jeudi 2 juillet 2026

Liturgie 13e jeudi TO -II Matthieu 9, 1-8, Amos, 7, 10-17

Introduction

Dans la première lecture, Amos exerce son ministère à Bethel. Il annonce la venue du jugement de Dieu. Le prêtre Amazias, se sent humilié par Amos et il veut le faire taire. Il va trouver le roi Jéroboam mais déforme les paroles d'Amos, il dit « Amos a dit « le roi périra par l'épée ». Il invite Amos à fuir au pays de Juda, il le traite de « voyant » d'une manière péjorative, il l'accuse en quelque sorte, d'être un faux prophète. Amos n'est pas vexé, il répond qu'il n'est pas prophète de métier, il était bouvier et soignait les sycomores, c'est le Seigneur qui l'a saisi...

Mathieu, quant à lui, nous relate la guérison du paralysé, ce texte bien connu est repris par trois évangélistes (Marc, Mathieu et Luc). Jésus demande aux pharisiens « qu'est-ce qui est le plus facile à dire ? « Tes péchés sont pardonnés », ou bien « lève-toi et marche ? »

Avant d'entendre la Parole, chantons les psaumes en rendant grâce !

 

Commentaire

Puisque trois évangélistes racontent cette guérison du paralytique, j'ai comparé leur récit. En saint Marc, Jésus rentre à Capharnaüm dans sa maison où il y avait tant de monde. Luc donne des détails sur l'assistance « il y avait des pharisiens et des docteurs de la loi, venus de Galilée, de Judée et de Jérusalem »

Avec Mathieu, on monte dans la barque avec Jésus qui refait la traversée pour aller dans sa ville Capharnaüm, et voici qu'on lui présente un homme couché sur une civière, il ne parle pas de l'assistance. Marc, ajoute que ce paralysé était porté par quatre hommes et qu'ils ont dù faire un trou dans le toit pour descendre le brancard devant Jésus. Luc dit que le paralysé était porté par « des gens » mais il précise que le toit était en tuiles.

Alors, les trois évangélistes rapportent la même parole « Tes péchés sont pardonnés », Marc et Mathieu ajoutent « mon enfant ». Les scribes et les pharisiens « murmurent », « raisonnent en leur cœur » ou se disent « cet homme blasphème, qui peut pardonner les péchés sinon Dieu ? » C'est à ce moment que Jésus, connaissant leurs pensées, leur demande « qu'y a t-il de plus facile à dire ? « tes péchés sont pardonnés, ou bien lève-toi et marche » ? C'est assez surprenant, alors qu'on s'attend à ce que le paralysé marche, Jésus commence par guérir son âme. Ce n'est pas une promesse, pas besoin de réciter l'acte de contrition comme exigent certains prêtres actuellement, c'est un pardon immédiat. Et cela grâce à la foi déterminée de ceux qui l'ont amené devant Jésus, ceux qui ont bravé la foule et les pharisiens. « Tes péchés sont pardonnés » ! Qui pardonne ? Jésus n'a pas dit « au nom de Dieu, je te pardonne tes péchés » mais apparemment les scribes n'ont pas compris cela. Pour eux, aucun homme ne peut remettre les péchés, encore moins ce Jésus, itinérant qui fait des miracles... Eux-mêmes ne se sentent pas pécheurs, contrairement au paralysé qu'ils estiment avoir besoin de pardon, eux n'en ont pas besoin. En donnant l'ordre au grabataire de marcher et de rentrer chez lui, Jésus prouve à tous qu'il a aussi le pouvoir de pardonner mais les scribes et les pharisiens ne sont pas convaincus... Ils ne sont pas guéris, la suite de l'évangile le prouvera.

La foule est choquée, bouleversée et saisie de crainte « nous avons vu des choses extraordinaires » (Luc), « nous n'avons jamais rien vu de pareil » (Marc) et « ils rendirent gloire à Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes (Matthieu).

Et en ce qui nous concerne, reconnaissons que nous aussi, avons besoin du pardon de Dieu. Puissions-nous avoir la foi de ces quatre hommes qui dans une confiance totale en Jésus, ont bravé la foule et trouvé le moyen d'amener le paralysé devant lui.

Danièle le 2 juillet 26

 

mercredi 1 juillet 2026

Liturgie 13e mercredi TO-II Matthieu 8 28-34 ; Amos 5, 14-15, 21-24 

Introduction

Nous aurons la lecture du livre d’Amos « Chercher le bien et non le mal ». Le bien, un torrent qui ne tarit jamais. 

Psaume 49, 7 à 13 : Invitation à marcher sur les pas du Seigneur, Il nous fera vivre son salut. Offrir à Dieu le sacrifice d’action de grâce. Le psaume nous invite à « écouter ».

Evangile de Matthieu : Force dans l’histoire des deux possédés et beauté dans la parole de Jésus « Allez ».

Trois textes qui nous invitent à suivre Jésus et à réfléchir sur notre façon d’être dans ce monde. Dans mon quotidien, dans l’ici et maintenant. 

Invitation à crier, écouter, et à « Allez ».


Méditation

Cet épisode se situe après le miracle de la tempête apaisée. Jésus débarque en territoire païen, un endroit où les démons et les esprits mauvais ont beaucoup de latitude.

Deux hommes possédés vivent dans le cimetière (domaine de la mort). Ils habitent dans les tombeaux, lieux obscurs, absence de vie. Ils crient… se blessent…ils connaissent la souffrance physique et morale. Ils vivent à l’écart des autres, à part, comme rejetés loin des vivants, loin des échanges de la communication. Ils connaissent une grande souffrance.

L’homme possédé est sorti de la communion d’Amour, de Vie et de Lumière…Il est séparé de lui-même, des autres et de Dieu. Démoniaque, possédé, voilà bien des mots qui me perturbent. Pour décrire le mal en l’homme Mathieu emploie des mots que ma petite tête remplacerait bien par : Furieux, enragé, fou, malfaisant, inhumain, contrarié, ennuyé, fâché, irrité ? Un de ces mots vous parle ? Cache-t-il une souffrance ?

Le mal est partout dans notre société, il fait son œuvre…Ne sommes-nous pas un peu comme les Gadaréniens ? Nous voyons à court terme et nous avons du mal de changer nos habitudes. Accueillir l’étranger, changer nos modes de consommation, freiner l’utilisation d’énergie fossile, partager, ouvrir nos cœurs.

La pandémie a mis en évidence les dysfonctionnements de notre société, voire les abus. Il serait coupable et suicidaire de reprendre comme si rien ne s’était passé, comme s’il fallait tout oublier et tout continuer comme avant.

Le récit est fort en mots, en actions. Jésus chasse et fait disparaitre les esprits mauvais hors des hommes, les envoie dans des animaux impurs qui se précipitent dans la mer. Jésus fait une action salutaire.

« Allez » dit Jésus.

Oui Jésus nous invite avec ce simple mot. J’y perçois à la fois de la fermeté et de la douceur. Il nous fait confiance. Il nous confie une noble liberté, liberté du cœur, Jésus invite. Rien n’est à forcer juste à accueillir et à le suivre. Écouter la « voix du dedans » qui invite.   

L’évangéliste Matthieu me laissait un peu sur ma faim, je suis allée lire l'évangile de Marc. A la fin de l'histoire, l'homme est assis, calmé, habillé, il retrouve une dignité. Il se met à proclamer tout ce que Jésus a fait pour lui. Que s’est-il passé ? Jésus a agi dans la vie de cet homme. C'est vrai qu'il a fallu que cet homme, ce possédé agisse aussi. Il a eu envie de sortir de l'obscurité et il s’est mis à crier. Sortir de nos enfermements, de nos peurs, de nos doutes, de la détresse, de la souffrance, de mes petites irritations ? Oui, sortir et crier vers Dieu. 

Malgré la démarche de Jésus, on lui demande de partir…ce qu’IL fait…

Comment est-ce que j’accueille la parole de Dieu dans ma vie ? Comment est-ce que j’accueille le « Allez » ?


Avant le Notre Père…

Toi mon Dieu, tu donnes vie, tu nous accompagnes, tu nous pousses sur le chemin de la vie, dans nos choix. Avec Toi, nous ne sommes jamais seuls. Ensemble prions le « Notre Père » ayons une pensée pour chacun chacune d’entre nous ici…puisque c’est le « Notre Père » à nous toutes et tous…et au monde. 

Brigitte le 1er juillet 2020


mardi 30 juin 2026

Liturgie 13e mardi TO-II Matthieu 8, 23-27 ; Amos 3, 1-8 ; 4, 11-12

Accueil 

Panique à bord ! C’est terrifiant quand on voit la mort de près.

Le cri des disciples : « Seigneur, Sauve-nous ! Nous sommes perdus. »

Et Jésus de leur répondre : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ?  Pourquoi avoir peur, hommes de peu de foi ? »

Que ce soit dans le livre d’Amos ou dans l’Evangile de Matthieu, nous verrons que le Seigneur ne se détourne pas de nous, qu’il est tout près de nous, à côté de nous toujours prêt à nous tendre la main.

 

Commentaire

Quel est le message que nous entendons tous d’une manière ou d’une autre, message que nous ne savons pas ou que nous pourrions croire prophétique ?

Comme Chrétiens, il y a la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus ; comme lecteur de la Bible il y a ce que Dieu éveille en nous et ce qui résonne dans notre conscience ; comme croyant, il y a ce que l’Esprit suggère dans notre cœur.

Dans l’histoire biblique, Amos a été un de ces nombreux porte-paroles de Dieu capable de réveiller les consciences au moyen de paroles prophétiques. Ce qu’il annonçait au peuple d’Israël, c’est à nous qu’il le dit aujourd’hui.

« Mes chers enfants, écoutez cette parole que Dieu prononce contre vous » : C’est un appel à être responsable par rapport à ce qui peut arriver et qui va nous arriver.

Le texte utilise une série de métaphores concrètes pour illustrer la logique de Dieu :

  • Deux personnes ne marchent pas ensemble sans s’être concertées et avoir planifiées leur rencontre. Dieu fait alliance avec nous, il est à nos côtés et marche avec nous. Le prophète nous éveille par rapport aux ruptures de nos relations à Dieu. L’alliance implique deux partenaires fidèles l’un à l’autre. Les ruptures se manifestent de différentes façons : entre partenaires, entre l’humanité et la nature, entre les progrès technologiques et la responsabilité éthique…
  • « Un lion ne rugit pas sans proie » Si Dieu parle à travers un prophète c’est qu’il a quelque chose à dire.  Si nous ne changeons pas nos manières de nous comporter et de penser, il y aura un retour de manivelle. C’est la conséquence logique de nos propres fautes – idolâtrie de l’argent, corruption, mépris des plus vulnérables et de ceux qui ne sont pas comme nous, convoitise… – Le prophète n’a pas choisi de lui-même d’apporter un message de malheur mais il lui est impossible de se taire. En effet, nous devons avoir peur des conséquences de nos actes comme d’un lion qui rugit.
  • « Un oiseau ne tombe pas dans un filet sans qu’il y ait de piège », Ce qui risque de nous arriver, - et qui nous arrive - cataclysmes de toutes sortes, catastrophes naturelles, inondations, incendie destructeur, tremblement de terre, guerres, migrations climatiques ne sont pas des fatalités mais le piège que l’humanité a elle-même tendu par ses modes de production et de consommation. Elles sont les conséquences de nos comportements et de nos manques de remises en question.
  • « Sonner de la trompette » Quand les sirènes retentissent c’est que le danger est imminent. On peut vraiment dire que c’est un flux constant d’alertes mondiales. Je pourrais rajouter les pandémies à tout ce que j’ai déjà évoqué qui ont provoqué la panique et des réactions en chaine. Nous souffrons d’autosuffisance et d’individualisme qui nous donnent l’illusion de pouvoir tout maîtriser. Tout cela vient nous dire qu’une tragédie n’arrive pas dans une ville sans que Dieu n’ait averti ses habitants.

Quatre images pour dire combien les causes produisent leurs effets de manière logique.

La conclusion est limpide : Après nous avoir bouleversés par des prédictions aux conséquences inéluctables, le prophète nous dit « Prépare-toi ».            

C’est un appel à sortir du déni.  Il y a une obligation de rendre des comptes : transparence, justice sociale… et cet appel n’est pas seulement pour nos dirigeants, il est pour chacun et chacune d’entre nous. Nous sommes invités à regarder en face les conséquences de nos choix égoïstes pour retrouver une éthique de la solidarité.

 

Invitation au Notre Père 

« Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d’amour pour ceux qui t’appellent, écoute notre prière, Seigneur, entends nos voix qui te supplient. Notre Père…

Raymond le 30 juin 26

samedi 27 juin 2026

Liturgie 12e samedi TO-II Matthieu 8, 5-17

Avant les clés… le tablier

Méditation

C'est drôle... Quand j'ai entendu cet Évangile, j'ai pensé à... un tablier ! J'ai pourtant relu le texte. Je vous assure : le mot « tablier » n'y figure pas.

Et pourtant, je suis persuadée qu'il est là.

 Jésus entre dans la maison de Pierre. Il prend la main de sa belle-mère. La fièvre la quitte. Et saint Matthieu ajoute simplement : « Elle se mit à le servir. »

 Nous lisons cela comme si c'était une évidence. Elle était malade. Elle va mieux. Et hop ! Elle retourne préparer le repas.

 Mais saint Matthieu n'écrit pas cela. Il choisit un verbe très particulier. Le verbe grec dont vient notre mot "diaconie" [1].

La diaconie, c'est une manière d'être. Une manière d'habiter le monde. Une manière de vivre avec le Christ.

Le Christ lui-même est venu pour servir.

Et voilà qu'une femme, remise debout par lui, entre à son tour dans cette dynamique. 

Je me demande ce qu'elle a bien pu ressentir.

Jésus ne lui demande rien. Il ne lui dit pas : « Maintenant, tu vas faire ceci. »

Il lui prend simplement la main. Il la remet debout.

Et quelque chose naît. Un miracle.

 Le véritable miracle n'est pas que la fièvre disparaît. Le véritable miracle, c'est que cette guérison devient une vocation [2].

Comme si, quand on a vraiment rencontré le Christ, il devenait difficile de vivre seulement pour soi.

On parle beaucoup des ministères dans l'Église... L'Évangile nous rappelle qu'avant les ministères reconnus, il y a un élan intérieur qui transforme la vie.

 L’élan d'une femme qui découvre qu'elle peut à nouveau donner.

 C'est comme si le Christ lui faisait revêtir un tablier. Le tablier de ceux qui rendent la vie plus belle sans faire de bruit. Le tablier de ceux qui accueillent. Qui prennent soin. Qui rendent une maison plus fraternelle. Qui permettent aux autres de trouver leur place.

 Et je me dis...

Que ce serait beau si l'Église savait reconnaître davantage les tabliers ! Ces femmes et ces hommes que le Christ a relevés, et dont toute la vie est devenue une manière de servir. Ne sont-ce pas eux qui, très souvent, tiennent nos communautés debout ?

 Finalement, cette femme n'a laissé qu'une seule trace dans l'Évangile.

Elle a servi. Et cela a suffi. Son nom s'est effacé. Son geste, lui, demeure. [3]

Tout à l’heure, si vous voyez un tablier accroché dans la cuisine, ou si vous le décrochez, regardez-le autrement.

Avant les clés confiées à Pierre... il y avait un tablier [4].

Isabelle Halleux, le 27 juin 2026

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[1] Le verbe grec utilisé est diēkonei (du verbe diakonein). Si, dans le contexte socio-culturel de la Galilée du Ier siècle, ce terme désignait le service domestique et le fait de servir à table, la tradition chrétienne et l'usage qu'en feront plus tard les Épîtres pauliennes (notamment Phil 1,1) chargeront ce mot d'une dimension ecclésiale et spirituelle majeure. Nous lisons ici l'embryon de ce qui deviendra dans notre Eglise la théologie du service (la diaconie).

[2] Il ne s'agit pas de subordonner l'action divine (le miracle de la guérison) à l'activité humaine, mais de souligner la dimension relationnelle de la grâce. La guérison opérée par le Christ n'est pas seulement de redonner un meilleur état de santé : elle réintègre la personne dans sa pleine capacité d'action et suscite une réponse libre et aimante (la vocation).

[3] Le pape François les appelaient « les saints de la porte d'à côté »

[4] Ce parallèle rappelle seulement que tout ministère ordonné ou d'autorité dans l'Église trouve sa source et sa légitimité évangélique dans l'attitude fondamentale du service (diakonia), dont le Christ reste le modèle (Mt 20, 28 : "Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir"). 

vendredi 26 juin 2026

Liturgie 12e vendredi TO-II Matthieu 8, 1-4 ; 2Rois 25, 1-12

En ruines

 

Homélie

D’une ville en ruines à un homme en ruines. Dans la première lecture, Jérusalem tombe. Les murailles sont percées. Le Temple est incendié. Les maisons sont détruites. Le peuple est déporté. C'est l'un des jours les plus tragiques de toute l'histoire biblique. Tout ce qui semblait solide s'effondre. Tout ce qui paraissait éternel disparaît dans les flammes. Le peuple juif lit les événements historiques comme des signes ; et il découvre douloureusement à travers cela qu'il est possible d'habiter près du Temple sans habiter vraiment près de Dieu.


Et voilà que l'Évangile nous présente un autre homme en ruines. Non plus une ville blessée, mais un cœur blessé. Un lépreux. A l'époque, la lèpre n'était pas seulement une maladie. Elle était aussi une exclusion. On ne perdait pas seulement sa santé, mais sa place et parfois même sa famille. J’en fait l’expérience lorsque je me rends en Inde. Cet homme porte dans sa chair toutes les murailles écroulées de Jérusalem. Il est lui-même une ville détruite. Pourtant, il accomplit un geste extraordinaire.


Il s'approche de Jésus. Normalement, il aurait dû rester à distance. Mais son espérance est plus forte que sa peur. Et il prononce une des plus belles prières de l'Évangile : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier ». Si tu le veux … Quelle confiance ! Saint Jean Chrysostome admirait cette foi : « Le lépreux n'a pas dit : si tu le demandes à Dieu, mais : si tu le veux. » Autrement dit, il reconnaît déjà en Jésus la puissance même de Dieu.


Et alors survient un détail bouleversant. Jésus le touche. Nous passons parfois trop vite sur ce geste. Depuis combien de temps personne ne l'avait-il touché ? Un mois ? Une année ? Dix ans ? Nous l'ignorons. Mais Jésus ne commence pas par parler. Il commence par tendre la main. Comme si Dieu voulait lui dire : « Avant même de guérir ta peau, je veux guérir ta solitude. » Ceux que je rencontre en Inde font, en plus de la lèpre, partie de la sous caste des Intouchables. Ils sont donc intouchables deux fois. Et le plus beau geste que l’on puisse faire, c’est de les toucher, de leur faire un câlin. Là où le monde voyait une impureté, Jésus voit une personne. Et c'est ici que les deux lectures se rejoignent.

Car notre Dieu est spécialiste des reconstructions. Après Jérusalem détruite viendra le retour d'exil. Après les ruines viendra la restauration. Après la lèpre vient la guérison. Après le Vendredi Saint viendra Pâques. Dieu ne nie jamais les blessures. Mais il refuse qu'elles aient le dernier mot.

Il y a même une discrète note d'humour dans cet Évangile. Le lépreux s'approche de Jésus alors que tout le monde sait qu'il ne devrait pas être là. On imagine les disciples reculer de quelques pas : « Seigneur, il y a un problème sanitaire qui arrive droit sur nous ! » Et Jésus, au lieu de reculer, avance. Dieu a décidément une étrange habitude : il va toujours vers ceux que tout le monde évite.

Nous portons tous quelques ruines intérieures : Des déceptions. Des regrets. Des blessures anciennes. Des pardons difficiles. Des peurs que nous cachons soigneusement. Or aujourd'hui le Seigneur nous invite seulement à faire comme le lépreux : nous approcher. Et lui dire avec confiance : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. »

Le reste lui appartient.

Car le Dieu qui a relevé Jérusalem est aussi celui qui relève les cœurs. Le Dieu qui a touché le lépreux continue de toucher nos vies. Et lorsqu'il touche une blessure, celle-ci ne devient pas seulement guérie ; elle devient souvent une source de lumière pour d'autres.

Pierre Hannosset le 26 juin 26

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