dimanche 6 mars 2016

Supplier le Seigneur

Tb 3
10 Ce jour-là, pleine de tristesse, elle se mit à pleurer et monta dans la chambre haute de son père avec l’intention de se pendre ; mais, à la réflexion, elle se dit : « Ne va-t-on pas insulter mon père et lui dire : “Tu n’avais qu’une fille chérie, et elle s’est pendue à cause de ses malheurs !” Je ferais descendre la vieillesse de mon père dans la tristesse au séjour des morts. Je ferais mieux de ne pas me pendre, mais de supplier le Seigneur de me faire mourir pour que je ne m’entende plus insulter toute ma vie. »

Viens Esprit Saint, que la parole nous rejoigne au cœur de nos tristesses et qu’elle nous tourne vers notre Dieu.

Ce jour-là, pleine de tristesse, elle se mit à pleurer et monta dans la chambre haute de son père avec l’intention de se pendre : ce jour-là donc – jour où Tobit fut plein d’une grande tristesse (v. 1), où il avait pleuré (2,6) et où il a souhaité la mort – ce jour-là, voilà que la tristesse envahit aussi Sara, et que, dans les larmes, elle pense à se donner la mort.

mais, à la réflexion, elle se dit : « Ne va-t-on pas insulter mon père et lui dire : “Tu n’avais qu’une fille chérie, et elle s’est pendue à cause de ses malheurs !” : heureusement, notre Sara est une jeune fille réfléchie, et, même au cœur de son malheur, elle pense aux conséquences de son geste pour son père, car c’est sur lui alors que retomberaient les insultes.

Je ferais descendre la vieillesse de mon père dans la tristesse au séjour des morts : et sa tristesse deviendra celle de son père et pourrait occasionner sa mort; il mourrait alors profondément malheureux. Sara ne veut pas que son malheur rejaillisse sur son père.

Je ferais mieux de ne pas me pendre, mais de supplier le Seigneur de me faire mourir pour que je ne m’entende plus insulter toute ma vie : elle décide donc lucidement de prendre une autre voie : celle de la prière !  Mais cette prière sera pour demander à Dieu de la faire mourir afin de ne plus « s’entendre insulter toute sa vie ». Exactement la prière de Tobit au verset 6.

Seigneur Jésus, nous aussi nous te supplions, nous aussi nous te présentons toutes les souffrances de nos frères et sœurs : toi seul sais comment les secourir ; agis à travers nous pour que nous puissions venir à leur aide, pour que nous nous soutenions les uns les autres.



samedi 5 mars 2016

Va les rejoindre

Tb 3
7 Le même jour, il advint que Sara, la fille de Ragouël d’Ecbatane en Médie, s’entendit elle aussi insulter par l’une des servantes de son père. 8 La raison en était qu’elle avait été donnée sept fois en mariage, et qu’Asmodée, le démon mauvais, avait tué chaque fois ses maris avant qu’ils ne se soient unis à elle, selon le devoir qu’on a envers une épouse. La servante lui dit donc : « C’est toi qui tues tes maris ! En voilà déjà sept à qui tu as été donnée, et tu n’as pas porté le nom d’un seul ! 9 Pourquoi nous maltraites-tu sous prétexte que tes maris sont morts ? Va les rejoindre, et qu’on ne voie jamais de toi ni fils ni fille ! » 

Viens Esprit Saint, que la Parole nous guide dans les épreuves, nous permette de traverser les situations d’adversité.

Le même jour : nous laissons donc Tobit à Ninive pour rejoindre une scène qui se passe simultanément.

il advint que Sara, la fille de Ragouël d’Ecbatane en Médie : cette scène parallèle concerne une autre famille juive, elle aussi déportée, et cette fois à Ecbatane (aujourd’hui Hamadhân en Iran). Le livre de Tobit, avec son « ambiance » patriarcale, est donc l’histoire de deux familles soucieuses de la transmission de leur héritage spirituel (et matériel). « L’héroïne » de cette famille-ci est une jeune fille : Sara. A Ninive, il y a Tobit et Tobias, à Ecbatane, Ragouël et Sara. Mais les mères sont aussi bien présentes !

s’entendit elle aussi insulter par l’une des servantes de son père : la première chose que nous apprenons sur Sara, c’est qu’elle a été insultée par une servante. « Elle s’entendit insulter » : c’est exactement ce que dit Tobit « le même jour » et par deux fois au V. 6

La raison en était qu’elle avait été donnée sept fois en mariage, et qu’Asmodée, le démon mauvais, avait tué chaque fois ses maris avant qu’ils ne se soient unis à elle, selon le devoir qu’on a envers une épouse : voilà une étrange histoire, et l’apparition d’un drôle de personnage : Asmodée ! Il ne se retrouve nulle part ailleurs dans la Bible, mais, dans la littérature apocryphe, il est l’ennemi du mariage. Seul un démon pouvait être la cause de ces décès successifs… telle était bien la mentalité antique, jusque dans l’évangile où Jésus guérit en chassant les démons.

La servante lui dit donc : « C’est toi qui tues tes maris ! En voilà déjà sept à qui tu as été donnée, et tu n’as pas porté le nom d’un seul ! Pourquoi nous maltraites-tu sous prétexte que tes maris sont morts ? Va les rejoindre, et qu’on ne voie jamais de toi ni fils ni fille : sortie toute gratuite d’une servante qui profite des malheurs de sa jeune maîtresse pour rejeter son autorité. Aux malheurs de Sara qui voit mourir tous ses fiancés, se rajoute donc – comme pour Tobit – celui d’être insultée, mais aussi d'être accusée de meurtres. Pire encore, la servante souhaite la mort même à cette jeune fille innocente. 

Seigneur Dieu, sois présent au milieu de nous, insuffle-nous ton esprit de bienveillance pour que nous regardions nos frères et sœurs comme tu les vois. Viens au secours de notre faiblesse, donne-nous ton salut.


jeudi 3 mars 2016

Ne détourne pas ta face

Tb 3
5 Oui, tous tes jugements sont véridiques,
quand tu me traites selon mes péchés et ceux de mes pères,
car nous n’avons pas observé tes commandements
ni marché dans la vérité devant toi.
6 Et maintenant, traite-moi comme il te plaira,
ordonne que me soit repris mon souffle,
que je sois délivré de la face de la terre pour redevenir terre.
Mieux vaut pour moi mourir que vivre,
car je me suis entendu insulter à tort
et j’ai en moi une immense tristesse.
Ordonne, Seigneur, que je sois délivré de cette détresse,
laisse-moi partir au séjour éternel
et ne détourne pas ta face de moi, Seigneur.
Oui, mieux vaut pour moi mourir
que de connaître une telle détresse toute ma vie
et que de m’entendre insulter. »

Viens Esprit Saint, viens Esprit de sagesse et de force : que cette parole nous trouve désireux de suivre les voies qu’elle nous montre.

Oui, tous tes jugements sont véridiques quand tu me traites selon mes péchés et ceux de mes pères : nouvelle insistance sur la justice de Dieu et la reconnaissance de ses fautes : à noter que Tobit assimile son attitude à celle de ses pères : tous ont péché.

car nous n’avons pas observé tes commandements ni marché dans la vérité devant toi :
elle est belle cette expression : marcher dans la vérité. Voilà qui nous tourne vers l’essentiel de ce que Dieu attend de nous, au-delà de toutes les prescriptions légalistes ou autres tentations de veau d’or.

Et maintenant, traite-moi comme il te plaira : après cette évocation de l’histoire des pères, Tobit revient à sa propre situation : « Et maintenant » (retenons cette expression). Il exprime simplement ici sa volonté de s’accorder à celle de Dieu. Il souhaite que se réalise le désir de Dieu : « comme il te plaira »…

ordonne que me soit repris mon souffle, que je sois délivré de la face de la terre pour redevenir terre : … le problème, c’est qu’il croit connaître cette volonté, ou, au moins, tente-t-il en quelque sorte de la dicter, puisqu’il dit à Dieu ce qu’il doit ordonner…

Mieux vaut pour moi mourir que vivre, car je me suis entendu insulter à tort :
et ce qu’il veut, c’est la mort ; il en donne  la raison : c’est le fait d’avoir insulté (et d’avoir été insulté)

et j’ai en moi une immense tristesse :
il nous a déjà dit combien cela provoquait en lui une profonde tristesse  (v. 1)

Ordonne, Seigneur, que je sois délivré de cette détresse, laisse-moi partir au séjour éternel :
étonnamment, il ne voit que la mort comme issue à sa tristesse et supplie donc son Dieu de la lui accorder.

et ne détourne pas ta face de moi, Seigneur 
: il a déjà dit, « souviens-toi,... regarde… » ; le pire serait que Dieu se détourne, l’abandonne.

Oui, mieux vaut pour moi mourir que de connaître une telle détresse toute ma vie :
nouvelle insistance sur son désarroi, lui qui a déjà tant affronté dans sa vie, qui a fait preuve de tant de courage, le voilà « au bout du rouleau »

et que de m’entendre insulter :
voilà donc vraiment la goutte d’eau qui a mis un comble à sa détresse.
Ainsi s’achève la grande prière de Tobit. Ainsi se termine aussi la partie du livre où Tobit est le narrateur. Nous allons maintenant changer de narrateur, de lieu, de héros …

Seigneur Jésus, entends nos prières, entends notre désir derrière nos demandes. Tourne vers nous ta face, et accorde-nous ta paix.

mercredi 2 mars 2016

Souviens-toi

Tb 3
3 Alors, Seigneur, souviens-toi de moi,
regarde et ne me punis pas pour mes péchés
ni pour mes manquements,
ni pour ceux que mes pères ont commis devant toi.
4 Ils ont désobéi à tes commandements,
c’est pourquoi tu nous as livrés au pillage,
à la déportation et à la mort,
voués à être la fable, la risée,
l’objet d’insulte de toutes les nations
parmi lesquelles tu nous as dispersés.

Viens Esprit Saint, que cette parole pénètre en nos cœurs, qu’elle nous incite à vivre librement sous le regard de notre Dieu.

Alors, Seigneur, souviens-toi de moi : après avoir reconnu la fidélité de Dieu, Tobit l’implore de se tourner vers lui, de « se souvenir » de lui, comme s’il ressentait « l’absence » de Dieu dans ses malheurs.

regarde :
que Dieu se souvienne, que Dieu le regarde, que la relation soit d’abord rétablie. En même temps, Tobit accepte ainsi de se mettre tout entier sous le regard de son Dieu, car, comme il l’a répété deux fois au verset précédant, c’est un Dieu juste.

et ne me punis pas pour mes péchés ni pour mes manquements : il reconnaît en effet ses manquements ; mais, à ce Dieu « juge » et « juste », il demande de ne pas être puni pour les fautes qu’il a commises… voilà qui fait réfléchir sur la justice de Dieu…

ni pour ceux que mes pères ont commis devant toi :
il demande aussi de ne pas être puni pour les fautes de ses pères ; nous savons que ce n’était pas la vision habituelle dans le premier testament : « N’invoque pas contre nous les fautes anciennes » suppliait déjà le psaume 79 (v. 8).

Ils ont désobéi à tes commandements, c’est pourquoi tu nous as livrés au pillage, à la déportation et à la mort, voués à être la fable, la risée, l’objet d’insulte de toutes les nations parmi lesquelles tu nous as dispersés : l’affirmation de la justice de Dieu face aux fautes passées du peuple, la punition sous forme d’exil… voilà ce que dit notre Tobit, mais voilà surtout l’actualité d’Israël à l’époque où est écrit ce livre, c’est-à-dire à l’époque qui suit l’exil à Babylone. Maintenant que le peuple n’est plus dispersé de force dans les nations païennes, que le retour à Jérusalem a été réalisé pour ceux qui le voulaient, l’auteur relit l’histoire de l’exil comme punition divine, mais invite en même temps à prier pour que chacun demeure désormais fidèle.


Seigneur Dieu, donne-nous de vivre tout ce jour sous ton regard « juste et bon », sous ton regard aimant et bienveillant. Accompagne-nous afin que tu nous trouves avides de répondre à ton attente.

mardi 1 mars 2016

Tu es juste

Tb 3
1 Plein d’une grande tristesse, je me mis à gémir et à pleurer, puis je commençai à prier avec des gémissements : 
2 « Tu es juste, Seigneur,
et toutes tes œuvres sont justes.
Tous tes chemins sont fidélité et vérité,
c’est toi qui juges le monde.

Viens Esprit Saint, viens nous enseigner comment prier.

Nous entrons maintenant dans ce 3e chapitre du livre de Tobit, un chapitre dont la construction littéraire est remarquable. Tel qu’il est écrit, il est prêt à être mis en scène, tant sa structure est précise et originale. Je vous invite donc à « visualiser » le récit : la scène est divisée en deux, d’un côté Ninive avec Tobit, de l’autre, Ecbatane avec Sara (nous y arriverons au verset 7). L’auteur va dérouler les deux histoires avec une simultanéité et un parallélisme auxquels nous allons être attentifs.

Plein d’une grande tristesse, je me mis à gémir et à pleurer, puis je commençai à prier avec des gémissements : nous avons quitté Tobit plein de hargne, en particulier contre sa femme. Nous le retrouvons plein de tristesse et de regrets devant sa façon de se comporter. Lui-même constate avec effroi comment il s’est laissé emporter par le soupçon et la colère. Sa réaction est de se tourner vers son Dieu, de se mettre à prier.

Tu es juste, Seigneur, et toutes tes œuvres sont justes : les prières vont occuper une grande place dans le livre de Tobit, et il est remarquable qu’elles commencent toujours par reconnaître qui est Dieu. Dieu est le juste, il agit toujours avec justice ; c’est avec cet a priori que Tobit se tourne vers lui et lui adressera sa demande.

Tous tes chemins sont fidélité et vérité, c’est toi qui juges le monde : Tobit exprime en ce verset toute sa confiance : il va s’en remettre à son Dieu, sans comprendre les malheurs qui lui arrivent, mais en se confiant totalement à ce Dieu fidèle et vrai qui seul détient le jugement, ce Dieu vers lequel il peut se tourner pour l’implorer.


Seigneur Jésus, toi dont les chemins ne sont pas nos chemins, donne-nous de te suivre avec cette confiance, cette certitude que tu nous conduis dans la fidélité et la vérité.