mercredi 29 juillet 2026

Liturgie de la Parole 29 juillet Sts Marthe, Marie et Lazare Jean 11, 19-27 ; Genèse 18, 1-6.8

Les amis du Seigneur
Méditation

Deux récits qui ne font pas l’apologie de la souffrance mais celle de la Vie.

Ce qui trouve un écho en moi dans ces récits est cette part d’hospitalité qui est à la fois un accueil et une disponibilité à l’Autre et pour l’Autre.

Je perçois alors la nécessité d’un éveil, une écoute, pour une découverte au cœur de notre être d’une présence bienveillante de Quelqu’un qui me veut du bien.

Si « l’ordinaire » des jours ordinaires nous ouvre à cette disposition hospitalière, je dois bien reconnaître que le plus souvent, les événements imprévisibles et surprenants de la vie dilatent notre cœur par le biais d’émotions fortes, douloureuses ou joyeuses. Il arrive parfois qu’une ouverture à l’écoute et l’hospitalité se manifeste de façon pressante.

L’histoire biblique vient ici révéler nos histoires humaines. En même temps, elle nous enseigne des attitudes que je relève de manière succincte :

-        Abraham est assis à l’entrée de la tente. Il voit trois hommes qui se tiennent debout près de lui.

Marthe et Marie sont assises dans la maison.  Jésus est debout. Il s’approche, il arrive.

-        Ce qu’Abraham voie, ce sont trois hommes dont l’un qui lui parle divinement bien.  C’est le Seigneur.

-        Marthe et Marie voient Jésus, leur ami, un homme qu’elles aiment et sur qui elles comptent beaucoup. Marthe perçoit qu’il y a du divin en Jésus et le reconnaît « Fils de Dieu »

-        Abraham court à leur rencontre : « il vit et il courut. » Il y a un empressement.

Quand Marthe apprend que Jésus arrive, elle va à sa rencontre. Puis elle annonce la nouvelle à Marie qui, à son tour, se lève bien vite et va vers lui.

-        Abraham se prosterne à terre

Marie tombe aux pieds de Jésus

-        Abraham dit : Je t’en prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux

Marthe et Marie disent, chacune à leur tour : Seigneur, si tu avais été ici, si tu avais été là… mais je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera.

C’est le même empressement, le même respect, le même désir qui président aux deux destinées. Il y a une hospitalité, un accueil à une promesse de vie.

Cela part de deux situations désespérées.

-        D’une part, Abraham et sa femme sont désespérés et résignés, vu leurs âges, à l’idée de ne pas avoir d’enfant. C’est une forme de deuil à traverser.

-        D’autre part, Marthe et Marie sont confrontées à la mort de leur frère Lazare. C’est le deuil d’une séparation humaine douloureuse.

J’aime assez ces récits parce qu’ils nous parlent d’expériences humaines qui viennent tous et toutes nous impacter à un moment ou l’autre de notre existence.

Cette réalité humaine est manifestée par l’ambivalence des attitudes vécues : d’une part la douleur et d’autre part « la force de vie » qui se donne au cœur « ouvert » et « hospitalier ». Je crois que ce chemin de l’hospitalité donne à découvrir ce qui commence à apparaître au-dedans de nous : l’espace pour Quelqu’un d’autre. Le temps de l’épreuve et de la séparation peut se révéler être le temps du développement et du mûrissement en soi d’une Présence.

Il faut vivre ces expériences pour que des ténèbres jaillissent la Lumière. Il faut une expérience suffisamment forte pour croire que Quelqu’un me garde, que Quelqu’un prend soin de moi et me veut du bien.

En voyageant ces deniers jours sur les pas d’Etty Hillesum que beaucoup d’entre vous connaissent, j’ai vécu beaucoup d’émotions, touché que j’étais par l’accueil qu’elle offrait à Celui qu’elle ne connaissait pas et qu’elle appelait Dieu. Juive, brimée comme l’ensemble de ses congénères, déportée à Westerbork puis à Auschwitz pour être gazée, elle ne dit pas : « Si tu avais été là ». Elle dit :

« Mon Dieu, assiste-moi, donne-moi ta force. Prends-moi dans ta grande main et fais de moi ton instrument. »

L’impulsion religieuse de s’agenouiller, le visage caché dans les mains, était plus forte qu’elle. C’étaient les seules manières d’écouter les sources cachées en elle. Elle devait rester en contact avec le « courant souterrain » en elle. Elle avait appris à écouter au plus profond de soi ; à se laisser guider, non par des incitations du monde extérieur, mais par une urgence intérieure. 

Elle se persuadait qu’il n’y avait d’autre réponse à la terreur que de suivre le chemin vers l’intérieur et d’éradiquer la haine là où elle prenait naissance. :  dans le cœur des hommes, à commencer par le sien propre. C’est tellement facile aussi ce désir de vengeance.  Cela ne nous apportera rien, la haine et la vengeance ne peuvent être la solution.    Il n’y a d’autre chemin que celui de l’amour… « Mon Dieu, je continue à tout regarder en face, je ne me sauve devant rien, je cherche à comprendre et à disséquer les pires exactions, j’essaye toujours de retrouver la trace de l’homme dans sa nudité, sa fragilité ; retrouver la trace de cet homme bien souvent introuvable parmi les ruines monstrueuses de ses actes absurdes »

Une chose est sûre, écrit Etty, il faut contribuer à agrandir les réserves d’amour sur cette terre. Chaque petite portion de haine que l’on ajoute aux haines déjà bien trop nombreuses rend ce monde encore plus inhospitalier et invivable.

Je ne me sens entre les griffes de personne, je me sens seulement dans les bras de Dieu.  On pourra peut-être me briser physiquement, mais c’est tout.

« Je te remercie de me donner parfois ce sentiment de dilatation, qui n’est rien d’autre que le sentiment d’être pleine de toi. »

« Quand on a une certitude nouvelle dans sa vie il faut lui donner un abri, lui trouver une place.

Sur les paroles tirées de la Bible et quelques paroles du témoignage de vie d’Etty Hillesum sur sa manière de vivre l’hospitalité, je vous souhaite une bonne méditation.

 

Invitation au « Notre Père »

Toi qui es bon, qui nous relèves et nous donnes vie, tu es plein d’amour pour ceux qui t’appellent.  Ecoute notre prière, Seigneur, entends nos voix qui te supplient.

Raymond le 29 juillet 26

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