vendredi 24 juillet 2026

Liturgie 16e vendredi TO-II Matthieu 13, 18-23 ; Jérémie 3, 14-17

Homélie

« Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur, ils vous conduiront avec savoir et intelligence. »

Et cette promesse encore doit valoir aujourd’hui. Que cela ne nous empêche pas de prier à cette intention comme nous l’avons fait à l’office de Laudes.

Quant à l’Evangile de ce jour, il rapporte l’explication Jésus de sa parabole, celle du semeur. Alors je me suis posé la question : Est-ce bien la peine de donner une explication à l’explication ?

Je vais plutôt me risquer – et que le Seigneur me pardonne si je me plante ! – de voir, outre son explication, une ou deux autres possibles explications à sa parabole.

Partant de ce constat, qui m’a toujours un peu intrigué, que le semeur en question dans la parabole, le semeur sème vraiment n’importe où, pas seulement dans la bonne terre, mais aussi dans les ronces, sur du sol pierreux et au bord des chemins. Ce semeur fait vraiment n’importe quoi. Il est un peu fou, ou un peu distrait, peut-être qu’il a un verre dans le nez, enfin je ne sais pas ! Mais il sème en dépit de toutes les réserves que pourrait avoir un spécialiste, quelqu’un qui sait ce que ça signifie semer. Le semeur est fou peut-être, mais n’est-il pas un peu fou d’espérance, espérant que le sol pierreux, les bord durcis du chemin ou les ronces, laisseraient passer quand même, malgré tout, quelques petites pousses vigoureuses. Autrement dit : même là, même là, un jour, qui sait, la Parole porterait du fruit. Qui sait ?

Et puis… encore une autre nuance, Seigneur, encore ceci : tous ces sols dont tu nous parles, des plus féconds aux plus arides, ne se retrouvent-ils pas tous dans le cœur de tout homme, de toute femme ? Et le semeur un peu fou, un peu fou d’espérance, ne fait pas de distinction dans nos cœurs, entre ce qui est, de toute façon, prometteur et ce qui en apparence ne l’est pas ou ne l’est plus. Ce semeur-là sème dans notre cœur partout. Il inonde en quelque sorte notre cœur de sa Parole. À la mesure sans mesure de son immense amour…

Amen.

Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 24 juillet 26

jeudi 23 juillet 2026

Liturgie  de la Parole 23 juillet Ste Brigitte co-patronne de l'Europe Jean 15, 1-8 ; Tobie 8, 4b-7 

Homélie

Sainte Brigitte, épouse et mère de 8 enfants, - c’est pas mal ! - Ste Brigitte et son mari firent le pèlerinage de St Jacques de Compostelle. Et à leur retour en Suède, ils décidèrent ensemble de consacrer leur vie au Seigneur, de placer leur vie de couple et de parents entièrement sous le regard de Dieu. C’est la raison pour laquelle l’Eglise nous propose, pour honorer Ste Brigitte, la prière de Tobie et de Sarra au soir de leur mariage. Une très belle prière que nous avons entendue, au moins en partie. Et qui fait aujourd’hui partie du choix des lectures bibliques pour les fiancés qui préparent leur messe de mariage.

Quant à l’Évangile, il évoque la vie que Brigitte a choisie de vivre lors de son veuvage, et qui aboutit dans la fondation de l’ordre du Saint Sauveur- congrégation que l’on appelle communément les brigittines, mais c’est quand même plus joli de parler d’ordre du Saint Sauveur ! Elle choisit la vie consacrée, et de fonder cet ordre religieux, qui a connu une aile masculine, et si je me souviens, c’était la mère abbesse qui avait juridiction sur les deux ! Une bonne trouvaille ! 

Revenons à l’Evangile : demeurer, demeurer en Christ. Demeurer, le verbe est utilisé 9 fois dans ce bref petit passage. Demeurer en Christ et DONC être émondé- car, pour que la vigne porte du fruit, pour que le Christ puisse rayonner, l’un ne va pas sans l’autre. Et je peux personnellement en témoigner - il m’est arrivé jadis de travailler dans les vignes du vignoble charentais. Et nous allions en hiver « tirer les bois ». C’est-à-dire, tirer ce que le vigneron avait fait que nous passions : Le vigneron était passé en coupant résolument, résolument, d’immenses morceaux de sarments, pour qu’au printemps, tout puisse reprendre et jaillir de plus belle. Et ramassant le bois mort pour qu’il brûle, je vous avoue que j’étais SIDERE de voir tout ce que le vigneron avait estimé nécessaire de couper dans sa vigne, en vue d’abondantes vendanges l’année suivante, inouï, inouï ! Émonder, perdre, renoncer, lâcher prise… tout cela pour demeurer en Christ. Demeurer avec patience, fidélité, persévérance. Cela, l’un ne va pas sans l’autre, Brigitte l’a bien compris. Puissions-nous, nous aussi le comprendre pour devenir, comme elle, de plus en plus disciple du Bien-Aimé et, pour la gloire du Père, porter beaucoup de fruits, Beaucoup. Beaucoup. 

Amen

Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 23 juillet 26


mercredi 22 juillet 2026

Liturgie de la Parole 22 juillet Ste Marie-Madeleine Jean 20, 1.11-18 ; Cantiques des cantiques 3, 1-4a 

Homélie

Il y a dans les fameux musées du Vatican une salle consacrée aux tapisseries de Bruxelles, de magnifiques et gigantesques tapisseries du XVIIe siècle je crois. L’une d’entre elles représente la scène que nous venons d’entendre dans l’Evangile. Et on y voit, au premier plan, Marie-Madeleine, en larmes, et derrière elle, le Ressuscité : il porte un grand chapeau de paille, il a une bêche à la main et à côté de lui, on aperçoit une brouette. Tout l’attirail d’un bon jardinier.


Alors, Marie-Madeleine, toi qui as raconté aux disciples tout ce qu’il t’a dit. Qu’est-ce que ce jardinier a à nous dire à chacun de nous ? D’abord il reprend la question des anges, « pourquoi pleures-tu ? », mais il la complète : « qui cherches-tu ? ». Jean, rappelez-vous, avait commencé son Evangile en évoquant ces deux disciples du Baptiste qui s’étaient mis à suivre Jésus et auxquels celui-ci, se retournant vers eux, avait posé la question « que chez-vous ? ». Chercher. Chercher du sens. Chercher la lumière. Chercher la vie. Telle est la quête de tout homme. Mais cette quête se transforme, au long du chemin : et c’est une quête qui passe de QUE cherchons-nous à QUI cherchons-nous… Découvrir celui que notre âme désire, découvrir notre bonheur qui se trouve en LUI, le Ressuscité.


Le jardinier prononce ensuite le nom de celle qui pleure et qui cherche. « Marie ». Juste un nom. Et le timbre d’une voix. Cela suffit pour qu’ils se reconnaissent. Ils devaient être quand même bien familiers l’un avec l’autre pour ainsi pouvoir se reconnaître. Mon nom, sa voix. Le connaître, lui, le Ressuscité, pour me retourner, pour le reconnaître, quand il m’appelle par mon nom.


Enfin, ce bon jardinier termine, en invitant Marie-Madeleine, en nous invitant, à ne pas le retenir, à ne pas faire de lui « mon Jésus ». « Mon Jésus adoré ». Non ! L’ayant reçu, l’ayant reconnu, l’ayant accueilli, il me revient de le donner à mon tour. « Va », dit le jardinier, « Va… et dis-leur ». La joie de la rencontre avec le Christ s’amplifie, devient irrésistible, quand cette joie est partagée. 


Et dès lors, je devine que Marie-Madeleine, si familière de Jésus, va continuer à pleurer, mais cette fois-ci, de joie. De joie éternelle. Amen.


Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 22 juillet 26


 

mardi 21 juillet 2026

Liturgie de la Parole 16e mardi TO-II Matthieu 12, 46-50 ; Michée 7, 14-15.18-20

Homélie

Ainsi la première lecture, celle du prophète Michée, vient, une fois de plus, contredire ceux qui croient que le Dieu de l’Ancienne Alliance, le Dieu de l’Ancien testament est un Dieu uniquement colérique et vengeur, et juge. C’est bien tout le contraire, et on voit bien combien Jésus a puisé dans cette parole prophétique pour révéler le Père à ses disciples.

Quant à l’Evangile, je ne sais pas très bien ce que la mère et les frères de Jésus veulent venir lui dire. Mais en tous cas ils ont « tiré une drôle de tête » quand on est venu leur rapporter : « Ah non, non, ça a changé, vous n’êtes plus sa mère, vous n’êtes plus ses frères. C’est ceux qui sont là ! ». Ils ont dû tirer quand même une drôle de tête, hein !

Mais c’est vrai que, c’est une expérience que nous faisons, tout au long de notre vie de foi, que notre foi en Christ vient changer nos relations habituelles, ça vient les mettre sur un autre axe. Et que, d’après ce que dit Jésus dans cet Evangile, ben, nous devenons frères, sœurs, mères les uns pour les autres. Ce qui veut dire, que nous ne nous sommes pas choisis les uns les autres, comme dans une famille, avec des frères et des sœurs. Nous sommes donnés, les uns aux autres, tels que nous sommes, sans s’être choisis. L’Eglise c’est cela. L’Eglise ce n’est pas un club, parce dans un club, on se choisit. Et celui qui ne s’accorde avec les autres, on lui demande d’aller choisir un autre club. Nous sommes frères et sœurs, dons de Dieu les uns aux autres, et non seulement cela, mais nous sommes, petitement peut-être, mais nous sommes mères les uns pour les autres. Autrement dit, nous donnons la vie en vivant l’Évangile, en le transmettant à ceux que nous côtoyons, les engendrant à la vie, au nom de Dieu. Nous recevons cette vie, mais nos frères et sœurs en Christ, nos « mères » en Christ, nous la donnent aussi. Amen.

Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 21 juillet 26


lundi 20 juillet 2026

Liturgie de la Parole 16e lundi TO-II Matthieu 12, 38-42 ; Michée 6, 1-4.6-8

Reconnaître 

 Homélie

« Si seulement j'avais un signe... » Un signe pour prendre une décision. Un signe pour savoir si Dieu m'écoute. Un signe pour être sûr de ne pas me tromper… Au fond, nous ressemblons beaucoup aux pharisiens de l'Évangile. Ils disent à Jésus : « Maître, nous voulons voir un signe venant de toi. » Mais Jésus est sévère. Pourquoi ? Parce qu'ils demandent un signe... alors que le Signe est déjà devant eux. Ils regardent Jésus sans le voir. Ils réclament une lumière alors que le soleil est levé. Il y a quelque chose de profondément humain dans cette attitude. Nous pensons souvent que nous croirions davantage si Dieu intervenait de manière spectaculaire. C’est ce que Jésus répondra au riche qui n’a pas vu le pauvre Lazare et qui demande que l’on envoie une estafette auprès de ses frères. Non, l'expérience montre le contraire. Les miracles ne « fabriquent » pas la foi.

La première lecture éclaire cela sous un autre angle. Le prophète Michée imagine un dialogue entre Dieu et son peuple. « Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ? Avec de jeunes taureaux … des milliers de béliers, des flots d’huile répandus sur l’autel ? » La réponse est d'une simplicité désarmante : « On t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » Dieu ne demande pas l'extraordinaire. Il désire une relation. Les pharisiens cherchent un phénomène, mais le chrétien rencontre une Personne.

Et Jésus ajoute une parole surprenante : « Il y a ici bien plus que Jonas... bien plus que Salomon. » Autrement dit : « Vous cherchez ailleurs ce qui est déjà là. » Nous attendons parfois une grâce exceptionnelle alors que Dieu nous visite dans l'ordinaire. Les grands signes de Dieu sont souvent d'une discrétion déconcertante.

Le vrai problème, ce n'est pas que Dieu ne parle pas. Le vrai problème est que nous ne savons plus toujours reconnaître sa voix : il parlera toujours dans le bruissement d’une brise légère, et jamais dans un ouragan.

Pierre Hannosset le 20 juillet 26

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