dimanche 12 juillet 2026

Liturgie 15e dimanche A Matthieu 13, 1-23 ; Isaïe 55, 10-11 ; Psaume 64(65) ; Romains 8, 18-23

Homélie

Frères et sœurs, cette parabole du semeur, nous la connaissons depuis notre enfance : elle est toujours au programme d’une première initiation à l’Evangile et à ce qu’il implique dans la vie. Mais même si ce texte nous est très connu, cela vaut la peine de le considérer une nouvelle fois. Cette parabole n’est pas tout à fait comme les autres, elle est pour ainsi dire LA PARABOLE-type : la parabole qui nous dit ce qui arrive quand les gens écoutent des paraboles…. Certains ne comprennent pas et la parole n’a dans ce cas aucun effet ; d’autres comprennent quelque chose, mais pour des raisons diverses (manque de persévérance, tentations du monde, etc.) la parole est étouffée et ne porte pas de fuit ; chez d’autres enfin, elle est bien accueillie et y produit beaucoup de fruits.

C’est ce qu’on observe dans toute communication humaine ; il y a des paroles de certaines personnes don nous nous souvenons des années après et qui ont fait tout un chemin en nous ; il y a des paroles qu’on oublie au fil du temps et d’autres qui le sont presque aussitôt avoir été prononcées. Toute personne qui a eu une mission d’enseignement le sait bien : lorsqu’on rencontre par après d’anciens élèves ou auditeurs, ils disent : « Ah ! Un jour vous avez dit cela, cela m’a marqué. Et puis à tel autre moment vous fait ceci ou cela. J’en ai un souvenir vraiment clair et lumineux. » Alors que tout le reste de ce qui a été enseignement n’a laissé qu’un souvenir très confus. Pourquoi retient-on certains mots ou certains gestes alors que le reste sombre dans l’oubli ? D’où vient cette alchimie subtile entre un esprit, un cœur et une parole qui joue pour ainsi dire le rôle de clef pour avancer dans la vie ? Tout cela reste fort mystérieux finalement….

Mais revenons à la communication de la Parole de Dieu dont Jésus nous parle. Cet Evangile nous parle de la façon dont nous pouvons nous approprier le message de Jésus. Une première façon d’être disciple serait de vouloir conserver vivant le moindre fragment de verset de l’Evangile, de vouloir scrupuleusement mettre tout en pratique, ne négliger aucun iota, ne rien perdre. Mais cela est illusoire : personne ne comprend à fond la totalité des paroles de Jésus ; vouloir ne rien perdre, vouloir tout pratiquer nous mènerai à vivre comme un robot, une Intelligence artificielle, mais pas comme un disciple humain de Jésus. L’autre façon d’être fidèle, suggérée par la parabole, serait de se concentrer sur certains passages de l’Evangile, certains versets en nombre limite, que l’on comprend d’une façon satisfaisante, de les méditer, d’en vivre et de les pratiquer avec zèle et amour. Accepter de ne pas tout comprendre, accepter la perte apparente du tout illusoire mais ré-engendrer pour ainsi dire  de l’intérieur, par une pratique humble mais résolue, la totalité de l’Evangile. Les Pères de l’Eglise disaient qu’un seul verset de l’Evangile contient en fait la Bonne Nouvelle en totalité. Une parole du Christ est comme une bouture. Nous savons qu’avec une simple bouture, si elle est réalisée, nous pouvons ré-engendrer la totalité d’une plante. Eh bien il en va de même pour la Parole de Dieu. C’est aussi comme dans l’eucharistie où, nous le savons, le moindre petit morceau d’hostie contient la totalité du corps du Christ. Si nous creusons à fond certains versets ou passages de l’Evangile, nous allons le retrouver en totalité. Marie est à cet égard pour nous un modèle. Luc nous dit qu’elle gardait mémoire des événements entourant la naissance de Jésus et qu’elle les méditait dans son cœur. Dans la tradition juive, les choses et les événements de la vie sont aussi des paroles de Dieu, des paraboles qui nous sont adressée. Marie, en méditant profondément ces « paroles », a fait preuve d’une fécondité de vie de la foi tout à fait exceptionnelle.

Ce temps d’été, frères et sœurs, est pour beaucoup, un temps de repos, de vie plus calme, de vacances. Pourquoi ne pas prendre une heure pour coucher sur le papier, les quelques scènes évangéliques qui nous marquent le plus, pour les méditer profondément dans notre prière et les pratiquer vraiment avec toute l’énergie dont notre cœur est capable. Nous et d’autres autour de nous auront alors la joie, n’en doutons pas, de porter du fruit à raison de trente, de soixante voire de cent pour un


Jean-Michel Counet, Hurtebise le 12 juillet 26


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