Liturgie 13e dimanche A Matthieu 10, 37-42 ; 2Rois 4,8-11.14-16a ; Romains 6,3-4.8-11
Accueil
Notre vie chrétienne est une vie
d’échange, une vie d’accueil, une vie de générosité, une vie où on donne, où on
reçoit. Alors entrons vraiment dans cette célébration en nous rappelant que,
oui, nous vivons de l’amour du Seigneur, mais aussi que l’amour est toujours
réciproque. Nous venons avec ce que nous sommes et le Seigneur a besoin de ce
que nous sommes pour pouvoir être Dieu au milieu de nous. Entrons dans cette
Eucharistie, en célébrant un Dieu qui est patient. Il vient au cœur de notre
réalité, telle qu’elle est : un monde marqué par les tremblements de
terre, par la violence, par ce qui naît, par ce qui meurt, par ceux qui sont
dans la fête, par ceux qui sont dans la peine. Accueillons sa tendresse,
accueillons aussi sa miséricorde.
Homélie
Les lectures de ce jour nous
offrent quelques belles résonnances entre les deux Alliances, les deux
Testaments. Pas l’Ancien et le Nouveau ! Il n’y a pas d’Ancien et de
Nouveau. Les deux Testaments ne viennent pas simplement se succéder l’un à
l’autre : c’est d’accomplir qu’il s’agit. Et donc les résonnances nous aident à
comprendre et à éclaircir ce que Dieu nous dit. Parfois c’est l’Evangile qui a
besoin de la Première Alliance pour être compris, et parfois cela va dans
l’autre sens.
La première résonance c’est :
« celui qui accueille un prophète en sa qualité de prophète, recevra une
récompense de prophète »(Mt 10,41). Dans la première lecture tirée du deuxième
livre des Rois, on a cette récompense en acte. Il y est question de l’accueil
du prophète Elisée par une femme shunamite. Cet accueil permet de passer de la
stérilité à la fécondité et à la vie. L’accueil permet de passer vers plus de
vie. C’est un premier point de résonnance.
Et puis, il y en a un deuxième
mais qui s’articule sur ce premier. Au fond c’est quoi accueillir et comment fait-on
pour accueillir ? Dans notre contexte de célébration, nous pouvons penser
que c’est très compliqué d’être « digne du Christ »! Et qu’il y a
beaucoup de choses à faire. Et la première lecture nous montre que non. Il y a
là une famille, et cette femme qui insiste tellement qu’il n’y a pas moyen
d’échapper : le prophète doit venir chez elle ! Là il reçoit à
manger. Et à mon avis cela devait être bon parce que chaque fois qu’il revient dans
la ville il va chez elle ! On est dans du très humain. Et puis ça se
poursuit : « faisons-lui une petite chambre » dit la femme à son
mari. Pas une grande, une petite. Un lit, une table, un siège, une lampe. Des
petites choses. C’est cela accueillir.
Dans la même veine l’Evangile nous
a parlé d’un simple verre d’eau. C’est un geste très simple, qui contraste en
fait avec l’enjeu qui est énorme : un enjeu de fécondité comme nous le
montrait la première lecture. C’est le simple accueil qui fait passer de la
stérilité, d’une vie qui peine à porter son fruit, à la fécondité.
Dans l’évangile le geste
d’accueil est aussi mis en lien avec « être digne du Christ » et la
dimension de récompense. Tout serait-il alors une question de mérite ?
Dans la lettre aux Romains St
Paul nous précise ce que veut dire « être digne du Christ » : c’est
passer avec lui par la mort vers la vie. C’est entrer dans une vie nouvelle. Mais
passer de la mort à la vie, entrer dans cette vie nouvelle, ce n’est pas
d’abord une question de mérite. C’est un don gratuit : « Par le
baptême nous avons été mis au tombeau avec lui » « pour que nous
menions une vie nouvelle ». On comprend alors qu’il y a une sorte de
renversement : il ne s’agit pas de mériter quelque chose, il s’agit
d’accueillir et de répondre au don reçu avec la même gratuité. Dès lors l’amour
du père, de la mère, du fils, de la fille, ou encore prendre sa croix, sont
simplement la suite du don premier, la réponse à ce don gratuit. Au fond, dans
l’Evangile, Jésus remet simplement les choses à leur place. Il ne met pas en
concurrence un amour avec un autre. En disant que le premier et le deuxième
commandement sont semblables, il invite évidemment à l’amour du prochain, et de
nos plus proches. Mais il invite à mettre en perspective l’amour premier,
créateur et sauveur, de Dieu, et l’amour des autres qui en découle. Par notre
baptême nous sommes entraînés dans la mort de Jésus, mais pour entrer
pleinement dans la vie. Et vivre, être fécond, cela se déploie dans l’accueil
du plus petit, du prophète de passage, de sa mère, son père, son fils, sa
fille, …
Cette mise en perspective, nous
pouvons la faire entrer en résonnance aussi avec la conclusion de la Prière
Eucharistique : « Par lui, avec Lui et en Lui ». Elle exprime
l’entrée dans cette attitude fondamentale où nous vivons, où nous agissons, par
Jésus, avec Lui et en Lui. Il est la source.
Alors je termine avec une petite
illustration. La semaine passée, j’ai baptisé un petit qui avait un peu plus d’un
an. Ce n’était donc pas un tout petit. Et quand je baptise un petit qui est
déjà un peu plus grand, avant de verser l’eau, je l’invite à mettre sa main dans
l’eau pour tâter la température, pour ne pas être trop surpris. C’est donc ce
que j’ai fait. Ensuite je l’ai baptisé. Mais ce qui n’était pas prévu c’est que
l’enfant est retourné avec ses mains dans l’eau et a commencé à éclabousser
tout le monde. Très simple : l’amour divin reçu qui rejaillit en vie pour
tous.
Père Bernard Peeters, Hurtebise
le 28 juin 2026
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