mercredi 22 juillet 2026

Liturgie 22 juillet Ste Marie-Madeleine Jean 20, 1.11-18 ; Cantiques des cantiques 3, 1-4a 

Homélie

Il y a dans les fameux musées du Vatican une salle consacrée aux tapisseries de Bruxelles, de magnifiques et gigantesques tapisseries du XVIIe siècle je crois. L’une d’entre elles représente la scène que nous venons d’entendre dans l’Evangile. Et on y voit, au premier plan, Marie-Madeleine, en larmes, et derrière elle, le Ressuscité : il porte un grand chapeau de paille, il a une bêche à la main et à côté de lui, on aperçoit une brouette. Tout l’attirail d’un bon jardinier.


Alors, Marie-Madeleine, toi qui as raconté aux disciples tout ce qu’il t’a dit. Qu’est-ce que ce jardinier a à nous dire à chacun de nous ? D’abord il reprend la question des anges, « pourquoi pleures-tu ? », mais il la complète : « qui cherches-tu ? ». Jean, rappelez-vous, avait commencé son Evangile en évoquant ces deux disciples du Baptiste qui s’étaient mis à suivre Jésus et auxquels celui-ci, se retournant vers eux, avait posé la question « que chez-vous ? ». Chercher. Chercher du sens. Chercher la lumière. Chercher la vie. Telle est la quête de tout homme. Mais cette quête se transforme, au long du chemin : et c’est une quête qui passe de QUE cherchons-nous à QUI cherchons-nous… Découvrir celui que notre âme désire, découvrir notre bonheur qui se trouve en LUI, le Ressuscité.


Le jardinier prononce ensuite le nom de celle qui pleure et qui cherche. « Marie ». Juste un nom. Et le timbre d’une voix. Cela suffit pour qu’ils se reconnaissent. Ils devaient être quand même bien familiers l’un avec l’autre pour ainsi pouvoir se reconnaître. Mon nom, sa voix. Le connaître, lui, le Ressuscité, pour me retourner, pour le reconnaître, quand il m’appelle par mon nom.


Enfin, ce bon jardinier termine, en invitant Marie-Madeleine, en nous invitant, à ne pas le retenir, à ne pas faire de lui « mon Jésus ». « Mon Jésus adoré ». Non ! L’ayant reçu, l’ayant reconnu, l’ayant accueilli, il me revient de le donner à mon tour. « Va », dit le jardinier, « Va… et dis-leur ». La joie de la rencontre avec le Christ s’amplifie, devient irrésistible, quand cette joie est partagée. 


Et dès lors, je devine que Marie-Madeleine, si familière de Jésus, va continuer à pleurer, mais cette fois-ci, de joie. De joie éternelle. Amen.


Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 22 juillet 26


 

mardi 21 juillet 2026

Liturgie de la Parole 16e mardi TO-II Matthieu 12, 46-50 ; Michée 7, 14-15.18-20

Homélie

Ainsi la première lecture, celle du prophète Michée, vient, une fois de plus, contredire ceux qui croient que le Dieu de l’Ancienne Alliance, le Dieu de l’Ancien testament est un Dieu uniquement colérique et vengeur, et juge. C’est bien tout le contraire, et on voit bien combien Jésus a puisé dans cette parole prophétique pour révéler le Père à ses disciples.

Quant à l’Evangile, je ne sais pas très bien ce que la mère et les frères de Jésus veulent venir lui dire. Mais en tous cas ils ont « tiré une drôle de tête » quand on est venu leur rapporter : « Ah non, non, ça a changé, vous n’êtes plus sa mère, vous n’êtes plus ses frères. C’est ceux qui sont là ! ». Ils ont dû tirer quand même une drôle de tête, hein !

Mais c’est vrai que, c’est une expérience que nous faisons, tout au long de notre vie de foi, que notre foi en Christ vient changer nos relations habituelles, ça vient les mettre sur un autre axe. Et que, d’après ce que dit Jésus dans cet Evangile, ben, nous devenons frères, sœurs, mères les uns pour les autres. Ce qui veut dire, que nous ne nous sommes pas choisis les uns les autres, comme dans une famille, avec des frères et des sœurs. Nous sommes donnés, les uns aux autres, tels que nous sommes, sans s’être choisis. L’Eglise c’est cela. L’Eglise ce n’est pas un club, parce dans un club, on se choisit. Et celui qui ne s’accorde avec les autres, on lui demande d’aller choisir un autre club. Nous sommes frères et sœurs, dons de Dieu les uns aux autres, et non seulement cela, mais nous sommes, petitement peut-être, mais nous sommes mères les uns pour les autres. Autrement dit, nous donnons la vie en vivant l’Évangile, en le transmettant à ceux que nous côtoyons, les engendrant à la vie, au nom de Dieu. Nous recevons cette vie, mais nos frères et sœurs en Christ, nos « mères » en Christ, nous la donnent aussi. Amen.

Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 21 juillet 26


lundi 20 juillet 2026

Liturgie de la Parole 16e lundi TO-II Matthieu 12, 38-42 ; Michée 6, 1-4.6-8

Reconnaître 

 Homélie

« Si seulement j'avais un signe... » Un signe pour prendre une décision. Un signe pour savoir si Dieu m'écoute. Un signe pour être sûr de ne pas me tromper… Au fond, nous ressemblons beaucoup aux pharisiens de l'Évangile. Ils disent à Jésus : « Maître, nous voulons voir un signe venant de toi. » Mais Jésus est sévère. Pourquoi ? Parce qu'ils demandent un signe... alors que le Signe est déjà devant eux. Ils regardent Jésus sans le voir. Ils réclament une lumière alors que le soleil est levé. Il y a quelque chose de profondément humain dans cette attitude. Nous pensons souvent que nous croirions davantage si Dieu intervenait de manière spectaculaire. C’est ce que Jésus répondra au riche qui n’a pas vu le pauvre Lazare et qui demande que l’on envoie une estafette auprès de ses frères. Non, l'expérience montre le contraire. Les miracles ne « fabriquent » pas la foi.

La première lecture éclaire cela sous un autre angle. Le prophète Michée imagine un dialogue entre Dieu et son peuple. « Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ? Avec de jeunes taureaux … des milliers de béliers, des flots d’huile répandus sur l’autel ? » La réponse est d'une simplicité désarmante : « On t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » Dieu ne demande pas l'extraordinaire. Il désire une relation. Les pharisiens cherchent un phénomène, mais le chrétien rencontre une Personne.

Et Jésus ajoute une parole surprenante : « Il y a ici bien plus que Jonas... bien plus que Salomon. » Autrement dit : « Vous cherchez ailleurs ce qui est déjà là. » Nous attendons parfois une grâce exceptionnelle alors que Dieu nous visite dans l'ordinaire. Les grands signes de Dieu sont souvent d'une discrétion déconcertante.

Le vrai problème, ce n'est pas que Dieu ne parle pas. Le vrai problème est que nous ne savons plus toujours reconnaître sa voix : il parlera toujours dans le bruissement d’une brise légère, et jamais dans un ouragan.

Pierre Hannosset le 20 juillet 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/07/lundi-de-la-16eme-semaine-du-temps-de.html 

 

dimanche 19 juillet 2026

Liturgie de la Parole 16e dimanche A Matthieu 13, 24-43 ; Sagesse 12, 13.16-19 ; Romains 8, 26b-27

Patience et espérance

Accueil

Le bon grain et l’ivraie…

En grec « ivraie » se dit « zizania ».  L’ennemi est celui qui sème la zizania, la zizanie.

De même, le mot « diable » venant du mot « diabolos » signifie, celui qui divise, empêche la communion.

Tous nos projets, si bons et si beaux soient-ils, sont toujours « visités » par l’un ou l’autre diabolos qui y sème la zizanie. Il n’y a pas de remède, semble dire la parabole, il faut « vivre avec »  mais dans la certitude que cela n’empêchera pas le bon grain d’arriver à maturation et de porter du fruit.

En fin de compte la bonne semence aura le dessus, c’est avec cette confiance qu’il nous faut persévérer, patienter. Dieu, lui, ne semble pas pressé.

Au lieu de voir l’ivraie dans le champ du monde et nos propres vies, nous sommes donc invités à la patience, à nous réjouir de ce qu’il y grandit de bien et de beau.

C’est cela aussi qu’on appelle l’espérance !


HOMELIE

Il nous est peut-être arrivé un jour de vouloir désherber autour de jeunes pousses de carottes ou de fleurs.  Cette initiative nous a permis de constater la pertinence de la parabole du bon grain et de l'ivraie proclamée dans l’évangile d’aujourd’hui.  Si nous arrachons les herbes les plus proches des jeunes pousses du potager, nous risquons de déraciner aussi les plantes que nous voulons protéger.  Elles ont des racines tellement peu profondes qu'il est préférable de laisser pousser quelques herbes sauvages pour les arracher plus tard.

 

Même s'il ne s'agit pas de légumes dans notre parabole mais de céréales, une chose est claire : dans la société, il y a de l'ivraie, (du chiendent), autrement dit des éléments indésirables qui s’y introduisent à notre insu. Il ne faut pas s'en étonner.  Le semeur, autrement dit Jésus, n’a pas une maîtrise totale de son champ.  Il ne domine pas tout : pendant qu’il dort, un ennemi sème de l’ivraie. En grec, - langue utilisée pour écrire l’Evangile, - « ivraie » se dit « zizania ». L’ennemi est celui qui sème la zizania, la zizanie, la division. Après son forfait commis pendant la nuit, (eh oui, les délits se commettent le plus souvent la nuit !) l’auteur se cache parce qu’il ne peut plus s’approcher des foules. En effet, s’approcher c’est se faire proche, c’est entrer en relation, se faire le prochain ! Tout le contraire de la zizanie.

 

Que notre comportement quotidien ne soit pas parfait, c'est plutôt évident ! Rien n'est totalement pur. Vouloir faire le tri entre tout ce qui est bien et ce qui est certainement mal est impossible. Jésus ne dit pas que nous risquons de confondre le bien et le mal. Il dit qu'en adoptant une démarche puriste, nous risquons d'arracher en même temps le mauvais et le bon et. Beaucoup de dégâts peuvent être faits au nom du bon et de sa sauvegarde. 

 

Supposons qu'entre les gens, il y en ait qui se prétendent être bon grain et d'autres ivrai! Faire deux camps est impossible vu que la frontière entre le bon grain et l'ivraie ne passe pas entre les personnes mais dans le cœur de chacun-e.  Par exemple, l’aumônier de prison ne réduit pas la personne détenue au délit qui l’a amenée en prison.  Nous sommes tous capables de produire du mal mais aussi de bonnes choses.  Me vient à l'esprit une parole de Saint Paul : "Je ne fais pas le bien que je veux.  Je fais le mal que je ne veux pas".  (Romains 7,19-20.)

 

Du coup, la parabole du bon grain et de l'ivraie devient la parabole de la patience de Dieu.  J’ai été plusieurs fois témoin de personnes au comportement problématique qui se sont métamorphosées.  Les parents et les éducateurs ne me démentiront pas. La patience de Dieu n'enferme personne dans son passé, laisse à chacun sa chance, donne à chacun le temps de se convertir autrement dit de se tourner vers autre chose. Dieu fait tout cela parce qu’Il nous aime. Ce n'est donc pas une tolérance molle mais une patience attentive.

 

L’extrait de saint Matthieu lu aujourd’hui est aussi une parabole de l'espérance.  Spontanément, si nous n’y prenons garde, nous ne voyons dans le monde que ce qui ne va pas, le négatif, le mal, l'ivraie. Mais n'oublions pas que c’est le bon grain qui a été semé en premier, non pas l'ivraie. L'ivraie est postérieure. Elle finira par disparaître en fumée. Elle n'aura pas le dernier mot. Les complotistes, qui prêchent via les réseaux sociaux, affirment un avenir catastrophique pour notre monde. Ils sèment donc la zizanie. Çà, ce n'est pas l'Evangile.

 

Pourtant, l'Evangile n'est pas synonyme d'insouciance. L’Evangile c'est l'Espérance. L’Espérance se fonde sur le roc de la Parole de Dieu, parole comparée aujourd’hui à une petite graine.  L'espérance est mobilisatrice. La parabole d’aujourd’hui est celle d’un semeur pas celle d’un moissonneur. Nous ne sommes pas au terme du cycle mais nous vivons un humble commencement, celui du grain risqué.

 

Aussi peu nombreux que soient les témoins de cette Parole, aussi timides ou fragiles que soient parfois les Chrétiens, l'annonce de l'Evangile ne restera pas sans lendemain.

 

Avec vous, je dis merci à Dieu pour le bon grain qu’il sème en nos vies avec patience et espérance.  Cette espérance me fait vivre.  Je souhaite de tout cœur qu’il en soit de même pour vous.

Abbé Stréber Fernand, Hurtebise le 19 juillet 26

 

P’tit’ rawett’

 LE BON GRAIN ET L'IVRAIE

J'avais un champ d'amour
où fleurissaient des mains, toutes sortes de mains :

mains d'artistes, d'ouvriers, mains qui se caressaient sous la brise du vent,

mains d'enfants, mains d'épouses, avec les doigts ouverts comme l'épi
qui s'emboîtaient les unes les autres dans une ronde d'amitié.

 

Des nuages sont passés sur mon champ en le coupant du chaud soleil.

Et j'ai vu une main se gercer puis replier ses doigts.

Un poing venait de naître, poing haineux,

poing sanglant qui se mit à cogner les autres mains voisines.

Comme des fleurs qui se referment, une à une, à leur tour,

les mains sont devenues poings, poings méchants qui rendent coup pour coup
poings guerriers, durs et sans pardon.

En voyant ce désastre mon fils est accouru

- Papa ! Faut-il brûler ton champ pour freiner ce carnage ?

- Attends mon fils, attends ! lui ai-je répondu :

- Seul le soleil peut guérir en brûlant ;

toi, brûle les nuages.

H. Léonard-Etienne

Les nouvelles paraboles, Edibon, Liège, p. 74.
Histoire reprise dans : « Il était une foi » tôme 1 . CRJC  Liège

samedi 18 juillet 2026

Liturgie de la Parole 15e samedi TO-II Matthieu 12, 14-21

Un héros ? Un Serviteur !

Méditation

Lorsque Matthieu raconte que les pharisiens décident de faire mourir Jésus, il ne s'attarde ni sur leurs intentions, ni sur la réaction de Jésus. À la place, il ouvre le livre du prophète Isaïe. C’est comme s’il nous disait : « Si vous voulez comprendre ce qui est en train de se jouer, il faut relire cette ancienne parole. »

A première vue, c’est étonnant. Quel est le rapport entre un complot meurtrier et ce mystérieux Serviteur annoncé des siècles auparavant ?

Au temps d'Isaïe, le peuple d'Israël espérait un libérateur : un homme fort capable de vaincre ses ennemis. Mais Dieu prépare tout autre chose. Le monde attend un héros ; Dieu envoie un Serviteur. Et Matthieu nous dit : ce Serviteur, c'est Jésus.

Regardons le portrait qu'Isaïe en dessine…

D'abord, sa force ne vient pas d'une domination, mais de sa relation à Dieu : « Je ferai reposer sur lui mon Esprit. » C'est cela qui lui permet « de faire connaître le jugement ». Le mot hébreu traduit ici par « jugement » est difficile à rendre. Il désigne un ordre juste que Dieu veut pour le monde.

Ensuite, Isaïe décrit sa méthode : « Il ne cherchera pas querelle. Il ne criera pas. On n'entendra pas sa voix sur les places publiques.  » Les puissants de ce monde s'imposent par le bruit et l'image. Le Serviteur, lui, transforme le réel avant de transformer son image. C’est précisément pour cela que Matthieu place cette citation ici : au moment où Jésus est rejeté, il refuse d'entrer dans la logique de la violence.

Puis vient cette image magnifique : « Le roseau froissé, il ne le brisera pas. La mèche qui faiblit, il ne l'éteindra pas. »

Un roseau plié, une mèche de lampe qui fume et vacille... Ce sont des réalités fragiles, abîmées. Notre premier réflexe est de les écarter. Le Serviteur, lui, choisit de les protéger, de les relever. Il ne se demande pas si ce qui est fragile est encore utile ; il cherche comment lui redonner vie.

Mais attention : cette douceur n'est pas une faiblesse. Isaïe termine son portrait par une ligne que nous oublions souvent : « Lui ne faiblira pas. Lui ne sera pas brisé. »

Le Serviteur ne brise pas le roseau froissé... parce que lui-même est inébranlable dans sa fidélité à Dieu. Sa douceur n'est pas un manque de force ; elle est l'expression d'une force plus profonde. Il est infiniment patient avec les personnes, mais rien ne le détourne du chemin que Dieu lui a confié.

Aujourd’hui, nous opposons souvent la force et la douceur ou la bienveillance. Comme s'il fallait choisir entre être fort au risque de devenir dur, ou être bon au risque de devenir faible.

Le Serviteur refuse cette alternative. Sa force ne consiste pas à dominer, mais à demeurer fidèle au bien, quelles que soient les circonstances. Face au rejet, Jésus ne renonce ni à sa mission, ni à la douceur pour l'accomplir.

Voilà le visage du Serviteur selon Isaïe. Voilà le visage que Matthieu reconnaît en Jésus et qu’il veut nous faire découvrir.

C’est peut-être aussi le visage du disciple que l'Évangile nous invite, peu à peu, à laisser se dessiner en nous.

Isabelle Halleux, le 18 juillet 2026