samedi 9 mai 2026

Liturgie 5e samedi de Pâques Jean 15,18-21 ; Actes 16, 1-10 ; Psaume 99

Voyage

 

Homélie

On n’est pas dans les vacances de monsieur Hulot, ni dans le Tour du monde en 80 jours, mais les Actes des Apôtres aujourd’hui ressemblent presque à un récit de voyage. Paul part, Timothée le rejoint. On traverse des régions, on cherche où aller. Et surtout… l’Esprit Saint ferme certaines portes. Ce qui, reconnaissons-le, est rarement notre passage préféré dans la vie spirituelle et dans notre vie tout court. Nous aimons les portes ouvertes, les confirmations claires, les réponses rapides. Mais Paul découvre quelque chose d’essentiel : même les détours peuvent être inspirés par Dieu. Il voulait aller en Asie. L’Esprit ne le permet pas. Il tente ailleurs. Encore non.
Et finalement, dans la nuit, une vision : « Passe en Macédoine et viens à notre secours ! » Alors ils partent. C’est beau, parce que l’Évangile avance ainsi : non pas comme un GPS céleste ultra-précis, mais comme une confiance qui apprend à écouter. Mais, c’est clair que nous aimerions parfois que Dieu parle un peu plus clairement. Quelque chose comme : “Dans 200 mètres, tournez à droite vers la sainteté.” Ce serait plus simple.

Mais Dieu préfère souvent conduire par une présence plutôt que par un plan détaillé.

Et pendant ce temps, le psaume chante : « Acclamez le Seigneur, terre entière ! » Étonnant contraste. Parce que les lectures parlent aussi de refus, d’opposition et même de persécution. Et Jésus nous prévient : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. » Voilà une phrase qu’on ne met pas naturellement sur le miroir de sa salle-de-bain pour avoir une belle journée. Et pourtant, elle est profondément vraie. Le Christ ne nous promet pas une existence sans résistance. Mais il nous promet : de ne jamais nous laisser seuls. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux chrétiens, aujourd’hui, en Iran … Dans son homélie avant l’exil, saint Jean Chrysostome écrivait : « La tempête est autour de moi, mais elle n’est pas en moi ; les flots sont agités, mais ils ne peuvent couler le navire du Christ. » Autrement dit, si je marche avec Dieu, je ne crains rien.

Et Jésus ajoute : « Parce que vous n’appartenez pas au monde… » Attention : cela ne veut pas dire mépriser le monde. Le Christ aime le monde. Mais cela signifie : ne pas laisser le monde décider seul de notre manière d’aimer, de pardonner, de vivre. Le chrétien avance autrement. Il ne répond pas à la haine par la haine. Il ne nourrit pas la violence. Il ne désespère pas de l’homme. Même lorsque cela semble naïf.
Et peut-être que parfois dans nos vies, nous vivons des portes qui se ferment, des directions pas très sûres ou des chemins qu’on ne comprend pas du premier coup. Alors, rappelons-nous que le Seigneur nous conduit même dans les nuits et que parfois ce qui semblait être une impasse, n’était en fait qu’un passage, une pâque. Timothée, Paul et leurs compagnons ne savaient pas encore qu’en traversant vers la Macédoine, l’Évangile allait entrer en Europe et pour nous à Liège Ils ont simplement répondu à un appel. Et cela a changé l’histoire.

Le Seigneur ne nous demande que cela : être disponibles à l’Esprit, aux appels inattendus qu’il nous envoie, même quand tout n’est pas clair. C’est souvent après coup qu’on se dit : « Ah, c’était pour ça ». Le Seigneur ouvre des chemins là où nous ne voyions que des frontières.

Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !

Pierre Hannosset le 9 mai 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/05/samedi-de-la-5eme-semaine-de-paques.html 

vendredi 8 mai 2026

Liturgie de la Parole 5e vendredi de Pâques Jean 15, 12-17

Introduction.

Peut-on commander l’amour ? Est-ce que ce sera de l’amour, si c’est un commandement ? Pourtant, Jésus, aujourd’hui, nous donne un commandement : « aimez-vous les uns les autres » … Afin de comprendre ce qu’il veut dire par là, ouvrons nos cœurs à la prière, par le chant des psaumes.

 

Résonances.

Je voudrais juste laisser résonner cette parole inouïe : « je vous appelle mes amis ».

À un serviteur on donne des ordres et il obéit. À un disciple on donne des enseignements, et il apprend. À un ami on fait des confidences… Jésus nous le confirme : « tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître ». En nous faisant des confidences, il nous fait confiance, il nous met dans le coup, il nous rend responsables avec lui de la réussite de son projet.

Chacun peut se demander : ai-je des amis. Comment suis-je ami ? C’est une qualité de l’amour qui est tout à fait particulière, et perçue comme un cadeau, comme une grâce. La véritable amitié est comme une surprise, un don de Dieu. D’abord, on a l’impression qu’on n’y est pour rien : on la reçoit. Mais ensuite, on la décide, on s’y engage, on y travaille dans la fidélité. On se choisit l’un l’autre consciemment.

Jésus nous dit : « c’est moi qui vous ai choisis ». Ensuite, il espère que nous le choisirons en retour. Il y a une croissance dans l’amitié, une croissance dans la confiance.

Mais je reviens à ma question du début : peut-on commander l’amour ? Peut-on faire de l’amour un commandement ?

Je pense ceci : l’affinité, la sympathie profonde et spontanée qui caractérise l’amitié, cela ne se commande pas. Quand une amitié est donnée, on ne peut que rendre grâce. Mais l’amour dont Jésus parle est « agapè ». Cette qualité des relations humaines est la marque de fabrique des chrétiens. Alors que l’amitié d’affinité s’adresse à l’un ou l’autre en particulier, l’agapè est pour tous, elle est universelle, elle ne s’arrête pas aux affinités spontanées, elle ne fait pas acception des personnes. C’est l’amour d’agapè qui fait l’objet d’un commandement… Mais pour y obéir, le chemin est inattendu.

Car ce que Jésus nous fait comprendre, c’est que pour aimer de cette façon-là, il ne faut pas faire un immense effort de volonté, il faut plutôt et avant tout « se laisser aimer ». L’agapè vient du Père, elle a sa source en Dieu. Elle passe du Père au Fils et du Fils à nous et le Fils nous demande de la faire circuler en nous et entre nous de la même manière qu’elle circule entre lui et le Père, entre lui et nous. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », cela peut donc se dire autrement : « laissez le Père être Père en vous, laissez le Fils être Fils en vous, que cet amour circule en vous, et vous deviendrez, les uns pour les autres, canal de cet amour libre et fécond, qui vous fait porter le fruit que le Père attend ».

Jésus peut-il nous commander d’aimer ? N’est-ce pas une façon de nous supplier : « laissez-vous aimer » ?

Les apôtres ont mis cette parole en application. La lecture du livre des Actes nous montre comment ils se sont efforcés de vivre un juste discernement au moment d’une crise grave. Jésus n’a pas laissé, comme Moïse, une loi élaborée en mille et un détails de casuistique. Il n’a laissé qu’un seul commandement : celui d’aimer comme lui. C’est la seule clé qu’il nous a laissée : elle ouvre toutes les portes. C’est une clé qui n’enlève rien à notre liberté, parce qu’il nous fait confiance pour tout le reste. C’est une clé d’amitié, et non de servitude. Heureux sommes-nous : efforçons-nous d’honorer cette amitié !

 

Prière.

Seigneur, tu nous appelles amis, tu nous choisis, tu espères notre réponse confiante, notre engagement fidèle, tu mendies notre amitié. Béni sois-tu ! Reçois notre désir d’être à la hauteur de ton amitié et fais-nous porter du fruit en laissant rebondir plus loin l’amour dont le Père t’a aimé, dont tu nous as aimés, l’amour qui est la danse de l’Esprit, où nous grandissons librement.

Sœur Marie-Raphaël le7 mai 2021

 

jeudi 7 mai 2026

Liturgie 5e jeudi de Pâques Jean 15, 9-11

Méditation

L’Amour se répand en cascade : du Père au Fils, du Fils à nous et aussi de chacun de nous à nos frères et sœurs. Je me souviens lors d’un mariage d’une pyramide de coupes de champagne. Au sommet une seule coupe que le serveur remplit, puis le trop plein se déverse dans celles d’en-dessous, qui à leur tour déversent leur trop plein dans les suivantes et ainsi de suite jusqu’à ce que chaque coupe soit pleine. Il est très important que chaque coupe demeure bien à sa place pour qu’aucune goutte ne se perde. 
L’Amour se répand en cascade. Le Père a mis tout son amour en son Fils qui à son tour nous aime et il nous demande de demeurer en son amour, là est notre place et pour cela il faut garder ses commandements qui se résument en un seul : « Vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés ». Laissons-nous emplir de l’amour du Christ qui a pour seule origine son Père et notre Père. Que notre capacité soit toute petite comme celle d’un dé à coudre ou grande comme celle d’un vase, l’essentiel est qu’elle soit emplie à ras bord et même débordante pour que de trop plein en trop plein l’amour se répande sans aucune déperdition. Alors nos cœurs déborderont aussi de joie, celle même du Christ, la joie parfaite !

Sr Françoise, Carmel saint Joseph, le 22 mai 25

https://www.carmelsaintjoseph.com/sermons/jean-15-9-11-8

mercredi 6 mai 2026

Liturgie 5e mercredi de Pâques Jean 15, 1-8 ; Actes 15, 1-6

Ouverture

Les deux lectures de ce jour parlent de synodalité. Chacune à sa manière. La synodalité, dit le pape François, n’est pas optionnelle : elle fait partie de l’ADN de l’Eglise. Demadnons à l’Esprit d’ouvrir nos cœurs à l’intelligence des écritures, et chantons le psaume 118 qui proclame sur tous les tons que la Loi n’est autre qu’un chemin à parcourir ensemble, une direction, une orientation.

 

Résonances

La lecture des Actes nous montre concrètement l’exercice de la synodalité. Une question se pose, concrète et sérieuse. Il y a un affrontement, une vive discussion entre opinions divergentes. On décide d’en faire un exercice « d’intelligence collective ». Ce sera le récit, le réel, qui servira de critère. Pas une théorie en chambre. Paul et Barnabé racontent à tous ceux qui veulent bien l’entendre la conversion des païens, et cela remplit de joie tous les frères. La joie aussi est un critère de discernement, une attestation de la présence de l’Esprit. Auparavant déjà, Pierre aussi avait raconté en long et en large tout ce qui s’était passé avec le centurion Corneille, et son récit avait convaincu.

Ensuite, les apôtres vont chercher dans la Tradition, dans l’écriture, des passages qui pourraient éclairer ces événements et montrer la cohérence du dessein de Dieu. L’écriture confirme l’expérience, mais c’est l’expérience qui est première.

Quand on fait l’expérience d’une telle démarche synodale, quand on sent qu’on avance, qu’on ouvre des portes, on est saisi d’enthousiasme, d’une joie qui vient d’ailleurs.

Et c’est là qu’intervient cet autre critère de la synodalité, que je repère dans l’évangile : « en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». Si on n’est pas branché au Christ comme le rameau à la vigne, nos discussions pourront être super-intéressantes, elles resteront vaines, stériles, elles ne porteront pas de fruit. Le pape François le dit aussi : le synode ne sera pas un parlement d’idées… il sera avant tout une écoute de l’Esprit. L’intelligence collective portera du fruit si elle se fait avant tout écoute collective de ce que « l’Esprit dit aux églises ».  Et, comme le dit saint Benoît, l’Esprit peut parler par le plus jeune de la communauté. Puis, en définitive, c’est tout de même à celui / celle qui a reçu le charisme de l’autorité que reviendra le rôle de poser les bases d’une action concrète.

Que l’Esprit nous guide sur ce chemin à parcourir ensemble (synodal).

 

Prière

Loué sois-tu, Dieu très bon, qui as fait de nous ton peuple en nous unissant au corps du Christ comme les sarments à la vigne. Fais-nous passer à une vie nouvelle, fais-nous demeurer dans sa Parole, fais-nous porter du fruit pour ta gloire.

Sr Marie-Raphaël le 10 mai 23

mardi 5 mai 2026

Liturgie 5e mardi de Pâques Jean 14, 27-31a

L’AMOUR DU PÈRE

Méditation

« Mais il faut que le monde sache que j’aime le Père » (v.31).
Dans un échange avec ses disciples, Jésus confesse son amour filial : « j’aime le Père », et aussi le cœur de sa mission d’élu et d’envoyé : « il faut que le monde le sache ». 
Cette confidence est source de grande joie pour celui qui entend le cœur de Jésus, Fils Bien-aimé, se livrer, parce qu’elle est une plongée à la Source même de tout amour. Le Père aime le Fils, le Fils aime le Père, le Père a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils pour sauver le monde.
Ainsi le monde sera sauvé, parce qu’il aura appris que Jésus aime le Père. Jésus, Chemin, Vérité et Vie, ouvre la voie de l’Amour en direction du Père, Créateur du ciel et de la terre.
 C’est un amour qui colore toute notre existence de joie et de paix, de la joie et de la paix qui ont traversé les épreuves, de la joie et de la paix transfigurées qui vont plus loin que la joie pure et fraîche de l’innocence ou de la paix originelle et de l’harmonie du premier jardin, parce que Jésus en disant ces paroles, se livre totalement aux mains des hommes « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».
Jésus donne à ses disciples la paix et l’amour traversés par le mystère de la Croix, don total de sa vie jusqu’à la mort et la Résurrection. Jésus nous donne à travers ce discours, la joie et l’amour de jaillissement, amour prodigue, perdu et retrouvé et pourtant totalement nouveau.
Il y a urgence, aujourd’hui, à entendre dans la profondeur de notre être : « il faut que le monde sache que j’aime le Père », car c’est de ce point précis de l’amour filial que se dessine notre propre chemin de conversion, de retour vers Père, celui des fils prodigues que nous sommes, qui n’ont plus rien a perdre, mais tout à gagner en frères et sœurs réconciliés.
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (v.27).

Sr Nathalie, carmel saint Joseph 30 avril 2024

https://www.carmelsaintjoseph.com/sermons/jean-14-27-31a-7/ 

Photo : Pèlerinage à Lisieux ©CSJ, samedi 27 avril 2024.