vendredi 7 août 2026

Liturgie de la Parole 18e vendredi TO-II Matthieu 16, 24-28 ; Nahum 2, 1…21 ; Deutéronome 32, 35…41

Introduction

Dans le cantique du Deutéronome qui remplace aujourd’hui le psaume graduel, nous lisons ceci :

« C’est moi et moi seul, pas d’autre dieu que moi ; c’est moi qui fait mourir et vivre : si j’ai frappé, c’est moi qui guéris et personne ne délivre de ma main ». Et un peu plus loin : « je tournerai la vengeance contre mes rivaux, je règlerai leur compte à mes adversaires ».

Ce cantique vient commenter le passage du prophète Nahum, où on observe effectivement comme une dichotomie : une promesse de fête pour Juda et de destruction pour Ninive. Alors, tout ce qui arrive, c’est l’œuvre de Dieu ?

On entend parfois dire que la pandémie du covid est une punition de la part de Dieu. Et les explosions de Beyrouth, c’est aussi la volonté de Dieu ? Mais quel Dieu !?

Le livre de Nahum (dont nous lisons aujourd’hui le seul extrait prévu pour la liturgie) commence par cette présentation de Dieu : « un Dieu jaloux et vengeur, tel est le Seigneur. […] Le Seigneur est lent à la colère et sa puissance est grande, mais il ne laisse absolument rien impuni, lui, le Seigneur ».

Il faut signaler qu’il y a ici un magnifique jeu de mots en hébreu : « jaloux et vengeur » se dit : el qanum venaqum adonai. Les mêmes lettres, dans un ordre inversé, donnent qanum (jaloux) et naqum (vengeur). Le nom de Nahum, quant à lui, signifie « consolation ». L’ensemble de ce livre est d’un très bon niveau poétique et littéraire, comme nous l’entendrons aujourd’hui dans le passage qui décrit la destruction de Ninive. Mais il ne suffit pas de savoir bien écrire : encore faut-il avoir quelque chose à dire ! Et quelque chose qui soit une bonne nouvelle !

Prêtons l’oreille, tout en chantant les psaumes, à cette bonne nouvelle qui semble plutôt déroutante…

 

Commentaire après l’évangile.

Le message du prophète Nahum a des accents de vengeance qui semblent à l’opposé de la Bonne Nouvelle. Pourtant, les paroles de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui ne sont pas plus faciles ! « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même… » (littéralement : qu’il se renie lui-même !) L’interprétation traditionnelle de ce verset invite à voir combien la suivance de Jésus implique des renoncements. Et cela, nous le savons tous d’expérience. Nous avons aussi, heureusement, que ce choix nous conduit sur un chemin de vraie liberté intérieure, ce que saint Benoît nous invite à faire quand il dit que le moine doit « renoncer à sa volonté propre ».

Il ne s’agit pas de remettre en question cette interprétation traditionnelle, mais il faut quand même reconnaître qu’elle a pu donner lieu à des excès et que si beaucoup de personnes, aujourd’hui, la contestent, ce n’est pas sans raison. Le renoncement à soi peut mener à l’épuisement de soi dans une générosité qui se déconnecte de sa propre source.

Que faut-il renier ? À quoi faut-il renoncer ?

Pour mieux comprendre, il faut peut-être replacer ce verset dans le contexte qui précède : la confession de Pierre à Césarée de Philippe, la première annonce de la passion, la réaction offusquée de Pierre et la réponse brutale de Jésus : « passe derrière moi, Satan ! ». « Derrière Jésus », c’est la place de Satan. Et tout de suite après, Jésus dit : « si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce… ». Il faut renoncer à marcher derrière Jésus… pour marcher à côté de Jésus, car c’est cela qu’il dit après (et qui a été mal traduit par la version liturgique) : « qu’il prenne sa croix et qu’il marche avec moi, qu’il m’accompagne ».

Il dit ensuite : « celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi (et cette incise est importante !) la trouvera. « 

Dans cette formule contrastée, je ne vois pas une opposition, mais un enchaînement. On voudrait tous sauver sa vie (le mot vie est ici psychè, âme, c’est-dire principe de vie), mais il n’est pas en notre pouvoir de la sauver. On finit toujours par la perdre, car elle ne nous appartient pas. Mais on peut la perdre « à cause de Jésus », c’est-à-dire en le suivant de près, en l’accompagnant. Et alors, on la trouve (et non « on la garde », comme dit la traduction liturgique). On trouve la vraie vie, le principe profond de vie qui nous anime, le soi profond (à l’opposé du moi superficiel).

Revenons à notre phrase du Deutéronome, du début : « le Seigneur fait mourir et vivre ». Oui, c’est une bonne nouvelle. Il y a quelque chose en nous qui doit mourir, qui meurt de toute façon, et c’est aussi un don de Dieu. Ce chemin – pas évident – nous fait trouver la vraie vie.

 

Prière de conclusion

Seigneur Dieu, ton amour pour l’humanité est un amour jaloux, un amour fou. C’est toi, le premier, qui souffre de nos blessures. Regarde notre monde où tant de pauvres crient vers toi sans trouver de consolation. Répare les brèches, relève les murs. Permets-nous de marcher aux côtés de ton Fils et de porter nos croix de façon juste, afin de trouver dans le don de sa vie la force de donner la nôtre et de trouver ainsi la vraie vie, celle qui s’enracine en toi.

Sr Marie-Raphaël le 7 août 2020

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