Liturgie 5e samedi de Pâques Jean 15,18-21 ; Actes 16, 1-10 ; Psaume 99
Voyage
Homélie
On n’est pas dans les vacances de monsieur Hulot, ni dans le Tour du monde en 80 jours, mais les Actes des Apôtres aujourd’hui ressemblent presque à un récit de voyage. Paul part, Timothée le rejoint. On traverse des régions, on cherche où aller. Et surtout… l’Esprit Saint ferme certaines portes. Ce qui, reconnaissons-le, est rarement notre passage préféré dans la vie spirituelle et dans notre vie tout court. Nous aimons les portes ouvertes, les confirmations claires, les réponses rapides. Mais Paul découvre quelque chose d’essentiel : même les détours peuvent être inspirés par Dieu. Il voulait aller en Asie. L’Esprit ne le permet pas. Il tente ailleurs. Encore non.
Et finalement, dans la nuit, une vision : « Passe en Macédoine et viens à notre secours ! » Alors ils partent. C’est beau, parce que l’Évangile avance ainsi : non pas comme un GPS céleste ultra-précis, mais comme une confiance qui apprend à écouter. Mais, c’est clair que nous aimerions parfois que Dieu parle un peu plus clairement. Quelque chose comme : “Dans 200 mètres, tournez à droite vers la sainteté.” Ce serait plus simple.
Mais Dieu préfère souvent conduire par une présence plutôt que par un plan détaillé.
Et pendant ce temps, le psaume chante : « Acclamez le Seigneur, terre entière ! » Étonnant contraste. Parce que les lectures parlent aussi de refus, d’opposition et même de persécution. Et Jésus nous prévient : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. » Voilà une phrase qu’on ne met pas naturellement sur le miroir de sa salle-de-bain pour avoir une belle journée. Et pourtant, elle est profondément vraie. Le Christ ne nous promet pas une existence sans résistance. Mais il nous promet : de ne jamais nous laisser seuls. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux chrétiens, aujourd’hui, en Iran … Dans son homélie avant l’exil, saint Jean Chrysostome écrivait : « La tempête est autour de moi, mais elle n’est pas en moi ; les flots sont agités, mais ils ne peuvent couler le navire du Christ. » Autrement dit, si je marche avec Dieu, je ne crains rien.
Et Jésus ajoute : « Parce que vous n’appartenez pas au monde… » Attention : cela ne veut pas dire mépriser le monde. Le Christ aime le monde. Mais cela signifie : ne pas laisser le monde décider seul de notre manière d’aimer, de pardonner, de vivre. Le chrétien avance autrement. Il ne répond pas à la haine par la haine. Il ne nourrit pas la violence. Il ne désespère pas de l’homme. Même lorsque cela semble naïf.
Et peut-être que parfois dans nos vies, nous vivons des portes qui se ferment, des directions pas très sûres ou des chemins qu’on ne comprend pas du premier coup. Alors, rappelons-nous que le Seigneur nous conduit même dans les nuits et que parfois ce qui semblait être une impasse, n’était en fait qu’un passage, une pâque. Timothée, Paul et leurs compagnons ne savaient pas encore qu’en traversant vers la Macédoine, l’Évangile allait entrer en Europe et pour nous à Liège Ils ont simplement répondu à un appel. Et cela a changé l’histoire.
Le Seigneur ne nous demande que cela : être disponibles à l’Esprit, aux appels inattendus qu’il nous envoie, même quand tout n’est pas clair. C’est souvent après coup qu’on se dit : « Ah, c’était pour ça ». Le Seigneur ouvre des chemins là où nous ne voyions que des frontières.
Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !
Pierre Hannosset le 9 mai 26
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