Liturgie de la Parole 5e dimanche TO année A Matthieu 5, 13-16 ; Isaïe 58, 7-10 ; 1 Corinthiens 2, 1-5
Vous êtes la lumière du monde
Homélie
Il nous est arrivé sans doute de dire de telle personne qu’elle est lumineuse, qu’elle est lumineuse dans nos vies. Elle a fait naître quelque chose en nous, elle nous a ouvert à une dimension jusque là ignorée, laissée en jachère. Elle nous a donné vie, ouvert à un autre regard sur nous-mêmes.
Il nous arrive aussi sans doute d’entendre ceci à notre égard. Et on en est à la fois heureux et gêné. Heureux d’être présent à la vie de quelqu’un, d’avoir éclairé ses choix, lui avoir donné le goût et l’audace d’être soi.
Mais à part les personnes qui sont habitées par une « trop bonne opinion de soi », nous sommes en même temps gênés de recevoir un tel compliment. Comment, ne connaissant que trop nos limites, nos imperfections, sommes-nous lumière pour autrui ? Comment avons-nous mérité cela ?
Mais le Christ va encore plus loin, lui qui nous dit : « Vous êtes la lumière du monde ».
Nous connaissons la pauvreté de notre prière, les limites de nos engagements, la lenteur de notre esprit fraternel, nos manques d’enthousiasmes et d’imagination dans notre vie pastorale… et nous préférons critiquer l’Eglise plutôt que la construire.
Alors vraiment, nous n’avons rien fait pour mériter d’être déclarés « la lumière du monde ». Mais justement, il n’est pas question de mériter, pas questions de bonnes œuvres, de récompense. C’est au sein même de nos pauvretés, de nos larmes, de nos petits combats désespérés pour la justice que le Seigneur vient nous aimer. Et cette pauvreté, nous sommes aimés.
Saint Paul fait cette même expérience : il ne peut se vanter du prestige du langage, il ne peut se vanter d’être un sage (on peut toutefois suspecter une pointe de fausse modestie), il se sent faible, craintif et tout tremblant… mais c’est ainsi que la puissance de Dieu peut apparaître en lui, lui qui annonce un messie crucifié.
Pareillement, ceux qui vivent l’esprit des béatitudes ne sont pas là pour leur propre gloire, pour révéler leurs qualités, leur excellence, ils sont là pour qu’on rendre gloire à Dieu, pour qu’on découvre sa présence au cœur du monde.
Les chantres des béatitudes ne sont pas à l’instar de Paul, lumière pour eux-mêmes. Il sont lumière pour le monde.
Aux antipodes de la société du paraître, de l’avoir, du pouvoir aussi, Jésus vient d’annoncer les béatitudes – c’était l’Evangile de dimanche passé. Il annonce un bonheur germé de sa présence, un bonheur semé au creux même de nos failles, voire de nos souffrances. Ce bonheur ce n’est pas nous, c’est lui en nous.
Les quelques mots de l’Evangile d’aujourd’hui nous disent que nous sommes responsables de ce bonheur. Responsables ! non pas en nous affairant, non pas en nous activant mais simplement en laissant rayonner la lumière qu’il a allumée en nos vies.
Lumière reçue pour éclairer.
Guy Balaes Hurtebise 8 février 26


