vendredi 28 août 2026

Liturgie 21e vendredi TO-II Matthieu 25, 1-13 ; 1 Corinthiens 1,17-28

Correspondant à la fin de la session biblique consacrée au thème de l’Ordo amoris : « et qui est mon prochain ? »

Ouverture

 Vous avez reconnu dans le chant d’entrée la formule de saint Augustin que nous fêtons aujourd’hui : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ». Ça tombe bien, parce qu’il a été question d’Augustin dès le début de notre session biblique, c’est de lui que nous vient l’expression ordo amoris. Nous avons eu tellement de chance de creuser cette expression, dans tous les sens du terme.

Durant cette session, nous avons appris à faire des colliers. Comme dans l’exégèse rabbinique, des colliers de versets de l’écriture. Une perle, une deuxième perle, une troisième perle de l’écriture. Perles qui, par leur rapprochement, faisaient des étincelles. Et nous avons goûté un petit quelque chose de l’expérience du feu de la Pentecôte ou des disciples d’Emmaüs, comme dans le chant que nous venons de chanter : « notre cœur n’était-il pas brûlant tandis que tu nous parlais en chemin nous ouvrant les Écritures ? ».

Chaque jour, la liturgie nous offre un petit collier de trois lectures. Aujourd’hui, la première lettre aux Corinthiens, un extrait du Psaume 32 et puis l’évangile de Matthieu au début du chapitre 25, alors que pendant la session, nous avons évoqué la fin du chapitre 25.

Le défi sera, dans la prière, de parvenir à voir le fil rouge de ce collier qui nous est offert aujourd’hui. Voir comment ces trois lectures se relient entre elles et se relient avec ce que nous avons entendu durant notre session.

 

Résonances

 Quel est donc le fil rouge qui relie, comme en un collier, les lectures que nous venons d’entendre ?

Dans la lettre aux Corinthiens, il est question de sagesse et de folie. Et dans l’Evangile, il est question de vierges insouciantes et prévoyantes. Dix jeunes filles. Autrefois on disait les vierges sages et les folles. Dans le Psaume qui fait le lien entre ces deux lectures, il est dit que « la parole du Seigneur est droite », mais aussi qu’il « déjoue les plans des nations et qu’il anéantit les projets des peuples ». Comme pour nous dire qu’il exerce une autre logique que la nôtre, parfois. Comme un renversement de perspective. Ce que saint Paul suggère : la sagesse de Dieu est folie aux yeux des hommes. Mais cette folie est une sagesse !

Quant à la parabole des jeunes filles invitées à des noces, au début du chapitre 25 de Matthieu, elle me pose problème. Je frappe à la porte pour trouver la clé. En effet elle semble nous dire que seulement les bons élèves ont le droit d’entrer dans la salle des noces : qu’il faut être vigilant, qu’il faut être prévoyant, qu’il faut être prêt quand vient le moment. Et que ce moment-là c’est celui-là et pas un autre, qu’il n’y a pas de deuxième chance et puis qu’il n’y a pas de partage possible entre celles qui ont prévu une réserve et celles qui n’en ont pas prévu.

Jésus nous a pourtant habitué à une autre logique, celle du partage, celle où les derniers sont premiers, celle où les sages sont fous et les fous sages !

Alors comme c’est une parabole, je me suis dit que je pouvais me permettre une autre interprétation, et que peut-être la folie n’est pas ce que l’on croit.

La folie, c’est de croire que je ne peux pas entrer si je n’ai pas d’huile et que donc je dois vite courir chez les marchands pour en acheter. Mais n’est-ce pas l’erreur qu’elles font, toutes ? Elles pensent qu’elles ne sont pas dignes d’entrer au moment de l’ouverture de la porte. Mais le Seigneur ne les aurait-il pas accueillies comme elles étaient, même sans leur huile ?

Bon, c’est une interprétation possible : vous en faites ce que vous voulez.

Je voudrais faire encore un autre lien. Un lien qui nous permet de nous relier aussi à tout ce que nous avons lu pendant cette session biblique. Parce que, évidemment, cette parabole se situe à l’intérieur d’un ensemble et que la clé pour comprendre cette parabole c’est de lire l’ensemble du discours eschatologique dans lequel elle se situe, discours qui se termine par la fresque du jugement dernier que nous avons évoquée pendant notre session. Et ce discours est traversé par une autre question qui est : comment vivre le temps, le temps présent ? Sachant que ce temps est orienté vers la venue de quelqu’un, du Fils de l’homme, dont personne, et même pas lui, ne sait quand ce sera. Nul ne connaît le jour ni l’heure dit Jésus au début de ce discours (Matthieu 24,36). Comment donc vivre le temps ? Et Jésus nous donne, non pas une réponse claire, dogmatique, bien ficelée, mais des paraboles à ruminer. Celle du voleur qui vient dans la nuit. Celle du maître de maison qui confie sa maisonnée à un gestionnaire sage. Puis celle des dix jeunes filles dont cinq sont sages et cinq un peu moins. Puis celle des talents que nous entendrons demain. Au fond, chaque fois, il est question de savoir comment gérer le temps qui passe en attendant la venue du Jour où… ce sera la Jour où… on rencontrera le Seigneur.

Mais, comme nous l’avons vu, la fin de ce discours eschatologique nous prépare une surprise. Car celui dont on attend la venue ou le retour, en un jour qu’on appelle le dernier jour, en fait, il n’est jamais parti ! Il n’est jamais absent. Il se cache – « Christ in disguise » – dans celui qui a faim, qui a soif, qui est nu, malade, en prison. Et il nous dit : ceux-là qui sont mes frères, en les touchant, c’est moi que tu touches. Ils sont ta propre chair. Et voilà notre collier qui se referme.

 

Que dire pour conclure sans conclure ?

 

Avons-nous fait l’expérience du feu, des étincelles ? Quand les versets sont comme des silex qui s’entrechoquent ? Oui, mais pour que le feu prenne, il faut du combustible, et pas que des étincelles. Comme dans la parabole d’aujourd’hui, il faut de l’huile pour les lampes. Je pense que durant cette session, nous avons fait des bonnes provisions d’huile pour nos lampes. Et nous avons fait l’expérience que nous ne devons pas craindre de la perdre en la partageant. Au contraire !

 Amen.

 Sr Marie-Raphaël le 28 août 26

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