Liturgie de la Parole 12e jeudi TO-II Matthieu 7, 21-29 ; 2Rois 24, 8-17
Mot d’accueil
Ne soyons pas fous ! Ne construisons pas nos maisons sur le sable ! Ne nous laissons pas emmener en exil, loin de Dieu, comme les gens de Jérusalem qui furent déportés par Nabucodonosor. Peut-être disaient-ils avec leurs lèvres « Seigneur, Seigneur ! », mais leurs cœurs étaient loin. Le Temple avec tous ses objets d’or et d’argent ne leur a servi à rien. Tous leurs espoirs se sont effondrés. Écoutons bien la fin du discours de Jésus sur la montagne, afin de comprendre comment nous pourrons établir notre maison solidement sur le roc.
Commentaire après l’évangile
Ce passage de la fin du discours sur la montagne nous laisse perplexes. Car enfin, que veut-il, Jésus ? Et que faut-il faire pour entrer dans le royaume des Cieux ?
« Il ne suffit pas de me dire ‘Seigneur, Seigneur’, il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux ».
Et nous répondons : « n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, expulsé des démons, accompli des miracles ? » Que lui faut-il de plus ? Mais non, ça n’a pas l’air d’être ça, puisqu’il nous lance à la figure ce verset du psaume 6 : « écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité ». Et il ajoute : « je ne vous connais pas ! » Quel culot ! Mais ces deux éléments de réponse nous mettent sur la piste... nous les avons déjà entendus quelque part. « Je ne vous connais pas » : c’est dans la parabole de Matthieu 25 où il est question de dix jeunes filles invitées à des noces. Cinq étaient sages, prévoyantes, cinq autres folles, insensées. Tiens, c’est comme ici avec l’homme qui construit sa maison sur le roc (celui-là est prévoyant, sage) ou sur le sable (l’insensé !). Quand l’époux arrive, alors qu’on ne l’attendait plus, les prévoyantes entrent avec lui dans la salle des noces et la porte se referme.
Il s’agit bien d’entrer dans le Royaume des Cieux : c’est tout le propos de ce discours sur la montagne. Et il y a une porte pour y entrer : c’est même une porte étroite !
Alors arrivent les cinq autres jeunes filles et elles disent : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! ». La réponse fuse, terrible : « je ne vous connais pas ! ».
L’autre parole dure de Jésus (« écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité »), nous en trouvons l’écho dans le même chapitre 25 de Matthieu, un peu plus loin, dans la fresque sur le jugement : à ceux qui sont à sa gauche, le roi dira « allez-vous en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel... ». Ils ne comprennent pas : pourquoi cette dureté ? N’avons-nous pas prophétisé en ton nom, accompli des miracles, expulsé des démons ?
Alors, le langage de Jésus est on ne peut plus clair : il n’a que faire de nos actions spectaculaires (prophéties, exorcismes, miracles), surtout quand elles servent à renforcer notre orgueil. Lui, ce qu’il voit, c’est que nous n’avons pas fait les choses simples, qui sont à la portée de tout le monde, même de ceux qui ne le connaissent pas, ne croient pas en lui, et agissent simplement au nom de leur humanité commune : visiter les malades et les prisonniers, donner à manger et à boire, accueillir les étrangers... C’est tout cela, « faire la volonté du Père des Cieux ». Ça n’a l’air de rien à côté des miracles et des exorcismes spectaculaires, mais c’est la clé pour entrer dans le Royaume, c’est le secret pour bâtir sa maison sur le roc. Un secret qui est à la portée de tous.
Ainsi se termine le discours sur la montagne : il ne suffit pas d’écouter la parole, il faut la mettre en pratique, et alors notre maison sera solidement fondée. Et mettre la parole en pratique, c’est accomplir ces gestes tous simples, qui sont à la portée de tous et qui nous font servir le Christ, souvent sans le savoir, à travers le prochain. Le discours s’était ouvert sur les Béatitudes, il se termine sur l’image de la maison solidement fondée, mais le dernier verset est redoutable, car il nous met en face de ce qui se passera si nous ne comprenons pas : « la pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé, ils sont venus battre cette maison ; la maison s’est écroulée et son écroulement a été complet. »
Prenons garde que cela ne nous arrive pas !
Oraison de conclusion
Seigneur, tu nous étonnes, car ta parole est pleine d’autorité, une autorité à la fois simple et terriblement exigeante. Nous voulons te suivre et mettre en pratique ta loi d’amour : viens à notre secours et donne-nous de voir et d’accomplir ce qui est à notre portée pour faire grandir ton Royaume et en ouvrir les portes à tous ceux qui te cherchent avec droiture. Toi qui règnes...
Sr Marie-Raphaël le 25 juin 2020