mardi 10 février 2026

Liturgie de la Parole 10 février solennité de Sainte Scholastique (sœur de st Benoît) Luc 10, 38-42 

autres lectures : Osée 2, 16…22 ; Psaume 44, 11-12.14-17 ; Apocalypse 19, 5-9

À l’aune de l’amour

Méditation 

En ce jour de fête, deux personnes sont mises en vis-à-vis : dans l’Evangile et dans la vie de celle que nous fêtons, Sainte Scholastique.

Dans cet extrait de l’Evangile de Luc, nous rencontrons deux sœurs, Marthe et Marie.
Marthe, d’abord, maîtresse de maison qui accueille le Seigneur.
Elle est « accaparée par les multiples occupations du service ».
Ce verbe signifie « être tiraillé de toutes parts », « être absorbé », « être affairé ».
Marthe, aux yeux de Luc, est absorbée par de multiples tâches.

En face d’elle, Marie, « assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole ».
Elle « a choisi la bonne part ».

D’un côté, la multiplicité des activités ; de l’autre, l’unicité de l’écoute.
Entre les deux, la présence du Seigneur, qui interpelle affectueusement Marthe : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses ».

Jésus nous interpelle pareillement.
Il le fait en ce jour, tandis que nous célébrons la Solennité de Sainte Scholastique.
Nous ne connaissons de cette Sainte qu’un épisode, que raconte Grégoire le Grand dans ses Dialogues.
Scholastique fut « consacrée dès l’enfance au Seigneur tout-puissant ».
Sœur de Saint Benoît, elle visitait son frère une fois par an.
C’est au cours d’un de ses entretiens – qui se révélera être l’ultime – qu’elle voulut retenir son frère pour poursuivre l’échange.
Benoît refuse sa demande.
Mais Dieu l’exauce : il fit éclater « tonnerre, éclairs et inondation ».
Son secret ? Grégoire nous le livre : « elle fut plus puissante parce qu’elle aima davantage ».
Comme Marie dans notre Evangile, Scholastique a choisi la bonne part, celle d’échanger sur les « joies de la vie céleste ».

En ce jour, la liturgie nous donne à penser.

Maîtresse de maison, Marthe interpelle Jésus et réclame l’aide de sa sœur Marie. 
« Une seule chose est nécessaire… », déclare le Maître.
Rigoureux dans son observance, Benoît ne veut pas « rester hors du monastère ». 
Scholastique insiste et Dieu répond à sa demande d’échanges sur la « vie spirituelle ».

De part et d’autre, un souci :
Souci de Benoît de rentrer au monastère et d’honorer l’observance.
Souci de Marthe dans les « multiples occupations du service ».

Remarquons que Jésus ne déprécie pas l’hospitalité de Marthe.
De même, Dieu ne discrédite pas l’observance de Benoît.

Mais de part et d’autre, notre Dieu ouvre une brèche.
Il creuse un espace.
Il indique un sens, celui de l’amour.

Ouverture à l’écoute de sa Parole, dans l’Evangile.
Espace pour l’Amitié spirituelle, dans la vie de Benoît.

Pour que, imprégnée de cette Parole, Marie puisse seconder Marthe à la tâche.
Pour que, réchauffé de ces entretiens spirituels, Benoît puisse rejoindre l’observance monastique.

En ce jour, Dieu nous partage son désir.
Il veut nous soulager, nous libérer…
Jésus veut soulager Marthe non de son service, mais de ce qui lui ôte sa joie et son rayonnement.
Jésus veut libérer Benoît d’une observance qui l’éloigne de Dieu en le séparant de sa sœur.
Notre Dieu désire que nos activités ne nous empêchent pas de vivre l’essentiel de l’instant présent.

« Marie a choisi la meilleure part », dit Jésus.
Scholastique a choisi la meilleure part, pourrait déclarer Dieu dans l’écrit de Grégoire.

S’il s’agit d’un choix, il doit y avoir place pour une liberté…
Accepterons-nous de relire nos activités et notre observance à l’aune de l’amour ?
Notre Dieu nous y invite !

Amen

Sr Marie-Jean écrit le 10 février 2012




lundi 9 février 2026

Liturgie de la Parole 5e lundi TO-II Marc 6, 53-56 ; 1 Rois 8, 1-7.9-13

Homélie

L'image de Dieu qui se dégage de ces deux lectures peut sembler contradictoire. Le Dieu de Salomon occupe toute la place, oblige les prêtres à interrompre le culte. On dirait que Dieu, content d'être enfin chez lui après des années de nomadisme, ferme sur lui la porte pour être seul et tranquille. Le Dieu de Jésus, en revanche, est celui qui peine à trouver une petite place sur notre terre. Il cherche à prendre pied sur le rivage, mais dès qu'il accoste, le bord de la mer se remplit de monde. Et quand il essaie de se retirer pour prendre un peu de repos, comme Marc nous l'a raconté samedi, il gagne un endroit réputé désert, qui est noir de monde. La liturgie semble nous mettre sous les yeux un Dieu qui ne laisse pas de place aux hommes et des hommes qui ne laissent pas de place à Dieu.

La vérité est entre les deux. Nous connaissons tous la phrase du poète Hölderlin : "Dieu a fait l'homme comme la mer a fait les continents, en se retirant." Dès le premier jour de la création – comme nous l'aurait raconté la première lecture si nous étions dans une année impaire – Dieu choisit de céder de la place à autre chose, et il voit que c'est bon. Salomon sait bien que son temple ne suffit pas à contenir Dieu, puisque l'univers lui-même est trop étroit pour l'englober. Mais Dieu est capable de se faire petit pour habiter nos maisons de prière. Et quand Dieu sera contemplé par Isaïe (6,1-2), les pans de son manteau rempliront le temple, comme aujourd'hui la nuée, mais des séraphins se tiendront au-dessus de lui, pour bien montrer qu'il ne touche pas le plafond (Is 6, 1-2).

Claire d'Assise va plus loin, dans sa troisième lettre à Agnès de Prague (21-22) : "Par la grâce de Dieu, la plus digne des créatures, l'âme de l'homme fidèle est plus grande que le ciel, puisque les cieux, avec les autres créatures, ne peuvent contenir le Créateur et seule l'âme fidèle est sa demeure et son siège."

Encore faut-il que nous le laissions y entrer, car il n'est pas du genre à forcer la porte. S'il nous laisse une place auprès de lui dans son temple, nous pourrions aussi l'inviter à prendre toute la place dans notre cœur. 

Quand je dis : toute la place, je ne veux pas signifier qu'il faut commencer par mettre tout le monde dehors. Il ne s'agit pas d'expulser nos affections humaines, nos amitiés, pour réserver à Dieu toute la place. Dieu n'est pas le rival de l'homme. Et d'ailleurs, si quelqu’un dit : "J’aime Dieu", alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas (1Jn 4, 20). Là où il y a Dieu, il y a aussi place pour tous ceux et celles que notre cœur peut aimer.

Mais quand je parle de laisser Dieu pendre toute la place, je veux dire lui rendre libre parcours en nous, ne pas le maintenir sur le rivage de notre cœur, dans un quartier de notre âme où il ne risque pas trop de bousculer notre bon sens. Au contraire, l'inviter à faire comme chez lui, à se sentir chez lui dans toutes les fibres de notre être, à reprendre possession des derniers recoins de notre château intérieur. Ne rien soustraire à sa lumière. 

Chaque jour, dans cette église, la prière commence par le verset du psaume : Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange. Nous n'attendons pas qu'il vienne du dehors pour ouvrir nos lèvres. Nous demandons à notre hôte intérieur de nous remplir si pleinement qu'il déborde de nous. Viens, remplis mon cœur. Sois en moi source jaillissante, ouvre mes lèvres, force le barrage de mes lèvres, pour te répandre en louange !

Frère François de Wavreumont , Hurtebise le 9 février 26


dimanche 8 février 2026

Liturgie de la Parole 5e dimanche TO année A Matthieu 5, 13-16 ; Isaïe 58, 7-10 ; 1 Corinthiens 2, 1-5

Vous êtes la lumière du monde

Homélie

Il nous est arrivé sans doute de dire de telle personne qu’elle est lumineuse, qu’elle est lumineuse dans nos vies. Elle a fait naître quelque chose en nous, elle nous a ouvert à une dimension jusque là ignorée, laissée en jachère. Elle nous a donné vie, ouvert à un autre regard sur nous-mêmes.
Il nous arrive aussi sans doute d’entendre ceci à notre égard. Et on en est à la fois heureux et gêné. Heureux d’être présent à la vie de quelqu’un, d’avoir éclairé ses choix, lui avoir donné le goût et l’audace d’être soi.
Mais à part les personnes qui sont habitées par une « trop bonne opinion de soi », nous sommes en même temps gênés de recevoir un tel compliment. Comment, ne connaissant que trop nos limites, nos imperfections, sommes-nous lumière pour autrui ? Comment avons-nous mérité cela ?
Mais le Christ va encore plus loin, lui qui nous dit : « Vous êtes la lumière du monde ».
Nous connaissons la pauvreté de notre prière, les limites de nos engagements, la lenteur de notre esprit fraternel, nos manques d’enthousiasmes et d’imagination dans notre vie pastorale… et nous préférons critiquer l’Eglise plutôt que la construire.
Alors vraiment, nous n’avons rien fait pour mériter d’être déclarés « la lumière du monde ». Mais justement, il n’est pas question de mériter, pas questions de bonnes œuvres, de récompense. C’est au sein même de nos pauvretés, de nos larmes, de nos petits combats désespérés pour la justice que le Seigneur vient nous aimer. Et cette pauvreté, nous sommes aimés. 

Saint Paul fait cette même expérience : il ne peut se vanter du prestige du langage, il ne peut se vanter d’être un sage (on peut toutefois suspecter une pointe de fausse modestie), il se sent faible, craintif et tout tremblant… mais c’est ainsi que la puissance de Dieu peut apparaître en lui, lui qui annonce un messie crucifié.
Pareillement, ceux qui vivent l’esprit des béatitudes ne sont pas là pour leur propre gloire, pour révéler leurs qualités, leur excellence, ils sont là pour qu’on rendre gloire à Dieu, pour qu’on découvre sa présence au cœur du monde. 
Les chantres des béatitudes ne sont pas à l’instar de Paul, lumière pour eux-mêmes. Il sont lumière pour le monde. 
Aux antipodes de la société du paraître, de l’avoir, du pouvoir aussi, Jésus vient d’annoncer les béatitudes – c’était l’Evangile de dimanche passé. Il annonce un bonheur germé de sa présence, un bonheur semé au creux même de nos failles, voire de nos souffrances. Ce bonheur ce n’est pas nous, c’est lui en nous
Les quelques mots de l’Evangile d’aujourd’hui nous disent que nous sommes responsables de ce bonheur. Responsables ! non pas en nous affairant, non pas en nous activant mais simplement en laissant rayonner la lumière qu’il a allumée en nos vies.
Lumière reçue pour éclairer.

Guy Balaes Hurtebise 8 février 26


samedi 7 février 2026

Liturgie de la Parole 4ème samedi TO-II Marc 6, 30-34 ; 1 R 3, 4-13 

Ouverture  

Nous allons entendre la prière de Salomon : la grâce qu’il demande : avoir un cœur attentif, attentionné, un cœur qui écoute. Glissons-nous parmi la foule qui se presse auprès de Jésus, glissons-nous en frères et sœurs au sein du peuple de Dieu. Et recevons cette grâce d’une écoute profonde, d’attention véritable pour accueillir la parole. 

En écho, après l’Evangile 

Si vous ne saviez pas pourquoi il arrivait à Jésus de dormir au fond de la barque, si vous ne savez pas pourquoi les disciples s’inquiètent quand ils n’ont pas de pain dans la barque… le passage d’évangile d’aujourd’hui est assez clair : c’est parfois le seul moment, le seul lieu où Jésus et ses apôtres peuvent souffler et manger à leur aise. Les disciples viennent de rentrer d’apostolat, ils veulent raconter à Jésus : ils vivent un temps de relecture avec Jésus. Et la foule ne cesse d’aller et venir. Alors Jésus les invite à partir se reposer dans un lieu désert. Il casse le rythme trépidant, pour revenir au cœur. Il faut savoir se poser. Plus la vie est trépidante, plus les pauses sont nécessaires. Pour se reposer, se refaire, et pour relire le vécu, l’ajuster, le remettre aux mains du Seigneur, lui demander la lumière de l’Esprit, pour que cet apostolat reste l’œuvre de Dieu et ne devienne pas la nôtre. 
Ils montent dans la barque, et ce sera le seul moment de calme. Car vous l’avez entendu sur l’autre rive, la foule attend ! la barque, c’est un symbole de l’Eglise. Oui, l’Eglise est le lieu où les disciples se rassemblent autour de Jésus, se posent et se reposent en sa Parole, se refont. Avant de repartir aux périphéries, hors de la barque, pour la mission qui leur est confiée. 
Pensons-y en entrant en ce lieu pour prier. C’est le lieu où nous faisons halte auprès du Seigneur. Où nous lui racontons notre quotidien, pour qu’il le relise avec nous, nous révèle son regard, nous conseille. Pour que par sa Parole il nous aide à vivre l’Evangile à fond. Ce lieu est aussi celui où nous pouvons venir simplement nous poser, nous reposer en Dieu. Le laisser agir en nos cœurs. Si une sœur dort à l’église, ne la réveillez pas ! Laissez là se poser ainsi en confiance sur le cœur de Dieu. 
Ensuite il faut accepter de quitter la barque, il faut partager le cœur de Jésus, ému de compassion face à ces foules qui n’ont pas de berger. Ces foules qui attendent une parole, un bout de pain, un bout de cœur. 
Prenons un temps de silence, pour nous poser en Dieu, nous reposer en lui, en sa parole. 

Chant de Taizé :  mon âme se repose en paix sur Dieu seul   puis silence


Invitation au Notre Père

Tournons-nous vers Dieu, lui vers qui montent nos louanges, et redisons-lui la prière que Jésus nous a apprise : 


Prière de conclusion

Seigneur, tu es le pasteur de nos âmes. Tu vois les foules affamées de ta présence, de ta Parole. Donne-nous ton cœur que nous soyons tout accueil pour toi et pour nos frères et sœurs, enseigne-nous le bon zèle, tel celui qu’a déployé saint Anschaire, qui a aimé sans faiblir. Nous te le demandons par JX…

sr Myrèse 3 février 24 (mémoire de saint Anschaire)


vendredi 6 février 2026

Liturgie de la Parole 4e vendredi TO-II Marc 6, 14-29 ; Ben Sira 47, 2-11 


Méditation

Je vous propose celle de Mère Marie-Jean en 2022 :  https://partage-de-lectio.blogspot.com/2022/02/liturgie-de-la-parole-4e-vendredi-to.htmlhttps://partage-de-lectio.blogspot.com/2022/02/liturgie-de-la-parole-4e-vendredi-to.html

Lien pour l'icône de Jean-Baptiste: https://atelierstseraphim.com/wp-content/uploads/2018/09/ST-JEAN-BAPTISTE-1306x1400.jpghttps://atelierstseraphim.com/wp-content/uploads/2018/09/ST-JEAN-BAPTISTE-1306x1400.jpg

Lien pour la statue de David: https://thumbs.dreamstime.com/b/statue-du-roi-david-j%C3%A9rusalem-isra%C3%ABl-90571922.jpg