vendredi 20 mars 2026

Liturgie 4e vendredi carême Jean 7, 2… 30 ; Sagesse 2, 1a.12-22

Méditation

Réflexion en me posant dans le livre de la Sagesse 2, 1a.12-22 texte (d’aujourd’hui).

Connaitre les secrets de Dieu, quel beau programme pour notre vie ici sur terre. Nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Invitation à poursuivre cet élan de ‘Vie’ vers Pâques.

 Que nous dit saint Jean dans l’évangile ?

« On cherchait à l’arrêter, mais son heure n’était pas encore venue »

Le prophète annoncé !

Le Christ ! Le Christ peut-il venir de Galilée ? La foule se divise à cause de Jésus. « Jamais un homme n’a parlé de la sorte » !…Le « Prince »de la paix dérange.

 La division.

Jésus est donc sujet de division !

Tout juste avant l’évangile que nous venons d’écouter, en amont,  saint Jean nous disait que : « Au jour solennel où se terminait la fête, debout Jésus s’écria : 

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive,  celui qui croit en moi comme dit l’écriture : de son cœur couleront des fleuves d’eau vive. » Jean 7,37-38.

La parole de Jésus, loin de susciter l’enthousiasme, amènent des questions, des discussions, des divisions, des insécurités et même des revendications.

J’adhère, je n’adhère pas... c’est la division… Jésus invite à nous positionner : accueillir l’amour, le pardon, la justice… ou rester dans d’autres logiques, exemples : l’avoir, le pouvoir etc.

Jésus apparait libre et profondément relié au Père. Il dit, il nomme, sa vrai origine est en Dieu.

Jésus est en danger, et cependant son heure n’est pas venue. C’est vrai que la parole de Jésus agit comme une lumière intérieure, elle révèle nos peurs, nos résistances. Lorsque la lumière arrive, elle sépare naturellement ce qui est dans l’ombre et ce qui est dans la vérité.

A nous d’accueillir. Lorsque la parole de Jésus entre dans notre cœur, elle peut créer une sorte de séparation intérieure et tant mieux si nous en faisons quelques chose… Division entre ce qui est vrai et ce qui est illusion, entre ce qui est peur et ce qui est amour, entre ce que je sais et ce qui veut naitre du dedans, c’est un combat, ce n’est pas confortable. La parole de Jésus divise ce qui est confus pour que naisse une unité profonde. La division intérieure peut-être féconde.

Est-ce que je regarde Jésus avec ce que je sais… ou est-ce que je le laisse encore me surprendre ?

Est-ce que je perçois Jésus avec ma tête, ou avec tout mon être ? Suis-je à l’écoute d’une docilité intérieure ?

Dans mon quotidien, comment est-ce que je perçois l’autre. Suis-je divisé ? Quel est l’ombre ou la lumière qui monte en moi face à l’autre ? Suis-je à l’écoute d’une docilité intérieure, d’une douceur, d’une patience, d’une humilité ?...

Dieu est là dans ce qui se vit, dans ce qui mûrit en silence, dans ce qui attend son heure. Dans le silence et en confiance laissons façonner par Dieu.

 

Invitation au Notre Père

 Brigitte le 20 mars 26


jeudi 19 mars 2026

Liturgie de la Parole 19 mars fête de st Joseph Matthieu 1, 16.18-21.24a

Quand Dieu prend le chemin de l'homme

Lectures : 2 Samuel 7, 4...16 / Psaume 88 / Romains 4, 13...22 / Matthieu 1, 16...24a)

Méditation

La liturgie nous joue parfois de sérieux tours. Aujourd’hui, le calendrier des saints l’emporte sur le carême, pour mettre au centre saint Joseph : disons, elle essaye de nous faire mettre au centre, en pleine lumière, un homme de l’ombre ! Un homme dont on ne sait quasi rien, et qui n’a eu de cesse de s’effacer devant un mystère qui le dépassait !

Si vous voulez consacrer le reste de la journée à méditer sur les paroles de saint Joseph, ... vous aurez vite fait ! On ne trouve pas une parole, pas un seul mot prononcé par lui au long des évangiles, évangiles dont il disparaît d’ailleurs très rapidement. Rien, pas même un fiat à l’ange qui vient en songe lui demander de prendre chez lui Marie. Dieu lui parle par la voix d’un ange et lui se tait. Plus justement, il répond mais par des actes : quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange lui avait prescrit. Voilà notre homme ! (Mari idéal ?)

 Il ne nous reste donc qu’à guetter ce que nous dit cet homme par son être, par ses actes. À regarder devant quel mystère il s’efface résolument.

 Joseph est fils de David ! Et la première lecture nous parle de ce David : le roi, élu de Dieu. David s’était installé à Jérusalem et se reposait de ses victoires... Il a pensé bâtir un temple, pour que Dieu puisse aussi s’installer, se reposer au milieu de son peuple. Et Nathan vient lui dire : non, pour le Seigneur, l’aventure est loin de s’achever. Son œuvre de salut est en route, avec une visée bien plus large que la paix qui règne autour de David à ce moment. Le Seigneur promet alors une descendance à David, une descendance à laquelle, lui, Dieu se lie pour toujours : je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils. Joseph est fils de David. Il est de la lignée qui au travers des ans est restée dépositaire de cette promesse d’un messie.

Joseph est un homme juste, nous dit encore Matthieu. Qu’est-ce à dire ? Saint Paul écrit, au sujet d’Abraham, le père des croyants, que l’on devient juste par la foi. Abraham a vécu bien avant Moïse et le don de la loi au Sinaï. Abraham n’a pas connu cette loi. S’il était juste, c’est par grâce, par don de Dieu, non pour avoir bien suivi la loi. Et, nous dit saint Paul, Abraham est dépositaire de la promesse de Dieu : celle de recevoir le monde en héritage. Promesse faite à Abraham et à sa descendance, c'est-à-dire à tous ceux qui par la foi sont devenus des justes. Abraham a espéré contre toute espérance, il a mis sa confiance en Dieu. En raison de sa foi, Dieu a estimé qu’il était juste.

 Joseph, homme juste, est donc non seulement fils de David mais aussi fils d’Abraham. Enfin, dernière filiation mentionnée par Matthieu : Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ.

C’est à cet homme, fils de Jacob, fiancé à Marie, que Dieu vient parler en songe pour annoncer l’inouï, pour lui confier l’inouï. Ne crains pas de prendre chez toi, Marie, ton épouse. L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire Dieu sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.

En accueillant l’enfant, en lui donnant son nom, Joseph adopte cet enfant, et par là, le fait entrer dans la lignée davidique. Joseph permet à Dieu d’accomplir en Jésus la promesse faite à David. Il accueille le messie en ce petit enfant.

 Homme juste, il donne sa foi à la parole de Dieu. Et par sa foi, il dépasse la loi selon laquelle il aurait dû répudier Marie et il obéit à Dieu : Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange lui avait prescrit.

Par sa foi, il accueille Jésus au sein de la descendance d’Abraham, Père des croyants. L’accomplissement de la promesse faite à David, dépasse la lignée de David. Le Sauveur qui vient est donné au peuple des croyants.

 Joseph, fils d’Abraham, fils de David, disparaît alors aussi vite de la scène, en nous présentant l’enfant, Jésus, dépositaire de toute promesse. Cette page d’évangile nous invite à contempler les méthodes de notre Dieu. Quand il décide de s’incarner, il le fait vraiment. Aussi, Dieu le Père demande à un homme, Joseph, fils d’Abraham, fils de David, fils de Jacob d’adopter son fils, de lui apprendre le chemin de l’humanité.

 Voici notre Dieu, enfant fragile né de Marie, confié à la garde d’un homme juste.

 Joseph aujourd’hui, nous invite à contempler son fils adoptif : le Fils de Dieu.

Le cœur de notre foi nous est proposé : quand Dieu s’incarne, il partage vraiment notre humanité. N’espérons pas qu’il intervienne en notre monde, comme un magicien, ou qu’il débarque comme un martien... C’est en prenant visage d’homme qu’il vient Sauveur, Dieu avec nous.

Sr Myrèse 19 mars 2011


mercredi 18 mars 2026

Liturgie de la Parole 4e mercredi carême Jean 5, 17-30

Commentaire 

Les paroles et les gestes de guérison proposés par Jésus ont un effet salutaire et lumineux chez ceux qui les entendent et les voient. Avec les yeux de la foi ils prennent appui sur sa parole.

Il me semble important de remettre les paroles que nous venons d’entendre dans leur contexte.

En effet, Jésus vient de guérir un malade de longue durée, un paralysé incapable de s’en sortir seul. Il a besoin des autres pour être plongé dans la piscine de Bethzatha. Mais quand les juifs apprennent que Jésus est celui qui a guéri cet homme, Jésus est méprisé, persécuté par des juifs jaloux ou malveillants qui lui font le reproche de guérir un jour de Sabbat. Un prétexte qui s’appuie sur la Loi juive. Une forme de religiosité insupportable quand elle prend le pas sur une humanité que Jésus ne cesse de privilégier. Il leur dit clairement : « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre. Il relève les morts et il les fait vivre, ainsi le Fils fait vivre qui il veut »

Il y a toujours des gens mal-pensants pour porter des jugements sur la manière dont certains manifestent leur attention et leur compassion envers les plus vulnérables de notre société. Des plus vulnérables qui ont besoin de notre écoute, de notre aide, de notre générosité pour s’en sortir.  C’est un mouvement qui devrait être naturel, un mouvement de pure humanité mais il est parfois jugé avec dédain par certains dont le manque de considération et d’empathie tue la vie au lieu de la donner.

Dans notre vie, nous avons cette capacité à vivre écartelé entre, d’une part la Parole et la manière de se comporter, autrement dit la vie proposée par Jésus et d’autre part la confiance en nos capacités propres et nos idéologies. Tout est vanité. La santé et tous nos biens, notre savoir aussi, sont de l’ordre de la fragilité, de la précarité et il est vraiment illusoire de s’appuyer dessus. 

Par trois fois jésus va intervenir de manière à ce que le doute ne soit plus permis : « Amen, amen, je vous le dis » C’est-à-dire, ce que j’ai à vous dire c’est du solide vous pouvez vous appuyer dessus sans aucune crainte. Vraiment qu’il en soit ainsi.

Première affirmation « Jésus ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père, un Père qui aime son Fils, lui montre tout ce qu’il fait et le Fils le fait pareillement »

Deuxième affirmation, il y a cette promesse de vie pour ceux qui écoutent sa Parole et croient en Dieu son Père et notre Père.

Troisième affirmation, la réalisation de la promesse est pour maintenant : « l’heure vient et c’est maintenant où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront ».

Bien que ces affirmations puissent être assimilées à une injonction, nous ne pouvons jamais faire l’économie de la foi, d’une confiance en Celui qui prend soin de nous, une confiance en Celui qui vient nous libérer et nous relever. Quant à savoir comment cela se fera, n’oublions jamais que lorsqu’il semble aux abonnés absents alors que nous lui crions notre détresse, il est dans le cœur et dans les mains de nos frères et sœurs… même s’ils ne le savent pas.

Les morts vivant que nous sommes parfois, ou si souvent, ont vraiment besoin d’entendre cela

Ce que Jésus reçoit de son Père, il nous le fait connaître. Ces trois affirmations sont des invitations à ne pas chercher à faire notre volonté propre mais, comme lui, à faire la volonté de son Père et notre Père.

Finalement, que nous l’écoutions ou pas, votre bon ou mauvais discernement sera notre propre jugement.

 

Invitation au Notre Père

A l’invitation de Jésus et en toute confiance, adressons notre prière à Dieu, Notre Père…

 Raymond le 18 mars 26



mardi 17 mars 2026

Liturgie de la Parole 4e mardi Carême Jean 5, 1-16

J'avais publié le commentaire de soeur Myrèse de l'an dernier... Mais il était déjà publié 

(voici son lien:https://partage-de-lectio.blogspot.com/2025/04/de-la-parole-4e-mardi-de-careme-accueil.html

Alors en voici un autre!

Introduction

« Cette eau assainit tout ce qu’elle pénètre et la vie apparaît en tout lieu où arrive le torrent »

En ce jour laissons-nous assainir par l'eau de l'Esprit et de la Parole. Laissons cette Vie reçue au Baptême, agir en nos cœurs et les transformer.

Vivons cette célébration en communion avec tous les malades, toutes les personnes qui travaillent pour lutter contre la maladie, celles qui assument les tâches de base, celles qui vivent le confinement, le jeûne des sacrements.

Chantons maintenant les Psaumes de ce jour.

 

Oraison

Donne à tes fidèles Seigneur, une vraie générosité à te servir et à se laisser assainir par la vie reçue au Baptême : qu'ils se disposent ainsi à recevoir dans un cœur purifié l'annonce du mystère pascal et à transmettre au monde la joyeuse nouvelle du salut. Par Jésus Christ, notre Sauveur, lui qui règne avec toi et l'Esprit Saint, maintenant et pour les siècles des siècles

 

Méditation

(Inspirée du commentaire du Père Xavier Léon-Dufour (« lecture de l'évangile selon Jean». Tome II p 28ss) et de la Traduction d'Yves Simoens (« selon Jean, tome I une traduction » Editons de l'Institut d'Etudes Théologiques IET)

Regardons l'homme qui est couché depuis 38 ans, sans espoir.  Il est dans une impuissance et un isolement qui paraissent invincibles. Gisant et coupé d'autrui, cet homme n'est-il pas comme exclu de la vie ? Sa désespérance contraste avec la présence à ses côtés, de Jésus, qu'il ignore. Jésus lui pose la question «te mets-tu à vouloir devenir saint ?» (Traduit le Père Yves Simoens) comme si c'était tout simple ! Juste un oui à dire !

Et comme lui nous présentons à Jésus toutes nos impossibilités : pas d'issue, pensons-nous parfois !

 Pour Jésus pas de problème :« Mets-toi-à te-relever, enlève ton grabat et mets-toi-à-marcher !»(traduction Yves Simoens) Jésus l'invite à commencer un chemin de résurrection :se relever et enlever son grabat.

Et entre en mouvement mets-toi-à-marcher : cesse de te laisser paralyser, bouge, avance dans la vie. Ton grabat n'est pas un obstacle à ta marche. Je t'aide à te mettre debout, maintenant, à toi de jouer et de continuer la route !

J'aime mieux la traduction « grabat » plutôt que « brancard » le brancard est temporaire, le temps d'un transport, le grabat est un lit permanent ! Et c'était bien la situation de cet homme.

 Il est intéressant de voir les noms que l'homme donne à Jésus : dans son dialogue avec Jésus il lui dit  « Seigneur ». Il a bien compris que celui qui passe, qui l'a remarqué, qui s'est informé de lui et apprenant ses années de maladie, lui pose la question : « Te mets-tu-à-vouloir devenir sain?», n'est pas un homme ordinaire. Et tandis que les Juifs lui signalent qu'il ne lui est pas permis d'enlever son grabat, il répond : « Celui qui me-fit-sain, celui-là me dit... ». Il s'appuie sur l'autorité forte de celui qui a pu accomplir une telle œuvre, même s'il ne sait pas son nom !

 Où rencontre-t-il ensuite Jésus : dans le Temple ! Et oui le « soigné » va au Temple auquel il a enfin accès après 38 ans d'exclusion. Il va exprimer sa reconnaissance et se relier enfin à Celui qui habite le Temple. Là Jésus le retrouve : l'a-t-il cherché ? Sans doute. « Vois : sain tu es devenu : ne pêche plus afin que quelque chose de pire ne te devienne pas ». Deux fois le verbe devenir ! L'homme est devenu sain et non redevenu ! C'est comme une nouvelle naissance.

Jésus n'établit pas un lien entre péché et maladie, il relie « santé » et conduite sans péché : le don d'une vie saine requiert une conduite juste. Sa faute aurait-elle été une désespérance ? Lui seul et Jésus le savent et Jésus l'invite à ne plus s'engager sur ce chemin sans issue, ce chemin de mort.

Et l'homme sait maintenant que celui qui le fit sain s'appelle Jésus c'est-à-dire Dieu Sauve !

Pour nous aujourd'hui ? Présentons à Jésus ce que nous avons à porter, ce qui nous peut-être paralyse, nous étouffe, nous bloque. Entendons son invitation : Mettons-nous à nous relever, à enlever ce qui nous pèse et à marcher.

 

Oraison conclusive

Seigneur, notre refuge et notre force, aide-nous à voir combien par nous-mêmes nous sommes impuissants à guérir, et accorde-nous la guérison de tout ce qui nous paralyse. Toi, l'unique médecin des corps et des âmes pour la vraie vie qui demeure dès maintenant et pour toujours.

Sr Marie-Christine en 2020


lundi 16 mars 2026

Liturgie de la Parole 4e lundi de carême Jean 4, 43-54 ; Isaïe 66, 17-21

Cana-bis

Homélie 

Dans la première lecture de ce jour, le Seigneur fait entendre une promesse qui ressemble à une aurore : « Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle. » Ces paroles surgissent pourtant dans un temps fragile. Le peuple est revenu d’exil, mais la joie espérée tarde à éclore. Jerusalem est encore blessée, ses pierres portent la fatigue de l’histoire. Les maisons se relèvent lentement, les cœurs aussi. Les rêves d’hier semblent plus petits que l’espérance d’autrefois. Et c’est précisément là, au milieu de ces ruines encore tièdes, que le prophète annonce une parole immense : Dieu ne se contente pas de réparer le passé. Il promet une création nouvelle. Car Dieu regarde le monde autrement que nous. Là où nos yeux voient des crises, des fatigues et des chemins fermés, lui discerne déjà des commencements invisibles. Le Carême est un temps pour apprendre ce regard. Non pas fuir le monde, mais croire qu’au cœur même de notre histoire, Dieu travaille la pâte de la vie comme un artisan patient. Et combien cette espérance nous est nécessaire en ces temps de guerres et de troubles. Isaïe annonce un monde nouveau au moment même où tout semble fragile. Car souvent, la promesse de Dieu naît au cœur des heures les plus incertaines de l’histoire.

Je le dis parfois avec un sourire : Dieu n’a pas de « repair café ». Il ne rafistole pas simplement ce qui est abîmé. Il ne pose pas des rustines sur l’usure du monde. Dieu crée, il recrée, il fait jaillir du neuf là où nous pensions que tout était fini. C’est comme si le premier matin du monde recommençait sans cesse, comme au premier chapitre de la Genèse : la lumière séparée des ténèbres, la vie ordonnée dans le chaos, l’homme appelé à marcher avec Dieu.

Ainsi Dieu ne nous abandonne jamais. Il demeure auprès de nous, et doucement il met de l’ordre dans l’histoire du monde et dans le petit monde de nos cœurs. Cyrille d’Alexandrie écrivait : « Dieu promet un monde renouvelé où la tristesse disparaît et où la joie devient la demeure des justes. » Et Augustin ajoutait cette parole lumineuse : « La création nouvelle commence en nous. » Car le monde nouveau de Dieu commence toujours par un cœur renouvelé. 

Et l’Évangile nous montre comment cette création nouvelle se met en marche. Cana avait déjà vu le premier signe : l’eau changée en vin, la joie offerte à une fête qui s’épuisait. Aujourd’hui vient le deuxième signe. Deux signes, une même leçon : la foi commence souvent par une confiance dans une parole. À Cana, Marie dit simplement : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Et dans l’Évangile d’aujourd’hui, un père inquiet entend Jésus lui dire : « Va, ton fils est vivant. »
Et cet homme repart. Il repart avec une parole pour toute richesse. Il n’a vu aucun miracle. Il n’a aucune preuve dans les mains. Seulement une promesse dans le cœur.
Et pourtant il marche. Comme l’écrira saint Augustin : « Il crut avant de voir, afin que croyant il puisse voir. » Et c’est en chemin qu’il découvrira que la vie était déjà à l’œuvre. Car il en est souvent ainsi dans la vie de Dieu.
Lorsqu’on plante une graine dans la terre, les premiers jours rien ne semble changer. La surface du sol reste silencieuse. Le jardin paraît immobile. Mais sous la terre, dans le secret obscur, la graine se fend, les premières racines cherchent l’eau, et la vie commence son patient travail. Le père de l’Évangile est parti avec une simple parole de Jésus. Sur la route, rien n’avait encore changé. Et pourtant, pendant qu’il marchait, dans la maison lointaine, la vie revenait déjà.
Il en est souvent ainsi pour nous. Nous avançons avec une parole de Dieu déposée dans le cœur, et nous ne voyons pas encore ce qui grandit. Mais sous la surface de nos jours ordinaires, dans le silence de nos chemins Dieu fait déjà lever la vie nouvelle qu’il a promise. Et un jour, comme cet homme de l’Évangile, nous découvrons avec émerveillement que pendant que nous marchions dans la confiance, le miracle était déjà en train de grandir.

Pierre Hannosset le 16 mars 26

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