Liturgie de la Parole 28e lundi TO-II Luc 11, 29-32 Galates 4, 22-24.26-27.31-5,1
Homélie
De l'eau a coulé
sous les ponts depuis vendredi. Nous avons eu le temps d'oublier ce que
l'évangile nous a raconté alors : comme
Jésus avait expulsé un démon, certains dirent : "C’est par Béelzéboul, le
chef des démons, qu’il expulse les démons." D’autres, pour le mettre à
l’épreuve, cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel. Jésus a
aussitôt répondu à ceux qui le soupçonnaient d'avoir partie liée avec le prince
des démons. Et on en est resté là.
Puis samedi, une
femme est intervenue pour dire son admiration. Puis il y a eu dimanche, et nous
avons quitté Luc pour aller à la noce avec Matthieu. Nous revenons à Luc sans
plus trop savoir où nous en sommes. Mais Jésus doit encore répondre à ceux qui
lui demandent un signe. Bède le Vénérable commente : "Ils demandent
un signe, comme si ceux qu'ils avaient vus n'en étaient pas." Plus
précisément, ils demandent un signe venant du ciel, un signe plus manifeste de
l'intervention de Dieu dans leur vie, un signe qui, justement, clouerait pour
de bon le bec à ceux qui accusent Jésus d'agir avec la complicité de
Béelzéboul. Et Jean suggère un signe qui serait convaincant : au désert,
Dieu a donné à nos pères un pain venu du ciel. Ça, au moins, on voyait
clairement d'où ça venait.
La réponse de Jésus
est assez énigmatique : vous n'aurez pas d'autre signe que celui de Jonas.
En lisant cela, j'ai eu l'impression que vous m'aviez déjà entendu sur le
sujet. Ma mémoire me joue des tours, mais celle de mon ordinateur reste fidèle.
Oui, c'était le 21 juillet 2025, quand je suis venu animer une retraite. Car on
lisait ce jour-là un des deux passages où Matthieu parle de ce signe de Jonas.
Alors, je ne vais
pas vous ennuyer en redisant ce que j'ai déjà dit. Je me contente de rappeler
que le signe de Jonas peut être interprété de trois façons.
Celle que nous
venons d'entendre est une invitation à la conversion : de même que Jonas a
servi de signe pour les gens de Ninive, ainsi le Fils de l'homme en sera un
pour cette génération. Ninive, symbole de la perversion, ennemie jurée du
peuple de Dieu, vous précédera dans le Royaume, car elle, au moins, elle a
écouté la parole et s'est convertie. Mais il n'est pas trop tard :
convertissez-vous et vous vivrez.
Deuxième
interprétation : Jonas n'a fait aucun signe. Il a proclamé une parole et
on l'a cru sur parole, sans demander de preuve. Faites de même. Et si Jonas ne
vous suffit pas, faites comme la reine de Saba qui a écouté la sagesse de
Salomon. Je suppose que vous avez déjà noté à son propos la petite différence
entre le texte de Luc et celui de Matthieu. Matthieu se contente de dire que la
reine de Saba condamnera cette génération. Luc précise : les hommes de
cette génération (ce n'est pas seulement une païenne qui condamne des croyants,
c'est une femme qui condamne des hommes).
Troisième
interprétation du signe de Jonas : on le croyait mort et il est
revenu sur terre après trois jours. Jésus dit : je ferai pareil. Autrement
dit, le signe venu du ciel, c'est moi. Ce que Jean explicitera :
"Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un
mange de ce pain, il vivra éternellement" (Jean 6,51).
Les trois
interprétations pourraient correspondre aux trois parties de l'eucharistie : la
première au rite pénitentiel, la seconde à la liturgie de la Parole et la
troisième à la liturgie eucharistique.
Frère François
de Wavreumont, Hurtebise le 12 octobre 26
