jeudi 3 septembre 2026

Liturgie 3 septembre saint Grégoire le Grand Luc 5, 1-11 ; Romains 1, 1-7 ; Psaume 95, 1-3.7-8.10 *

* Sœur Marie-Raphaël commente ces lectures, mais ce ne sot plus celles qui sont lues en cette fête. Les lectures lues sont : 2 Corinthiens 4, 1-2, 5-7 ; Psaume 95, 1-2.2-3.7-8.10 ; Luc 22, 24-30

 

Introduction

« Avance au large », dit Jésus à Pierre, et sur la parole du Christ, Pierre réalise une pêche miraculeuse. « Avance au large », dit-il à Grégoire, et Grégoire accepte, malgré sa fatigue et son goût pour la vie cachée de prendre sur lui la charge de l’église.

Les lectures de ce jour sont bien choisies pour fêter ce saint qui nous tient à cœur. La barque de Pierre où se déroule, selon Luc, cette première rencontre avec Jésus, rencontre qui se termine par un appel sans équivoque : « sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras ». Et la première lecture qui est le tout début de la lettre aux Romains, l’ouverture, pourrait-on dire, de ce grand traité où saint Paul va tenter d’exprimer et d’expliquer l’immense évangile du Christ.

Mais saint Grégoire, c’est aussi, pour nous, le biographe de saint Benoît, qu’il a d’abord suivi dans la vie monastique. Fidèles à ces grands maîtres qui nous entraînent, avançons au large dans notre prière.

 

Commentaire

Quand Paul écrit aux Galates, aux Philippiens, aux Thessaloniciens, aux Corinthiens… il connaît personnellement les personnes à qui il s’adresse. Au contraire, sa lettre aux chrétiens de Rome s’adresse à des personnes qu’il ne connaît pas encore : il a entendu parler de leur foi et il souhaite les rencontrer. Cela explique sans doute le ton beaucoup plus solennel par lequel il ouvre la lettre. Cette lettre qui est un véritable traité théologique, reprenant en profondeur tous les thèmes déjà abordés dans ses lettres précédentes.

Ces 7 premiers versets que nous venons d’entendre sont un véritable défi pour les traducteurs. C’est une adresse solennelle qui tient d’un bout à l’autre dans une seule phrase. Pour la rendre audible en traduction, il a fallu couper cette phrase en plusieurs morceaux et déplacer vers le début quelques mots de la fin. Comme l’ouverture d’un opéra, où s’annoncent déjà de manière voilée tous les grands thèmes de l’ensemble, ainsi cette adresse aligne un certain nombre de mots qui préparent les thèmes à venir :

-        L’appel de Dieu, un appel à la sainteté, un appel à la mission d’annoncer l’évangile.

-        La continuité avec les prophètes et la nouveauté de l’évangile.

-        Le mystère de « Jésus Christ notre Seigneur », dans son incarnation, sa filiation divine, sa résurrection.

-        Le rôle de l’Esprit

-        L’obéissance de la foi.

Je voudrais simplement m’arrêter un instant sur cette expression : « obéissance de la foi ». C’est un génitif explicatif, c’est-à-dire qu’il faut comprendre : « l’obéissance qu’est la foi ». Tout au long de sa lettre, Paul va filer ce thème de la foi et de l’obéissance. On comprendra qu’il ne s’agit pas d’une soumission aveugle, mais d’une écoute : une « écoute affinée » (hupakoè), par opposition à la « désobéissance » qui est, en fait, non pas un refus d’écouter, mais une mauvaise écoute, un « malentendu » (parakoè). Et Paul va comparer le péché d’Adam à un « malentendu » qui entraîne la mort d’un grand nombre, alors que l’obéissance du Christ, à elle toute seule, va sauver la multitude.

La foi est une obéissance : que veut-il dire ?

Obéir, c’est tout d’abord écouter, écouter attentivement, finement. Littéralement « écouter par en-dessous », on pourrait dire « sous-entendre », entendre même ce qui ne se dit pas, ce qui s’exprime en sous-entendu, entre les lignes. Pour en arriver à une telle écoute, il faut très bien connaître celui que l’on écoute, il faut l’écouter longuement, jusqu’à ce qu’on comprenne ce qu’il veut dire avant même qu’il ne parle… C’est ce qui se passe dans l’amitié. Patience et persévérance, pour entrer dans l’amitié avec Dieu. Cela rejoint la RB : obéir, c’est tendre l’oreille de son cœur, c’est percevoir la volonté de Dieu, le désir de Dieu, entre les lignes…

Obéir, ensuite, c’est faire confiance à la parole de celui qui m’interpelle. C’est lui accorder ma foi.

Obéir, c’est alors répondre. La foi est une réponse à un don qui nous précède. Le don de Dieu est toujours premier, et par la foi, je l’accueille dans ma vie. Cette réponse doit être celle d’un être libre, pas une contrainte, mais une réponse joyeuse et spontanée qui vient du plus profond de l’être.

Et la réponse va se traduire, dans un comportement accordé au don reçu : la foi s’exprime dans la charité, dira saint Paul.

La lettre aux Romains, c’est une longue méditation sur le mystère du Christ, mais c’est aussi, parallèlement, une longue méditation sur la foi, l’accueil des hommes à ce mystère. Accueillons donc cette salutation de Paul, puisque, nous aussi, nous faisons partie des nations païennes qu’il veut évangéliser. Entrons dans la foi comme dans une obéissance profonde et librement choisie. Méditons ces paroles de saint Grégoire (entendues dans la lecture de Vigiles ce matin) : « Lorsqu’une âme en prière aspire, haletante, à voir celui qui anime sa vie, enflammée des désirs divins, elle s’unit au monde d’en haut, elle se détache du monde d’en bas et dans l’amour de sa ferveur, elle s’ouvre pour accueillir, et en accueillant elle s’embrase. » (St Grégoire)

 

Conclusion

Saint Grégoire n’a pas hésité à te prêter sa barque, Seigneur, et sur ta parole, il a avancé en eau profonde, il a jeté le filet et recueilli une abondante pêche. Tu as fait de lui le successeur de Pierre et il a mené ton église avec intelligence, audace, courage et sagesse. Comme lui, donne-nous l’audace d’écouter ta Parole et d’en vivre, fais de nous tes disciples, fais grandir notre foi, afin que nous puissions te rendre gloire par notre justice, toi qui règnes…

Sr Marie-Raphaël le 3 septembre 2020

mercredi 2 septembre 2026

Liturgie de la Parole 22e mercredi TO-II Luc 4, 38-44 ; 1 Corinthiens 3, 1-9a

Accueil

Bonjour ! Quelle chance ! Nous avons aujourd’hui deux beaux textes offerts sur la table de la Parole !

Le premier plat qui nous est servi est amer : les divisions dans la communauté de Corinthe ! Pourquoi ? Parce que chacun se réclame de SON Apôtre ou Évangélisateur. Rien de neuf sous le soleil ! Mais Paul en profite pour donner l’ingrédient qui change l’amertume en nourriture de vie. Il nous recentre sur l’essentiel : « Seul importe celui qui donne la croissance : Dieu… Vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison qu’il construit. » Laissons-nous construire !

Le plat de résistance, l’évangile, nous présente Jésus qui guérit, par l’imposition des mains, tous ceux qui lui sont amenés. Mais il refuse d’être mis au service de quelques-uns, « Aux autres villes aussi, il faut que j’annonce la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé. ». Laissons-nous évangéliser.

Amenons maintenant à Jésus tous ceux que nous portons dans notre cœur, les intentions de l’Église et du monde et prions-le avec les paroles que lui-même nous a données dans les psaumes.

 

Méditation

À qui appartiens-tu ? Ou plutôt, à qui choisis-tu d’appartenir ? Tel pourrait-être le résumé de la 1ère lecture. Celui que se croit libre de tout maître est dans l’illusion, car il est esclave de lui-même, de ses pensées, de ses envies, de ses pulsions. (cf. Romains 6,6.15-18)

Nous avons un maître mais lequel ? Choisis-tu un maître qui te ramène à lui, ou un maître qui te tourne vers un Autre ? Les véritables maîtres sont des accompagnateurs : ils sont « Des serviteurs par qui vous êtes devenus croyants, et qui ont agi selon les dons du Seigneur à chacun d’eux. »

Ils agissent en esprit de communion et non de division. Ils sont des collaborateurs de Dieu. Quelle belle mission : travailler avec Dieu ! Quoique nous fassions, quoique nous disions, quoique nous pensions, si nous le vivons en collaboration avec Dieu, avec l’Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu en nous, cela change tout. Pas besoin d’une mission visible, dans la foi, gardons au cœur cette certitude : nous sommes les collaborateurs, les collaboratrices de Dieu ; il y a de fortes chances que nous ne voyions le fruit de cette collaboration, que lorsque nous serons auprès de LUI. Qu’importe. Que la joie de notre cœur vienne de lui, que notre confiance soit dans son Nom très saint.

Dans l’évangile, la belle-mère de Simon est « oppressée par une forte fièvre ». Il y a toutes sortes d’oppressions intérieures et extérieures. Que faire ? « On demanda à Jésus de faire quelque chose pour elle » : c’est magnifique comme non précision ! ON, c’est-à-dire, n’importe qui, pourquoi pas moi ? « Quelque chose » : Jésus c’est toi qui sais ce qui est bon pour elle, pour la personne que je te présente, pour moi aussi.

Que fait Jésus ? D’abord «  il se penche » vers la personne : il la regarde, il n’y a plus qu’elle et lui en vis-à-vis. Puis il menace ce qui opprime, et la cause du mal quitte la belle-mère. Quitter, c’est partir pour au moins un temps assez long. Pas d’illusion : le mal peut revenir nous tenter et entrer en nous si nous lui entrouvrons la porte, mais Jésus est toujours là pour nous soigner. La traduction littérale est en effet « soigner » plutôt que « guérir »: Guérir c’est instantané, voire magique ; soigner prend du temps et agit à peu, le soignant et le soigné collaborent pour prendre le dessus de la maladie.

Conséquences de l’intervention de Jésus : la femme se lève (et donc ressuscite, c’est le même verbe) et sert Jésus ! Elle est pleinement réhabilitée dans sa vocation, sa mission. Le sabbat ne pouvait être célébré puisque la mère de famille, qui doit allumer les lumières qui inaugurent le Sabbat, était malade, au lit. Bien sûr, servir est sa mission de femme telle que vue si souvent autrefois comme aujourd’hui ! Mais je pense aussi qu’elle vivait déjà ce que Jésus dira à ses disciples, dans ce même évangile de Luc, la veille de sa mort : « Que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » (Luc 22,26-27). Jésus est le Maître et le Seigneur (Luc 22, 11 et 38), le plus grand, et bien, il est au milieu des siens comme celui qui sert ! Et cette femme devient à son tour la plus grande parce qu’elle sert !

 

Seigneur que je vive avec toi, que je sois au milieu de celles avec qui je vis comme celle qui sert, et qui trouve sa joie à servir ! Et quand il m’arrive de grogner intérieurement parce que «  c’est encore moi qui fais cela » viens pacifier mon cœur et vivre en moi ta joie de servir dans l’amour. Que je vive de plus en plus la joie des enfants du Père « servir Dieu rend l’homme libre comme lui » comme le chante une hymne (Pour que l’homme soit un fils à son image)

 

Introduction au Notre Père

« Seul importe celui qui donne la croissance : Dieu » Tournons-nous vers celui qui cultive nos cœurs, leur donne la croissance, leur fait porter du fruit et chantons-lui…

 

Prière de conclusion

Seigneur Jésus, tu as été envoyé pour annoncer la Bonne Nouvelle du règne de Dieu à tous. Donne-nous, donne aux hommes d’aujourd’hui d’entendre cette Bonne Nouvelle et de l’accueillir ; qu’ils se laissent guérir par toi de tout ce qui les oppresse, qu’ils se lèvent et soient tes collaborateurs et tes serviteurs qui agissent selon tes dons à chacun d’eux. Que ta vie grandisse dans les cœurs et porte du fruit pour ta plus grande gloire et le salut du monde. Toi qui nous aimes et nous conduis au Père dans l’Esprit dès maintenant et pour les siècles des siècles.

Sr Marie-Christine le 2 septembre 26

mardi 1 septembre 2026

Liturgie de la Parole 22e mardi TO-II Luc 4, 31-37 ; 1 Corinthiens 2, 10b-16 ; Psaume 144

Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création

 

Homélie

Il y a des paroles qui ne changent pas grand-chose. On les entend, on les oublie, et cinq minutes plus tard, tout est comme avant. Et puis il y a des paroles qui ont quelque chose de différent : elles nous atteignent, elles déplacent quelque chose en nous, elles nous mettent debout.

Dans l’Évangile, les gens de Capharnaüm sont frappés par l’enseignement de Jésus : « Sa parole était pleine d’autorité. » Et cette autorité, Jésus ne l’exerce pas pour dominer. Il l’exerce pour libérer. Un homme tourmenté par un esprit mauvais est là. Jésus ne discute pas longuement avec lui. Il parle. Et l’homme est délivré. Cela nous dit quelque chose de très profond sur la Parole de Dieu : elle n’est pas simplement faite pour nous informer ; elle est faite pour nous transformer. Saint Paul nous dit aujourd’hui que l’Esprit de Dieu « scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu ». L’Esprit nous fait donc entrer dans un regard nouveau.

Nous croyons parfois connaître le monde parce que nous savons le mesurer, l’exploiter, le transformer. Mais l’Esprit nous apprend à le recevoir. 

Et c’est particulièrement important aujourd’hui, en cette Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création. Car la Création n’est pas un objet posé devant nous. Elle est un don. Le psaume le chante avec une simplicité magnifique : « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. Le Seigneur est bon envers tous, sa tendresse est pour toutes ses œuvres. » Toutes ses œuvres. Pas seulement l’être humain. Toute la Création est enveloppée dans la tendresse de Dieu. Voilà pourquoi prendre soin de la Création n’est pas une mode, ni seulement une question de comportement écologique. C’est aussi une question spirituelle : quel regard portons-nous sur ce qui nous est donné ? Le pape François écrivait dans Laudato si’ : « La nature n’est rien d’autre qu’une certaine raison de l’art de Dieu. » 

Si le monde est œuvre de Dieu, alors nous ne pouvons plus le regarder comme une simple réserve de matières premières. Une rivière n’est pas seulement de l’eau. Une forêt n’est pas seulement du bois. La terre n’est pas seulement un sol à exploiter.

Une créature n’est pas seulement quelque chose dont nous pouvons disposer. Il y a là une beauté qui nous précède et dont nous ne sommes pas propriétaires. Et peut-être que notre conversion écologique commence moins par une liste d’interdictions que par un émerveillement retrouvé.

Car ce que nous apprenons à aimer, nous cherchons naturellement à le protéger. Jésus, dans l’Évangile, fait sortir l’homme du chaos qui l’habite. Et nous pouvons lui demander aujourd’hui de faire la même chose en nous : de chasser ce qui nous rend indifférents, ce qui nous fait croire que nous pouvons prendre sans limite, consommer sans mesure, jeter sans conséquence. La Création nous est confiée. Dans le récit biblique, Dieu place l’homme dans le jardin « pour le cultiver et le garder ». Pas pour le posséder. Cultiver et garder. Deux verbes qui pourraient devenir aujourd’hui notre manière de vivre. Alors peut-être que cette journée nous invite simplement à retrouver un regard. Regarder un arbre. Écouter un oiseau. Sentir la pluie. Contempler le ciel. Et nous dire : « Tout cela ne m’appartient pas. Tout cela m’est confié. » Alors notre prière ne sera plus seulement une prière pour la Création. Elle deviendra une prière avec la Création. Et peut-être entendrons-nous, dans le silence du monde, cette parole de Dieu qui continue de créer : « Voici, cela est bon. »

Pierre Hannosset le 1er septembre 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/08/journee-mondiale-de-priere-pour-la.html 


lundi 31 août 2026

Liturgie de la Parole 22e lundi TO-II Luc 4, 16-30

Jésus à la synagogue de Nazareth

Méditation

Depuis qu’il a fait l’expérience du désert, Jésus prend, de temps en temps, la parole le jour du Sabbat.

Aujourd’hui, il revient chez lui, à Nazareth. Il connait bien les habitants du son village : ses voisins, ses cousins, ses amis… ils ont joué ensemble, sont allés ensemble à la synagogue, se sont entraidés, taillé une petite bavette sur la place du village.

Donc, nous pouvons imaginer que tous ces auditeurs sont particulièrement curieux.

Pensez ! Un jeune du village qui va parler ! Marie, est sans doute présente aussi : elle ne perdra pas un seul mot de son Fils !

Regardons Jésus : il se lève. Sa vigueur et sa décision sont impressionnantes : pas le moindre signe d’hésitation ! Il est concentré, … sous le regard du Père, sa communion avec lui, est palpable et de plus, il a une conscience aigüe de la mission que celui-ci lui a confié. Et il l’a embrassé librement.

Arrêtons-nous un instant et posons-nous quelques questions :

… lorsque je m’éveille le matin,

-   est-ce que je laisse le regard du Père, plein de tendresse, s’incruster dans mes yeux qui s’ouvrent ?

    -   est-ce que j’accueille, le baiser d’amour qu’il pose sur mon front, signe de notre connivence pour le jour nouveau qui commence ?

    -   Et parfois, la mission qui m’est confiée est érodée ? Quelle en est la raison ?

    -   Qu’est-ce qui affaiblit mon ardeur apostolique ?

Reportons notre regard sur Jésus :

On lui donne le rouleau d’Isaïe et après l’avoir déroulé, il trouve le passage ….

« L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a consacré par l’onction … 

Tiens ! … Jésus a-t-il trouvé ce passage par hasard ? Ou … cherchait-il vraiment ce texte ? Voulait-il lire celui-là, et pas un autre ? …..

Ce qui est certain, c’est que Jésus a certainement médité longuement ces paroles et il les a faites siennes. C’est flagrant aujourd’hui !

Son homélie qui suit est … on ne peut plus courte !

« Aujourd’hui, ce passage de l’Ecriture s’accomplit devant vous ! »

Une annonce inattendue, inouïe, étrange aussi …

Oui, Jésus a lu ce qu’il a voulait faire entendre car, avec ces paroles, il se présente indirectement lui-même.

Au début, tous sont accueillants et admiratifs de son message d’espéranceMais très vite … un doute affreux se glisse, non plus sur le message de Jésus mais …sur sa personne : « N’est-il pas le fils de Joseph, notre charpentier ?

Comment celui que nous connaissons peut-il être celui que Dieu a consacré de manière unique ? Pas possible ! Il se prend pour qui ???? »

Bien sûr tous ces gens n’étaient, ni à l’Annonciation, ni à l’annonce aux bergers, donc comment pourraient-ils savoir …. !

Et Jésus connaît leurs combats intérieurs. 

Mais n’est-il pas un peu provocateur, lui !

« Oh ! Vous allez me dire que vous avez appris les miracles ce que j’ai fait à Capharnaüm, alors fais de même ici ! … Et bien oui !  « Médecin guéris-toi toi-même !!! »

Puis, il continue encore avec des exemples qui font mal à entendre : « Les prophètes Elie et Elisée, c’est en dehors de vos frontières qu’ils ont accompli des miracles ! Parce que les pauvres qui les ont abordées avaient le don lumineux de la confiance et de la foi ! »

Ce qui vous manque ! … semble dire Jésus !!!

La discussion se prolonge et s’envenime si bien que la foule s’apprête à le précipiter du haut de la colline. « Mais lui, passa et alla son chemin ! »

En passant ainsi au milieu d’eux, essayons de percevoir L’ETAT D’AME de Jésus :

Tristesse pour ses concitoyens ? … sérénité de se savoir le Oint de son Père ?

Et moi, où en suis-je avec ce texte ????

Libre ou prisonnière du regard d’autrui.

Accueillante à un échange de regard, franc et réciproque, avec le Seigneur puisque l’Esprit est sur lui et sur moi ?

 

Notre Père

En Jésus, le messager et le message sont parfaitement un.

Et en moi, …. y a-t-il cohérence entre ma vie et ma foi ? entre ce que je dis et ce que je fais ?

Demandons à notre Père, de nous éclairer dans toutes nos façons d’être et d’agir.

Sr Anne-Françoise le 31 août 26

dimanche 30 août 2026

Liturgie de la Parole 22e dimanche A Matthieu 16, 21-27 ; Jérémie 20, 7-9 ; Romains 12, 1-2

Homélie

En lisant l’évangile de ce dimanche, m’est revenu en mémoire ce qu’un de mes confrères, ancien missionnaire en Inde, aimait nous dire quand quelqu’un traversait une phase difficile : You’re not going to heaven in a rocking chair - on ne va pas au ciel dans un fauteuil à bascule, où l’on se balance d’avant en arrière et d’arrière en avant, en se laissant bercer tranquillement. Non, la vie comporte des moments difficiles, des crises et des passages arides dont rien ni personne ne saurait nous garder ! Et c’est encore peu par rapport à ce qui attend Jésus sur sa route vers Jérusalem : l’hostilité croissante des pharisiens et des grand-prêtres, la Passion et la mort sur la croix de celui qui avait passé sa vie à faire le bien ! « Comment est-ce possible ? m’avait demandé une personne en accompagnement, Dieu n’a-t-il pas promis aux chrétiens qu’ils seraient toujours dans la joie ? »

 

Nous portons tous en nous cet espoir secret que tout aille sans douleurs ni trop d’efforts, sans secousses ni mises en cause. Pour nous-mêmes, mais plus encore pour ceux qui nous sont chers ! Aussi la réaction de Pierre traduit-elle son amour pour Jésus : comme toutes les personnes qui aiment, il ne veut que le meilleur pour son ami. Mais le Royaume de Dieu ne s’établit pas en toute tranquillité, sans obstacles ni oppositions. Les prophètes en ont fait l’expérience à leurs dépens et Jésus n’est pas dupe. Il sait bien que sa parole aussi rencontre une opposition féroce et que ses ennemis en veulent à sa vie. Et il est bien décidé à faire ce chemin pour court-circuiter le cycle vicieux de la violence, pour prendre sur lui tout péché et toute méchanceté que les hommes sont incapables de porter par eux-mêmes.

 

C’est la logique du véritable amour qui s’oppose à la logique trop humaine de Pierre, la folie de l’amour qui désarme la raison humaine et mondaine. Car, dans cette dernière, malgré des accès de générosité, on a hâte de se mettre à l’abri soi-même, tandis que la folie de l’amour, la vérité de l’amour se dit dans le don de soi. C’est pourquoi saint Paul peut inviter les chrétiens de Rome (2e lecture) à se donner entièrement avec leur corps et leur personne tout entière à Dieu et à son œuvre. Et le prophète Jérémie (1ère lecture) nous révèle le ressort secret de ce don de soi, qui nous semble bien souvent au-delà de nos forces : c’est l’amour fort et premier du Seigneur qui nous a saisis et comblés, un amour auquel on ne voudrait renoncer pour rien au monde, car il est « comme un feu brûlant dans mon cœur, comme enfermé dans mes os. » Sans cet amour sans égal du Père dont Jésus a fait l’expérience dans sa vie humaine, il n’aurait pas pu aller jusqu’au bout le chemin de la croix ! S’il n’en avait pas pris conscience et vécu dans cette conscience, cette exigence aurait même pu le conduire à la folie et au désespoir !

 

Voilà peut-être le cœur du message de la Parole de Dieu aujourd’hui : non pas nous demander à quoi il va encore falloir renoncer (cf. blague d’un jésuite : si on a déjà renoncé à tout, pourquoi encore se priver ?) ou discuter sans fin pourquoi la souffrance fait partie de la vie de chacun.e, mais revenir vers cet amour premier qui nous a séduits et qui est l’oxygène de nos vies, en particulier religieuses. Ce n’est que librement et porté par l’amour personnel que j’ai pour Jésus que je peux dire oui à sa croix, autrement elle devient aliénante, dépersonnalisante, voire toxique ! Mais si je fais confiance au Christ, qui m’a aimé et s’est livré pour moi, comme aimait le répéter sainte Elisabeth de la Trinité, je peux le suivre même en étant hué, maltraité ou en subissant des injustices et des attaques sournoises contre ma santé, ma réputation ou mes projets de vie. Et nous pouvons être sûrs que Dieu nous envoie de telles épreuves seulement par amour et si elles ne dépassent pas nos forces ! Chacun.e peut ainsi être amené à différents moments de sa vie à discerner si un passage particulièrement éprouvant n’est pas un appel à prendre sur soi sa croix, à accepter ce qui lui tombe dessus avec patience et dans la foi. Non pas qu’il faille dire oui à et glorifier toute souffrance, mais elle peut devenir pour un chemin de vie plutôt que de destruction, car elle me conduit à la suite de Jésus non seulement à la croix, mais aussi à la résurrection et à la vie en plénitude, à laquelle aspirent tous les hommes.

 

Face à cette perspective, les raisons apparemment logiques de Pierre, ces raisons proprement mondaines en ce qu’elles nous attachent aux réalités terrestres prises comme un absolu, pâlissent et perdent de leur attraction. Combien plus la perspective divine prend-elle de l’éclat : gagner sa vie en la perdant dans un don de soi libre et aimant ! L’exemple de jeunes adultes, ces dernières années, qui trouvent ou retrouvent le chemin de la foi, mus par un désir d’absolu et de vérité, doit nous encourager à refaire le pari de l’abandon à Jésus, de relativiser les valeurs de notre société pour épouser avec ferveur celles de l’évangile !

Père Josy Birsens, jésuite, Hurtebise le 30 août 26