Liturgie 15e vendredi TO-II Matthieu 12, 1-8 ; Isaïe 38, 1-8
Un don de Dieu pour la vie
Méditation
Quel visage de
Dieu, les lectures de ce jour nous invitent-elles à découvrir et à contempler ?
La première lecture
nous relate l’intervention de Dieu dans l’histoire d’un homme, Ezéchias, en
proie à la détresse devant la mort qui lui apparaît certaine et très proche.
Détresse qui pousse
Ezéchias à crier vers Dieu : « Souviens-toi de moi, souviens-toi de tout ce que
j’ai fait ». Et Dieu se laisse toucher par la prière...
La prière fait-elle
changer Dieu d’avis ? Pousse-t-elle Dieu à modifier le cours de l’histoire ?
Cette manière de voir ne nous met-elle pas à l’aise ? Tant de détresses dans
notre monde aujourd’hui, tant de morts prématurées... malgré tant de cris et de
prières...
En lisant le texte,
je constate que lorsqu’il s’agit de l’annonce de la mort, il est dit : « le
prophète Isaïe vint dire à Ezéchias : Ainsi parle le Seigneur, tu vas mourir…
». Mais un peu plus loin il est dit : « La Parole du Seigneur fut adressée à
Isaïe : Va dire à Ezéchias : ainsi parle le Seigneur, j’ai entendu… »
Certes Ezéchias est
atteint d’une maladie mortelle. Isaïe le met devant la réalité : tu vas mourir.
C’est la suite logique, c’est la loi de la nature. Ezéchias, se révolte devant
ce caractère inéluctable, il crie vers le Seigneur, comme l’ont fait tant de
psalmistes, et comme le font depuis des siècles, tant d’hommes et de femmes
dans leur aspiration à la vie et au bonheur.
Dieu change-t-il
d’avis ou vient-il mettre un bémol à l’affirmation peut-être trop hâtive
d’Isaïe ? « Mes pensées ne sont pas vos pensées » dira Isaïe (55,10-11) en
faisant parler Dieu.
Cette maladie
d’Ezéchias, ne serait-elle pas comme celle de Lazare, relatée dans l’Evangile
de Jean, une maladie qui ne conduit pas à la mort mais qui est pour la gloire
de Dieu ?
Toujours est-il que
comme Lazare, Ezéchias verra sa vie prolongée de quelques années, et que si
nous regardons le texte parallèle dans le livre des Rois, il est question pour
Ezéchias, comme pour Lazare d’un délai de trois jours... Pour nos oreilles chrétiennes,
même si Ezéchias comme Lazare connaîtront un jour la mort, ces « 3 jours » ne
peuvent manquer d’évoquer pour nous la mort-résurrection du Christ.
Cet épisode de
l’histoire d’Ezéchias nous révèle un Dieu pour la vie, un Dieu de Vie.
Dans cette
perspective, l’attitude des Pharisiens de l’Evangile nous fait un peu sourire.
Elle nous ramène au ras des pâquerettes.
Il s’agit du Sabbat
que les disciples sont accusés de violer parce qu’ils arrachent quelques épis
de blé pour assouvir leur faim. Pour autant qu’on n’utilise pas la faucille, la
loi permet en effet de prendre quelques épis dans le champ du voisin et de les
froisser pour les manger. Mais voilà les commentateurs de la loi ont établi une
liste de travaux interdits pendant le Sabbat et cueillir des épis en est un.
Que répond Jésus ?
Il se place à 2 niveaux.
Tout d’abord, au
niveau de la loi elle-même qui fait passer l’assouvissement de la faim avant le
respect du sacré.
Mais Jésus va plus
loin et sa place au niveau de la conscience qu’il a de sa mission. « Il y a ici
plus grand que le Temple ». Sa qualité d’envoyé de Dieu, de Fils de Dieu
autorise Jésus à remettre en question les institutions telles que le Sabbat ou
le Temple lorsqu’elles ne sont plus conformes à la Volonté de Dieu qui a donné
la Loi.
Le Dieu pour la
vie, le Dieu de Vie qui nous a été révélé dans la première lecture nous appelle
à la Vie et sa loi est une Loi de Vie. Les arrêtés d’exécution qui précisent
cette loi et se veulent un guide pratique pour la mettre en application, ne
sont que des préceptes humains. Et à ce titre, ils sont toujours à confronter
avec le dynamisme originel de la Loi.
Il me semble que ce
texte est plus interpelant qu’il n’y paraît à première vue car il met en
évidence une grave tentation, qui n’est autre que la tentation d’Adam et Eve :
faire son salut par soi-même. La créature s’empare de l’œuvre de Dieu, ici en
l’occurrence la loi, et la manipule. Lorsque l’être humain absolutise et
sacralise les moyens qu’il juge efficaces pour le salut, il en arrive à
craindre tout ce qui peut mettre en péril la sécurité qui lui vient des
observances. Il en vient à supprimer sa liberté et celle des autres au profit
d’une assurance qui cache mal sa précarité. Il en vient à vendre son droit
d’aînesse pour un plat de lentilles...
Jésus nous rend à
notre liberté première en nous invitant à faire du sabbat non pas une
observance qui nous garantit une justice aussi raide que morte, mais ce qu’il
est vraiment, un temps pour Dieu, un temps avec Dieu, un temps où l’être humain
libéré des astreintes du quotidien, s’avance librement à la rencontre du Dieu
source de vie, source de fécondité. Ce Dieu qui donne sens à notre labeur en en
faisant un chemin de vie.
Le Sabbat est un
don de Dieu pour la Vie.
Sr
Elisabeth écrit le 18 juillet 2014
