samedi 11 juillet 2026

Liturgie 11 juil. Fête de St Benoît

Homélie

Tous les bons randonneurs savent qu’il est très dangereux de s’aventurer sans en emporter une boussole. Ce n'est pas un objet très impressionnant. De nos jours, tout le monde préfère son GPS. Il est plus moderne, plus sophistiqué, plus précis.

 Et pourtant... lorsque le brouillard tombe, lorsque le téléphone n'a plus de batterie ou ne capte plus le réseau, la vieille boussole retrouve toute son importance. Elle ne vous dit pas où se trouve le prochain refuge. Elle indique simplement le nord.

 En préparant cette fête de saint Benoît, je me suis dit qu'il ressemblait un peu à cette vieille boussole. Aujourd'hui, il aurait sans doute été un peu dérouté par nos GPS ! Ils nous disent sans cesse : « Recalcul de l'itinéraire... » Alors que Benoît nous poserait probablement une seule question : « Es-tu toujours orienté vers le Christ ? »

 Il ne nous donne pas toutes les réponses. Il ne prévoit pas toutes les situations. Il nous aide simplement à garder le cap. C'est sans doute pour cela que la Règle commence par un seul mot : « Écoute… » Non pas : organise, réussis, maîtrise... Mais : Écoute.

Chères moniales, vous connaissez ce premier mot depuis longtemps. Peut-être même trop bien. Et c'est là le risque. Les paroles que nous connaissons le mieux sont parfois celles que nous n'entendons plus. Pensons aux cloches du monastère. Elles sonnent chaque jour avec la même fidélité. Pourtant, il arrive qu'on ne les entende même plus. Elles sont devenues familières.

Il peut en être ainsi de la Parole de Dieu. Les psaumes reviennent. La Règle revient.

L'Évangile revient. Mais Dieu, lui, ne se répète jamais. C'est toujours nous qu'il rejoint autrement. C'est pourquoi Benoît écrit : « Écoute, mon fils, les préceptes du Maître et incline l'oreille de ton cœur. »

 L'oreille du cœur... Quelle magnifique expression ! Les oreilles entendent des sons.

Le cœur, lui, entend un appel.

 Et cette écoute n'est jamais terminée. À vingt ans, on n'écoute pas la Parole comme à cinquante. Ce n'est pas la Parole qui change. C'est notre cœur qui se creuse, qui s'élargit, qui devient capable d'entendre autrement.

 Jésus nous parle de la maison bâtie sur le roc. Le roc ne supprime pas les tempêtes. Il permet simplement à la maison de tenir.

La vie de saint Benoît n'a pas été un long fleuve tranquille.

Et la nôtre ne l'est pas davantage. Il y a les enthousiasmes des commencements. Il y a les fidélités plus discrètes des années. Il y a les jours lumineux. Et il y a aussi les jours où le brouillard tombe.

Mais une boussole n'empêche pas le brouillard. Elle évite seulement de perdre le nord. Et quel est ce nord ? Saint Benoît répond en une seule phrase, l'une des plus belles de toute la Règle : « Ne rien préférer à l'amour du Christ. »

 Voilà le nord. Tout est là. Non pas une observance parfaite. Non pas une vie sans failles. Le Christ !

Et chaque matin, il nous faut vérifier doucement la direction de notre cœur. Car il est toujours possible de préférer autre chose. Ses habitudes. Ses certitudes. Son caractère. Sa tranquillité. Même dans un monastère, le cœur humain reste un cœur humain. C'est pourquoi Benoît nous ramène sans cesse à l'essentiel.

 Et puis il y a cette phrase du Prologue que je trouve extraordinaire :

« À mesure que l'on progresse dans la vie monastique et dans la foi, le cœur se dilate, et l'on court dans la voie des commandements de Dieu avec l'indicible douceur de l'amour. » Quelle confiance dans la grâce !

 Nous aurions peut-être écrit le contraire. Avec les années, on marche moins vite. Les jambes deviennent plus prudentes. Le corps rappelle ses limites.

Et Benoît, lui, ose parler d'un cœur qui se dilate... d'une personne qui court !

Il ne parle évidemment pas des jambes. Il parle du cœur.

Voilà la jeunesse de l'Évangile !

Le corps peut vieillir. Le cœur, lui, peut continuer à grandir. Il peut devenir plus libre.

Plus paisible. Plus accueillant. Plus aimant.

 N’est-ce pas là, la véritable joie bénédictine ? Une joie discrète. Une joie qui ne fait pas de bruit. Une joie qui ne nie pas les difficultés, mais qui naît de la certitude que le Christ demeure toujours le nord.

 En ce jour de fête, demandons à saint Benoît que notre cœur ne cesse jamais de se dilater, afin que nous puissions courir, aujourd'hui encore, « avec l'indicible douceur de l'amour », sur le chemin où le Seigneur nous précède.

Doyen Philippe Goosse, Hurtebise le 11 juillet 26

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