dimanche 8 février 2026

Liturgie de la Parole 5e dimanche TO année A Matthieu 5, 13-16 ; Isaïe 58, 7-10 ; 1 Corinthiens 2, 1-5

Vous êtes la lumière du monde

Homélie

Il nous est arrivé sans doute de dire de telle personne qu’elle est lumineuse, qu’elle est lumineuse dans nos vies. Elle a fait naître quelque chose en nous, elle nous a ouvert à une dimension jusque là ignorée, laissée en jachère. Elle nous a donné vie, ouvert à un autre regard sur nous-mêmes.
Il nous arrive aussi sans doute d’entendre ceci à notre égard. Et on en est à la fois heureux et gêné. Heureux d’être présent à la vie de quelqu’un, d’avoir éclairé ses choix, lui avoir donné le goût et l’audace d’être soi.
Mais à part les personnes qui sont habitées par une « trop bonne opinion de soi », nous sommes en même temps gênés de recevoir un tel compliment. Comment, ne connaissant que trop nos limites, nos imperfections, sommes-nous lumière pour autrui ? Comment avons-nous mérité cela ?
Mais le Christ va encore plus loin, lui qui nous dit : « Vous êtes la lumière du monde ».
Nous connaissons la pauvreté de notre prière, les limites de nos engagements, la lenteur de notre esprit fraternel, nos manques d’enthousiasmes et d’imagination dans notre vie pastorale… et nous préférons critiquer l’Eglise plutôt que la construire.
Alors vraiment, nous n’avons rien fait pour mériter d’être déclarés « la lumière du monde ». Mais justement, il n’est pas question de mériter, pas questions de bonnes œuvres, de récompense. C’est au sein même de nos pauvretés, de nos larmes, de nos petits combats désespérés pour la justice que le Seigneur vient nous aimer. Et cette pauvreté, nous sommes aimés. 

Saint Paul fait cette même expérience : il ne peut se vanter du prestige du langage, il ne peut se vanter d’être un sage (on peut toutefois suspecter une pointe de fausse modestie), il se sent faible, craintif et tout tremblant… mais c’est ainsi que la puissance de Dieu peut apparaître en lui, lui qui annonce un messie crucifié.
Pareillement, ceux qui vivent l’esprit des béatitudes ne sont pas là pour leur propre gloire, pour révéler leurs qualités, leur excellence, ils sont là pour qu’on rendre gloire à Dieu, pour qu’on découvre sa présence au cœur du monde. 
Les chantres des béatitudes ne sont pas à l’instar de Paul, lumière pour eux-mêmes. Il sont lumière pour le monde. 
Aux antipodes de la société du paraître, de l’avoir, du pouvoir aussi, Jésus vient d’annoncer les béatitudes – c’était l’Evangile de dimanche passé. Il annonce un bonheur germé de sa présence, un bonheur semé au creux même de nos failles, voire de nos souffrances. Ce bonheur ce n’est pas nous, c’est lui en nous
Les quelques mots de l’Evangile d’aujourd’hui nous disent que nous sommes responsables de ce bonheur. Responsables ! non pas en nous affairant, non pas en nous activant mais simplement en laissant rayonner la lumière qu’il a allumée en nos vies.
Lumière reçue pour éclairer.

Guy Balaes Hurtebise 8 février 26


samedi 7 février 2026

Liturgie de la Parole 4ème samedi TO-II Marc 6, 30-34 ; 1 R 3, 4-13 

Ouverture  

Nous allons entendre la prière de Salomon : la grâce qu’il demande : avoir un cœur attentif, attentionné, un cœur qui écoute. Glissons-nous parmi la foule qui se presse auprès de Jésus, glissons-nous en frères et sœurs au sein du peuple de Dieu. Et recevons cette grâce d’une écoute profonde, d’attention véritable pour accueillir la parole. 

En écho, après l’Evangile 

Si vous ne saviez pas pourquoi il arrivait à Jésus de dormir au fond de la barque, si vous ne savez pas pourquoi les disciples s’inquiètent quand ils n’ont pas de pain dans la barque… le passage d’évangile d’aujourd’hui est assez clair : c’est parfois le seul moment, le seul lieu où Jésus et ses apôtres peuvent souffler et manger à leur aise. Les disciples viennent de rentrer d’apostolat, ils veulent raconter à Jésus : ils vivent un temps de relecture avec Jésus. Et la foule ne cesse d’aller et venir. Alors Jésus les invite à partir se reposer dans un lieu désert. Il casse le rythme trépidant, pour revenir au cœur. Il faut savoir se poser. Plus la vie est trépidante, plus les pauses sont nécessaires. Pour se reposer, se refaire, et pour relire le vécu, l’ajuster, le remettre aux mains du Seigneur, lui demander la lumière de l’Esprit, pour que cet apostolat reste l’œuvre de Dieu et ne devienne pas la nôtre. 
Ils montent dans la barque, et ce sera le seul moment de calme. Car vous l’avez entendu sur l’autre rive, la foule attend ! la barque, c’est un symbole de l’Eglise. Oui, l’Eglise est le lieu où les disciples se rassemblent autour de Jésus, se posent et se reposent en sa Parole, se refont. Avant de repartir aux périphéries, hors de la barque, pour la mission qui leur est confiée. 
Pensons-y en entrant en ce lieu pour prier. C’est le lieu où nous faisons halte auprès du Seigneur. Où nous lui racontons notre quotidien, pour qu’il le relise avec nous, nous révèle son regard, nous conseille. Pour que par sa Parole il nous aide à vivre l’Evangile à fond. Ce lieu est aussi celui où nous pouvons venir simplement nous poser, nous reposer en Dieu. Le laisser agir en nos cœurs. Si une sœur dort à l’église, ne la réveillez pas ! Laissez là se poser ainsi en confiance sur le cœur de Dieu. 
Ensuite il faut accepter de quitter la barque, il faut partager le cœur de Jésus, ému de compassion face à ces foules qui n’ont pas de berger. Ces foules qui attendent une parole, un bout de pain, un bout de cœur. 
Prenons un temps de silence, pour nous poser en Dieu, nous reposer en lui, en sa parole. 

Chant de Taizé :  mon âme se repose en paix sur Dieu seul   puis silence


Invitation au Notre Père

Tournons-nous vers Dieu, lui vers qui montent nos louanges, et redisons-lui la prière que Jésus nous a apprise : 


Prière de conclusion

Seigneur, tu es le pasteur de nos âmes. Tu vois les foules affamées de ta présence, de ta Parole. Donne-nous ton cœur que nous soyons tout accueil pour toi et pour nos frères et sœurs, enseigne-nous le bon zèle, tel celui qu’a déployé saint Anschaire, qui a aimé sans faiblir. Nous te le demandons par JX…

sr Myrèse 3 février 24 (mémoire de saint Anschaire)


vendredi 6 février 2026

Liturgie de la Parole 4e vendredi TO-II Marc 6, 14-29 ; Ben Sira 47, 2-11 


Méditation

Je vous propose celle de Mère Marie-Jean en 2022 :  https://partage-de-lectio.blogspot.com/2022/02/liturgie-de-la-parole-4e-vendredi-to.htmlhttps://partage-de-lectio.blogspot.com/2022/02/liturgie-de-la-parole-4e-vendredi-to.html

Lien pour l'icône de Jean-Baptiste: https://atelierstseraphim.com/wp-content/uploads/2018/09/ST-JEAN-BAPTISTE-1306x1400.jpghttps://atelierstseraphim.com/wp-content/uploads/2018/09/ST-JEAN-BAPTISTE-1306x1400.jpg

Lien pour la statue de David: https://thumbs.dreamstime.com/b/statue-du-roi-david-j%C3%A9rusalem-isra%C3%ABl-90571922.jpg

jeudi 5 février 2026

Liturgie de la Parole 4e jeudi TO-II Marc  6, 7-13 ; 1 Rois 2, 1-4.10-12

Introduction

Nous voici rassemblés en communauté, en Eglise. 
Les deux lectures que nous propose la liturgie se déclinent sous le thème de la « mission ».
Dans le premier Livre des Rois, le roi David va rendre son dernier souffle et transmet ses volontés à son fils Salomon.
Dans l’évangile, Jésus appelle les Douze et les envoie « en mission deux par deux ». S’ensuivent ses recommandations pour le chemin.
Que peuvent nous enseigner ces deux récits ?
En quoi nous interpellent-ils dans notre vie aujourd’hui ?

Commençons par nous tourner vers le Seigneur, en lui présentant les intentions des hommes et femmes de notre temps, par le chant des psaumes…


Méditation

Quelles sont donc les recommandations adressées à Salomon dans le Premier Testament et aux disciples dans l’évangile ?
Dans le premier Livre des Rois, David prescrit à son fils un ensemble de réalités à « garder » : « les observances du Seigneur ton Dieu… ses décrets, ses commandements, ses ordonnances et ses édits, selon ce qui est écrit dans la loi de Moïse »
David laisse en percevoir le résultat, l’aboutissement :
« tu réussiras dans tout ce que tu feras et entreprendras »
Et, plus loin, il ajoute : « jamais tes descendants ne seront écartés du trône d’Israël ».

Dans l’évangile, Jésus prescrit à la fois au positif et au négatif : des objets à emporter mais, surtout, ce qu’il convient de laisser.
Ce qui reste, c’est l’immatériel.
D’une part, une mission à mener « deux par deux » : Jésus encourage le compagnonnage des disciples.
D’autre part, « l’autorité sur les esprits impurs » : Jésus dépose dans la bouche et dans le cœur de ses disciples une parole.
Et le résultat s’ensuit également : « Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient »

J’ajoute un dernier paramètre, clé de l’aboutissement, tant pour Salomon, les disciples et pour nous-mêmes.
Cette clé nous est révélée dans le psaume :
« C’est toi, le Maître de tout : dans ta main, force et puissance ; tout, par ta main, grandit et s’affermit »
Voilà le cœur de la « réussite ».

C’est en Dieu qu’il convient de fonder notre action, de déployer notre mission, d’engager nos forces et notre énergie, car c’est Lui qui mènera notre œuvre à bonne fin.
 
Prenons un temps de silence pour évoquer devant le Seigneur la mission qu’Il nous confie, qu’elle nous soit aisée ou pénible, dans des conditions favorables ou moins favorables.
Ce qui est sûr, c’est que le Seigneur y est présent et qu’Il nous y devance :
« Tout, par sa main, grandit et s’affermit »
Redisons-Lui notre confiance en Sa présence…


Temps de silence

Notre Père

Entrons dans la prière de Jésus, qui nous confirme dans notre mission…

Prière

Seigneur, dans le sillage de Salomon et des disciples de ton Fils, nous recevons une mission. Nous ne sommes pas appelés à la mener dans la solitude et l’isolement, mais dans un compagnonnage humain, doté d’une parole reçue de Toi, en bénéficiant de ta Présence au cœur de nos vies.
Accorde-nous de nous laisser inspirer par ton Esprit, afin que l’œuvre que tu nous confies porte fruit en notre monde et te rende gloire. Nous te le demandons par Jésus-Christ, ton Fils, qui règnes avec Toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles.


Bénédiction

Que le Seigneur nous bénisse et nous garde…

Sr Marie-Jean Noville le 1er février 24


mercredi 4 février 2026

Liturgie de la Parole 4e mercredi TO-II Marc 6, 1-6

Être libre et rencontrer en vérité 

 Méditation

Que dire de cette page d’Evangile si ce n’est qu’elle est terriblement humaine... Jésus fait une expérience que nous ne cessons, nous-même, de faire dans nos propres existences. Alors parcourons l’évangile et laissons-nous toucher par lui et sa manière de réagir, peut-être y glanerons-nous une attitude de vie…
Jésus se rendit dans son lieu d’origine. C’est un retour au bien connu, aux souvenirs vécus, aux réseaux de relations anciens, là où on peut se retrouver, là où on peut bien se reposer, là où on peut retrouver le secret de ses débuts. Mais Jésus n’y retourne pas seul, il y retourne avec ses disciples, signe d’une certaine réussite, mais signe également d’un vécu extérieur. Du coup une question s’éveille chez ses protagonistes.
Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée Une question qui est peut-être teintée de jalousie : pourquoi lui et pas nous. Mais peut-être plus encore signe d’une incapacité à percevoir l’expérience vécue par Jésus en dehors de Nazareth. Un mépris donc mais aussi une méprise.
Ils ratent ainsi ce qu’il y a en tout homme. Nul ne se réduit seulement à son lieu d’origine, à son contexte. Il y a notre singularité irréductible qui échappe à tout lieu normant, à toute définition. Il y a aussi la promesse de devenir que chacun porte en lui-même. Il y a enfin notre histoire qui nous a marqués parfois d’une manière définitive. Les gens de Nazareth ratent la rencontre avec cet autre bien connu Jésus le charpentier, le fils de Marie, le membre de la famille de Joseph, celui qui parcourt la Galilée…
Une rencontre véritable entre deux personnes nous demande d’être ouverts à toutes ces dimensions de singularité et de particularité. Elle requiert une attitude de pauvreté, d’humilité, d’ouverture. Georges Bernard Shaw disait non sans sagesse « L’homme le plus intelligent que je connaisse est mon tailleur, à chaque fois qu’il me voit, il prend mes mesures pour voir si j’ai changé ou pas, les autres m’ont définitivement mesuré ! » et même nous pouvons faire appel à Saint Ignace dans les Exercices, le numéro 22, le fameux présupposé de bienveillance : « il faut présupposer que tout bon chrétien doit être plus enclin à sauver la proposition du prochain qu'à la condamner ».
Et là, il ne pouvait accomplir aucun miracle. Pourquoi donc ? Parce que la rencontre ne peut s’opérer. La rencontre qui est requise pour que le miracle s’opère n’a pas eu lieu. Le miracle se construit toujours dans l’échange et n’est pas imposé de l’extérieur à l’autre, en tous les cas avec Jésus.
Alors que faire ? Jésus répond avec ses pieds
Alors Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant Louons cette réaction de santé, la même que les premières générations chrétiennes vivront en se tournant vers les païens et laissant les juifs à leur suffisance. L’histoire est pleine de cette belle attitude, seule porteuse de vie. Aller plus loin… « Je me casse »
Et nous alors que pouvons-nous faire dans une situation comparable… être soi-même et oser parler à partir de ce qui sourd en nous du profond de nous-même, être soi-même également lorsque j’écoute ce qui se dit sans réagir tout de suite, a priori, écouter l’autre avec bienveillance sans présuppositions, risquer d’entamer un dialogue à partir de ce qui est dit, se laisser susciter par la rencontre, faire comme le recommande l’ouvrage dont Ignace recommande la lecture en deuxième semaine des Exercices l’Imitation de Jésus Christ : « considérer ce qui est dit et non qui le dit »… se laisser porter par le graffiti lyonnais « soupçonne moi du meilleur », bref des considérations de sagesse…
Mais plus fondamentalement demander au Seigneur de changer mon cœur, de me donner d’écouter l’autre sans l’enfermer dans l’image que j’ai de lui, même si cet autre, c’est moi. Je suis si facilement mon meilleur ennemi. Croire à ce qui pousse, croire à la nouveauté, croire à la fragilité… croire en la pauvreté qui me donne, qui nous donne de vivre.

Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite 7 Juillet 2024

https://jardinierdedieu.fr/marc-6-1-6 

(1) Image : Un tag créé par le corpsmots et la renn’art, sur le sol de la place Bellecour, à Lyon. / Benoît Prieur – CCO-10 merci à l’auteur de cette image