Liturgie 21e vendredi TO-II Matthieu 25, 1-13 ; 1 Corinthiens 1,17-28
Correspondant à la fin de la
session biblique consacrée au thème de l’Ordo amoris : « et qui est
mon prochain ? »
Ouverture
Durant cette session, nous avons
appris à faire des colliers. Comme dans l’exégèse rabbinique, des colliers de
versets de l’écriture. Une perle,
une deuxième perle, une troisième perle de l’écriture.
Perles qui, par leur rapprochement, faisaient des étincelles. Et nous avons
goûté un petit quelque chose de l’expérience du feu de la Pentecôte ou des
disciples d’Emmaüs, comme dans le chant que nous venons de chanter : « notre
cœur n’était-il pas brûlant tandis que tu nous parlais en chemin nous ouvrant
les Écritures ? ».
Chaque jour, la liturgie nous
offre un petit collier de trois lectures. Aujourd’hui, la première lettre aux
Corinthiens, un extrait du Psaume 32 et puis l’évangile de Matthieu au début du chapitre 25, alors que
pendant la session, nous avons évoqué la fin du chapitre 25.
Le défi sera, dans la prière, de
parvenir à voir le fil rouge de ce collier qui nous est offert aujourd’hui. Voir
comment ces trois lectures se relient entre elles et se relient avec ce que
nous avons entendu durant notre session.
Résonances
Dans la lettre aux Corinthiens,
il est question de sagesse et de folie. Et dans l’Evangile, il est question de
vierges insouciantes et prévoyantes. Dix jeunes filles. Autrefois on disait les
vierges sages et les folles. Dans le Psaume qui fait le lien entre ces deux
lectures, il est dit que « la parole du Seigneur est droite », mais
aussi qu’il « déjoue les plans des nations et qu’il anéantit les projets
des peuples ». Comme pour nous dire qu’il exerce une autre logique que la
nôtre, parfois. Comme un renversement de perspective. Ce que saint Paul
suggère : la sagesse de Dieu est folie aux yeux des hommes. Mais cette
folie est une sagesse !
Quant à la parabole des jeunes
filles invitées à des noces, au début du chapitre 25 de Matthieu, elle me pose
problème. Je frappe à la porte pour trouver la clé. En effet elle semble nous
dire que seulement les bons élèves ont le droit d’entrer dans la salle des
noces : qu’il faut être vigilant, qu’il faut être prévoyant, qu’il faut
être prêt quand vient le moment. Et que ce moment-là c’est celui-là et pas un
autre, qu’il n’y a pas de deuxième chance et puis qu’il n’y a pas de partage
possible entre celles qui ont prévu une réserve et celles qui n’en ont pas
prévu.
Jésus nous a pourtant habitué à
une autre logique, celle du partage, celle où les derniers sont premiers, celle
où les sages sont fous et les fous sages !
Alors comme c’est une parabole,
je me suis dit que je pouvais me permettre une autre interprétation, et que
peut-être la folie n’est pas ce que l’on croit.
La folie, c’est de croire que je
ne peux pas entrer si je n’ai pas d’huile et que donc je dois vite courir chez
les marchands pour en acheter. Mais n’est-ce pas l’erreur qu’elles font, toutes ?
Elles pensent qu’elles ne sont pas dignes d’entrer au
moment de l’ouverture de la porte. Mais le Seigneur ne les aurait-il pas
accueillies comme elles étaient, même sans leur huile ?
Bon, c’est une interprétation
possible : vous en faites ce que vous voulez.
Je voudrais faire encore un autre
lien. Un lien qui nous permet de nous relier aussi à tout ce que nous avons lu
pendant cette session biblique. Parce que, évidemment, cette parabole se situe
à l’intérieur d’un ensemble et que la clé pour comprendre cette parabole c’est
de lire l’ensemble du discours eschatologique dans lequel elle se situe,
discours qui se termine par la fresque du jugement dernier que nous avons
évoquée pendant notre session. Et ce discours est traversé par une autre
question qui est : comment vivre le temps, le temps présent ? Sachant
que ce temps est orienté vers la venue de quelqu’un, du Fils de l’homme, dont
personne, et même pas lui, ne sait quand ce sera. Nul ne connaît le jour ni
l’heure dit Jésus au début de ce discours (Matthieu 24,36). Comment donc vivre
le temps ? Et Jésus nous donne, non pas une réponse claire, dogmatique,
bien ficelée, mais des paraboles à ruminer. Celle du voleur qui vient dans la
nuit. Celle du maître de maison qui confie sa maisonnée à un gestionnaire sage.
Puis celle des dix jeunes filles dont cinq sont sages et cinq un peu moins.
Puis celle des talents que nous entendrons demain. Au fond, chaque fois, il est
question de savoir comment gérer le temps qui passe en attendant la venue du
Jour où… ce sera la Jour où… on rencontrera le Seigneur.
Mais, comme nous l’avons vu, la
fin de ce discours eschatologique nous prépare une surprise. Car celui dont on
attend la venue ou le retour, en un jour qu’on appelle le dernier jour, en fait,
il n’est jamais parti ! Il n’est jamais absent. Il se cache – « Christ
in disguise » – dans celui qui a faim, qui a soif, qui est nu, malade, en
prison. Et il nous dit : ceux-là qui sont mes frères, en les touchant,
c’est moi que tu touches. Ils sont ta propre chair.
Et voilà notre collier qui se referme.
Que dire pour conclure sans
conclure ?
Avons-nous fait l’expérience du
feu, des étincelles ? Quand les versets sont comme des silex qui
s’entrechoquent ? Oui, mais pour que le feu prenne, il faut du
combustible, et pas que des étincelles. Comme dans la parabole d’aujourd’hui,
il faut de l’huile pour les lampes. Je pense que durant cette session, nous
avons fait des bonnes provisions d’huile pour nos lampes. Et nous avons fait
l’expérience que nous ne devons pas craindre de la perdre en la partageant. Au
contraire !
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