lundi 20 juillet 2026

Liturgie 16e lundi TO-II Matthieu 12, 38-42 ; Michée 6, 1-4.6-8

Reconnaître 

 Homélie

« Si seulement j'avais un signe... » Un signe pour prendre une décision. Un signe pour savoir si Dieu m'écoute. Un signe pour être sûr de ne pas me tromper… Au fond, nous ressemblons beaucoup aux pharisiens de l'Évangile. Ils disent à Jésus : « Maître, nous voulons voir un signe venant de toi. » Mais Jésus est sévère. Pourquoi ? Parce qu'ils demandent un signe... alors que le Signe est déjà devant eux. Ils regardent Jésus sans le voir. Ils réclament une lumière alors que le soleil est levé. Il y a quelque chose de profondément humain dans cette attitude. Nous pensons souvent que nous croirions davantage si Dieu intervenait de manière spectaculaire. C’est ce que Jésus répondra au riche qui n’a pas vu le pauvre Lazare et qui demande que l’on envoie une estafette auprès de ses frères. Non, l'expérience montre le contraire. Les miracles ne « fabriquent » pas la foi.

La première lecture éclaire cela sous un autre angle. Le prophète Michée imagine un dialogue entre Dieu et son peuple. « Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ? Avec de jeunes taureaux … des milliers de béliers, des flots d’huile répandus sur l’autel ? » La réponse est d'une simplicité désarmante : « On t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » Dieu ne demande pas l'extraordinaire. Il désire une relation. Les pharisiens cherchent un phénomène, mais le chrétien rencontre une Personne.

Et Jésus ajoute une parole surprenante : « Il y a ici bien plus que Jonas... bien plus que Salomon. » Autrement dit : « Vous cherchez ailleurs ce qui est déjà là. » Nous attendons parfois une grâce exceptionnelle alors que Dieu nous visite dans l'ordinaire. Les grands signes de Dieu sont souvent d'une discrétion déconcertante.

Le vrai problème, ce n'est pas que Dieu ne parle pas. Le vrai problème est que nous ne savons plus toujours reconnaître sa voix : il parlera toujours dans le bruissement d’une brise légère, et jamais dans un ouragan.

Pierre Hannosset le 20 juillet 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/07/lundi-de-la-16eme-semaine-du-temps-de.html 

 

dimanche 19 juillet 2026

Liturgie de la Parole 16e dimanche A Matthieu 13, 24-43 ; Sagesse 12, 13.16-19 ; Romains 8, 26b-27

Patience et espérance

Accueil

Le bon grain et l’ivraie…

En grec « ivraie » se dit « zizania ».  L’ennemi est celui qui sème la zizania, la zizanie.

De même, le mot « diable » venant du mot « diabolos » signifie, celui qui divise, empêche la communion.

Tous nos projets, si bons et si beaux soient-ils, sont toujours « visités » par l’un ou l’autre diabolos qui y sème la zizanie. Il n’y a pas de remède, semble dire la parabole, il faut « vivre avec »  mais dans la certitude que cela n’empêchera pas le bon grain d’arriver à maturation et de porter du fruit.

En fin de compte la bonne semence aura le dessus, c’est avec cette confiance qu’il nous faut persévérer, patienter. Dieu, lui, ne semble pas pressé.

Au lieu de voir l’ivraie dans le champ du monde et nos propres vies, nous sommes donc invités à la patience, à nous réjouir de ce qu’il y grandit de bien et de beau.

C’est cela aussi qu’on appelle l’espérance !


HOMELIE

Il nous est peut-être arrivé un jour de vouloir désherber autour de jeunes pousses de carottes ou de fleurs.  Cette initiative nous a permis de constater la pertinence de la parabole du bon grain et de l'ivraie proclamée dans l’évangile d’aujourd’hui.  Si nous arrachons les herbes les plus proches des jeunes pousses du potager, nous risquons de déraciner aussi les plantes que nous voulons protéger.  Elles ont des racines tellement peu profondes qu'il est préférable de laisser pousser quelques herbes sauvages pour les arracher plus tard.

 

Même s'il ne s'agit pas de légumes dans notre parabole mais de céréales, une chose est claire : dans la société, il y a de l'ivraie, (du chiendent), autrement dit des éléments indésirables qui s’y introduisent à notre insu. Il ne faut pas s'en étonner.  Le semeur, autrement dit Jésus, n’a pas une maîtrise totale de son champ.  Il ne domine pas tout : pendant qu’il dort, un ennemi sème de l’ivraie. En grec, - langue utilisée pour écrire l’Evangile, - « ivraie » se dit « zizania ». L’ennemi est celui qui sème la zizania, la zizanie, la division. Après son forfait commis pendant la nuit, (eh oui, les délits se commettent le plus souvent la nuit !) l’auteur se cache parce qu’il ne peut plus s’approcher des foules. En effet, s’approcher c’est se faire proche, c’est entrer en relation, se faire le prochain ! Tout le contraire de la zizanie.

 

Que notre comportement quotidien ne soit pas parfait, c'est plutôt évident ! Rien n'est totalement pur. Vouloir faire le tri entre tout ce qui est bien et ce qui est certainement mal est impossible. Jésus ne dit pas que nous risquons de confondre le bien et le mal. Il dit qu'en adoptant une démarche puriste, nous risquons d'arracher en même temps le mauvais et le bon et. Beaucoup de dégâts peuvent être faits au nom du bon et de sa sauvegarde. 

 

Supposons qu'entre les gens, il y en ait qui se prétendent être bon grain et d'autres ivrai! Faire deux camps est impossible vu que la frontière entre le bon grain et l'ivraie ne passe pas entre les personnes mais dans le cœur de chacun-e.  Par exemple, l’aumônier de prison ne réduit pas la personne détenue au délit qui l’a amenée en prison.  Nous sommes tous capables de produire du mal mais aussi de bonnes choses.  Me vient à l'esprit une parole de Saint Paul : "Je ne fais pas le bien que je veux.  Je fais le mal que je ne veux pas".  (Romains 7,19-20.)

 

Du coup, la parabole du bon grain et de l'ivraie devient la parabole de la patience de Dieu.  J’ai été plusieurs fois témoin de personnes au comportement problématique qui se sont métamorphosées.  Les parents et les éducateurs ne me démentiront pas. La patience de Dieu n'enferme personne dans son passé, laisse à chacun sa chance, donne à chacun le temps de se convertir autrement dit de se tourner vers autre chose. Dieu fait tout cela parce qu’Il nous aime. Ce n'est donc pas une tolérance molle mais une patience attentive.

 

L’extrait de saint Matthieu lu aujourd’hui est aussi une parabole de l'espérance.  Spontanément, si nous n’y prenons garde, nous ne voyons dans le monde que ce qui ne va pas, le négatif, le mal, l'ivraie. Mais n'oublions pas que c’est le bon grain qui a été semé en premier, non pas l'ivraie. L'ivraie est postérieure. Elle finira par disparaître en fumée. Elle n'aura pas le dernier mot. Les complotistes, qui prêchent via les réseaux sociaux, affirment un avenir catastrophique pour notre monde. Ils sèment donc la zizanie. Çà, ce n'est pas l'Evangile.

 

Pourtant, l'Evangile n'est pas synonyme d'insouciance. L’Evangile c'est l'Espérance. L’Espérance se fonde sur le roc de la Parole de Dieu, parole comparée aujourd’hui à une petite graine.  L'espérance est mobilisatrice. La parabole d’aujourd’hui est celle d’un semeur pas celle d’un moissonneur. Nous ne sommes pas au terme du cycle mais nous vivons un humble commencement, celui du grain risqué.

 

Aussi peu nombreux que soient les témoins de cette Parole, aussi timides ou fragiles que soient parfois les Chrétiens, l'annonce de l'Evangile ne restera pas sans lendemain.

 

Avec vous, je dis merci à Dieu pour le bon grain qu’il sème en nos vies avec patience et espérance.  Cette espérance me fait vivre.  Je souhaite de tout cœur qu’il en soit de même pour vous.

Abbé Stréber Fernand, Hurtebise le 19 juillet 26

 

P’tit’ rawett’

 LE BON GRAIN ET L'IVRAIE

J'avais un champ d'amour
où fleurissaient des mains, toutes sortes de mains :

mains d'artistes, d'ouvriers, mains qui se caressaient sous la brise du vent,

mains d'enfants, mains d'épouses, avec les doigts ouverts comme l'épi
qui s'emboîtaient les unes les autres dans une ronde d'amitié.

 

Des nuages sont passés sur mon champ en le coupant du chaud soleil.

Et j'ai vu une main se gercer puis replier ses doigts.

Un poing venait de naître, poing haineux,

poing sanglant qui se mit à cogner les autres mains voisines.

Comme des fleurs qui se referment, une à une, à leur tour,

les mains sont devenues poings, poings méchants qui rendent coup pour coup
poings guerriers, durs et sans pardon.

En voyant ce désastre mon fils est accouru

- Papa ! Faut-il brûler ton champ pour freiner ce carnage ?

- Attends mon fils, attends ! lui ai-je répondu :

- Seul le soleil peut guérir en brûlant ;

toi, brûle les nuages.

H. Léonard-Etienne

Les nouvelles paraboles, Edibon, Liège, p. 74.
Histoire reprise dans : « Il était une foi » tôme 1 . CRJC  Liège

samedi 18 juillet 2026

Liturgie de la Parole 15e samedi TO-II Matthieu 12, 14-21

Un héros ? Un Serviteur !

Méditation

Lorsque Matthieu raconte que les pharisiens décident de faire mourir Jésus, il ne s'attarde ni sur leurs intentions, ni sur la réaction de Jésus. À la place, il ouvre le livre du prophète Isaïe. C’est comme s’il nous disait : « Si vous voulez comprendre ce qui est en train de se jouer, il faut relire cette ancienne parole. »

A première vue, c’est étonnant. Quel est le rapport entre un complot meurtrier et ce mystérieux Serviteur annoncé des siècles auparavant ?

Au temps d'Isaïe, le peuple d'Israël espérait un libérateur : un homme fort capable de vaincre ses ennemis. Mais Dieu prépare tout autre chose. Le monde attend un héros ; Dieu envoie un Serviteur. Et Matthieu nous dit : ce Serviteur, c'est Jésus.

Regardons le portrait qu'Isaïe en dessine…

D'abord, sa force ne vient pas d'une domination, mais de sa relation à Dieu : « Je ferai reposer sur lui mon Esprit. » C'est cela qui lui permet « de faire connaître le jugement ». Le mot hébreu traduit ici par « jugement » est difficile à rendre. Il désigne un ordre juste que Dieu veut pour le monde.

Ensuite, Isaïe décrit sa méthode : « Il ne cherchera pas querelle. Il ne criera pas. On n'entendra pas sa voix sur les places publiques.  » Les puissants de ce monde s'imposent par le bruit et l'image. Le Serviteur, lui, transforme le réel avant de transformer son image. C’est précisément pour cela que Matthieu place cette citation ici : au moment où Jésus est rejeté, il refuse d'entrer dans la logique de la violence.

Puis vient cette image magnifique : « Le roseau froissé, il ne le brisera pas. La mèche qui faiblit, il ne l'éteindra pas. »

Un roseau plié, une mèche de lampe qui fume et vacille... Ce sont des réalités fragiles, abîmées. Notre premier réflexe est de les écarter. Le Serviteur, lui, choisit de les protéger, de les relever. Il ne se demande pas si ce qui est fragile est encore utile ; il cherche comment lui redonner vie.

Mais attention : cette douceur n'est pas une faiblesse. Isaïe termine son portrait par une ligne que nous oublions souvent : « Lui ne faiblira pas. Lui ne sera pas brisé. »

Le Serviteur ne brise pas le roseau froissé... parce que lui-même est inébranlable dans sa fidélité à Dieu. Sa douceur n'est pas un manque de force ; elle est l'expression d'une force plus profonde. Il est infiniment patient avec les personnes, mais rien ne le détourne du chemin que Dieu lui a confié.

Aujourd’hui, nous opposons souvent la force et la douceur ou la bienveillance. Comme s'il fallait choisir entre être fort au risque de devenir dur, ou être bon au risque de devenir faible.

Le Serviteur refuse cette alternative. Sa force ne consiste pas à dominer, mais à demeurer fidèle au bien, quelles que soient les circonstances. Face au rejet, Jésus ne renonce ni à sa mission, ni à la douceur pour l'accomplir.

Voilà le visage du Serviteur selon Isaïe. Voilà le visage que Matthieu reconnaît en Jésus et qu’il veut nous faire découvrir.

C’est peut-être aussi le visage du disciple que l'Évangile nous invite, peu à peu, à laisser se dessiner en nous.

Isabelle Halleux, le 18 juillet 2026

 

vendredi 17 juillet 2026

Liturgie de la Parole 15e vendredi TO-II Matthieu 12, 1-8 ; Isaïe 38, 1-8

Un don de Dieu pour la vie
Méditation

Quel visage de Dieu, les lectures de ce jour nous invitent-elles à découvrir et à contempler ?

La première lecture nous relate l’intervention de Dieu dans l’histoire d’un homme, Ezéchias, en proie à la détresse devant la mort qui lui apparaît certaine et très proche.

Détresse qui pousse Ezéchias à crier vers Dieu : « Souviens-toi de moi, souviens-toi de tout ce que j’ai fait ». Et Dieu se laisse toucher par la prière...

La prière fait-elle changer Dieu d’avis ? Pousse-t-elle Dieu à modifier le cours de l’histoire ? Cette manière de voir ne nous met-elle pas à l’aise ? Tant de détresses dans notre monde aujourd’hui, tant de morts prématurées... malgré tant de cris et de prières...

En lisant le texte, je constate que lorsqu’il s’agit de l’annonce de la mort, il est dit : « le prophète Isaïe vint dire à Ezéchias : Ainsi parle le Seigneur, tu vas mourir… ». Mais un peu plus loin il est dit : « La Parole du Seigneur fut adressée à Isaïe : Va dire à Ezéchias : ainsi parle le Seigneur, j’ai entendu… »

Certes Ezéchias est atteint d’une maladie mortelle. Isaïe le met devant la réalité : tu vas mourir. C’est la suite logique, c’est la loi de la nature. Ezéchias, se révolte devant ce caractère inéluctable, il crie vers le Seigneur, comme l’ont fait tant de psalmistes, et comme le font depuis des siècles, tant d’hommes et de femmes dans leur aspiration à la vie et au bonheur.

Dieu change-t-il d’avis ou vient-il mettre un bémol à l’affirmation peut-être trop hâtive d’Isaïe ? « Mes pensées ne sont pas vos pensées » dira Isaïe (55,10-11) en faisant parler Dieu.

Cette maladie d’Ezéchias, ne serait-elle pas comme celle de Lazare, relatée dans l’Evangile de Jean, une maladie qui ne conduit pas à la mort mais qui est pour la gloire de Dieu ?

Toujours est-il que comme Lazare, Ezéchias verra sa vie prolongée de quelques années, et que si nous regardons le texte parallèle dans le livre des Rois, il est question pour Ezéchias, comme pour Lazare d’un délai de trois jours... Pour nos oreilles chrétiennes, même si Ezéchias comme Lazare connaîtront un jour la mort, ces « 3 jours » ne peuvent manquer d’évoquer pour nous la mort-résurrection du Christ.

Cet épisode de l’histoire d’Ezéchias nous révèle un Dieu pour la vie, un Dieu de Vie.

 

Dans cette perspective, l’attitude des Pharisiens de l’Evangile nous fait un peu sourire. Elle nous ramène au ras des pâquerettes.

Il s’agit du Sabbat que les disciples sont accusés de violer parce qu’ils arrachent quelques épis de blé pour assouvir leur faim. Pour autant qu’on n’utilise pas la faucille, la loi permet en effet de prendre quelques épis dans le champ du voisin et de les froisser pour les manger. Mais voilà les commentateurs de la loi ont établi une liste de travaux interdits pendant le Sabbat et cueillir des épis en est un.

Que répond Jésus ? Il se place à 2 niveaux.

Tout d’abord, au niveau de la loi elle-même qui fait passer l’assouvissement de la faim avant le respect du sacré.

Mais Jésus va plus loin et sa place au niveau de la conscience qu’il a de sa mission. « Il y a ici plus grand que le Temple ». Sa qualité d’envoyé de Dieu, de Fils de Dieu autorise Jésus à remettre en question les institutions telles que le Sabbat ou le Temple lorsqu’elles ne sont plus conformes à la Volonté de Dieu qui a donné la Loi.

Le Dieu pour la vie, le Dieu de Vie qui nous a été révélé dans la première lecture nous appelle à la Vie et sa loi est une Loi de Vie. Les arrêtés d’exécution qui précisent cette loi et se veulent un guide pratique pour la mettre en application, ne sont que des préceptes humains. Et à ce titre, ils sont toujours à confronter avec le dynamisme originel de la Loi.

Il me semble que ce texte est plus interpelant qu’il n’y paraît à première vue car il met en évidence une grave tentation, qui n’est autre que la tentation d’Adam et Eve : faire son salut par soi-même. La créature s’empare de l’œuvre de Dieu, ici en l’occurrence la loi, et la manipule. Lorsque l’être humain absolutise et sacralise les moyens qu’il juge efficaces pour le salut, il en arrive à craindre tout ce qui peut mettre en péril la sécurité qui lui vient des observances. Il en vient à supprimer sa liberté et celle des autres au profit d’une assurance qui cache mal sa précarité. Il en vient à vendre son droit d’aînesse pour un plat de lentilles...

Jésus nous rend à notre liberté première en nous invitant à faire du sabbat non pas une observance qui nous garantit une justice aussi raide que morte, mais ce qu’il est vraiment, un temps pour Dieu, un temps avec Dieu, un temps où l’être humain libéré des astreintes du quotidien, s’avance librement à la rencontre du Dieu source de vie, source de fécondité. Ce Dieu qui donne sens à notre labeur en en faisant un chemin de vie.

Le Sabbat est un don de Dieu pour la Vie.

Sr Elisabeth écrit le 18 juillet 2014

jeudi 16 juillet 2026

Liturgie de la Parole 15e jeudi TO-II Matthieu 11, 28-30 ; Isaïe 26, 7-9.12.16-19 ; Psaume 101, 13-21

Au Carmel

Homélie

La journée est terminée, on est enfoncé dans le canapé pour se reposer mais la tête, elle, continue de travailler. Les conversations que l’on a eues, les soucis qui peuvent nous accabler et déjà les décisions de demain s'invitent déjà. Nous sommes couchés mais nous ne sommes pas vraiment reposés.

 Je crois que Jésus connaît bien ce cœur humain. C'est pourquoi il ne dit pas : « Venez dormir », il n’est pas un super Zolpidem ; il dit : « Venez à moi... et je vous procurerai le repos. » Le repos dont parle l'Évangile est beaucoup plus profond. C'est ce lieu intérieur où nous cessons enfin de porter seuls le poids de notre existence.

 La première lecture nous y prépare admirablement. Isaïe fait monter une prière du peuple au milieu de l'épreuve. Et cette phrase retient l'attention : « Mon âme, la nuit te désire. » Quelle belle définition de la foi ! La foi n'est pas l'absence de nuit mais elle est une manière de traverser la nuit. Même lorsque Dieu semble silencieux. Même lorsque les réponses tardent.

 Le Carmel est précisément l'école de cette attente. Une montagne où le prophète Élie apprit à reconnaître Dieu, non dans la violence du vent ou du feu, mais dans « le murmure d'une brise légère ». Marie appartient à cette même école. Elle accueille, elle médite et surtout, elle laisse Dieu faire son œuvre dans le silence.

Saint Jean de la Croix écrivait : « Le Père n'a dit qu'une seule Parole : son Fils ; et c'est dans un éternel silence qu'il la dit ; c'est dans le silence que l'âme doit l'entendre. » Le Carmel nous apprend à reconnaître le Seigneur dans le silence. Le Carmel c’est bien plus qu’une montagne. C'est un cœur où Dieu peut enfin trouver le silence pour parler.

 Et voilà que Jésus ajoute : « Prenez sur vous mon joug. » Étrange non ? Il vient de promettre le repos, et voilà qu’il parle d'un joug. Contradictoire ? Non. Le joug du Christ n'ajoute pas un poids supplémentaire. Je vous ai déjà cité Benoît XVI, à sa première messe comme Pape : « Celui qui croit n'est jamais seul. » Cette phrase prend aujourd'hui une résonance particulière. Le véritable repos naît de cette certitude. Je ne suis jamais seul. Même dans mes nuits. Même dans mes fatigues. Même lorsque je ne comprends plus le chemin.

 Notre-Dame du Mont Carmel est précisément cette présence maternelle qui nous conduit vers le Christ. Le scapulaire, si cher à la tradition carmélitaine, n'est pas un porte-bonheur. Il est le signe d'un engagement réciproque : vivre revêtu du Christ à l'école de Marie. Thérèse de l'Enfant-Jésus, fille du Carmel, écrivait : « Tout est grâce. »  C'est peut-être cela, le repos chrétien. Découvrir que tout peut devenir grâce lorsque nous le remettons entre les mains du Christ.

Marie du Carmel ne nous retient jamais auprès d'elle. Elle nous montre son Fils, lui qui nous murmure aujourd’hui : « Viens à moi... » Mon nom est Emmanuel, je suis Dieu-avec-toi.

Pierre Hannosset le 16 juillet 2026

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