embarquer sans lui, qu’il oblige la foule à rentrer chez elle. Et lui se retire seul dans la montagne. Il venait de percevoir le gouffre du mal en cet assassinat, et dans ce signe du partage du pain, il percevait tout à la fois, qu’un autre monde était possible. Un monde fondé sur le partage… et voici le soir tombe. Il est seul sur la montagne, en prière. Il remet au Père son œuvre. Il doit s’interroger sur le comment faire advenir ce règne de justice et de paix, de fraternité et de solidarité. Ce royaume où les pauvres mangent et sont rassasiés. Il doit s’interroger sur le comment faire advenir ce règne, que tous viennent de pressentir. Il se retire près du Père. Il dépose, il interroge. Il doit éviter toute méprise sur la manière. Il ne sera pas le magicien qui d’une formule magique transforme le monde. Il reconnaît le souffle qui l’anime, et c’est à ce souffle qu’il doit être fidèle. Comment entraîner toute cette foule, à commencer par ses disciples, en ce souffle ?

C’est la nuit… la fin de la nuit. Les disciples ont obéi, ils ont repris la barque, entamé une traversée du lac… et voici que les vents sont contraires, la barque est secouée… et leur cœur doit être peuplé de questions : qui est cet homme qui nourrit ainsi une foule ? Pourquoi nous envoie-t-il seuls sur ce lac, ce monde du mal et de la mort ? il tient la victoire au bout des doigts, pourquoi ne l’accomplit-il pas ?

Et voici, sur la fin de la nuit, Jésus vient à eux… et ils le prennent pour un fantôme. Ils sont fatigués, le partage du pain les a grisés, et ils reviennent un peu durement à la réalité, en voguant sur une mer quelque peu déchaînée. Et puis, voici, Jésus vient les rejoindre. Marchant sur la mer, marchant sur cet univers du mal, qui pour l’heure ne semble avoir nulle prise sur lui. Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur. C’est le même souffle qui a porté la bénédiction sur le pain partagé, qui maintenant porte la bénédiction sur la communauté des disciples. Confiance. Jésus est présent. Et présent en son humanité divinisée. Ce récit est à lire dans la lumière de la résurrection et de la victoire de Jésus sur la mort. Le partage du pain (jeudi), la prière seul dans la nuit (Gethsémani), la marche sur les eaux de la mort (levée de la lumière de Pâques). Pierre alors s’enflamme, décidé à vaincre ses peurs : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir à toi sur les eaux. Oui, si le Seigneur est présent, est-il désir plus beau que de vouloir être à ses côtés ? Et Jésus lui dit : Viens ! Oui, Pierre, il y a un amour sur lequel tu peux t’appuyer en ce monde traversé d’épreuves. Viens ! Et Pierre s’élance. Tant qu’il regarde Jésus, il peut marcher sur les eaux… mais s’il regarde le vent contraire, il prend peur. Et coule… un cri levé vers Jésus, le sauve alors (on entend l’annonce du reniement et du relèvement de Pierre en ces versets). C’est ensemble, que Jésus et Pierre rejoignent la barque, et c’est toute la communauté des disciples, qui avant même la confession de Pierre à Césarée de Philippe reconnaît en Jésus le Fils de Dieu. Jésus n’a pas promis aux disciples d’échapper aux flots du mal, mais il est présent… à nous d’avancer les yeux rivés dans les siens, plutôt que rivés sur les obstacles. Et s’il nous faut une foi parfois solidement accrochée, les yeux dans les yeux de Jésus, il nous faut aussi la présence de la communauté pour avancer vers le matin de Pâque.

A nous de nous attacher toujours plus à Jésus, à son regard, à son amour victorieux de tout mal…

 

Invitation au Notre Père

Père, Jésus dans le silence et la solitude t’a prié sur la montagne. Mais il a aussi enseigné à ses disciples à te prier ensemble, accueille ces mots qu’en communauté, unie à toute ton Eglise nous voulons te redire.

 

Prière de conclusion

Dieu des vivants, tu nous invites à la foi. Donne-nous pour la traversée de ce monde, de croire à ta victoire sur les forces du mal, et nous avancerons, les yeux rivés sur toi, jusqu’en ta vie.

Sr Myrèse le 3 août 2020

dimanche 2 août 2026

Liturgie de la Parole 18e dimanche A Matthieu 14, 13-21

Beaucoup de pain, peu de foi
Homélie

L’évangile d’aujourd’hui commence avec une nouvelle dramatique : Jésus vient d’apprendre l’atroce mort de son cousin Jean le Baptiste. Lui, le plus grand des prophètes, le défenseur des pauvres, a été décapité par Hérode. Pire encore : Hérode vient de proclamer que la grande puissance de Jean reste active en Jésus. Pour Hérode, Jésus est devenu une menace.

Á l’écoute de ces terribles nouvelles, Jésus s’en va vers un lieu désert. Il a besoin de recul pour discerner. Qu’est-ce qu’il faut faire ? Quelle est la mission que son Père Lui confie dans cette situation de crise ? Doit-Il prêcher ailleurs ? Doit-Il adapter son message ? Doit-Il se taire ? Comme chrétiens, voilà des questions qui nous habitent aussi, quand nous sommes confrontés à l’incompréhension, à l’indifférence ou, pire même, à l’hostilité. Devons-nous nous retirer d’une société qui ne connaît pas l’évangile ? Ou devons-nous durcir le ton du message chrétien ?

Laissons-nous nous instruire par l’évangile d’aujourd’hui. Car tout le monde n’a pas réagi comme Hérode. L’évangéliste Matthieu nous apprend qu’après le départ de Jésus, des hommes et des femmes L’ont suivi : non pas en bateau comme Lui, mais à pied le long de la côte. Ces foules courent si vite, qu’elles sont déjà sur place quand Jésus descend de la barque. Et ce sont ces gens simples qui donnent la réponse aux questions de Jésus et Lui rappellent sa vocation. Car c’était pour être en Sa présence, que ces foules se sont mises en marche. Pleines d’espoir, elles ont même amené leurs malades. En voyant ces gens, Jésus est profondément ému. Lui, qui s’appelle Jeshouah – le Seigneur qui sauve – prend pitié des malades ; Il les guérit et Il leur proclame largement la Bonne Nouvelle.

Entretemps, le soir tombe, donc les disciples les veulent tous envoyer à la maison pour chercher de quoi manger. Mais Jésus ne veut pas se séparer d’eux et Il demande aux disciples de leur donner eux-mêmes à manger. Avec seulement cinq pains et deux poissons, cela semble impossible mais pour Jésus, ce qui est petit est précieux. Il prend la nourriture dans ses mains, Il la bénit, Il la rompt et la donne à ses disciples pour la distribuer aux foules et le miracle se réalise : tous sont rassasiés !

Pour les premiers chrétiens, cette histoire faisait tellement partie de la Bonne Nouvelle, que les évangiles ont raconté six fois cet évènement : « Jésus, c’est le pain rompu en abondance ! » Pour nous, les chrétiens des temps modernes, il y a surtout la question de savoir si ce récit est véridique. Est-ce que cet évènement s’est passé réellement et est-ce qu’il se passe encore aujourd’hui ? Eh bien, chers sœurs et frères, je vous l’affirme : ce récit est vrai !

-C’est vrai que Jésus a vécu des moments de doutes et de tentations, tout comme nous.

-C’est vrai que souvent les pauvres et les petits nous révèlent notre vocation véritable.

-C’est vrai – et soulageant – que, parfois, les disciples manquaient de foi en Jésus.

-C’est vrai malheureusement que nous, les chrétiens, renvoyons souvent les pauvres, au lieu de leur « donner nous-mêmes à manger ».

-Mais il est également vrai que Jésus reste parmi nous et qu’Il voit la petitesse de nos « cinq pains et deux poissons ».

-Et il est vrai que le Seigneur est heureux d’accueillir notre don ; qu’Il le bénit ; qu’Il le rompt pour le grand miracle du partage et de la croissance.

-Oui, il est vrai que Jésus construit avec nous un monde nouveau où tous sont rassasiés.

-Et il est vrai que nous le vivons maintenant à la table du Seigneur.

+ Lode Aerts, Hurtebise le 2 août 26