Liturgie de la Parole 6e dimanche TO Année A
Homélie méditative et contemplative selon saint Matthieu 5, 17-37
« La Loi écrite dans le cœur »
Frères et sœurs, aujourd’hui la parole de Jésus résonne avec une force particulière.
Comment comprendre cette parole de Jésus : « Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir. » ?
Jésus ne parle pas d’abord d’obligations, il parle d’une transformation intérieure.
Il nous invite à passer d’une religion de l’extérieur à une vie habitée par Dieu de l’intérieur. Ce texte nous conduit au lieu le plus secret : le cœur humain, là où naissent les pensées, les désirs, les choix.
1. Dieu ne veut pas seulement nos actes, mais notre cœur
Jésus ne se contente pas de dire : « Ne tue pas »,
il dit : regarde ta colère.
Il ne se contente pas de dire : « Ne commets pas l’adultère »,
il dit : regarde ton désir.
Il ne se contente pas de dire : « Ne mens pas »,
il dit : que ta parole soit vraie.
Jésus ne nous accuse pas : il nous éclaire.
Il révèle que le vrai combat spirituel n’est pas d’abord contre des fautes visibles,
mais contre ce qui, en nous, empêche l’amour de circuler librement.
La question devient alors : qu’est-ce qui habite mon cœur aujourd’hui ?
Paix ou agitation ?
Vérité ou compromis ?
Confiance ou peur ?
2. La réconciliation comme lieu de rencontre avec Dieu
Jésus dit au verset 23 :
« Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens présenter ton offrande. »
Souvent, nous cherchons Dieu dans la prière, mais Jésus nous dit que Dieu nous attend aussi dans nos relations blessées.
Il y a parfois des visages qui reviennent dans la mémoire :
une parole non pardonnée,
une blessure jamais déposée,
un conflit jamais traversé.
La réconciliation n’est pas seulement morale, elle est théologale :
elle est un lieu où Dieu se rend présent.
Car Dieu est communion, et le cœur réconcilié devient son sanctuaire.
3. « Que ton oui soit oui » (v. 37): l’unité intérieure
Jésus appelle à une parole simple et vraie.
Mais derrière cette parole, il y a une exigence plus profonde :
ne pas vivre divisés intérieurement :
Dire « oui » à Dieu et « non » par sa vie.
Dire « je crois » et vivre dans la peur.
Dire « j’aime » et garder la rancune.
Le temps du carême est un temps pour laisser Dieu unifier ce qui est dispersé en nous.
Unifier la foi et la vie.
Unifier la prière et les choix.
Unifier la parole et le cœur.
La sainteté n’est pas perfection morale, elle est cohérence intérieure.
4. Une œuvre de l’Esprit plus qu’un effort humain
Ce que Jésus demande dépasse nos forces.
Personne ne peut purifier son cœur seul.
Personne ne peut aimer parfaitement par simple volonté.
Mais ce texte annonce une promesse :
la Loi nouvelle sera inscrite par l’Esprit Saint dans nos cœurs.
Le temps du carême n’est donc pas un temps pour « faire mieux »,
mais pour se laisser faire par Dieu.
Se laisser regarder.
Se laisser purifier.
Se laisser réconcilier.
Se laisser unifier.
En conclusion
Frères et sœurs, ce passage nous invite à descendre en profondeur :
de l’acte au désir,
de la règle à la relation,
de l’effort à la grâce.
Nous pouvons entrer dans le silence avec ces questions :
Qu’est-ce que Jésus veut transformer aujourd’hui dans mon cœur ?
Où ai-je besoin de réconciliation ?
Ma parole, ma vie, sont-elles unifiées en Dieu ?
Demandons cette grâce simple :
un cœur vrai,
un cœur pacifié,
un cœur habité par l’Esprit.
Que ce temps du carême soit l’occasion d’un passage
de la loi extérieure à la Loi de l’amour écrite en nous, inscrite dans nos cœurs.
Amen.
P. Eric VOLLEN, Jésuite. Monastère d’Hurtebise – Dimanche 15 février 2026
