mardi 18 août 2026

Liturgie de la Parole 20e mardi TO-II Matthieu 19,23-30 ; Ezéchiel 28,1-10

Introduction

Bonjour à tous : nous voici assemblés au nom du Seigneur pour nous nourrir de sa parole et le prier.

Dans le livre d’Ézéchiel le prophète dénonce celui qui se croit un dieu et qui habite au cœur des mers, lieu des forces mauvaises pour la Bible. Son cœur s’est exalté par la conscience de sa sagesse et de son intelligence. Tentation toujours actuelle ! Le prophète avertit au nom du Seigneur : cette attitude conduit à la mort, et à la mort violente. Comme dit un psaume « qui ouvre une fosse et la creuse tombera dans le trou qu’il a fait » (Psaume 7,16). Qui se croit fort, risque de plonger dans l’abîme !

Dans l’évangile les disciples posent la question des questions : « qui donc peut être sauvé ? » et Jésus donne une réponse surprenante : « pour les hommes c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible ». Surprenante, mais encourageante.

Prions le Maître de l’impossible et portons dans notre prière le cri de toute l’humanité.

 

Méditation

(traduction du Père Radermarkers « au fil de l’évangile selon saint Matthieu » Institut d’Études Théologiques 1974)

Cet évangile est la suite immédiate de celui d’hier. J’aime beaucoup la traduction du Père Radermakers qui dans ces deux évangiles ne traduit pas « entrer dans la vie ou le Royaume », mais entrer vers la vie ou le Royaume ! Il ne s’agit pas de franchir un seuil, et hop, on est dans la vie ou le Royaume ! Il est question d’être en chemin ; nous ne sommes jamais arrivés…sauf à la dernière minute, et encore, car là, c’est Lui, le Christ, qui nous prendra par la main pour nous conduire vers le Père.

Tout de suite après le passage entendu hier Jésus dit à ses disciples : « Un riche entrera malaisément vers le Royaume des cieux ». « Malaisément » je vois la personne essayant de prendre le chemin vers ce Royaume, mais elle est encombrée, chargée comme un chameau, quoiqu’elle fasse, elle ne peut franchir le passage étroit qui conduit vers le chemin de la Vie. Il faut lâcher du lest, devenir léger et souple sous l’action de l’Esprit Saint, accepter que le Christ me prenne dans ses bras pour franchir la passe difficile. Bref avoir le cœur pauvre dont parle la première béatitude qui, justement, ouvre au Royaume des cieux. (Matthieu 5,3). Quel programme !

Mais n’oublie pas, dit Jésus, je ne te demande pas d’entrer dans le Royaume des cieux, mais d’aller vers lui, vers la vie, d’en prendre le chemin.

Tu ne t’en sens pas capable ? « Qui peut être sauvé ? » demandes-tu avec les disciples.

Comme d’habitude Jésus ne répond pas à la question QUI peut être sauvé, mais COMMENT, c’est bien plus précieux pour nous.

C’est vraiment impossible à l’homme ! Heureusement Jésus n’a pas dit que ‘c’est possible mais très difficile’, car nous nous serions découragés ou nous aurions essayé d’y arriver à la force du poignet ! Si c’est impossible, tant mieux, car ce n’est pas nous qui le ferons ! Jésus en effet ne s’arrête pas là.

« Fixant son regard sur eux, Jésus leur dit :’ Chez les hommes, ceci est impossible, or chez Dieu, tout est possible’. » CHEZ, et non POUR ! Drôle de formulation littérale. Il me semble qu’elle nous invite moins à faire qu’à demeurer. Et c’est si important que Jésus fixe son regard sur eux pour les faire entrer encore plus dans cette relation vivante avec lui. Chez qui demeures-tu, chez qui habites-tu ? Où es ton cœur, ton regard, ton pôle d’attraction ? Essaie de rester orienté vers moi, qui étais riche et me suis fait pauvre pour que vous deveniez riches par ma pauvreté (cf. 2 Corinthiens 8, 9 verset de l’alléluia).

Si tu tombes, reviens à moi, n’aie pas peur. Un pauvre sait qu’il est pauvre et qu’il ne peut s’en sortir sans Celui qui le tient par la main. En saint Jean Jésus nous le dit aussi : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15,5).

Ton salut, n’est pas ton œuvre, mais la mienne en toi. Tu dois seulement y consentir et y collaborer. Essaye d’entrer encore et toujours dans cette relation d’alliance que je t’offre gratuitement ; laisse-toi regarder et transfigurer à mon image. Petit à petit la ressemblance va grandir sans que tu t’en rendes compte.

Oui c’est impossible chez vous d’être sauvé mais chez moi, tout est possible. Rappelle-toi Jérémie le disait déjà : (Jérémie 32,17-18. 26-27) « J’adressai au Seigneur cette prière : 17 « Ah ! Seigneur mon Dieu, c’est toi qui as fait le ciel et la terre par ta grande force et ton bras étendu, et rien n’est impossible pour toi. 18 Tu montres ta fidélité à des milliers…26 La parole du Seigneur fut adressée à Jérémie : 27 « Moi, je suis le Seigneur, le Dieu de tout être de chair. Y a-t-il quelque chose qui me soit impossible ? »

C’est aussi la dernière parole de l’ange à Marie lors de l’Annonciation : « car rien n’est impossible à Dieu. » (Luc 1,37) écho de la Genèse au moment de l’annonce la naissance d’Isaac : « Y a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ? »(Genèse 18,13)

 

Prenons un temps de silence pour nous laisser regarder par Jésus qui réalise en nous l’impossible, pour accueillir la part qu’il nous offre, le centuple, la vie éternelle, la vie avec lui dès maintenant et pour toujours.

 

Introduction au Notre Père

Tournons vers le Maître de l’impossible qui nous aime comme un Père tendre et miséricordieux, et chantons-lui la prière que Jésus nous a apprise.

 

Oraison de conclusion

Seigneur notre Dieu, tu es notre salut, notre espérance, notre vie. Donne-nous et donne à tous les hommes et femmes d’accepter nos impossibilités sans nous décourager. Que nous accueillions ton regard d’amour posé sur nous et te laissions ressusciter et grandir en nous.

Toi chez qui tout est possible et qui veux conduire toutes les personnes vers le Royaume et la vie avec toi dans le Christ et l’Esprit Saint, dès maintenant et pour toujours.

Sr Marie-Christine le 18 août 2020

lundi 17 août 2026

Liturgie de la Parole 20e lundi TO-II Matthieu 19, 16-22 ; Ezéchiel 24, 15-24

Introduction

Pouvons-nous vivre sans assurance ? assurance fondée sur nos biens comme dans l’évangile, sur nos temples et nos rites comme chez Ezéchiel… pouvons-nous vivre simplement dans la foi, la confiance en Celui dont l’amour en nous s’accomplit, en chemin ? Demandons à Dieu la grâce de vivre en sa présence, libérés de nos attaches, quelles qu’elles soient, et situés dans notre être profond, là où nous sommes enfants de Dieu.

 

Après l’Evangile

je vous livre simplement quelques points, pour méditer ces textes que nous venons de recevoir… attardez vous là où aujourd’hui, le Seigneur vous appelle !

-        - Il avait de grands biens, des possessions nombreuses : c’était quelqu’un de bien cet homme, il pensait avoir bien gardé tous les commandements de Dieu. Il était jeune. Car oui, sans doute faut-il l’insolence de la jeunesse, pour oser penser que l’on a bien tout gardé des commandements de Dieu. Et avec l’âge on se rend compte combien il y a des lacunes dans le tissu de notre vie, dans la trame de nos vertus… Souvenez-vous dans le récit de la femme adultère, lorsque Jésus a renvoyé chacun à sa conscience… ce sont d’abord les aînés qui se sont retirés ! ils savaient ce qu’il en était de leur réalité… de leur vertu… Qui peut dire qu’il a observé entièrement totalement la loi d’amour ?

-        - Que faire pour avoir la vie ? que me manque-t-il ? Ayons le courage d’affronter nos manques. Que nous disent-ils ? le jeune homme se voyait en dehors de la vie éternelle, il ne savait plus qu’ajouter à sa vertu, pour avoir cette vie éternelle… avoir !!! Et Jésus l’invite à entrer dans un autre registre : si tu veux entrer dans la vie ! accompagne-moi… la vie est un chemin, en compagnie de Jésus. Sommes-nous prêt.e.s à tout lâcher de nos assurances, de nos certitudes, pour risquer nos pas avec Jésus, pour oser un chemin nouveau avec lui. Notre Eglise aujourd’hui a besoin de témoins, de semeurs d’évangile ! en serons-nous ?

-        - Si tu veux être accompli (différent de parfait), si tu veux te réaliser pleinement pourrions-nous dire, en cette époque marquée par un désir d’épanouissement personnel… si tu veux te réaliser pleinement, commence par faire le vide… commence par cesser de te situer dans l’avoir… découvre ce que c’est qu’être, vivre… en chrétien, vivre avec Dieu, en Dieu, en fraternité humaine.

-        - Va, vends, donne, viens, accompagne-moi… arrêtons nous maintenant dans le silence du cœur, là où le Seigneur nous invite aujourd’hui. Et demandons la grâce de l’obéissance à la voix de Jésus.

Invitation à la prière du Notre Père

Jésus, pour rejoindre ta prière, nous voici les mains vides, dispose nos cœurs, que nous sachions dire en tout amour la prière que tu nous as enseignée :

 

Prière de conclusion

Père, en Jésus, tu nous invites à vivre sur la route, détachés des biens, détachés du faire et de l’avoir. Seigneur, Jésus, apprends-nous à être avec toi, à accompagner ta route, ta lente montée vers Jérusalem. Que ton heure devienne nôtre. Esprit Saint, viens souffler en notre souffle, viens inspirer nos gestes, nos paroles, nos actes. Elance-nous en Jésus. Oui, Dieu Trinité, nous te le demandons de tout notre cœur, toi qui règnes maintenant et pour les siècles des siècles.

Sr Myrèse le 17 août 2020

vendredi 14 août 2026

Liturgie de la Parole 19e vendredi TO-II Matthieu 19, 3-12 ; Ezéchiel 16, 1...63

Mémoire de St Maximilien Kolbe
Introduction

Nous voici rassemblés en communauté, en Eglise.

« Je veux que tu vives ! »

Telle est la parole que Dieu adresse à son peuple dans la liturgie de ce jour.

Une parole qui peut paraître paradoxale tandis que nous célébrons, en ce 14 août, la mémoire d’un martyr…

Mais pas aussi paradoxale qu’il n’y paraît… Nous y reviendrons.

Un confesseur et un martyr qui m’est cher : Saint Maximilien Kolbe.

Je voudrais retracer les grandes lignes de sa vie, afin que nous percevions davantage le sens de son geste ultime.

Le Père Maximilien fut franciscain conventuel et prêtre.

Il est né en 1894 en Pologne.

Très épris de la Vierge Marie, il a fondé la « Mission de l’Immaculée » et a beaucoup œuvré pour la diffusion de la vénération de Marie par les médias.

Entré dans la résistance, il est arrêté par la gestapo le 17 février 1941 et transféré au camp d’Auschwitz.

En juillet 1941, un prisonnier du bloc 14 où se trouve le Père Kolbe, parvient à s’échapper.

En guise de représailles, dix des 599 prisonniers du bloc sont condamnés à mourir de faim et de soif.

Dix hommes, dont un père de famille, sont sélectionnés.

C’est alors que Maximilien Kolbe entend un autre Polonais, Franciszek Gajowniczek, s’écrier : « Ma pauvre femme ! Mes pauvres enfants ! Que vont-ils devenir ? ».

Le religieux propose alors de mourir à sa place.

Les dix prisonniers sont enfermés dans un bunker souterrain du camp à peine éclairé par des ouvertures étroites : le « bunker de la faim ».

Le gardien du bunker témoignera qu’en très peu de temps, le prêtre Maximilien réussit à faire régner le calme et la piété parmi les compagnons de cette tragédie, par le chant de prières et d’oraisons : hymnes et psaumes.

Après trois semaines sans nourriture et sans eau, le Père Kolbe demeure en vie, après avoir vu mourir tous ses compagnons. La place venant à manquer, il est exécuté le 14 août 1941, par un kapo, criminel récidiviste chargé de l’exécution, qui fut incapable de fixer le regard du saint.

Son corps est brûlé le lendemain, le 15 août, jour de l’Assomption.

Comme le fit le Père Maximilien Kolbe, tissons la communion avec les hommes et femmes de notre temps par le chant des psaumes…

 

Méditation

« Je veux que tu vives ! »

Ce n’est pas une invitation si paradoxale en ce jour où nous célébrons la mémoire du Père Maximilien Kolbe.

Pour le percevoir, je me réfère à un auteur que j’aime beaucoup, Maurice Zundel, grand spirituel du siècle dernier.

Zundel a découvert dans le Père Kolbe « un homme libre, qui ne subit ni la vie ni la mort et qui peut faire de l’une et de l’autre un don… »[1].

En effet, le martyre, écrit Zundel, « n’est pas refus et condamnation de l’existence. Il atteste, au contraire, un bien qui la valorise et l’éternise, au point que la mort, loin d’y mettre fin, la confirme et l’accroît »[2].

Ce geste du Père Maximilien, c’est « la naissance de l’Homme véritable ».

Je vous cite encore Maurice Zundel :

« Dans tout le camp, il y eut une respiration vraiment humaine. Enfin, on voyait un Homme, un homme qui était plus grand que la mort, et qui attachait à la vie un prix infini, puisqu’il donnait sa vie pour garder la vie à un de ses frères !

Et on sentait qu’il allait entrer dans la mort comme un grand vivant, parce que, dans la mort, il allait réaliser cette plénitude du bien, de la grandeur et de la liberté, à quoi tous les hommes se reconnaissent eux-mêmes dans leur vocation essentielle.

Et, après l’immense terreur, il y eut dans le camp cette espèce de joie pascale, cette large respiration humaine, ce sentiment d’une rencontre avec la Présence unique, en dehors de laquelle aucune présence ne peut se réaliser. Et, pour achever ce chef-d’œuvre, le Père Kolbe, entré dans le bunker de la faim avec ses compagnons, les fit chanter, comme si la vie triomphait, parce qu’elle triomphait, en effet, dans cet Homme unique.

Il avait suffi de cet Homme unique, pour que toute cette humanité, un instant, fût transfigurée, et qu’elle reconnût à quoi elle était appelée. Dieu, justement ici, transparaît en l’homme, comme l’homme transparaît en Dieu. C’est aussi la seule rencontre authentique avec l’Homme : cette transparence de l’homme à Dieu, et ce transparaître de Dieu à travers l’homme »[3].

 

Temps de silence

Notre Père

Oraison

En ce jour, Seigneur, tu redis, à chacun de nous ton désir de Vie et de bonheur.

« Vivre », c’est apprendre le don de nous-mêmes, jour après jour, comme ton Fils l’a vécu et comme le Père Maximilien Kolbe en a témoigné par son geste de totale désappropriation et d’entière liberté.

Accorde-nous de découvrir, selon les mots de Maurice Zundel, combien « l’homme n’est vraiment lui-même que dans le dialogue silencieux avec ce Plus-que-lui-même dont la rencontre suscite l’espace où la liberté respire »[4].

Nous te le demandons, par Jésus-Christ, ton Fils ressuscité, qui règnes avec Toi et le Saint-Esprit, un seul Dieu pour les siècles des siècles.

Sr Marie-Jean le 14 août 2020



[1] Maurice Zundel, La pierre vivante, p. 18.

[4] Maurice Zundel, Un autre regard sur l’homme, p. 174.

jeudi 13 août 2026

Liturgie de la Parole 19e jeudi TO-II Matthieu 18, 21-19, 1, Ezéchiel 12, 1-12

 Introduction

Dans la première Lecture, Dieu demande à Ezekiel de quitter sa maison occupée par des gens qui ne voient pas, qui n'entendent pas, « une engeance de rebelles », dit-il. Ezekiel doit quitter cet endroit, comme un exilé et les yeux bandés, vers un autre lieu.  C'est un signe pour la maison d'Israël qui partira en exil. Le prince se bandera les yeux pour ne plus voir son pays.

En saint Mathieu, Pierre demande à Jésus combien de fois il faut pardonner à son frère, alors Jésus raconte la parabole du roi qui règle ses comptes avec ses serviteurs.

Pour entrer dans cette célébration, chantons les psaumes en rendant gloire à Dieu qui nous pardonne.

 

Commentaire

Combien de fois n'entendons-nous pas cette phrase « je ne lui pardonnerai jamais » ?

Les pharisiens disaient qu'il fallait pardonner trois fois. Pierre pense rejoindre la pensée de Jésus en pardonnant sept fois, mais Jésus l'invite à pardonner sans limite.

 

« Nous qui entendons aujourd'hui cette invitation, ne risquons-nous pas d'en rester aux belles théories sans réel impact sur la réalité ? Il nous est déjà bien difficile de pardonner à ceux qui nous ont blessés par une parole désobligeante... ou une indifférence méprisante ou à ceux qui nous ont trompés. Alors, comment parler de pardon pour un assassin, un violeur, un dictateur qui écrase son peuple, un grand propriétaire qui exploite les petits paysans, un trafiquant de drogue qui détruit toute une jeunesse ?

Et Dieu répond : « je sais que le pardon n'est pas à votre portée. La pardon, c'est moi qui l'ai inventé et mon Fils sur la croix m'a supplié de pardonner aux hommes.

Le pardon, c'est un don que j'accorde à ceux qui me le demandent ; c'est la plus belle manifestation de mon Esprit au cœur de l'homme. Pardonner, c'est avoir part au don de ma propre vie, c'est accueillir une part-donnée de mon amour. »

C'est vrai que le pardon défie toute logique humaine, mais il est la seule force capable d'enrayer la spirale de la violence. Il est la seule brèche possible dans le mur de béton armé de la rancune. Réfléchissons, celui qui ne pardonne pas rend captive la miséricorde de Dieu. En refusant de la communiquer aux autres, il l'empêche de prendre corps en lui. On ne reçoit la liberté de Dieu, qu'en devenant soi-même libérateur.
La parabole est celle de notre vie quotidienne : celui qui a été gracié ne fait pas de grâce alors que le don de Dieu est fait pour être partagé, le pardon pour être imité. La grâce est bloquée par celui qui garde ce qu'il a reçu. Le pardon de Dieu précède notre pardon pour le rendre possible mais celui qui ne pardonne pas ne peut être pardonné. Si nous faisons obstacle au pardon divin en ne le partageant pas, nous nous en excluons nous-mêmes. Le pardon de Dieu s'accomplit dans la communauté dans la mesure où il circule entre les frères et sœurs.

Finalement, seule la contemplation amoureuse de Dieu nous fera entrer dans le mystère du pardon évangélique qui est une nouvelle naissance pour le pardonné et pour le pardonnant. Si Jésus nous demande l'impossible, c'est justement pour le rendre possible ». (*)

Danièle le 13 août 26

(*) Extrait du livre « Paroles pour la route » (quelques homélies de l'Abbé Roger Gillet) 


mercredi 12 août 2026

Liturgie de la Parole 19e mercredi TO-II Matthieu 18, 15-20 ; Ezéchiel 9, 1-7 ; 10, 18-22

Résonances

Ah les visions fantastiques du prophète Ezéchiel ! Dans ce long livre prophétique, il y a toutes sortes de visions, plus fantastiques ou effrayantes les unes que les autres. Il y a pourtant une cohérence, un fil rouge, que l’on pourrait résumer par les derniers mots du livre : « le Seigneur est là » (adonai shamma).

Le passage de ce jour est morcelé. Deux parties : la première raconte les châtiments qui s’abattent sur les habitants de Jérusalem qui se sont détournés de Dieu. Seul un petit nombre est sauvé : ceux qui sont marqués au front d’un signe qui les distingue. C’est d’ailleurs un thème récurrent chez Ézéchiel, cette question du petit nombre de rescapés. La deuxième partie raconte comment la gloire de Dieu quitte le temple de Jérusalem, en chevauchant des Kéroubim, ces êtres ailés qui viennent tout droit de la culture babylonienne. Signe que le texte a été écrit dans le contexte de l’exil. Les Kéroubim sont aussi ceux qui se tiennent aux deux extrémités du propitiatoire, au-dessus de l’arche de l’alliance. C’est le lieu où « Dieu se laisse rencontrer », le lieu de la présence. Ici, chez Ézéchiel, il parle de « la gloire » de Dieu. Autre mot pour dire sa présence. Dans la littérature rabbinique, ce sera la shekina, la « demeurance » de Dieu.

Et donc la gloire de Dieu, la présence de Dieu, quitte le temple. Ce n’est pas le lieu saint qui fait la présence du Seigneur, c’est la présence du Seigneur qui fait qu’un lieu est saint. Dieu suit la logique des hommes : si personne ne vient m’adorer dans le temple, si le temple devient même bien plutôt le lieu où on adore les idoles, qu’à cela ne tienne, je quitte le temple pour aller là où se trouvent mes fidèles. C’est le grand fil rouge du prophète Ézéchiel : le Seigneur reste avec son peuple, où qu’il soit.

Et c’est ici qu’on peut faire un lien avec l’évangile, et cette belle formule de Jésus : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ».

Dans la tradition juive, il y a un nombre requis : ce qu’on appelle le minyan. Pour qu’il y ait une assemblée de prière, il faut au moins dix hommes ayant atteint leur maturité religieuse. « Si dix hommes prient ensemble, la Chekhinah (Présence divine) plane au-dessus d’eux », dit une maxime des Pirké Avôt.[1]

Jésus connaissait-il cette maxime ? Voici une citation plus longue : « rabbi Halaphta de Kephar Hananyah dit : Quand dix personnes sont assises et s’occupent de la Torah, la gloire de Yhwh est au milieu d’elles. Quand elles ne sont que cinq, elle est encore au milieu d’elles. Quand elles ne sont que trois, la gloire de Yhwh est encore au milieu d’elles. Et si elles ne sont que deux, la gloire de Yhwh est au milieu d’elles. Et s’il n’y a qu’une seule personne à s’occuper de la Torah, la gloire de Yhwh l’habite encore »[2].

Sr Marie-Rapahël le 14 août 24



[1] Voir dictionnaire encyclopédique du judaïsme au mot minyan.

[2] Cité par le commentaire de Chouraqui