Liturgie 11 juil. Fête de St Benoît
Homélie
Tous les bons randonneurs savent qu’il est très dangereux de s’aventurer sans en emporter une boussole. Ce n'est pas un objet très impressionnant. De nos jours, tout le monde préfère son GPS. Il est plus moderne, plus sophistiqué, plus précis.
Chères moniales, vous connaissez ce premier mot depuis longtemps. Peut-être même trop bien. Et c'est là le risque. Les paroles que nous connaissons le mieux sont parfois celles que nous n'entendons plus. Pensons aux cloches du monastère. Elles sonnent chaque jour avec la même fidélité. Pourtant, il arrive qu'on ne les entende même plus. Elles sont devenues familières.
Il
peut en être ainsi de la Parole de Dieu. Les psaumes reviennent. La Règle
revient.
L'Évangile
revient. Mais Dieu, lui, ne se répète jamais. C'est toujours nous qu'il rejoint
autrement. C'est pourquoi Benoît écrit : « Écoute, mon fils, les préceptes
du Maître et incline l'oreille de ton cœur. »
Le cœur, lui,
entend un appel.
La
vie de saint Benoît n'a pas été un long fleuve tranquille.
Et
la nôtre ne l'est pas davantage. Il y a les enthousiasmes des commencements. Il
y a les fidélités plus discrètes des années. Il y a les jours lumineux. Et il y
a aussi les jours où le brouillard tombe.
Mais
une boussole n'empêche pas le brouillard. Elle évite seulement de perdre le
nord. Et quel est ce nord ? Saint Benoît répond en une seule phrase, l'une des
plus belles de toute la Règle : « Ne rien préférer à l'amour du Christ. »
Et
chaque matin, il nous faut vérifier doucement la direction de notre cœur. Car
il est toujours possible de préférer autre chose. Ses habitudes. Ses
certitudes. Son caractère. Sa tranquillité. Même dans un monastère, le cœur
humain reste un cœur humain. C'est pourquoi Benoît nous ramène sans cesse à
l'essentiel.
«
À mesure que l'on progresse dans la vie monastique et dans la foi, le cœur se
dilate, et l'on court dans la voie des commandements de Dieu avec l'indicible
douceur de l'amour. »
Quelle confiance dans la grâce !
Et Benoît, lui,
ose parler d'un cœur qui se dilate... d'une personne qui court !
Il ne parle
évidemment pas des jambes. Il parle du cœur.
Voilà la jeunesse
de l'Évangile !
Le
corps peut vieillir. Le cœur, lui, peut continuer à grandir. Il peut devenir
plus libre.
Plus paisible. Plus
accueillant. Plus aimant.
Doyen
Philippe Goosse, Hurtebise le 11 juillet 26
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