Liturgie Sacré Cœur de Jésus A Matthieu 11, 25-30 ; Deutéronome 7, 6-11 ; Psaume 102 ; 1Jean 4, 7-16
Méditation
« Prenez sur vous mon joug,
devenez mes disciples ».
Que veut dire être disciple de
Jésus ? L’Evangile de Matthieu est parcouru par cette question et à la fin
de l’Évangile Jésus dit : « Allez, de toutes les nations, faites des
disciples ». Il ne dit pas, « allez enseigner toutes les
nations ». Il dit « de toutes les nations, faites des
disciples ». Une petite différence. Jésus n’a pas fondé une école dont les
bons élèves seraient sortis avec un diplôme en main ! Il enseigne, certes,
mais son enseignement n’est pas une matière à apprendre, c’est une manière. Pas
une matière, mais une manière. Pas une doctrine, mais une façon d’être, un art
de vivre, une manière d’être. Pas quelque chose que les sages et les savants
acquièrent par de longues études, mais un secret que les tout-petits
comprennent de l’intérieur.
Que devons-nous faire pour
apprendre ce secret ? Non pas étudier beaucoup, mais accompagner.
Accompagner Jésus. Être disciples, ou plutôt, devenir disciple, car on ne cesse
jamais de le devenir, cela ne s’apprend pas à l’école, cela s’apprend par le
compagnonnage avec Jésus. À force de le fréquenter, devenir un peu comme lui,
acquérir sa manière d’être au monde, par contagion, par imitation.
Aujourd’hui Jésus nous dit :
« prenez sur vous mon joug ». Dans la Bible, le joug est l’image de
la Loi, de la Torah. Et c’est la Sagesse qui invite en disant :
« venez à moi vous qui me désirez ».
Mais en écoutant ce texte dans le
contexte de cette fête du Sacré Cœur, comment pouvons-nous interpréter cette
parole de Jésus : « prenez sur vous mon joug » ? Ce n’est
pas « prenez sur vous ma Loi ». Les autres lectures que nous avons
entendues peuvent nous éclairer. Dans le Deutéronome, Dieu dit au peuple
d’Israël : « tu es un peuple consacré au Seigneur ton Dieu ».
Pourquoi ? Pas parce que vous êtes le plus nombreux, le plus fort, le plus
observant de tous les peuples. Justement pas ! Mais parce que vous êtes le
plus petit, et parce qu’Il vous aime ! C’est par amour pour vous, qu’il
vous a sauvés. Première clé.
La deuxième lecture confirme
cette clé en disant en quoi consiste l’amour. « Ce n’est nous qui avons
aimé Dieu, c’est Dieu qui nous a aimés ». Donc l’initiative est chez lui,
pas chez nous. Si cela est vrai, si l’amour de Dieu nous devance, alors
qu’attend-il de nous en réponse ? Alors oui, Jean dit « puisque Dieu
nous aime, aimons-nous les uns les autres ». Mais la première réponse ce
n’est pas ça. La première réponse c’est : laissons-nous aimer !
Puisque Dieu nous aime, laissons-nous aimer ! Serait-ce cela le joug de
Jésus : son amour pour nous, sa tendresse. Et quand il nous dit
« venez à moi » : laissez-vous aimer.
Quand je regarde l’icône que nous
mettons toujours les jours de fête et de solennité, je me demande où sont les
épaules de Jésus. Parce qu’il est tout rond, comme s’il n’avait pas d’épaules,
ça me frappe toujours. Sur cette icône, il n’a pas d’épaules ou bien ça pèse
tellement lourd qu’il en est voûté. Ça donne un peu l’impression qu’il est
voûté en avant. Le poids de la tendresse a arrondi ses épaules, c’est comme la
voûte d’une église romane, c’est tout simple. Et nous pouvons entrer dans cette
tendresse, comme dans une église romane. Recevons sans crainte sur nos épaules
le joug, la chape de tendresse de Jésus et devenons ses disciples en nous
laissant imprégner par sa façon d’être au monde, doux et humble de cœur. Alors
nous pourrons chanter avec saint Augustin : « Tu nous as faits pour
toi Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en
toi ». Amen
Sr Marie-Raphaël le 12 juin 26
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