vendredi 31 juillet 2026

Liturgie de la Parole 17e vendredi TO-II Matthieu 13, 54-58 ; Jérémie 26, 1-9a

Saint Ignace de Loyola

Homélie

Reconnaître en Mère Teresa une femme exceptionnelle, cela ne nous coûte guère. Mais si c'est quelqu'un de chez nous... c'est une autre histoire. « Pourtant, c'est un gars de Liège ! » Et pour paraphraser Nathanaël : « De Liège, peut-il sortir quelque chose de bon ? » La proximité émousse souvent l'émerveillement. Nous croyons connaître ; alors nous ne regardons plus. C'est exactement ce qui arrive à Jésus. Les habitants de Nazareth ne contestent ni son intelligence, ni les miracles dont ils entendent parler. Ils posent simplement cette question : « D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? » Autrement dit : « Ce n'est pas possible. Nous savons bien qui il est. » Ils connaissent son métier. Ils connaissent sa famille. Ils connaissent son adresse. Ils savent tout de son passé ; mais ils ne voient plus Celui qui se tient devant eux. Ils connaissent son histoire, ils ne reconnaissent plus son mystère.


Voilà peut-être le plus grand danger de la foi. Nous aussi, nous pouvons tomber dans ce piège. « Je connais mon catéchisme. Je vais à la messe. J'ai déjà fait plusieurs pèlerinages... » Bref : je suis baptisé, donc je connais Dieu. Comme si Dieu pouvait un jour tenir tout entier dans nos définitions !


Jérémie fait la même expérience. Il annonce fidèlement la Parole de Dieu. Et on veut le faire taire. Pourquoi ? Parce qu'une parole qui dérange est toujours plus facile à éliminer qu'à écouter. Rappelez-vous la chanson de Guy Béart : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté ». Nous préférons souvent un Dieu qui dit ce que je pense à un Dieu qui m’invite à changer.


Et c'est ici que saint Ignace entre discrètement dans cette liturgie. Au début de sa vie, Ignace était un chevalier qui rêvait de gloire. Puis un boulet de canon est venu briser ses projets. Pendant sa longue convalescence, il n'avait presque rien à lire. On lui donna une Vie du Christ et des vies de saints. Et, peu à peu, il découvrit qu'il existait une autre manière de gagner le monde : laisser le Christ gagner son cœur. Il écrira plus tard cette phrase célèbre des Exercices spirituels : « Il faut chercher et trouver Dieu en toutes choses. » Quelle merveilleuse réponse à l'Évangile ! Ignace n'a pas trouvé Dieu ailleurs ; il l'a découvert autrement. Les habitants de Nazareth cherchaient un Dieu extraordinaire ; Ignace apprend à reconnaître l'extraordinaire de Dieu dans l'ordinaire de la vie.

Où cherchons-nous Dieu ? Dans des expériences extraordinaires ? Dans des miracles spectaculaires ? Ou bien dans cette journée qui commence ?  


À la fin de l'Évangile, une phrase est particulièrement émouvante : « Il ne fit pas beaucoup de miracles à cause de leur manque de foi. » Ce n'est pas que Jésus ne puisse plus agir. C'est que les cœurs sont fermés. Dieu ne force jamais une porte. Il frappe. Il attend. Il espère. L’Apocalypse le dit : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et qu’il m’ouvre, je prendrai mon repas avec lui, moi avec lui et lui avec moi. »


Alors peut-être que le plus grand miracle d'aujourd'hui ne sera pas spectaculaire. Ce sera simplement de laisser une porte s'ouvrir dans notre vie. Et si cette porte s'ouvre, le Christ fera le reste. Amen.

Pierre Hannosset le 31 juillet 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/07/saint-ignace-de-loyola-mettons-nous-en.html 


jeudi 30 juillet 2026

Liturgie de la Parole 17e jeudi TO-II Matthieu 13, 37-53 ; Jérémie 18, 1-6

Méditation

L’Evangile de ce jour est en partie ce lui de dimanche dernier… Je m’en suis aperçue alors que j’avais déjà avancé dans ma réflexion. De plus Mgr Jean Kockerols l’a commenté. J’étais tentée de me taire. Mais comme l’Ecriture est inépuisable et que j’étais partie sur une autre piste, je vous livre tout de même ma méditation.

L’expérience que fait Jérémie à la maison du potier est parlante : il doit commencer par se lever, sortir de chez lui et descendre. Il observe en silence puis le Seigneur lui parle. La parole du Seigneur est une bonne nouvelle : vous m’avez fait échec par votre conduite, je change mon plan et suis prêt à tout recommencer avec vous, autrement, pour que vous deveniez de plus en plus la maison d’Israël ! Je veux vous façonner comme maison. Une maison dans l’antiquité est constituée de l’ensemble des personnes qui l’habitent et collaborent pour qu’elle tourne. Chacun, chacune y a sa place, son rôle à jouer.

Ce passage de Jérémie complète bien l’Evangile. D’abord, dans ce filet, il y a toutes sortes de poisson. Pas d’uniformité, mais une grande diversité. Chacun est unique et cela ne gêne pas du tout le Seigneur. Ce qu’il regarde c’est le cœur. Alors à première lecture, je me suis dit : le Seigneur rejette ce qui ne vaut rien. D’autant que ce qui est traduit par « ce qui ne vaut rien » signifie plutôt « pourri » ! Alors, échec ?

Oui nous pouvons mettre le Seigneur en échec, nous pouvons le rendre impuissant. Si c’est pourri, on ne peut vraiment rien faire… sauf prévenir avant que la situation soit telle. Et c’est que fait Jésus.

Comme dans Jérémie, il y a une invitation à la conversion : à la fin du monde, les méchants, qui jusque-là étaient mêlés aux justes, en seront séparés et jetés dans la fournaise.

Mais si le Seigneur prévient… c’est pour qu’il n’en soit pas ainsi, pour que chacun puisse se convertir, rejeter le mal et choisir le bien.

J’ajoute une petite note : ce qui est pourri et donc rejeté, va continuer à pourrir et finalement va se transformer en compost… qui fécondera la terre. Intolérable si nous le regardons comme concernant des personnes, ce verset devient source de vie et Bonne Nouvelle si nous regardons tout ce qui, en nous, nous « pourrit la vie » comme on dit parfois : le Seigneur en tirera quelque chose… laissons-lui, laissons-nous, le temps ! Gardons confiance !

 

Puis Jésus termine par une petite question à ses disciples « Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondirent : « Oui ». »

J’ai envie de dire : ils ont bien de la chance d’avoir compris tout cela !

Mais Jésus ne les détrompe pas, il ajoute une petite parabole.

Que pourrait-il bien vouloir dire avec cette histoire du scribe ?

Déjà, ce scribe a un trésor en lui. Ce trésor n’est pas figé, statique, mais divers, vivant, agissant. Le scribe est en effet l’homme de la Parole : il passe son temps à la lire, à la transcrire, à la commenter. Il ne cesse de s’en nourrir : il y a donc en lui du neuf qu’il vient de recevoir (le long discours des paraboles), et de l’ancien, qu’il a au fond de lui-même (tout ce qu’il a déjà entendu et vu). Tout cela se « combine » et fait de lui de plus en plus un disciple du Royaume des Cieux.

C’est peut-être comme si Jésus disait à ses disciples : Oui, vous avez compris, mais ne cessez pas de chercher à comprendre. Parce que ce trésor de la Parole est tellement riche que vous ne l’épuiserez pas, au contraire, plus vous y puisez, plus il se renouvelle et vous renouvelle.

 

Invitation au Notre Père

Seigneur comme un potier tu veux nous façonner à ton image et à ta ressemblance. Quand nous nous éloignons de ton projet d’amour, tu restes fidèle. Par le Christ et dans l’Esprit que nous annoncions ta miséricorde en priant le « Notre Père »

Sr Marie-Christine le 30 juillet 26

mercredi 29 juillet 2026

Liturgie de la Parole 29 juillet Sts Marthe, Marie et Lazare Jean 11, 19-27 ; Genèse 18, 1-6.8

Les amis du Seigneur
Méditation

Deux récits qui ne font pas l’apologie de la souffrance mais celle de la Vie.

Ce qui trouve un écho en moi dans ces récits est cette part d’hospitalité qui est à la fois un accueil et une disponibilité à l’Autre et pour l’Autre.

Je perçois alors la nécessité d’un éveil, une écoute, pour une découverte au cœur de notre être d’une présence bienveillante de Quelqu’un qui me veut du bien.

Si « l’ordinaire » des jours ordinaires nous ouvre à cette disposition hospitalière, je dois bien reconnaître que le plus souvent, les événements imprévisibles et surprenants de la vie dilatent notre cœur par le biais d’émotions fortes, douloureuses ou joyeuses. Il arrive parfois qu’une ouverture à l’écoute et l’hospitalité se manifeste de façon pressante.

L’histoire biblique vient ici révéler nos histoires humaines. En même temps, elle nous enseigne des attitudes que je relève de manière succincte :

-        Abraham est assis à l’entrée de la tente. Il voit trois hommes qui se tiennent debout près de lui.

Marthe et Marie sont assises dans la maison.  Jésus est debout. Il s’approche, il arrive.

-        Ce qu’Abraham voie, ce sont trois hommes dont l’un qui lui parle divinement bien.  C’est le Seigneur.

-        Marthe et Marie voient Jésus, leur ami, un homme qu’elles aiment et sur qui elles comptent beaucoup. Marthe perçoit qu’il y a du divin en Jésus et le reconnaît « Fils de Dieu »

-        Abraham court à leur rencontre : « il vit et il courut. » Il y a un empressement.

Quand Marthe apprend que Jésus arrive, elle va à sa rencontre. Puis elle annonce la nouvelle à Marie qui, à son tour, se lève bien vite et va vers lui.

-        Abraham se prosterne à terre

Marie tombe aux pieds de Jésus

-        Abraham dit : Je t’en prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux

Marthe et Marie disent, chacune à leur tour : Seigneur, si tu avais été ici, si tu avais été là… mais je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera.

C’est le même empressement, le même respect, le même désir qui président aux deux destinées. Il y a une hospitalité, un accueil à une promesse de vie.

Cela part de deux situations désespérées.

-        D’une part, Abraham et sa femme sont désespérés et résignés, vu leurs âges, à l’idée de ne pas avoir d’enfant. C’est une forme de deuil à traverser.

-        D’autre part, Marthe et Marie sont confrontées à la mort de leur frère Lazare. C’est le deuil d’une séparation humaine douloureuse.

J’aime assez ces récits parce qu’ils nous parlent d’expériences humaines qui viennent tous et toutes nous impacter à un moment ou l’autre de notre existence.

Cette réalité humaine est manifestée par l’ambivalence des attitudes vécues : d’une part la douleur et d’autre part « la force de vie » qui se donne au cœur « ouvert » et « hospitalier ». Je crois que ce chemin de l’hospitalité donne à découvrir ce qui commence à apparaître au-dedans de nous : l’espace pour Quelqu’un d’autre. Le temps de l’épreuve et de la séparation peut se révéler être le temps du développement et du mûrissement en soi d’une Présence.

Il faut vivre ces expériences pour que des ténèbres jaillissent la Lumière. Il faut une expérience suffisamment forte pour croire que Quelqu’un me garde, que Quelqu’un prend soin de moi et me veut du bien.

En voyageant ces deniers jours sur les pas d’Etty Hillesum que beaucoup d’entre vous connaissent, j’ai vécu beaucoup d’émotions, touché que j’étais par l’accueil qu’elle offrait à Celui qu’elle ne connaissait pas et qu’elle appelait Dieu. Juive, brimée comme l’ensemble de ses congénères, déportée à Westerbork puis à Auschwitz pour être gazée, elle ne dit pas : « Si tu avais été là ». Elle dit :

« Mon Dieu, assiste-moi, donne-moi ta force. Prends-moi dans ta grande main et fais de moi ton instrument. »

L’impulsion religieuse de s’agenouiller, le visage caché dans les mains, était plus forte qu’elle. C’étaient les seules manières d’écouter les sources cachées en elle. Elle devait rester en contact avec le « courant souterrain » en elle. Elle avait appris à écouter au plus profond de soi ; à se laisser guider, non par des incitations du monde extérieur, mais par une urgence intérieure. 

Elle se persuadait qu’il n’y avait d’autre réponse à la terreur que de suivre le chemin vers l’intérieur et d’éradiquer la haine là où elle prenait naissance. :  dans le cœur des hommes, à commencer par le sien propre. C’est tellement facile aussi ce désir de vengeance.  Cela ne nous apportera rien, la haine et la vengeance ne peuvent être la solution.    Il n’y a d’autre chemin que celui de l’amour… « Mon Dieu, je continue à tout regarder en face, je ne me sauve devant rien, je cherche à comprendre et à disséquer les pires exactions, j’essaye toujours de retrouver la trace de l’homme dans sa nudité, sa fragilité ; retrouver la trace de cet homme bien souvent introuvable parmi les ruines monstrueuses de ses actes absurdes »

Une chose est sûre, écrit Etty, il faut contribuer à agrandir les réserves d’amour sur cette terre. Chaque petite portion de haine que l’on ajoute aux haines déjà bien trop nombreuses rend ce monde encore plus inhospitalier et invivable.

Je ne me sens entre les griffes de personne, je me sens seulement dans les bras de Dieu.  On pourra peut-être me briser physiquement, mais c’est tout.

« Je te remercie de me donner parfois ce sentiment de dilatation, qui n’est rien d’autre que le sentiment d’être pleine de toi. »

« Quand on a une certitude nouvelle dans sa vie il faut lui donner un abri, lui trouver une place.

Sur les paroles tirées de la Bible et quelques paroles du témoignage de vie d’Etty Hillesum sur sa manière de vivre l’hospitalité, je vous souhaite une bonne méditation.

 

Invitation au « Notre Père »

Toi qui es bon, qui nous relèves et nous donnes vie, tu es plein d’amour pour ceux qui t’appellent.  Ecoute notre prière, Seigneur, entends nos voix qui te supplient.

Raymond le 29 juillet 26

mardi 28 juillet 2026

Liturgie de la Parole 17e mardi TO-II Matthieu 13, 36-43 ; Jérémie 14, 17-22

Introduction

Bonjour à chacun, à chacune ! Sommes-nous en carême ? Le texte de Jérémie pourrait nous le faire penser ! Mais n’est-ce pas tous les jours qu’il nous faut reconnaître nos fautes, nos dérapages, nos manques d’amour, et en demander pardon ? Implorer la miséricorde du Seigneur, en s’appuyant, non sur nos soit disant mérites, mais sur son Alliance et sa fidélité !

L’Evangile va dans le même sens quand Jésus nous montre à quel point le blé et l’ivraie sont mêlés et inséparables avant l’heure choisie par Dieu. Nous le sentons bien en nous-mêmes !

Prions le Dieu de miséricorde en notre nom, au nom de l’Église et du monde.

 

Méditation

Nous venons d’entendre l’explication de la parabole de l’ivraie dans le champ, mais la parabole nous aurions dû l’entendre samedi si nous n’avions pas fêté saint Jacques. Cependant nous l’avons écoutée il y a 8 jours, le 16ème dimanche.

Le Père Radermackers traduit «  la belle semence » : non seulement elle est bonne, mais aussi belle. Et c’est normal puisque ce bon et beau grain est semé par le Fils de l’homme, Jésus lui-même dont saint Pierre a si bien dit « Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui » (Actes 10,38) et j’ajoute : « et lui avec Dieu », ils sont inséparables. Cette belle semence : elle est unique, c’est la vie semée dans les cœurs par le Fils de l’homme ; elle rend ceux qui la reçoivent fils du Royaume de leur Père

L’accueillir et la laisser croître en nous, rend bons et donc belles, beaux. Oui la bonté rend belle, rend beau ! Ce n’est pas de l’esthétique mais de la lumière. La dernière phrase de notre évangile est si vraie et encourageante « les justes (les bons, car comment être juste, ajusté au Seigneur sans être véritablement bon) resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père ». La beauté du visage, nous en avons des exemples en tête et devant nous ! Ils resplendissent !

Et pourtant il y a « les ivraies »comme traduit le Père Radermackers, elles sont là, en nous, et dans le monde. Elles aussi ont une force de croissance, elles nous contrarient, nous empoisonnent l’existence, nous voudrions bien les arracher et en être définitivement débarrassés ! Le pluriel manifeste que ce sont multiples et variées mais toujours forces de divisions, de zizanies comme traduit le latin. Zizanies, ce mot si expressif !

Nous le sentons bien notre cœur divisé, (voir Romains 7,18b-19). Nous nous prenons en flagrant délit : pas de découragement ! Tournons-nous vers le Seigneur : « qui regarde vers lui resplendira » dit le Psaume 33. Crions vers lui comme avec le psaume qui accompagne la lecture de Jérémie :

Que nous vienne bientôt ta tendresse,
car nous sommes à bout de force !

 

Aide-nous, Dieu notre Sauveur,
pour la gloire de ton nom !
Délivre-nous, efface nos fautes,
pour la cause de ton nom !

Pour la gloire et la cause de ton nom, viens nous ajuster à toi Seigneur. Viens resplendir en nous, viens unifier notre cœur ! Viens changer les ivraies en beau grain du Christ.

 

Introduction au Notre Père

« Le Royaume de leur Père » …Seigneur Jésus en parlant ainsi, tu nous invites à une relation de proximité avec ton Père et notre Père, à une tendresse confiante. Appuyés sur toi nous osons redire avec toute l’Église…

 

Oraison de conclusion

Seigneur Jésus n’arrête pas l’œuvre de tes mains dans tous les cœurs ! Que ton Esprit unifie ce qui est divisé, redresse ce qui est tordu, lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, rende droit ce qui est faussé… et change les ivraies en beau et bon grain de la vie avec le Christ. Toi notre Seigneur et notre Vie qui règnes avec le Père et l’Esprit pour les siècles des siècles. Amen

Sr Marie-Christine le 28 juillet 2020

lundi 27 juillet 2026

Liturgie de la Parole 17e lundi TO-II Matthieu 13,3-35 ; Jérémie 15, 1-11

Homélie

-Il y a parfois des « clash » liturgiques, entre les lectures du lectionnaire du dimanche, en trois années, et l’Evangile de la semaine. Donc on a réentendu l’Evangile qu’on avait déjà entendu dimanche, il y a huit jours, et sur lequel j’ai un peu prêché hier. Donc Soeur Marie-Christine, sur le blog où vous mettez les commentaires, vous mettez : voir homélie de hier !

-Cette coïncidence m’oblige à… - parce que comme je suis bavard, il faut bien que je dise quelque chose - à me pencher sur la première lecture, le prophète Jérémie, avec cette image, cette parabole très amusante, très curieuse, de la ceinture de lin. La ceinture de lin que le prophète est invité à aller cacher dans le creux du rocher et qui finit par pourrir, à cause de l’eau de l’Euphrate qui l’a imbibée. L’image que le Seigneur utilise, par son prophète Jérémie, pour dénoncer, dénoncer les peuples d’Israël qui se compromettent au contact d’autres religions, en l’occurrence celles des babyloniens. Ils se sont laissés contaminés, ils ont ainsi perdu leur identité, ils sont devenus idolâtres. La ceinture de lin est pourrie.

-Alors, aujourd’hui, risquons-nous encore de pourrir, de devenir, idolâtres au contact d’autres religions ? C’est une question à se poser. Peut-être, oui peut-être. Mais, par rapport à la prophétie de Jérémie, j’ai quand même envie d’ajouter : ce contact avec d’autres religions, le concile Vatican II l’a d’abord inscrit dans le registre du respect, de la rencontre et du dialogue.

-Le respect, en particulier, parce que, à y regarder de plus près, dit le concile, les autres religions portent en elles des « semences du Verbe ». On y discerne ce que le concile a appelé des « pierres d’attente de l’Evangile ». Et serait-ce en vertu de ces pierres d’attente de l’Evangile, les autres confessions, les autres religions méritent le respect. Elles témoignent aussi d’une quête de Dieu.

-Mais, au-delà du respect, il y aussi une invitation du concile à la rencontre et au dialogue, et à être ainsi ensemble religions pour la paix sur cette terre.

-C’est ce qui s’est passé ce week-end à St Etienne du Rouvray, près de Rouen, lors de la commémoration de l’attentat du P. Jacques HAMEL par deux terroristes islamistes. C’était il y a 10 ans, jour pour jour. Eh bien, ce week-end, chrétiens et musulmans se sont rencontrés, à l’occasion de cette commémoration, sans craindre que leur propre « ceinture de lin » en pâtisse. Et ils se sont rencontrés. Et ils nous invitent, nous aussi, lorsque l’occasion se présente, de rencontrer celui qui professe une autre religion.

-Se rencontrer, pour se parler. Se parler, pour se connaître. Et se connaître, pour apprendre à s’aimer, ensemble sous le regard de Dieu. Fratelli Tutti. Tous frères et sœurs. Amen

Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 27 juillet 26

dimanche 26 juillet 2026

Liturgie 17e dimanche A Matthieu 13, 44-52 ; 1 Roi s3,5.7-12 ; Romains 8,28-30

Homélie

-Nous sommes tous passés par là, comme le petit enfant qui est assis là. On est tous passés par là, par cet âge béni de l’enfance, où, comme tout enfant, nous interrogions nos parents ou nos grands-parents : « Papa, c’est quoi ça ? Maman, ça veut dire quoi ça ? Bon-Papa qu’est-ce que c’est ? » Le bel âge de l’exploration du monde.

Certes, de temps à autre, papa ou maman, bon-papa ou bonne-maman est un peu ennuyé et répond : « ça tu comprendras ça plus tard. »

-En apprenant à prier, l’enfant à le droit de demander : « ça veut dire quoi, Père, que ton Règne vienne ? » Un règne, un royaume c’est quoi, c’est pour quoi ?

-Les apôtres ont dû poser cette question à Jésus - lui qui commence sa mission avec cette première parole : « Le Règne de Dieu s’est approché » (Marc 1,15). Si souvent Jésus va parler du Royaume.

-Jésus répond à la question des disciples « c’est quoi ? » il répond à ses disciples comme dimanche dernier, rappelez-vous, nous l’entendions nous dire : le Royaume, c’est comme un ferment dans la pâte, le levain, c’est comme une graine de moutarde, ou encore comme la mauvaise herbe, la zizanie, qui surgit dans un champ (sans pesticides). Jésus aujourd’hui dans l’Evangile répond : le Royaume, c’est comme un trésor, un trésor caché qu’on découvre. C’est comme une perle si belle, si magnifique qu’on donnerait tout pour l’avoir. Ou encore c’est comme un filet, un filet de pêche, où on attrape des beaux poissons et puis aussi des menus fretins. Et puis, il faudra un jour enlever ces menus fretins pour ne garder que le beau, le bon, le vrai. Ou encore le Royaume c’est si précieux. C’est le même ce que demande Salomon dans sa prière : le discernement et le cœur attentif et tout le reste, c’est, comme on dirait à Bruxelles, c’est du brol. Tout ce qui est précieux, tout ce qui est rare, tout ce qui est si beau Jésus le met en consonnance avec « c’est quoi le Règne ? C’est quoi le Royaume ? »

-« C’est comme…, c’est comme ci, c’est comme ça » … « Oui mais Jésus, maintenant, sérieusement, en fin de compte, c’est quoi ? Est-ce que tu ne serais pas en train de tourner un peu autour du pot ? » La question posée est-elle donc si difficile, si exigeante ? Alors Jésus, à l’occasion, dit à ses disciples : « vous comprendrez, vous comprendrez plus tard », comme lors du lavement des pieds en saint Jean (Jean 13, 7). « Vous comprendrez ». Mais surtout, surtout, à la question de ses disciples « c’est quoi », il dit : regarde, vois, écoute, et vis ! Suis-moi, suis-moi !

-Le Royaume ne serait-il donc pas ce que nous, chacun de nous et nous ensemble, en Eglise, ce que nous vivons avec lui, avec le Seigneur - nous avec lui- et lui avec nous ?

- Ne serait-ce pas cela ce Royaume si indéfinissable, indéfinissable parce qu’on ne peut pas y mettre de fin. Ne serait-il par tout lui, le Seigneur, lui, lui et nous, nous avec lui, dans la communion de l’amour ? Le Royaume ce ne serait pas tout ce qui fait signe de lui, tout le beau, tout le bon, tout le vrai – tout ce qui nous rapproche de lui, ou mieux encore, tout ce par quoi Lui se rapproche de nous.

-Je l’ai raconté aux retraitants, quand j’étais séminariste, il y a donc un certain temps, un vieux prêtre, qui vivait dans un quartier très difficile, et qui avait envie de partir tout le temps, et pourtant qui restait. Il restait grâce à une question qu’il posait au Seigneur tous les soirs, après avoir prié le Notre Père. Il disait au Père : « Je viens de prier que ton Règne vienne. Alors, Seigneur montre-moi, montre-moi les signes de ton Royaume que tu m’as donnés à voir aujourd’hui dans la vie, ici et maintenant. Montre-moi ces signes du Royaume vient, qui vient aujourd’hui. »

-Jésus dans l’Evangile, souvent dit : Regarde et vois. Tous ces signes du Royaume à « dénicher », si vous voulez, à dénicher, à révéler. Les signes de ce Royaume caché, mais si précieux, si beau et tellement PRÉSENT.

-Dans la fin de l’Evangile aujourd’hui, aux apôtres, Jésus demande « avez-vous compris tout cela ? » Et nous savons, comme l’Evangile de hier nous le révélait déjà, les apôtres sont parfois assez candides. Alors ils répondent, dans l’Evangile d’aujourd’hui : « Oui, oui, oui, oui, on a tout compris. Ça va, on a tout compris ».

-Oui, on a tout compris !... Non ! Mais on peut commencer à comprendre. Le oui des apôtres, et notre oui, ce n’est pas un oui qui clôture notre recherche, qui ne termine pas par une définition. Notre « Oui, Seigneur », c’est un oui qui ouvre, et qui nous appelle, nous invite à continuer cette recherche du Royaume, le faire surgir, le faire aimer, et contribuer à le rendre présent. Alors oui qui nous fera comprendre ce que saint Paul dit aux Romains : que tout, tout concoure au bien de ceux qui aiment Dieu, et donc ceux qui le recherchent.

Un oui qui veut dire : « je commence à comprendre ». un oui qui ne n ous empêche pas de prier, encore et toujours, « Seigneur que ton Règne vienne ! »

Amen

Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 26 juillet 26.

samedi 25 juillet 2026

Liturgie 25 juillet St Jacques Matthieu 20, 20-38 ; 2 Corinthiens 4,7-15

Homélie

Donc Jésus avait souvent parlé du Royaume. Il en avait parlé avec des images, des paraboles qui se complètent. Il en avait beaucoup parlé. Mais il avait aussi annoncé sa Passion, et juste avant l’épisode que nous venons d’entendre, pour la troisième fois, il avait évoqué que le Fils de l’homme serait livré et crucifié pour ressusciter le troisième jour.

Ils ne devaient pas avoir compris grand-chose !

La seule chose que Jacques et Jean savaient sûrement, puisqu’ils marchaient vers Jérusalem et que Jésus n’arrêtait pas de parler du Royaume, c’est que Jésus serait bientôt le Roi. Ouh ! Alors il s’agit de réserver les deux postes à côté, à droite et à gauche, le siège du grand Vizir et celui du grand Mufti. Alors ils envoient Maman pour en parler avec Jésus. Madame Zébédée est en effet une femme charmante et, parfois même charmeuse, et elle règlera ça pour eux. Voilà qu’elle arrive et Jésus se doute bien qu’elle a quelque chose à lui demander : « qu’est-ce que tu veux ? » Alors, Madame Zébédée dit « Oui, Jésus, tu connais Jacques et Jean, ce sont des types très bien, parfois un petit peu colériques, fils du tonnerre, j’en conviens, mais ce sont vraiment des gens bien, les deux qu’il te faut pour siéger à ta droite et à ta gauche ! » « Vous ne savez pas ce que vous demandez » dit Jésus directement aux deux concernés. « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, pouvez-vous aller jusqu’au bout de l’amour, comme allez en être témoins ? » Et ils disent avec une candeur, une naïveté qui est très belle : « oh, oui, oui, oui, oui ! Nous le pouvons. » Ils n’ont toujours rien compris. Alors Jésus fait cette prophétie : « oui, effectivement, ma coupe vous la boirez. Quant à cette histoire de siège, ce n’est pas le moment d’en parler. Cela viendra bien plus tard, et c’est l’affaire du Père. »

Et l’Evangile continue : « les dix autres qui avaient entendu s’indignèrent contre les deux frères » Pourquoi est-ce qu’ils s’indignent ? C’est très simple : parce qu’ils avaient pensé exactement la même chose ! Et les voilà qu’ils se font « griller » par Jacques et Jean avec leur mère. Ils voulaient aussi cette place-là ! Alors Jésus, vous l’avez entendu, met les pendules à l’heure et renverse entièrement les perspectives qui étaient les leurs : « celui qui veut devenir grand, qu’il soit votre serviteur, celui qui veut être le premier, qu’il soit votre esclave ». St Matthieu met sur les lèvres de Jésus, ce que St Jean mettra « en scène » avec le lavement des pieds.

La scène que nous venons d’entendre décrite par Matthieu est, j’en conviens, assez cocasse.

On peut en sourire, on peut imaginer les différents protagonistes. Mais sérieusement : ne nous moquons pas trop vite de Jacques et Jean, des dix autres, de Madame Zébédée.

Parce que nous aussi, qu’est-ce qu’on en a compris du Royaume annoncé par Jésus ? Chaque jour, nous prions le Père que son Règne vienne…

Mais sommes-nous si prêts à l’accueillir ? Sommes-nous prêts à en être, par le Christ, avec lui et en lui, les artisans ?

Il y a encore un long chemin à parcourir avec Jésus, il y a encore bien des questions à lui poser, même maladroitement, il y a encore bien des incompréhensions à clarifier, avant que nous saisissions, que le Royaume de Dieu, si caché, est aussi si présent, car si proche de nous.

À suivre…dans l’Evangile de demain.

Amen

Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 25 juillet 26

vendredi 24 juillet 2026

Liturgie de la Parole 16e vendredi TO-II Matthieu 13, 18-23 ; Jérémie 3, 14-17

Homélie

« Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur, ils vous conduiront avec savoir et intelligence. »

Et cette promesse encore doit valoir aujourd’hui. Que cela ne nous empêche pas de prier à cette intention comme nous l’avons fait à l’office de Laudes.

Quant à l’Evangile de ce jour, il rapporte l’explication Jésus de sa parabole, celle du semeur. Alors je me suis posé la question : Est-ce bien la peine de donner une explication à l’explication ?

Je vais plutôt me risquer – et que le Seigneur me pardonne si je me plante ! – de voir, outre son explication, une ou deux autres possibles explications à sa parabole.

Partant de ce constat, qui m’a toujours un peu intrigué, que le semeur en question dans la parabole, le semeur sème vraiment n’importe où, pas seulement dans la bonne terre, mais aussi dans les ronces, sur du sol pierreux et au bord des chemins. Ce semeur fait vraiment n’importe quoi. Il est un peu fou, ou un peu distrait, peut-être qu’il a un verre dans le nez, enfin je ne sais pas ! Mais il sème en dépit de toutes les réserves que pourrait avoir un spécialiste, quelqu’un qui sait ce que ça signifie semer. Le semeur est fou peut-être, mais n’est-il pas un peu fou d’espérance, espérant que le sol pierreux, les bord durcis du chemin ou les ronces, laisseraient passer quand même, malgré tout, quelques petites pousses vigoureuses. Autrement dit : même là, même là, un jour, qui sait, la Parole porterait du fruit. Qui sait ?

Et puis… encore une autre nuance, Seigneur, encore ceci : tous ces sols dont tu nous parles, des plus féconds aux plus arides, ne se retrouvent-ils pas tous dans le cœur de tout homme, de toute femme ? Et le semeur un peu fou, un peu fou d’espérance, ne fait pas de distinction dans nos cœurs, entre ce qui est, de toute façon, prometteur et ce qui en apparence ne l’est pas ou ne l’est plus. Ce semeur-là sème dans notre cœur partout. Il inonde en quelque sorte notre cœur de sa Parole. À la mesure sans mesure de son immense amour…

Amen.

Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 24 juillet 26

jeudi 23 juillet 2026

Liturgie  de la Parole 23 juillet Ste Brigitte co-patronne de l'Europe Jean 15, 1-8 ; Tobie 8, 4b-7 

Homélie

Sainte Brigitte, épouse et mère de 8 enfants, - c’est pas mal ! - Ste Brigitte et son mari firent le pèlerinage de St Jacques de Compostelle. Et à leur retour en Suède, ils décidèrent ensemble de consacrer leur vie au Seigneur, de placer leur vie de couple et de parents entièrement sous le regard de Dieu. C’est la raison pour laquelle l’Eglise nous propose, pour honorer Ste Brigitte, la prière de Tobie et de Sarra au soir de leur mariage. Une très belle prière que nous avons entendue, au moins en partie. Et qui fait aujourd’hui partie du choix des lectures bibliques pour les fiancés qui préparent leur messe de mariage.

Quant à l’Évangile, il évoque la vie que Brigitte a choisie de vivre lors de son veuvage, et qui aboutit dans la fondation de l’ordre du Saint Sauveur- congrégation que l’on appelle communément les brigittines, mais c’est quand même plus joli de parler d’ordre du Saint Sauveur ! Elle choisit la vie consacrée, et de fonder cet ordre religieux, qui a connu une aile masculine, et si je me souviens, c’était la mère abbesse qui avait juridiction sur les deux ! Une bonne trouvaille ! 

Revenons à l’Evangile : demeurer, demeurer en Christ. Demeurer, le verbe est utilisé 9 fois dans ce bref petit passage. Demeurer en Christ et DONC être émondé- car, pour que la vigne porte du fruit, pour que le Christ puisse rayonner, l’un ne va pas sans l’autre. Et je peux personnellement en témoigner - il m’est arrivé jadis de travailler dans les vignes du vignoble charentais. Et nous allions en hiver « tirer les bois ». C’est-à-dire, tirer ce que le vigneron avait fait que nous passions : Le vigneron était passé en coupant résolument, résolument, d’immenses morceaux de sarments, pour qu’au printemps, tout puisse reprendre et jaillir de plus belle. Et ramassant le bois mort pour qu’il brûle, je vous avoue que j’étais SIDERE de voir tout ce que le vigneron avait estimé nécessaire de couper dans sa vigne, en vue d’abondantes vendanges l’année suivante, inouï, inouï ! Émonder, perdre, renoncer, lâcher prise… tout cela pour demeurer en Christ. Demeurer avec patience, fidélité, persévérance. Cela, l’un ne va pas sans l’autre, Brigitte l’a bien compris. Puissions-nous, nous aussi le comprendre pour devenir, comme elle, de plus en plus disciple du Bien-Aimé et, pour la gloire du Père, porter beaucoup de fruits, Beaucoup. Beaucoup. 

Amen

Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 23 juillet 26


mercredi 22 juillet 2026

Liturgie de la Parole 22 juillet Ste Marie-Madeleine Jean 20, 1.11-18 ; Cantiques des cantiques 3, 1-4a 

Homélie

Il y a dans les fameux musées du Vatican une salle consacrée aux tapisseries de Bruxelles, de magnifiques et gigantesques tapisseries du XVIIe siècle je crois. L’une d’entre elles représente la scène que nous venons d’entendre dans l’Evangile. Et on y voit, au premier plan, Marie-Madeleine, en larmes, et derrière elle, le Ressuscité : il porte un grand chapeau de paille, il a une bêche à la main et à côté de lui, on aperçoit une brouette. Tout l’attirail d’un bon jardinier.


Alors, Marie-Madeleine, toi qui as raconté aux disciples tout ce qu’il t’a dit. Qu’est-ce que ce jardinier a à nous dire à chacun de nous ? D’abord il reprend la question des anges, « pourquoi pleures-tu ? », mais il la complète : « qui cherches-tu ? ». Jean, rappelez-vous, avait commencé son Evangile en évoquant ces deux disciples du Baptiste qui s’étaient mis à suivre Jésus et auxquels celui-ci, se retournant vers eux, avait posé la question « que chez-vous ? ». Chercher. Chercher du sens. Chercher la lumière. Chercher la vie. Telle est la quête de tout homme. Mais cette quête se transforme, au long du chemin : et c’est une quête qui passe de QUE cherchons-nous à QUI cherchons-nous… Découvrir celui que notre âme désire, découvrir notre bonheur qui se trouve en LUI, le Ressuscité.


Le jardinier prononce ensuite le nom de celle qui pleure et qui cherche. « Marie ». Juste un nom. Et le timbre d’une voix. Cela suffit pour qu’ils se reconnaissent. Ils devaient être quand même bien familiers l’un avec l’autre pour ainsi pouvoir se reconnaître. Mon nom, sa voix. Le connaître, lui, le Ressuscité, pour me retourner, pour le reconnaître, quand il m’appelle par mon nom.


Enfin, ce bon jardinier termine, en invitant Marie-Madeleine, en nous invitant, à ne pas le retenir, à ne pas faire de lui « mon Jésus ». « Mon Jésus adoré ». Non ! L’ayant reçu, l’ayant reconnu, l’ayant accueilli, il me revient de le donner à mon tour. « Va », dit le jardinier, « Va… et dis-leur ». La joie de la rencontre avec le Christ s’amplifie, devient irrésistible, quand cette joie est partagée. 


Et dès lors, je devine que Marie-Madeleine, si familière de Jésus, va continuer à pleurer, mais cette fois-ci, de joie. De joie éternelle. Amen.


Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 22 juillet 26


 

mardi 21 juillet 2026

Liturgie de la Parole 16e mardi TO-II Matthieu 12, 46-50 ; Michée 7, 14-15.18-20

Homélie

Ainsi la première lecture, celle du prophète Michée, vient, une fois de plus, contredire ceux qui croient que le Dieu de l’Ancienne Alliance, le Dieu de l’Ancien testament est un Dieu uniquement colérique et vengeur, et juge. C’est bien tout le contraire, et on voit bien combien Jésus a puisé dans cette parole prophétique pour révéler le Père à ses disciples.

Quant à l’Evangile, je ne sais pas très bien ce que la mère et les frères de Jésus veulent venir lui dire. Mais en tous cas ils ont « tiré une drôle de tête » quand on est venu leur rapporter : « Ah non, non, ça a changé, vous n’êtes plus sa mère, vous n’êtes plus ses frères. C’est ceux qui sont là ! ». Ils ont dû tirer quand même une drôle de tête, hein !

Mais c’est vrai que, c’est une expérience que nous faisons, tout au long de notre vie de foi, que notre foi en Christ vient changer nos relations habituelles, ça vient les mettre sur un autre axe. Et que, d’après ce que dit Jésus dans cet Evangile, ben, nous devenons frères, sœurs, mères les uns pour les autres. Ce qui veut dire, que nous ne nous sommes pas choisis les uns les autres, comme dans une famille, avec des frères et des sœurs. Nous sommes donnés, les uns aux autres, tels que nous sommes, sans s’être choisis. L’Eglise c’est cela. L’Eglise ce n’est pas un club, parce dans un club, on se choisit. Et celui qui ne s’accorde avec les autres, on lui demande d’aller choisir un autre club. Nous sommes frères et sœurs, dons de Dieu les uns aux autres, et non seulement cela, mais nous sommes, petitement peut-être, mais nous sommes mères les uns pour les autres. Autrement dit, nous donnons la vie en vivant l’Évangile, en le transmettant à ceux que nous côtoyons, les engendrant à la vie, au nom de Dieu. Nous recevons cette vie, mais nos frères et sœurs en Christ, nos « mères » en Christ, nous la donnent aussi. Amen.

Mgr Jean Kockerols, Hurtebise le 21 juillet 26


lundi 20 juillet 2026

Liturgie de la Parole 16e lundi TO-II Matthieu 12, 38-42 ; Michée 6, 1-4.6-8

Reconnaître 

 Homélie

« Si seulement j'avais un signe... » Un signe pour prendre une décision. Un signe pour savoir si Dieu m'écoute. Un signe pour être sûr de ne pas me tromper… Au fond, nous ressemblons beaucoup aux pharisiens de l'Évangile. Ils disent à Jésus : « Maître, nous voulons voir un signe venant de toi. » Mais Jésus est sévère. Pourquoi ? Parce qu'ils demandent un signe... alors que le Signe est déjà devant eux. Ils regardent Jésus sans le voir. Ils réclament une lumière alors que le soleil est levé. Il y a quelque chose de profondément humain dans cette attitude. Nous pensons souvent que nous croirions davantage si Dieu intervenait de manière spectaculaire. C’est ce que Jésus répondra au riche qui n’a pas vu le pauvre Lazare et qui demande que l’on envoie une estafette auprès de ses frères. Non, l'expérience montre le contraire. Les miracles ne « fabriquent » pas la foi.

La première lecture éclaire cela sous un autre angle. Le prophète Michée imagine un dialogue entre Dieu et son peuple. « Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ? Avec de jeunes taureaux … des milliers de béliers, des flots d’huile répandus sur l’autel ? » La réponse est d'une simplicité désarmante : « On t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » Dieu ne demande pas l'extraordinaire. Il désire une relation. Les pharisiens cherchent un phénomène, mais le chrétien rencontre une Personne.

Et Jésus ajoute une parole surprenante : « Il y a ici bien plus que Jonas... bien plus que Salomon. » Autrement dit : « Vous cherchez ailleurs ce qui est déjà là. » Nous attendons parfois une grâce exceptionnelle alors que Dieu nous visite dans l'ordinaire. Les grands signes de Dieu sont souvent d'une discrétion déconcertante.

Le vrai problème, ce n'est pas que Dieu ne parle pas. Le vrai problème est que nous ne savons plus toujours reconnaître sa voix : il parlera toujours dans le bruissement d’une brise légère, et jamais dans un ouragan.

Pierre Hannosset le 20 juillet 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/07/lundi-de-la-16eme-semaine-du-temps-de.html 

 

dimanche 19 juillet 2026

Liturgie de la Parole 16e dimanche A Matthieu 13, 24-43 ; Sagesse 12, 13.16-19 ; Romains 8, 26b-27

Patience et espérance

Accueil

Le bon grain et l’ivraie…

En grec « ivraie » se dit « zizania ».  L’ennemi est celui qui sème la zizania, la zizanie.

De même, le mot « diable » venant du mot « diabolos » signifie, celui qui divise, empêche la communion.

Tous nos projets, si bons et si beaux soient-ils, sont toujours « visités » par l’un ou l’autre diabolos qui y sème la zizanie. Il n’y a pas de remède, semble dire la parabole, il faut « vivre avec »  mais dans la certitude que cela n’empêchera pas le bon grain d’arriver à maturation et de porter du fruit.

En fin de compte la bonne semence aura le dessus, c’est avec cette confiance qu’il nous faut persévérer, patienter. Dieu, lui, ne semble pas pressé.

Au lieu de voir l’ivraie dans le champ du monde et nos propres vies, nous sommes donc invités à la patience, à nous réjouir de ce qu’il y grandit de bien et de beau.

C’est cela aussi qu’on appelle l’espérance !


HOMELIE

Il nous est peut-être arrivé un jour de vouloir désherber autour de jeunes pousses de carottes ou de fleurs.  Cette initiative nous a permis de constater la pertinence de la parabole du bon grain et de l'ivraie proclamée dans l’évangile d’aujourd’hui.  Si nous arrachons les herbes les plus proches des jeunes pousses du potager, nous risquons de déraciner aussi les plantes que nous voulons protéger.  Elles ont des racines tellement peu profondes qu'il est préférable de laisser pousser quelques herbes sauvages pour les arracher plus tard.

 

Même s'il ne s'agit pas de légumes dans notre parabole mais de céréales, une chose est claire : dans la société, il y a de l'ivraie, (du chiendent), autrement dit des éléments indésirables qui s’y introduisent à notre insu. Il ne faut pas s'en étonner.  Le semeur, autrement dit Jésus, n’a pas une maîtrise totale de son champ.  Il ne domine pas tout : pendant qu’il dort, un ennemi sème de l’ivraie. En grec, - langue utilisée pour écrire l’Evangile, - « ivraie » se dit « zizania ». L’ennemi est celui qui sème la zizania, la zizanie, la division. Après son forfait commis pendant la nuit, (eh oui, les délits se commettent le plus souvent la nuit !) l’auteur se cache parce qu’il ne peut plus s’approcher des foules. En effet, s’approcher c’est se faire proche, c’est entrer en relation, se faire le prochain ! Tout le contraire de la zizanie.

 

Que notre comportement quotidien ne soit pas parfait, c'est plutôt évident ! Rien n'est totalement pur. Vouloir faire le tri entre tout ce qui est bien et ce qui est certainement mal est impossible. Jésus ne dit pas que nous risquons de confondre le bien et le mal. Il dit qu'en adoptant une démarche puriste, nous risquons d'arracher en même temps le mauvais et le bon et. Beaucoup de dégâts peuvent être faits au nom du bon et de sa sauvegarde. 

 

Supposons qu'entre les gens, il y en ait qui se prétendent être bon grain et d'autres ivrai! Faire deux camps est impossible vu que la frontière entre le bon grain et l'ivraie ne passe pas entre les personnes mais dans le cœur de chacun-e.  Par exemple, l’aumônier de prison ne réduit pas la personne détenue au délit qui l’a amenée en prison.  Nous sommes tous capables de produire du mal mais aussi de bonnes choses.  Me vient à l'esprit une parole de Saint Paul : "Je ne fais pas le bien que je veux.  Je fais le mal que je ne veux pas".  (Romains 7,19-20.)

 

Du coup, la parabole du bon grain et de l'ivraie devient la parabole de la patience de Dieu.  J’ai été plusieurs fois témoin de personnes au comportement problématique qui se sont métamorphosées.  Les parents et les éducateurs ne me démentiront pas. La patience de Dieu n'enferme personne dans son passé, laisse à chacun sa chance, donne à chacun le temps de se convertir autrement dit de se tourner vers autre chose. Dieu fait tout cela parce qu’Il nous aime. Ce n'est donc pas une tolérance molle mais une patience attentive.

 

L’extrait de saint Matthieu lu aujourd’hui est aussi une parabole de l'espérance.  Spontanément, si nous n’y prenons garde, nous ne voyons dans le monde que ce qui ne va pas, le négatif, le mal, l'ivraie. Mais n'oublions pas que c’est le bon grain qui a été semé en premier, non pas l'ivraie. L'ivraie est postérieure. Elle finira par disparaître en fumée. Elle n'aura pas le dernier mot. Les complotistes, qui prêchent via les réseaux sociaux, affirment un avenir catastrophique pour notre monde. Ils sèment donc la zizanie. Çà, ce n'est pas l'Evangile.

 

Pourtant, l'Evangile n'est pas synonyme d'insouciance. L’Evangile c'est l'Espérance. L’Espérance se fonde sur le roc de la Parole de Dieu, parole comparée aujourd’hui à une petite graine.  L'espérance est mobilisatrice. La parabole d’aujourd’hui est celle d’un semeur pas celle d’un moissonneur. Nous ne sommes pas au terme du cycle mais nous vivons un humble commencement, celui du grain risqué.

 

Aussi peu nombreux que soient les témoins de cette Parole, aussi timides ou fragiles que soient parfois les Chrétiens, l'annonce de l'Evangile ne restera pas sans lendemain.

 

Avec vous, je dis merci à Dieu pour le bon grain qu’il sème en nos vies avec patience et espérance.  Cette espérance me fait vivre.  Je souhaite de tout cœur qu’il en soit de même pour vous.

Abbé Stréber Fernand, Hurtebise le 19 juillet 26

 

P’tit’ rawett’

 LE BON GRAIN ET L'IVRAIE

J'avais un champ d'amour
où fleurissaient des mains, toutes sortes de mains :

mains d'artistes, d'ouvriers, mains qui se caressaient sous la brise du vent,

mains d'enfants, mains d'épouses, avec les doigts ouverts comme l'épi
qui s'emboîtaient les unes les autres dans une ronde d'amitié.

 

Des nuages sont passés sur mon champ en le coupant du chaud soleil.

Et j'ai vu une main se gercer puis replier ses doigts.

Un poing venait de naître, poing haineux,

poing sanglant qui se mit à cogner les autres mains voisines.

Comme des fleurs qui se referment, une à une, à leur tour,

les mains sont devenues poings, poings méchants qui rendent coup pour coup
poings guerriers, durs et sans pardon.

En voyant ce désastre mon fils est accouru

- Papa ! Faut-il brûler ton champ pour freiner ce carnage ?

- Attends mon fils, attends ! lui ai-je répondu :

- Seul le soleil peut guérir en brûlant ;

toi, brûle les nuages.

H. Léonard-Etienne

Les nouvelles paraboles, Edibon, Liège, p. 74.
Histoire reprise dans : « Il était une foi » tôme 1 . CRJC  Liège

samedi 18 juillet 2026

Liturgie de la Parole 15e samedi TO-II Matthieu 12, 14-21

Un héros ? Un Serviteur !

Méditation

Lorsque Matthieu raconte que les pharisiens décident de faire mourir Jésus, il ne s'attarde ni sur leurs intentions, ni sur la réaction de Jésus. À la place, il ouvre le livre du prophète Isaïe. C’est comme s’il nous disait : « Si vous voulez comprendre ce qui est en train de se jouer, il faut relire cette ancienne parole. »

A première vue, c’est étonnant. Quel est le rapport entre un complot meurtrier et ce mystérieux Serviteur annoncé des siècles auparavant ?

Au temps d'Isaïe, le peuple d'Israël espérait un libérateur : un homme fort capable de vaincre ses ennemis. Mais Dieu prépare tout autre chose. Le monde attend un héros ; Dieu envoie un Serviteur. Et Matthieu nous dit : ce Serviteur, c'est Jésus.

Regardons le portrait qu'Isaïe en dessine…

D'abord, sa force ne vient pas d'une domination, mais de sa relation à Dieu : « Je ferai reposer sur lui mon Esprit. » C'est cela qui lui permet « de faire connaître le jugement ». Le mot hébreu traduit ici par « jugement » est difficile à rendre. Il désigne un ordre juste que Dieu veut pour le monde.

Ensuite, Isaïe décrit sa méthode : « Il ne cherchera pas querelle. Il ne criera pas. On n'entendra pas sa voix sur les places publiques.  » Les puissants de ce monde s'imposent par le bruit et l'image. Le Serviteur, lui, transforme le réel avant de transformer son image. C’est précisément pour cela que Matthieu place cette citation ici : au moment où Jésus est rejeté, il refuse d'entrer dans la logique de la violence.

Puis vient cette image magnifique : « Le roseau froissé, il ne le brisera pas. La mèche qui faiblit, il ne l'éteindra pas. »

Un roseau plié, une mèche de lampe qui fume et vacille... Ce sont des réalités fragiles, abîmées. Notre premier réflexe est de les écarter. Le Serviteur, lui, choisit de les protéger, de les relever. Il ne se demande pas si ce qui est fragile est encore utile ; il cherche comment lui redonner vie.

Mais attention : cette douceur n'est pas une faiblesse. Isaïe termine son portrait par une ligne que nous oublions souvent : « Lui ne faiblira pas. Lui ne sera pas brisé. »

Le Serviteur ne brise pas le roseau froissé... parce que lui-même est inébranlable dans sa fidélité à Dieu. Sa douceur n'est pas un manque de force ; elle est l'expression d'une force plus profonde. Il est infiniment patient avec les personnes, mais rien ne le détourne du chemin que Dieu lui a confié.

Aujourd’hui, nous opposons souvent la force et la douceur ou la bienveillance. Comme s'il fallait choisir entre être fort au risque de devenir dur, ou être bon au risque de devenir faible.

Le Serviteur refuse cette alternative. Sa force ne consiste pas à dominer, mais à demeurer fidèle au bien, quelles que soient les circonstances. Face au rejet, Jésus ne renonce ni à sa mission, ni à la douceur pour l'accomplir.

Voilà le visage du Serviteur selon Isaïe. Voilà le visage que Matthieu reconnaît en Jésus et qu’il veut nous faire découvrir.

C’est peut-être aussi le visage du disciple que l'Évangile nous invite, peu à peu, à laisser se dessiner en nous.

Isabelle Halleux, le 18 juillet 2026

 

vendredi 17 juillet 2026

Liturgie de la Parole 15e vendredi TO-II Matthieu 12, 1-8 ; Isaïe 38, 1-8

Un don de Dieu pour la vie
Méditation

Quel visage de Dieu, les lectures de ce jour nous invitent-elles à découvrir et à contempler ?

La première lecture nous relate l’intervention de Dieu dans l’histoire d’un homme, Ezéchias, en proie à la détresse devant la mort qui lui apparaît certaine et très proche.

Détresse qui pousse Ezéchias à crier vers Dieu : « Souviens-toi de moi, souviens-toi de tout ce que j’ai fait ». Et Dieu se laisse toucher par la prière...

La prière fait-elle changer Dieu d’avis ? Pousse-t-elle Dieu à modifier le cours de l’histoire ? Cette manière de voir ne nous met-elle pas à l’aise ? Tant de détresses dans notre monde aujourd’hui, tant de morts prématurées... malgré tant de cris et de prières...

En lisant le texte, je constate que lorsqu’il s’agit de l’annonce de la mort, il est dit : « le prophète Isaïe vint dire à Ezéchias : Ainsi parle le Seigneur, tu vas mourir… ». Mais un peu plus loin il est dit : « La Parole du Seigneur fut adressée à Isaïe : Va dire à Ezéchias : ainsi parle le Seigneur, j’ai entendu… »

Certes Ezéchias est atteint d’une maladie mortelle. Isaïe le met devant la réalité : tu vas mourir. C’est la suite logique, c’est la loi de la nature. Ezéchias, se révolte devant ce caractère inéluctable, il crie vers le Seigneur, comme l’ont fait tant de psalmistes, et comme le font depuis des siècles, tant d’hommes et de femmes dans leur aspiration à la vie et au bonheur.

Dieu change-t-il d’avis ou vient-il mettre un bémol à l’affirmation peut-être trop hâtive d’Isaïe ? « Mes pensées ne sont pas vos pensées » dira Isaïe (55,10-11) en faisant parler Dieu.

Cette maladie d’Ezéchias, ne serait-elle pas comme celle de Lazare, relatée dans l’Evangile de Jean, une maladie qui ne conduit pas à la mort mais qui est pour la gloire de Dieu ?

Toujours est-il que comme Lazare, Ezéchias verra sa vie prolongée de quelques années, et que si nous regardons le texte parallèle dans le livre des Rois, il est question pour Ezéchias, comme pour Lazare d’un délai de trois jours... Pour nos oreilles chrétiennes, même si Ezéchias comme Lazare connaîtront un jour la mort, ces « 3 jours » ne peuvent manquer d’évoquer pour nous la mort-résurrection du Christ.

Cet épisode de l’histoire d’Ezéchias nous révèle un Dieu pour la vie, un Dieu de Vie.

 

Dans cette perspective, l’attitude des Pharisiens de l’Evangile nous fait un peu sourire. Elle nous ramène au ras des pâquerettes.

Il s’agit du Sabbat que les disciples sont accusés de violer parce qu’ils arrachent quelques épis de blé pour assouvir leur faim. Pour autant qu’on n’utilise pas la faucille, la loi permet en effet de prendre quelques épis dans le champ du voisin et de les froisser pour les manger. Mais voilà les commentateurs de la loi ont établi une liste de travaux interdits pendant le Sabbat et cueillir des épis en est un.

Que répond Jésus ? Il se place à 2 niveaux.

Tout d’abord, au niveau de la loi elle-même qui fait passer l’assouvissement de la faim avant le respect du sacré.

Mais Jésus va plus loin et sa place au niveau de la conscience qu’il a de sa mission. « Il y a ici plus grand que le Temple ». Sa qualité d’envoyé de Dieu, de Fils de Dieu autorise Jésus à remettre en question les institutions telles que le Sabbat ou le Temple lorsqu’elles ne sont plus conformes à la Volonté de Dieu qui a donné la Loi.

Le Dieu pour la vie, le Dieu de Vie qui nous a été révélé dans la première lecture nous appelle à la Vie et sa loi est une Loi de Vie. Les arrêtés d’exécution qui précisent cette loi et se veulent un guide pratique pour la mettre en application, ne sont que des préceptes humains. Et à ce titre, ils sont toujours à confronter avec le dynamisme originel de la Loi.

Il me semble que ce texte est plus interpelant qu’il n’y paraît à première vue car il met en évidence une grave tentation, qui n’est autre que la tentation d’Adam et Eve : faire son salut par soi-même. La créature s’empare de l’œuvre de Dieu, ici en l’occurrence la loi, et la manipule. Lorsque l’être humain absolutise et sacralise les moyens qu’il juge efficaces pour le salut, il en arrive à craindre tout ce qui peut mettre en péril la sécurité qui lui vient des observances. Il en vient à supprimer sa liberté et celle des autres au profit d’une assurance qui cache mal sa précarité. Il en vient à vendre son droit d’aînesse pour un plat de lentilles...

Jésus nous rend à notre liberté première en nous invitant à faire du sabbat non pas une observance qui nous garantit une justice aussi raide que morte, mais ce qu’il est vraiment, un temps pour Dieu, un temps avec Dieu, un temps où l’être humain libéré des astreintes du quotidien, s’avance librement à la rencontre du Dieu source de vie, source de fécondité. Ce Dieu qui donne sens à notre labeur en en faisant un chemin de vie.

Le Sabbat est un don de Dieu pour la Vie.

Sr Elisabeth écrit le 18 juillet 2014

jeudi 16 juillet 2026

Liturgie de la Parole 15e jeudi TO-II Matthieu 11, 28-30 ; Isaïe 26, 7-9.12.16-19 ; Psaume 101, 13-21

Au Carmel

Homélie

La journée est terminée, on est enfoncé dans le canapé pour se reposer mais la tête, elle, continue de travailler. Les conversations que l’on a eues, les soucis qui peuvent nous accabler et déjà les décisions de demain s'invitent déjà. Nous sommes couchés mais nous ne sommes pas vraiment reposés.

 Je crois que Jésus connaît bien ce cœur humain. C'est pourquoi il ne dit pas : « Venez dormir », il n’est pas un super Zolpidem ; il dit : « Venez à moi... et je vous procurerai le repos. » Le repos dont parle l'Évangile est beaucoup plus profond. C'est ce lieu intérieur où nous cessons enfin de porter seuls le poids de notre existence.

 La première lecture nous y prépare admirablement. Isaïe fait monter une prière du peuple au milieu de l'épreuve. Et cette phrase retient l'attention : « Mon âme, la nuit te désire. » Quelle belle définition de la foi ! La foi n'est pas l'absence de nuit mais elle est une manière de traverser la nuit. Même lorsque Dieu semble silencieux. Même lorsque les réponses tardent.

 Le Carmel est précisément l'école de cette attente. Une montagne où le prophète Élie apprit à reconnaître Dieu, non dans la violence du vent ou du feu, mais dans « le murmure d'une brise légère ». Marie appartient à cette même école. Elle accueille, elle médite et surtout, elle laisse Dieu faire son œuvre dans le silence.

Saint Jean de la Croix écrivait : « Le Père n'a dit qu'une seule Parole : son Fils ; et c'est dans un éternel silence qu'il la dit ; c'est dans le silence que l'âme doit l'entendre. » Le Carmel nous apprend à reconnaître le Seigneur dans le silence. Le Carmel c’est bien plus qu’une montagne. C'est un cœur où Dieu peut enfin trouver le silence pour parler.

 Et voilà que Jésus ajoute : « Prenez sur vous mon joug. » Étrange non ? Il vient de promettre le repos, et voilà qu’il parle d'un joug. Contradictoire ? Non. Le joug du Christ n'ajoute pas un poids supplémentaire. Je vous ai déjà cité Benoît XVI, à sa première messe comme Pape : « Celui qui croit n'est jamais seul. » Cette phrase prend aujourd'hui une résonance particulière. Le véritable repos naît de cette certitude. Je ne suis jamais seul. Même dans mes nuits. Même dans mes fatigues. Même lorsque je ne comprends plus le chemin.

 Notre-Dame du Mont Carmel est précisément cette présence maternelle qui nous conduit vers le Christ. Le scapulaire, si cher à la tradition carmélitaine, n'est pas un porte-bonheur. Il est le signe d'un engagement réciproque : vivre revêtu du Christ à l'école de Marie. Thérèse de l'Enfant-Jésus, fille du Carmel, écrivait : « Tout est grâce. »  C'est peut-être cela, le repos chrétien. Découvrir que tout peut devenir grâce lorsque nous le remettons entre les mains du Christ.

Marie du Carmel ne nous retient jamais auprès d'elle. Elle nous montre son Fils, lui qui nous murmure aujourd’hui : « Viens à moi... » Mon nom est Emmanuel, je suis Dieu-avec-toi.

Pierre Hannosset le 16 juillet 2026

https://padrepierre.blogspot.com/2026/07/note-dame-du-mont-carmel-mettons-nous.html