mercredi 22 avril 2026

Liturgie de la Parole 3e mercredi de Pâques Jean 6, 35-40

Voulez-vous encore du pain ?

Méditation

Depuis lundi, avec le chapitre 6 de saint Jean, nous sommes entrés dans le discours de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm. Il y est question de pain.

Au fil des jours,  nous passons doucement de la recherche du pain que l'on mange à la rencontre de Celui qui se donne comme pain. Mais peu à peu, le texte devient déroutant. Il nous « déplace ». Jusqu’à ces paroles radicales : « manger ma chair et boire mon sang » que nous entendrons demain (Jean 6, 51.53).

Je vais m’arrêter sur ces mots :

« Moi, je suis le pain de la vie.
Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ;
celui qui croit en moi n’aura jamais soif »

 « Je suis le pain de la vie »

Jésus ne dit pas qu’il est le pain qui nourrit. Il ne vient pas répondre à ce besoin.

Il se présente comme le pain de la vie - de la vie même de Dieu.  Il se place à l’endroit même de notre manque. Il touche à ce lieu en nous qui cherche à vivre pleinement, à ce désir profond que rien ne suffit à combler.


« Celui qui vient à moi n’aura jamais faim »

Venir, c’est se laisser attirer. C’est plus qu’un simple mouvement, c’est consentir à se laisser déplacer par Dieu.

Jésus dit « n’aura jamais faim » et pas « n’aura plus jamais faim ». Cela ne signifie pas que la faim disparaîtra : il la rend impossible à combler ailleurs.

« Celui qui croit en moi n’aura jamais soif »

Croire, ce n’est pas seulement comprendre ou adhérer, c’est consentir à ce qui nous échappe, consentir à habiter cette relation et y demeurer.

Le « manque » n’est plus alors un vide à remplir mais devient un passage où quelque chose peut advenir.

 « Telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés» (Jn 6, 39).

Rien n’est perdu parce que tout — même ce qui semble manqué, abîmé, éloigné — peut être repris, relevé et conduit à la vie dans cette relation

Et l’Eucharistie apparaît alors autrement. Elle nous expose à la fidélité de Dieu. Elle engage. Elle nous tient dans cette relation où plus on lâche prise, plus on y consent, plus elle devient vraie pour nous.

N’est-ce pas cela entrer dans la vie éternelle ?

Isabelle Halleux le 22 avril 26

mardi 21 avril 2026

Liturgie de la Parole 3e mardi de Pâques Jean 6, 30-35 ; Actes 7, 51-8,1 a

Introduction

Nous avons dans la première lecture le beau récit du martyr d’Étienne, le premier à verser son sang pour le Christ, et saint Luc met dans sa bouche les paroles même du Christ en Croix. Il meurt en ayant les yeux fixés sur le Seigneur. Qu'il soit un exemple pour nous aujourd'hui : quoique nous fassions, que nous gardions les yeux fixés sur le Seigneur.

 

Méditation

En entendant cet évangile, je me dis à chaque fois : ils exagèrent ces Juifs : Jésus vient de nourrir 5000 hommes... et ils demandent un signe pour le voir et croire, une œuvre ! J'ai toujours envie de dire : qu'est-ce qu'il vous faut alors !... Mais je suis souvent comme eux, je ne vois rien et ne comprends rien à l’œuvre du Seigneur qui est devant mes yeux.

Les Juifs parlent de la manne, don de Dieu, pain du ciel, mais ils en parlent au passé. Et Jésus répond : « C’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. »

Il vous le donne, à vous, maintenant ! À nous maintenant ! Est-ce du mauvais humour, alors que cela fait des semaines que nous n'avons pas vécu l'Eucharistie ?

Je ne crois pas. C'est vrai, nous sommes privés d'Eucharistie, comme tant de chrétiens en ce moment... comme tant de chrétiens de manière habituelle sans que nous n'y prenions garde ? Une des grâces de ce confinement est de nous en avoir fait prendre conscience.

Mais sommes-nous pour autant privés du Pain du ciel que nous donne le Père ?

 Jésus ne dit pas : ce Pain c'est moi, mais Je suis le Pain de Dieu. Nuance importante ! Il dit : « le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde... Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. ». Il est Pain de vie, il est vie donnée, dès le début de sa venue sur terre. Toute sa vie est Pain donné ; « la manifestation qu'il fait de lui-même par paroles et œuvres, par signes et miracles, et plus particulièrement par sa mort et sa résurrection glorieuse d'entre les morts, par l'envoi enfin de l'Esprit de vérité » (Dei Verbum : la révélation divine n° 4 de Vatican II)

Sa Présence nous nourrit, la foi en lui nous fait vivre. Le Père donne le Pain. Il est donné, mais pour en être rassasié il faut venir à lui. Comme la manne était donnée aux Hébreux, mais ils devaient sortir pour la recueillir. Et cela chaque jour. Mais cette manne, ce pain du ciel offert, qu'en dit l’Écriture ? « Le Seigneur t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. » (Deutéronome 8,3)

Oui depuis des semaines nous sommes abondamment nourris par le Pain de la Parole et de la communion fraternelle. Ils sont eux aussi sacrements de la Présence réelle du Christ comme l'a dit Vatican II dans la constitution sur la liturgie au n° 7. Oui l'Eucharistie est « source et sommet de la vie chrétienne » (Lumen Gentium 11), mais rien ne nous empêche d'entrer dans le mouvement auquel conduit l'Eucharistie : s'offrir nous-mêmes avec le Christ, faire de nos vies « une vivante offrande à la louange de la gloire du Père » (Prière eucharistique n° 4).

Rien ne nous empêche de nous nourrir du Christ.

Chaque petite action de ma vie, essayer de la transformer, en offrande, en don de moi-même au Christ, au Père et à ceux et celles que je côtoie. Cela nourrit ! C'est du pain complet. Cela construit la vie personnelle, communautaire et familiale, enrichit toutes les relations. Cela donne la vie au monde par la contagion dont aime à parler le Pape François. Que les chrétiens aient une vie et une joie contagieuses. C'est peut-être ainsi que le dernier verset de notre pain d'évangile de ce jour sera vrai pour nous : la présence du Seigneur comble notre faim et notre soif de vie… et peu à peu nous donne de moins en moins faim et soif des erzast de pain et d'eau de vie qui se présentent à nous et nous tentent.

 

Oraison de conclusion

 Béni sois-tu Seigneur pour le Pain de ta Présence que tu nous offres sans te lasser. Donne-nous de nous nourrir de ce pain avec persévérance et de garder les yeux fixés sur toi au long de os journées. Toi notre Pain de vie qui te donne à nous pour nous transformer et nous conduire à la vie avec toi, avec le Père et l'Esprit Saint pour toujours.

Sr Marie Christine le 28 avril 2020

lundi 20 avril 2026

Liturgie de la Parole 3e lundi de Pâques Jean 6, 22-29

 « Discours sur le pain de vie »

Méditation 

Nous sommes en plein jeu de piste me semble-t-il !

Des gens cloués sur place regardent, avec envie, l’autre rive, Capharnaüm. Mais il n’y a plus d’embarcation. La seule barque disponible a été prise par les apôtres.

A vive allure, d’autres barques arrivent de Capharnaüm, pour rejoindre le lieu du pique-nique d’hier, un pique-nique géant, .… convivial …. et …. économique !

Mais Jésus n’est plus là, … alors on réembarque et …. hop ! demi-tour vers Capharnaüm !

Des interrogations fusent de toutes parts : « Où est-il donc cet homme qui procure du pain à sassiété sans rien demander, sans rien payer, sans devoir travailler ?

C’est agréable financièrement… vous ne trouvez pas !

 Jésus s’est dérobé !

Si nous montions dans l’une de ces barques, pour aller à sa recherche, nous aussi !

Mais quel Jésus cherchons-nous, au fait ? Et les foules que cherchent-elles en vérité ?

 

Jésus n’est pas dupe !

 

A leur question et à la nôtre, il oppose une autre question plus fondamentale

et même, …. il y répond lui-même :  

« Pourquoi me cherchez-vous ? Vous me cherchez, NON parce que vous avez vu des SIGNES, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés ! »

Travaillez, NON pour la nourriture périssable, mais pour la nourriture qui demeure

en vie éternelle ! »

 

De temps en temps, écoutons Jésus, nous poser la même question :

« Et toi, pour quoi me cherches-tu ? »

 

II nous laisse entendre, dans ces paroles, qu’il a le secret d’un pain plus nourrissant, plus désirable que ce pain matériel : une nourriture qui demeure dans l’éternité !

Lorsqu’il s’était entretenu avec la Samaritaine, ne lui avait-t-il pas laisser sous-entendre qu’il avait le secret d’une eau plus vive que l’eau qu’elle venait puiser au puits: une source jaillissant en vie éternelle !

Il allait au-devant du désir de cette femme et le faisait grandir en elle.

 

Jésus agit de la même façon avec la foule et avec nous, aujourd’hui : Il nous envoie des signes mais … savons-nous les dépasser, savons-nous aller au-delà de leur matérialité éphémère pour décrypter le message d’amour qu’ils sous-entendent ?  

Jésus veut creuser en nous la vraie faim et dilater notre désir ! .... le faire grandir afin que nous participions, à une communion intime avec la vie ardente de Dieu.

 

Mais que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ?      

Pour les Juifs, les œuvres de Dieu étaient avant tout, les œuvres de la loi, souvent comprises d’une manière légaliste.

Jésus, alors, répond à leur question d’une façon inattendue : « L’œuvre de Dieuc’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. » 

Hmm … Humm… !

 

L’œuvre de Dieu, c’est tout autre chose que les œuvres de la loi !

L’œuvre de Dieu, c’est son grand dessein sur le monde, sur sa création.

Et ce dessein est vie et communication de vie.

 

Mais l’homme pécheur que nous sommes, ne pouvait entrer en communication avec Dieu sans avoir un relais. Dieu envoie donc, à notre secours, son propre Fils Bien-Aimé.

 

La plus belle œuvre de Dieu c’est donc que nous accueillions Jésus, son Fils Bien-Aimé,

que nous croyions en lui, pour ainsi, coopérer à l’œuvre de Dieu et naître à sa vie divine.

 

Notre Père

 

Moi, personnellement, dans l’état de vie où je suis,

                                          dans l’état de santé dans lequel je me trouve,

                                          au point où j’en suis dans ma vie spirituelle,

                  comment vais-je coopérer à l’œuvre de Dieu ?

                  Demandons-le à Notre Père.

 sr Anne-Françoise le 20 avril 26

dimanche 19 avril 2026

Liturgie de la Parole 3e dimanche de Pâques A Luc 24, 13-35

Homélie

La dernière fois que j’ai eu l’occasion de célébrer l’eucharistie et de prêcher ici, l’évangile nous présentait Jésus au début de son ministère public. Le prophète Isaïe proclamait sa venue comme une grande lumière qui venait éclairer le peuple qui marchait dans les ténèbres. Et la manière dont Jésus allait mettre cette annonce en pratique était toute simple et humaine : en marchant, en parcourant les villes et villages de la Palestine pour y appeler à la conversion et à l’accueil de la Bonne Nouvelle.

L’évangile d’aujourd’hui nous met face à deux disciples en marche, eux aussi, et en marche dans les ténèbres, car ils sont dépités, déçus, désorientés même. Les espérances qu’ils avaient mises en Jésus, apprendrons-nous dans la suite du récit, ont été gravement trompées, car le chemin de Jésus ne s’est pas terminé par une apothéose, comme ils l’avaient imaginé, mais par la mort ignominieuse sur la croix. Celui qui avait éveillé les plus grands espoirs en eux a été exécuté comme le pire des bandits, par le châtiment le plus cruel connu à l’époque, rejeté par son propre peuple et ses dirigeants. Il y a de quoi perdre la tête !

 

Cette marche des deux disciples : Cléophas et son compagnon – ou sa compagne, puisqu’on parle d’une Marie, femme de Cléophas en Matthieu 19,25 – qui tournent le dos à Jérusalem et à tout ce qui a fait leur joie dans les semaines ou les mois précédents, me fait penser au chemin qu’ont choisi beaucoup de nos contemporains. Combien n’ont pas tourné le dos à l’Église et à toute pratique religieuse ? Combien ne sont pas partis déçus par le développement de l’Église depuis Vatican II ou désorientés par l’évolution si rapide de nos sociétés, qui ont mis l’Église en porte-à-faux ? Et il y a de quoi perdre la tête, quand nous voyons les presbytères, les monastères et les communautés religieuses se vider, quand nous apprenons les abus de toute sorte dont se sont rendus coupables des serviteurs de Dieu, y compris dans les nouvelles communautés qui avaient rallumé la flamme de l’espoir il y a peu ! Il y a de quoi se poser des questions aussi face à tant de réactions de la hiérarchie qui semble sourde aux attentes de sa base et se ferme à toute velléité de réforme et de modernisation des pratiques…

 

Si Emmaüs avait lieu aujourd’hui, il y aurait sans doute non pas deux disciples, mais des milliers et des centaines de milliers, hommes et femmes croyants qui retourneraient chez eux profondément déçus ! Il me plaît alors d’imaginer Jésus marchant à leurs côtés de manière anonyme tout à coup et leur demandant ce qu’il y a de si grave, à voir leurs mines dépitées. Ils auraient sans doute pour lui un de ces regards apitoyés : « D’où tu viens, toi, pour ignorer tout ce que les médias nous serinent à longueur de journée ? » - « Mais quoi donc ? » demanderait le Christ, faussement naïf. Et nos contemporains de lui confier tout ce qu’ils ont sur le cœur, tous leurs espoirs déçus, leurs générosités trompées, leurs prévisions qui se sont avérées fausses… Comment résonnerait dans cette litanie plaintive l’interpellation de Jésus : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire… ». Et si nous sommes honnêtes, ne faudrait-il pas répondre : « Oui, Seigneur, il est tellement dur de croire encore aujourd’hui et de ne pas perdre l’espoir ! »

 

Et Jésus de reprendre symboliquement son bâton de pèlerin pour nous expliquer patiemment la pédagogie de Dieu, telle qu’elle a été déployée dans tout l’Ancien Testament. Dieu non pas victorieux et écrasant les adversaires, comme l’ancien Israël l’a cru un temps, ni triomphant et majestueux, comme David et Salomon l’ont réalisé pour un court moment dans l’histoire, mais un Dieu caché, humble, patient qui prend la figure du Serviteur Souffrant pour se charger des péchés de la multitude et la ramener vers le Dieu de miséricorde. A entendre cette voix et sa force de conviction inimitable, je ne peux pas imaginer autre chose que de voir le feu intérieur se rallumer à nouveau et même devenir flammes étincelantes, quand le geste liturgique de la fraction du pain vient confirmer à nos yeux ce que nos oreilles ont entendu : il est vraiment le pain livré en vue d’un monde nouveau !

 

Et nous voici de retour sur la route à notre tour, à marcher à nouveau ou à courir pour porter à nos frères et sœurs l’excellente nouvelle, la meilleure de toutes que le Christ est ressuscité, que son amour a vaincu le cercle vicieux de la haine et de la violence pour fonder une nouvelle ère. Nous ne serons sans doute pas crus par tous nos contemporains, loin de là ! Et il faudra déployer des efforts, une stratégie et une pédagogie patientes et de longue haleine pour sortir le monde matérialiste et consumériste de sa torpeur et l’amener à croire l’incroyable : que la vie et l’aisance matérielle ne sont pas le dernier cri, et que la mort physique n’a pas le dernier mot, malgré les apparences, mais qu’un projet d’amour et d’éternité peut se réaliser à travers tous les échecs apparents de la vie.

Tenons donc fermes nos bâtons de pèlerin et avançons de manière décidée aux côtés de nos contemporains, en compagnons et compagnes du Christ ressuscité ! Et prions pour que de nombreux pèlerins déçus fassent cette rencontre du Ressuscité anonyme qui les envoie célébrer le geste du partage eucharistique au milieu de leurs frères et sœurs.

Père Josy Birsens, jésuite, le 19 avril 2026

samedi 18 avril 2026

Liturgie de la Parole 2e samedi de Pâques Jean 6, 16-21 ; Actes 6, 1-7

Résonances.

Durant ce temps pascal, nous lisons de manière suivie deux livres du NT : les Actes et l’évangile de Jean. Deux fils parallèles, qui parfois s’éclairent l’un l’autre.

On dit « les actes des Apôtres », mais qui sont les apôtres ? Dans le texte de ce jour, on a aussi le mot « disciples », et puis « les Douze ». Les cercles vont s’élargissant. En fait, il s’agit de l’histoire des premiers pas de l’église et le récit nous montre qu’au début, les choses ont été très vite. Tout part du cénacle et du petit groupe de la première Pentecôte. L’action principale des apôtres, c’est de proclamer la Bonne Nouvelle (= évangéliser) et d’enseigner (= expliquer, éclairer cette première annonce de l’évangile). On l’a vu précédemment : rien ne peut les en empêcher, même pas la prison, la menace, la torture… (dans l’épisode précédent, on leur avait enjoint le silence…) On a parfois l’impression que la « Parole » les dépasse… Cette « Parole » est, en elle-même, un autre personnage des Actes des Apôtres : on dirait qu’elle mène sa propre vie. Mais elle a tout de même besoin de nous pour se dire. Notre texte se termine par l’expression : « la Parole de Dieu était féconde… et le nombre de disciples se multipliait ». Plus loin dans les Actes, on aura le raccourci : « la Parole de Dieu était féconde… et se multipliait » (Actes 7,17), ce qui rappelle la Parole de la première bénédiction du Créateur, qui dit aux poissons, aux oiseaux, et aux hommes : « soyez féconds et multipliez-vous ». On est dans cette dynamique de création, d’élargissement.

Mais ce processus de croissance ne se passe pas toujours sans heurts. L’épisode d’aujourd’hui en témoigne : il y a un petit conflit, ou du moins une légère tension entre les disciples de langue grecque et ceux de langue hébraïque… Cela nous rassure : l’église ne s’est pas faite sans soubresauts… il y a eu des moments de crises, et les crises sont toujours l’occasion d’une croissance. Ici, on se rend compte que les cadres viennent à manquer, parce que le groupe grandit. Alors, on désigne de nouveaux responsables, on essaie de s’organiser mieux. Ce qui se cache derrière ce résumé n’est pas totalement clair, mais ce qui est intéressant c’est que c’est l’occasion de mettre en évidence une fonction très belle qui revient aux Apôtres : « la prière et le service de la Parole », littéralement « la diaconie de la Parole ».

Dans l’évangile de ce jour, on assiste aussi à un moment de crise, un moment « critique » pour les apôtres. Jésus vient de réaliser ce qu’on appelle « la multiplication des pains » : cela nous semble formidable, mais en fait, pour les disciples, cet épisode est vécu comme une épreuve, une mise à l’épreuve de leur foi, et c’est ce que montre l’épisode de la barque sur la mer agitée. C’est un moment difficile à passer. Jésus n’est pas avec eux, et ils peinent à avancer… Ils sont confrontés à un mystère, quelque chose qui les dépasse. Le texte dit clairement : « c’est les ténèbres ». Ils pensent qu’ils sont seuls. Et c’est là, au cœur de l’épreuve, au cœur des ténèbres, que Jésus s’approche d’eux. Ils le voient comme s’il marchait sur les eaux : c’est impossible ! Ils pensent que c’est un fantôme, ils ont peur. Dans ce moment de crise extrême, la parole que Jésus leur adresse est toute simple : « c’est moi » ! Autrement dit : « c’est moi, pas un fantôme ». Mais aussi : « Je suis ». Sous-entendu : « je suis là, je suis avec vous », mais aussi : « Je suis » au sens fort, la parole de Dieu à Moïse au buisson ardent…

Les actes des Apôtres, les évangiles, c’est un peu notre histoire. À chaque génération, ça recommence : l’acte de foi est personnel pour chacun de nous, personne ne peut le faire à notre place. Les épreuves, les moments de crise sont inévitables, et il y a des moments où notre foi chavire complètement. Bizarrement, le fait que Jésus fasse des miracles n’aide pas… La foi ne s’appuie pas sur les miracles, mais sur la présence de Celui qui nous dit : « n’ayez pas peur, c’est moi, je suis là… »

Vivons à notre tour les textes que nous venons de lire !

Sœur Marie-Raphaël le 18 avril 2026