Liturgie de la Parole 15e jeudi TO-II Matthieu 11, 28-30 ; Isaïe 26,
7-9.12.16-19 ; Psaume 101, 13-21
Au Carmel
Homélie
La journée est terminée, on est enfoncé dans le canapé pour
se reposer mais la tête, elle, continue de travailler. Les conversations que
l’on a eues, les soucis qui peuvent nous accabler et déjà les décisions de
demain s'invitent déjà. Nous sommes couchés mais nous ne sommes pas vraiment
reposés.
Je crois que Jésus connaît bien ce cœur humain. C'est
pourquoi il ne dit pas : « Venez dormir », il n’est pas un super Zolpidem ; il
dit : « Venez à moi... et je vous procurerai le repos. » Le repos dont parle
l'Évangile est beaucoup plus profond. C'est ce lieu intérieur où nous cessons
enfin de porter seuls le poids de notre existence.
La première lecture nous y prépare admirablement. Isaïe fait
monter une prière du peuple au milieu de l'épreuve. Et cette phrase retient
l'attention : « Mon âme, la nuit te désire. » Quelle belle définition de la foi
! La foi n'est pas l'absence de nuit mais elle est une manière de traverser la
nuit. Même lorsque Dieu semble silencieux. Même lorsque les réponses tardent.
Le Carmel est précisément l'école de cette attente. Une
montagne où le prophète Élie apprit à reconnaître Dieu, non dans la violence du
vent ou du feu, mais dans « le murmure d'une brise légère ». Marie appartient à
cette même école. Elle accueille, elle médite et surtout, elle laisse Dieu
faire son œuvre dans le silence.
Saint Jean de la Croix écrivait : « Le Père n'a dit qu'une
seule Parole : son Fils ; et c'est dans un éternel silence qu'il la dit ; c'est
dans le silence que l'âme doit l'entendre. » Le Carmel nous apprend à
reconnaître le Seigneur dans le silence. Le Carmel c’est bien plus qu’une
montagne. C'est un cœur où Dieu peut enfin trouver le silence pour parler.
Et voilà que Jésus ajoute : « Prenez sur vous mon joug. »
Étrange non ? Il vient de promettre le repos, et voilà qu’il parle d'un joug.
Contradictoire ? Non. Le joug du Christ n'ajoute pas un poids supplémentaire.
Je vous ai déjà cité Benoît XVI, à sa première messe comme Pape : « Celui qui
croit n'est jamais seul. » Cette phrase prend aujourd'hui une résonance
particulière. Le véritable repos naît de cette certitude. Je ne suis jamais
seul. Même dans mes nuits. Même dans mes fatigues. Même lorsque je ne comprends
plus le chemin.
Notre-Dame du Mont Carmel est précisément cette présence
maternelle qui nous conduit vers le Christ. Le scapulaire, si cher à la
tradition carmélitaine, n'est pas un porte-bonheur. Il est le signe d'un
engagement réciproque : vivre revêtu du Christ à l'école de Marie. Thérèse de
l'Enfant-Jésus, fille du Carmel, écrivait : « Tout est grâce. » C'est
peut-être cela, le repos chrétien. Découvrir que tout peut devenir grâce
lorsque nous le remettons entre les mains du Christ.
Marie du Carmel ne nous retient jamais auprès d'elle. Elle
nous montre son Fils, lui qui nous murmure aujourd’hui : « Viens à moi... » Mon
nom est Emmanuel, je suis Dieu-avec-toi.
Pierre Hannosset le 16 juillet 2026
https://padrepierre.blogspot.com/2026/07/note-dame-du-mont-carmel-mettons-nous.html
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