Liturgie 19e mercredi TO-II Matthieu 18, 15-20 ; Ezéchiel 9, 1-7 ; 10, 18-22
Résonances
Ah les visions fantastiques du prophète Ezéchiel ! Dans ce long
livre prophétique, il y a toutes sortes de visions, plus fantastiques ou
effrayantes les unes que les autres. Il y a pourtant une cohérence, un fil
rouge, que l’on pourrait résumer par les derniers mots du livre :
« le Seigneur est là » (adonai shamma).
Le passage de ce jour est morcelé. Deux parties : la première
raconte les châtiments qui s’abattent sur les habitants de Jérusalem qui se
sont détournés de Dieu. Seul un petit nombre est sauvé : ceux qui sont
marqués au front d’un signe qui les distingue. C’est d’ailleurs un thème
récurrent chez Ézéchiel, cette question du petit nombre de rescapés. La
deuxième partie raconte comment la gloire de Dieu quitte le temple de
Jérusalem, en chevauchant des Kéroubim, ces êtres ailés qui viennent tout droit
de la culture babylonienne. Signe que le texte a été écrit dans le contexte de
l’exil. Les Kéroubim sont aussi ceux qui se tiennent aux deux extrémités du
propitiatoire, au-dessus de l’arche de l’alliance. C’est le lieu où « Dieu
se laisse rencontrer », le lieu de la présence. Ici, chez Ézéchiel, il
parle de « la gloire » de Dieu. Autre mot pour dire sa présence. Dans
la littérature rabbinique, ce sera la shekina, la
« demeurance » de Dieu.
Et donc la gloire de Dieu, la présence de Dieu, quitte le temple. Ce
n’est pas le lieu saint qui fait la présence du Seigneur, c’est la présence du
Seigneur qui fait qu’un lieu est saint. Dieu suit la logique des hommes :
si personne ne vient m’adorer dans le temple, si le temple devient même bien
plutôt le lieu où on adore les idoles, qu’à cela ne tienne, je quitte le temple
pour aller là où se trouvent mes fidèles. C’est le grand fil rouge du prophète
Ézéchiel : le Seigneur reste avec son peuple, où qu’il soit.
Et c’est ici qu’on peut faire un lien avec l’évangile, et cette belle
formule de Jésus : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je
suis là, au milieu d’eux ».
Dans la tradition juive, il y a un nombre requis : ce qu’on appelle
le minyan. Pour qu’il y ait une assemblée de prière, il faut au moins
dix hommes ayant atteint leur maturité religieuse. « Si dix hommes prient
ensemble, la Chekhinah (Présence divine) plane au-dessus d’eux »,
dit une maxime des Pirké Avôt.[1]
Jésus connaissait-il cette maxime ? Voici une citation plus
longue : « rabbi Halaphta de Kephar Hananyah dit : Quand dix
personnes sont assises et s’occupent de la Torah, la gloire de Yhwh est au
milieu d’elles. Quand elles ne sont que cinq, elle est encore au milieu
d’elles. Quand elles ne sont que trois, la gloire de Yhwh est encore au milieu
d’elles. Et si elles ne sont que deux, la gloire de Yhwh est au milieu d’elles.
Et s’il n’y a qu’une seule personne à s’occuper de la Torah, la gloire de Yhwh
l’habite encore »[2].
Sr Marie-Rapahël le 14 août 24