Liturgie 27e vendredi TO-II Luc 11, 15-26 ; Galates 3, 6-14
HomélieCertaines maisons sont
directement identifiées comme habitées. Une lumière allumée, quelques
chaussures dans l’entrée, une tasse oubliée sur la table… Et puis il y a ces
maisons parfaitement rangées, impeccables, mais où l’on se demande presque : «
Est-ce que quelqu’un vit vraiment ici ? » L’Évangile de ce matin nous parle
justement d’une maison. Un homme a été délivré d’un esprit mauvais. Sa maison
est « balayée et bien rangée ». Tout semble aller mieux. Mais Jésus ajoute
quelque chose d’étonnant : l’esprit revient et trouve la maison vide. Alors il
revient avec d’autres esprits, plus mauvais encore.
Pourquoi Jésus nous dit-il cela ?
Parce que le mal ne consiste pas seulement à faire quelque chose de mauvais. Il
peut aussi consister à laisser un vide. On se débarrasse d’une mauvaise
habitude, d’une colère, d’une addiction, d’une rancune… mais par quoi la
remplace-t-on ? Car une vie simplement « nettoyée » ne suffit pas. Il faut
encore qu’elle soit habitée.
Et c’est peut-être là que la
première lecture rejoint magnifiquement l’Évangile. Paul rappelle aux Galates
qu’ils ont commencé leur chemin avec Dieu par la foi. Et maintenant ils
cherchent à tout accomplir par leurs propres forces. Comme si la vie chrétienne
consistait à devenir suffisamment parfait pour que Dieu puisse enfin être
content de nous ! Paul leur pose une question très simple : avez-vous commencé
par l’Esprit pour finir par vos propres forces ?
Nous connaissons bien cette
tentation. Nous voulons régler nos problèmes, nous corriger, devenir meilleurs…
et même parfois nous réussissons à transformer la foi en programme de
développement personnel ! Mais l’Évangile nous rappelle que le salut n’est pas
d’abord une affaire de rangement intérieur. Ce n’est pas notre force qui chasse
le mal : c’est la présence du Christ. Jésus parle de « l’homme plus fort » qui
vient vaincre l’homme fort. Et le plus fort, c’est lui.
Le pape François, commentant
précisément cet Évangile, insistait sur le discernement et la vigilance : il
faut apprendre à reconnaître ce qui vient de Dieu et ce qui nous éloigne de
lui. Alors la question n’est peut-être pas seulement : « De quoi dois-je me
débarrasser ? » Mais : « Qu’est-ce qui habite aujourd’hui mon cœur ? »
La rancune ou le pardon ? La peur
ou la confiance ? Le découragement ou l’espérance ? Le repli sur moi-même ou la
présence du Christ ? La foi d’Abraham dont parle saint Paul n’est pas la foi
d’un homme qui maîtrise tout. C’est la foi d’un homme qui fait confiance.
Peut-être qu’aujourd’hui, nous
n’avons pas besoin de mettre toute notre vie en ordre. Peut-être avons-nous
simplement besoin de laisser au Christ une vraie place. Car une maison peut
être parfaitement rangée… et pourtant vide. Que notre cœur ne soit pas seulement
débarrassé du mal : qu’il soit habité par Dieu.
Pierre Hannosset le 9 octobre
2020
https://padrepierre.blogspot.com/2026/10/vendredi-de-la-27eme-semaine-du-temps.html


