Liturgie 19e vendredi TO-II Matthieu 19, 3-12 ; Ezéchiel 16, 1...63
Mémoire de St
Maximilien Kolbe
Introduction
Nous
voici rassemblés en communauté, en Eglise.
« Je
veux que tu vives ! »
Telle
est la parole que Dieu adresse à son peuple dans la liturgie de ce jour.
Une
parole qui peut paraître paradoxale tandis que nous célébrons, en ce 14 août,
la mémoire d’un martyr…
Mais
pas aussi paradoxale qu’il n’y paraît… Nous y reviendrons.
Un confesseur
et un martyr qui m’est cher : Saint Maximilien Kolbe.
Je
voudrais retracer les grandes lignes de sa vie, afin que nous percevions
davantage le sens de son geste ultime.
Le
Père Maximilien fut franciscain conventuel et prêtre.
Il est
né en 1894 en Pologne.
Très
épris de la Vierge Marie, il a fondé la « Mission de l’Immaculée » et
a beaucoup œuvré pour la diffusion de la vénération de Marie par les médias.
Entré
dans la résistance, il est arrêté par la gestapo le 17 février 1941 et
transféré au camp d’Auschwitz.
En
juillet 1941, un prisonnier du bloc 14 où se trouve le Père Kolbe, parvient à
s’échapper.
En
guise de représailles, dix des 599 prisonniers du bloc sont condamnés à mourir
de faim et de soif.
Dix
hommes, dont un père de famille, sont sélectionnés.
C’est
alors que Maximilien Kolbe entend un autre Polonais, Franciszek Gajowniczek, s’écrier :
« Ma pauvre femme ! Mes pauvres enfants ! Que vont-ils
devenir ? ».
Le
religieux propose alors de mourir à sa place.
Les dix
prisonniers sont enfermés dans un bunker souterrain du camp à peine éclairé par
des ouvertures étroites : le « bunker de la faim ».
Le
gardien du bunker témoignera qu’en très peu de temps, le prêtre Maximilien
réussit à faire régner le calme et la piété parmi les compagnons de cette
tragédie, par le chant de prières et d’oraisons : hymnes et psaumes.
Après
trois semaines sans nourriture et sans eau, le Père Kolbe demeure en vie, après
avoir vu mourir tous ses compagnons. La place venant à manquer, il est exécuté
le 14 août 1941, par un kapo, criminel récidiviste chargé de l’exécution, qui
fut incapable de fixer le regard du saint.
Son corps
est brûlé le lendemain, le 15 août, jour de l’Assomption.
Comme le
fit le Père Maximilien Kolbe, tissons la communion avec les hommes et femmes de
notre temps par le chant des psaumes…
Méditation
« Je
veux que tu vives ! »
Ce n’est
pas une invitation si paradoxale en ce jour où nous célébrons la mémoire du
Père Maximilien Kolbe.
Pour
le percevoir, je me réfère à un auteur que j’aime beaucoup, Maurice Zundel, grand
spirituel du siècle dernier.
Zundel
a découvert dans le Père Kolbe « un homme libre, qui ne subit ni la vie ni
la mort et qui peut faire de l’une et de l’autre un don… »[1].
En
effet, le martyre, écrit Zundel, « n’est pas refus et condamnation de
l’existence. Il atteste, au contraire, un bien qui la valorise et l’éternise,
au point que la mort, loin d’y mettre fin, la confirme et l’accroît »[2].
Ce
geste du Père Maximilien, c’est « la naissance de l’Homme
véritable ».
Je
vous cite encore Maurice Zundel :
« Dans
tout le camp, il y eut une respiration vraiment humaine. Enfin, on voyait un
Homme, un homme qui était plus grand que la mort, et qui attachait à la vie un
prix infini, puisqu’il donnait sa vie pour garder la vie à un de ses
frères !
Et
on sentait qu’il allait entrer dans la mort comme un grand vivant, parce que,
dans la mort, il allait réaliser cette plénitude du bien, de la grandeur et de
la liberté, à quoi tous les hommes se reconnaissent eux-mêmes dans leur
vocation essentielle.
Et,
après l’immense terreur, il y eut dans le camp cette espèce de joie pascale,
cette large respiration humaine, ce sentiment d’une rencontre avec la Présence
unique, en dehors de laquelle aucune présence ne peut se réaliser. Et, pour
achever ce chef-d’œuvre, le Père Kolbe, entré dans le bunker de la faim avec
ses compagnons, les fit chanter, comme si la vie triomphait, parce qu’elle
triomphait, en effet, dans cet Homme unique.
Il
avait suffi de cet Homme unique, pour que toute cette humanité, un instant, fût
transfigurée, et qu’elle reconnût à quoi elle était appelée. Dieu, justement
ici, transparaît en l’homme, comme l’homme transparaît en Dieu. C’est aussi la
seule rencontre authentique avec l’Homme : cette transparence de l’homme à
Dieu, et ce transparaître de Dieu à travers l’homme »[3].
Temps
de silence
Notre
Père
Oraison
En
ce jour, Seigneur, tu redis, à chacun de nous ton désir de Vie et de
bonheur.
« Vivre »,
c’est apprendre le don de nous-mêmes, jour après jour, comme ton Fils l’a vécu
et comme le Père Maximilien Kolbe en a témoigné par son geste de totale
désappropriation et d’entière liberté.
Accorde-nous
de découvrir, selon les mots de Maurice Zundel, combien « l’homme n’est
vraiment lui-même que dans le dialogue silencieux avec ce Plus-que-lui-même
dont la rencontre suscite l’espace où la liberté respire »[4].
Nous
te le demandons, par Jésus-Christ, ton Fils ressuscité, qui règnes avec Toi et
le Saint-Esprit, un seul Dieu pour les siècles des siècles.
Sr Marie-Jean le 14
août 2020
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