Liturgie 8e samedi TO-II Marc 11, 27-33
Commentaire
Une fois de plus, il est question de l’autorité de Jésus.
Est-ce une usurpation de pouvoir ? Par rapport à qui ?
Est-ce par rapport aux Scribes, aux Pharisiens et aux Anciens ?
Par rapport à Dieu pour qui les gens religieux font des sacrifices et des offrandes ?
« Par quelle autorité fais-tu cela ? » Le problème sous-jacent est le rapport entre Dieu et l’homme. L’incarnation pose problème.
L’incarnation, un mystère difficile à comprendre et à admettre tant il est question d’une image de Dieu toute différente de celle qui nous a été présentée. Un Dieu personnifié dans l’imaginaire collectif tellement différent du Dieu de Jésus-Christ. Or, « Qui me voit, voit le Père » est inaudible pour certains. Cette incarnation est pourtant au cœur de notre foi chrétienne.
La recherche de Dieu reste vaine si nous nous focalisons sur l’image d’un être suprême et tout-puissant situé je ne sais où au-dessus du monde ; considérant ce Dieu Créateur comme un gestionnaire du monde mais extérieur au monde.
La question des Scribes et des Anciens : « Par quelle autorité fais-tu cela ? » dit quelque chose de cette incompréhension ; quelque chose de Dieu pensé comme un super individu céleste qui entre en concurrence avec les autres réalités du monde.
Paul Tillich dit ceci : « Dieu ne peut pas être compris comme un étant parmi d’autres êtres ; Dieu est ce qui rend possible l’existence elle-même. Autrement dit, Dieu est la profondeur ultime de la réalité, Celui qui soutient toute existence. Et cette profondeur de l’être se manifeste dans l’existence humaine, dans l’incarnation ».
Louis Evely le disait autrement : « Dieu ne se prouve pas, il s’éprouve. Dieu ne se rencontre pas au coin d’une rue ou d’une chapelle, il se vit. Dieu n’est pas au-dessus de nous ou à côté de nous, il est dedans. Dieu n’est pas une idée dans notre tête, il est un état, un soulèvement, un appel, une poussée, un travail, une absence, une présence, un déchirement de nos cœurs ».
Dieu ne s’invente pas. Il se fait connaître par Jésus et aujourd’hui par l’Esprit de Pentecôte qui nous fait souvenir de tout ce qu’il a dit pour faire entendre sa voix par nos voix et voir son visage par nos visages, nos regards, nos sourires et nos larmes.
Nous expérimentons et touchons à cette présence de Dieu dans ce que nous vivons de fondamental :
- Le courage face à l’angoisse
- L’expérience d’être accepté et aimé malgré nos faiblesses, notre culpabilité
- Nous touchons cette présence dans l’amour gratuit
- La création artistique sous ses formes les plus diverses
- Dans le sentiment de ne pas être abandonné et d’être soutenu, accompagné même à travers nos doutes, Etc…
Nous avons la foi lorsque nous sommes intérieurement saisis par ce qui donne un sens ultime à notre existence : « Tu es là et je ne le savais pas !»
Jésus est celui en qui apparaît cette union entre l’humain et le fondement divin de l’être, il révèle ce qui peut être totalement transparent à la profondeur divine.
- « Mon Père et moi nous sommes uns »
- « Ne croyez vous pas que le Père est en moi et que je suis dans le Père ? »
- « Je fais exactement ce que me dit le Père, vous aussi faites de même ».
Il serait donc probable pour certains, inévitable pour d’autres, de rencontrer Dieu dans la profondeur ultime du réel et la puissance qui permet à l’être humain de dire « oui » à l’existence malgré toutes les contingences humaines comme nos faiblesses, l’échec, le vide, la souffrance et la mort. L’expérience d’une rencontre avec Dieu est celle d’être surpris par Dieu.
Pour en revenir au questionnement des Scribes sur la question de l’autorité de Jésus, question à laquelle Jésus ne répond pas, la réponse est cachée aux sages et aux savants et dévoilée aux cœurs capables de se laisser étonner, surprendre par l’incroyable liberté de Jésus dont les paroles et les actes ne renvoient jamais à lui mais à Dieu son Père. Si Jésus renvoie les autorités religieuses à Jean-Baptiste c’est que Jean-Baptiste annonce justement celui qui vient de Dieu.
Un cœur libre, humble et sincère peut comprendre qu’à travers cette proximité de Jésus, son souci des plus pauvres, des plus vulnérables, ses guérisons, ses remises en confiance, les pardons offerts, c’est l’œuvre de Dieu qui s’accomplit. Jésus n’a jamais peur de s’approcher du pire de l’homme. Là où est Jésus Dieu est présent. L’autorité de Jésus réside là, dans cette présence aimante, une autorité d’amour capable de confondre las sages et les puissants. « Je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela » mais il dit « Viens, suis-moi ».
Invitation au Notre Père
Nous avons cette intuition profonde qu’une seule chose est nécessaire, la meilleure par qui ne nous sera pas enlevée : écouter la Parole de Dieu et vivre avec Jésus dans l’élan des inspirations de l’Esprit puis, comme Jésus et à son invitation, de nous jeter en Dieu en osant crier « Abba ». Notre Père…
Raymond le 30 mai 26

