vendredi 6 mars 2026

Liturgie de la Parole 2e vendredi carême Matthieu 21, 33-46

La pierre rejetée 

Méditation 

     Comme beaucoup de paraboles de Jésus, la parabole des vignerons homicides peut se lire successivement à deux niveaux : 
- au niveau du destin de Jésus lui-même, 
- au niveau actuel de notre vie chrétienne. 


- Au moment où Jésus la prononçait, les Juifs ne s'y sont pas trompés : Jésus voulait décrire ses relations avec son propre peuple. La vigne, c'est le peuple de l'Alliance. Dieu, qui l'a plantée, l'a confiée d'abord au roi, puis à d'autres chefs au retour de l'exil. Il attendait de sa vigne Israël des fruits de sainteté, et de temps à autre il a envoyé ses serviteurs les prophètes pour recueillir les fruits en son nom ... Mais on a battu, lapidé, tué les prophètes. Alors Dieu a envoyé son propre Fils, celui qu'il a fait héritier de toutes choses, et Jésus annonce ce qui va lui arriver : on le tuera hors de la vigne sur la colline du Golgotha. 


 Mauvais calcul, prévient Jésus : vous voulez tuer l'héritier pour avoir l'héritage, mais Dieu ne renoncera pas à son plan de salut : - l'héritage passera aux Gentils, qui seront le peuple de la nouvelle alliance ; - d'autres vignerons, ses propres Apôtres, prendront en main le peuple fidèle. 


 Mauvais calcul, vous voulez bâtir sans moi et vous me rejetez, comme matériau sans valeur, c'est pourtant sur moi que reposera pour toujours l'œuvre du salut ! 


-Cette erreur tragique guette encore notre monde. Même des hommes qui ont rencontré le Christ voudraient vendanger sans lui dans leur propre vie et dans la vie des autres. Même dans l'Eglise on laisse parfois se distendre la référence à l'Envoyé de Dieu. Ou bien l'on dévalue la personne même de Jésus Christ, en effaçant sa divinité, au point que Jésus n'est plus qu'un modèle de droiture, un rêveur de génie. 


Et Jésus, Fils de Dieu venu sauver des hommes, attend, oublié, méprisé, comme une pierre de rebut, non loin de la grande Babel où de nouveau les hommes se disputent. 


Mais nous-mêmes qui sommes responsables de la vigne du Carmel, que pourrions-nous offrir si aujourd'hui le Seigneur venait chercher des fruits ? La question que chacun/e d'entre nous entend dans cet Évangile concerne l'authenticité de sa vie, de son service de Dieu et de sa prière ; c'est une question amicale que le Sauveur nous pose sur la fécondité de notre existence sur terre : "Si aujourd'hui, ce soir, je viens chercher les fruits de ma vigne, tes fruits de foi, et d'espérance courageuse, les fruits de ta charité, que vas-tu me donner ? Qu'est-ce qui remplit tes mains, qu'est-ce qui habite ton cœur ?" 


Frères et sœurs, que cette Eucharistie, comme toutes celles qu'il nous est donné de vivre, soit pour nous à la fois célébration de la fidélité de Dieu, rencontre de Jésus l'Envoyé, et offrande filiale de nos derniers fruits.

Père Jean Lévêque ocd (Carme)

http://bibleetviemonastique.free.fr/matthieu/turris.htm 
Proposé par Sœur Samuel le 5 mars 20


jeudi 5 mars 2026

Liturgie de la Parole 2e jeudi carême Luc 16, 19-31

Comment vivre l’appel à la conversion permanente ? 

 

Méditation

Je vous partage des extraits d’un commentaire de Pierre-Baptiste Cordier, laïc

« Convertis-toi et crois à l’Évangile » : nous connaissons bien cette phrase. Nous la recevons à chaque début de Carême, lors de l’imposition des Cendres. (…)
La parabole de Lazare et du riche n’est pas là pour attester d’une quelconque lutte des classes. Elle ne condamne pas plus la richesse que la pauvreté, même si elle vient les mettre en contraste. Ce que nous pouvons retenir, au-delà du rang de Lazare et de l’homme riche, c’est que le rang, la situation sociale, la santé ou la maladie… ne sont pas des critères pour le jugement de Dieu. Ce qui importe pour lui, c’est notre manière, notre désir de le chercher dans et par toutes choses.
Chercher Dieu, c’est mettre sa parole au cœur de notre vie. Notre vie est un appel continuel à la conversion, à la recherche de l’accord juste entre notre désir et celui de Dieu. Un des critères pour vivre correctement cet appel est de vérifier ma capacité d’être avec les autres. Est-ce que je vis, dans mon palais, vêtu de lin ou de pourpre, ou bien suis-je capable de me laisser émouvoir par l’autre ? Nous pouvons avoir une vie confortable et être attentifs aux autres, ou une vie pauvre et ne pas l’être. Mais cette capacité d’être en relation les uns avec les autres, de faire du lien avec les femmes et les hommes de ce temps, c’est vivre l’Évangile.
Le pauvre Lazare n’avait aucune relation : seuls les chiens (comprendre les méchants) s’intéressaient à lui, mais pour ses plaies. Le riche semble avoir une vie sociale bien remplie, avec de nombreux festins. Mais dans ces libations, il ne semble pas y avoir de place pour un autre qui n’est pas de son cercle. C’est une forme d’égoïsme, d’aveuglement.
Si nous voulons suivre le Christ de plus près, nous avons à chercher à lui ressembler d’une manière particulière. Ainsi, nous pouvons nous interroger sur nos capacités d’accueil. Dans les groupes auxquels nous appartenons, dans nos paroisses, nos communautés : sommes-nous capables de faire de la place à l’autre ? De quelles manières savons-nous montrer l’hospitalité qui doit être au cœur de notre manière d’être ? Il s’agit là d’être conformes au désir de Dieu pour nous. Être accueillants, ouverts, hospitaliers, c’est aussi ressembler au Christ. Dans son chemin, sur les routes, il n’a fait fi d’aucune personne. Toutes ses rencontres étaient en vérité, parfois rudes, mais toujours sincères.
Nous le savons, la rencontre, tout comme le dialogue, nous font grandir et nous conduisent vers des chemins autres que ceux que nous empruntons. (…)
En fait, la rédemption n’est pas autre chose que de choisir le chemin qui mène à la conversion. C’est un chemin aride, qui permet de combler le fossé entre notre désir et le désir de Dieu. Sur ce chemin (…) ce qui est certain, c’est que Dieu nous parle en ce monde et en ce temps par les événements du monde et la parole de l’autre.
(…) C’est ainsi que nous marcherons vers la sainteté. Il ne s’agit pas de chercher à être sans aspérité, sans caractère, sans volonté, mais de vivre avec et de devenir des femmes et des hommes pour les autres. Il s’agit de se laisser toucher par l’Amour de Dieu pour vivre de cet amour en plein monde. C’est-à-dire que cela nous engage toujours davantage à être acteurs de la transformation de nous-mêmes et de notre monde.
(…) C’est une invitation à la charité. Il s’agit de nous laisser travailler par l’Esprit pour qu’il nous évangélise jour après jour. Ainsi, nous comprenons que nous ne sommes ni les auteurs, ni la source de notre salut, de notre croissance. C’est Dieu qui est premier en tout, et son profond désir est que nous fassions du monde qu’il nous confie un lieu de croissance, de paix et de liberté.

Pierre-Baptiste Cordier Simonneau membre de la société de vie évangélique du cœur  de Jésus le 28 septembre 25

https://jardinierdedieu.fr/2025/09/lc-16-19-31-comment-vivre-l-appel-a-la-conversion-permanente.html 

Invitation au Notre Père

« Convertissez-vous et croyez à l’Evangile » : Seigneur ouvre nos yeux et notre cœur, donne-nous un cœur semblable au tien. Nous te le demandons en chantant la prière que tu nous as transmise.

Sr Marie-Christine le 5 mars 26


mercredi 4 mars 2026

Liturgie de la Parole 2e mercredi de carême Matthieu 20, 17-28

Résonnances 

Ils ont de l’ambition, les deux fils de Zébédée ! Et leur mère, pour eux ! Ce n’est pas une mauvaise chose d’avoir de l’ambition. Mais il faut voir dans quelle vision du monde on la situe.
Ce que l’évangile de ce jour suggère, c’est qu’il y a deux visions du monde qui s’opposent de manière frontale. D’un côté : « les chefs des nations les commandent en maîtres et les grands font sentir leur pouvoir ». C’est la vision du monde où règne la loi du plus fort. Le brutal, l’arrogant, le menteur. L’usage de la force pour obtenir ce que je veux. Et tant pis pour les victimes… il est inévitable qu’il y ait des victimes. Ainsi parlait tout récemment à la face du monde les président des États-Unis. On connaît la suite : l’usage de la violence est un grand engrenage. La violence engendre une violence plus grande et tout se tient, tout s’embrase. On sait quand ça commence, on ne sait pas quand ça se termine. Face à ce monde-là, que pouvons-nous faire ?
Mais Jésus suggère qu’il y a une autre façon de voir le monde, une autre manière de regarder. Il ne s’agit pas de deux mondes distincts, mais de deux manières de voir le réel et de se montrer forts. Car il s’agit bien de se montrer forts ! « Parmi vous, celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave ». Un monde où le grand utilise son pouvoir, sa force, pour la mettre au service du petit, de l’autre, du bien commun. 
Donc : deux façons de voir le monde. Qui va l’emporter dans cette confrontation ? Ce n’est pas le fort contre le faible. C’est une certaine conception de la force contre une autre conception de la force. Il est possible de se montrer plus forts que ceux qui parlent le langage de la force brutale et égoïste. Il faut être plus fort pour faire la paix que pour faire la guerre. Et cette force-là, elle n’est pas réservée aux grands de ce monde, elle est à la portée de chacun. En effet, nous nous sentons souvent impuissants devant la brutalité et la spirale du mal. Mais dans le monde de Jésus, dans le Royaume du Père, chacun est appelé à déployer en lui-même la force de la douceur.
Telle devrait être notre ambition. Certes, c’est difficile. On préférerait se replier dans son coquillage et attendre que ça passe. Jésus lui-même est parfaitement conscient de la difficulté. Il annonce sa passion. Il sait ce que cela va lui coûter.
En relisant cette annonce de la passion, je vois qu’elle est encadrée par deux verbes au passif. La passivité, est-ce une fatalité ? S’agit-il d’un « passif divin » ? Le premier verbe : « le Fils de l’homme sera livré » … par qui ? Par Judas ? Oui, au sens historique. Par son Père ? Oui, il est donné par le Père à l’humanité… Le deuxième verbe : « le troisième jour, il sera ressuscité ». (Généralement on traduit : « il ressuscitera », mais c’est un passif !). 
Entre ces deux passivités, une activité suprême : il donne sa vie. « Le Fils de l’homme est venu… pour donner sa vie pour la multitude … » Dans ce petit mot, « pour », se trouve le secret de Jésus et le secret du Père. Jésus donne sa vie avec l’intime conviction que ce n’est pas en vain, pas en pure perte. Que ce don est un don « pour ». Pour Jésus lui-même, cette intime conviction donne le sens de ce qu’il fait : sa souffrance ne sera pas absurde. Tout est lié, tout se tient. L’engrenage est inversé. Mais c’est l’œuvre du Père…

Sœur Marie-Raphaël le 3 mars 26


mardi 3 mars 2026

Liturgie de la Parole 2è mardi de carême Matthieu 23, 1-12 ; Isaïe 1, 10.13-20


Introduction 

« Ecoutez » « Prêtez l'oreille, » « apprenez à faire le bien. » C'est en ces termes que le prophète Isaïe nous interpelle ce matin mais n'y entendons -nous pas comme en écho le début du Prologue de la Règle de St Benoît : « Ecoute mon fils l'enseignement du maître, ouvre l'oreille de ton coeur, accepte volontiers les conseils d'un père et fait vraiment ce qu'il te dit. »  Et Jésus dans l'évangile dit aux foules « Faites et observez ce que vous enseignent les scribes et les pharisiens mais ne les imitez pas : ils disent et ne font pas. » Qu'en est-il pour nous ? Chantons les psaumes et que « notre esprit soit d'accord avec notre voix. »

Méditation

Au début du carême Jésus nous a dit de prier, de faire l'aumône, de jeûner de telle façon à ne pas être vus des hommes mais seulement de notre Père du ciel. Reconnaissons-le humblement notre « moi » a bien du mal à s’accommoder d'une telle exigence et il aime à être reconnu. C'est cette attitude des scribes et des pharisiens qui cherchent à paraître devant les hommes que Jésus dénonce et dont il veut préserver la foule des disciples et nous-même aujourd'hui. Que faire ? Comment faire ? Isaïe nous lance une invitation : « Venez et discutons. Si vous consentez à m'obéir les bonnes choses du pays vous les mangerez. » Revenir à Dieu en choisissant de faire le bien et en renonçant de faire le mal portera un fruit abondant. 
Faire le bien cela s'apprend : Jésus nous l'enseigne : « Voici mon commandement : aimer-vous les uns les autres. » C'est donc un appel à l'amour, un appel à la vie. St Benoît lance également cet appel : « Qui veut la vie ? Qui désire le bonheur ? » 
Nous sommes appelés à poser un choix libre : Isaïe nous le dit « cessez de faire mal, apprenez à faire le bien » et St Benoît de même, toujours au Prologue : « Tourne le dos au mal et fais le bien. » En agissant ainsi le Seigneur lui-même nous montrera le chemin de la vie, chemin que nous pourrons emprunter en nous laissant conduire par l'évangile. 

Jésus est le seul vrai maître et, lui, Parole faite chair nous enseigne par ses paroles mais aussi par ses actes : il s'est fait serviteur et il nous invite tous à vivre en actes et pas seulement en paroles nos relations fraternelles car nous sommes tous frères aussi « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé » par le Seigneur lui-même. 

Notre Père

Nous n'avons qu'un seul Père et nous sommes tous frères chantons ensemble la prière que Jésus nous a apprise. 

Conclusion

Seigneur tu nous mets en garde contre l'hypocrisie, dire et ne pas faire. Apprends-nous à vivre dans la vérité et l'humilité, à servir plutôt qu'à être servi et la joie de notre Père du ciel sera grande de reconnaître en nous ses enfants qui désirent se repentir, écouter la Parole et la mettre en pratique et suivre le seul Maître, Jésus ton Fils qui vit et règne avec toi et l'Esprit Saint maintenant et pour les siècles des siècles.

Sr Jean-Baptiste le 15 mars 22


lundi 2 mars 2026

Liturgie de la Parole 2e lundi de carême Luc 6, 36-38 ; Daniel 9, 4-10

Introduction

Un mot qui m’a touchée dans la première lecture : la honte.
L’année dernière, Benoît Lejeune a organisé avec la pastorale de la santé du diocèse de Liège un colloque psychiatrie et pastorale sur le thème de la honte. Il en ressort notamment que la honte a à voir avec le regard de l’autre. Le regard de Dieu sur moi, mais aussi mon propre regard sur moi. Il y a une honte existentielle, qui colle à la peau, parfois de génération en génération (« tu n’as pas le droit d’exister, tu aurais mieux fait de ne pas naître »), et une honte fonctionnelle, qui fonctionne comme un moteur de résilience. La Bible aussi parle de plusieurs sortes de hontes. Il y a la mauvaise honte, celle qui vient de l’humiliation. Et il y a la bonne honte, celle qui vient de la prise de conscience de mon péché. Le pape François a dit un jour qu’il nous faut être attentif à ne pas laisser de côté « la bonne honte ».
Le prophète Daniel déclare : « à nous la honte au visage, car nous avons péché… » Il parle au nom d’une collectivité, son peuple, plusieurs générations. Il y a donc ici la reconnaissance de ce qu’aujourd’hui on appelle un « péché systémique ». On peut transposer sur l’actualité de l’Église : le péché systémique des abus nous couvre tous de honte. Ne craignons pas cette honte-là, dirait le pape François, car elle peut être thérapeutique…


Résonances

Les deux lectures parlent de pardon et de miséricorde. Dans la lecture de Daniel, c’est le pardon de Dieu qu’on invoque, sur un collectif qui prend conscience de sa faute. On l’invoque parce qu’on sait qu’un des attributs majeurs de Dieu, c’est sa miséricorde. On reconnaît que la miséricorde ne peut venir que de Dieu. 
Lien avec l’évangile : « soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux ». On commence par reconnaître que la miséricorde vient de Dieu, mais on ajoute qu’elle peut rebondir sur nous, puisque nous devons ressembler à notre Père. Du coup, on donne des exemples de comment mettre cela en œuvre et on promet une réciprocité (« donnez, on vous donnera, etc »). Cet extrait d’évangile nous invite à entrer dans la dynamique de la générosité de Dieu. C’est très beau…
Mais c’est très dangereux, si on fait de ces versets une injonction moralisatrice : « parce que tu es un bon chrétien, tu dois être généreux, tu dois donner, tu dois pardonner… », sous-entendu : « si tu ne pardonnes pas, tu n’es pas un bon chrétien » … Perversion de la formule évangélique ! Et qui, dans le cadre des abus, a été utilisée comme une arme de soumission. Que de vies détruites ! Il y a bien là un péché systémique, collectif, une honte que nous devons assumer ensemble.
Au quotidien, le pardon comme habitude à prendre au cœur de nos relations agit rapidement et empêche que les blessures s’encroûtent. Mais il y a parfois des blessures et des traumatismes qui affectent l’être même de la personne. Le pardon, alors, est parfois tout simplement impossible, il ne peut jamais être exigé. Il ne peut y avoir de pardon sans justice et vérité. Le pardon peut survenir comme une grâce au bout d’un long chemin. Il passe par la grâce de la croix du Christ. Nous le verrons mercredi.


Prière

Père de toute miséricorde, en toi, le don est sans mesure. Apprends-nous à te ressembler. Ouvre nos yeux sur la réalité de notre péché et sur la grâce du pardon à recevoir et à donner. Fais-nous entrer dans la dynamique de ta générosité, afin que la grâce touche les cœurs et se propage à tous les niveaux de nos relations.


Sœur Marie-Raphaël le 6 mars 23