vendredi 12 juin 2026

Liturgie Sacré Cœur de Jésus A Matthieu 11, 25-30 ; Deutéronome 7, 6-11 ; Psaume 102 ; 1Jean 4, 7-16

Méditation

« Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples ».

Que veut dire être disciple de Jésus ? L’Evangile de Matthieu est parcouru par cette question et à la fin de l’Évangile Jésus dit : « Allez, de toutes les nations, faites des disciples ». Il ne dit pas, « allez enseigner toutes les nations ». Il dit « de toutes les nations, faites des disciples ». Une petite différence. Jésus n’a pas fondé une école dont les bons élèves seraient sortis avec un diplôme en main ! Il enseigne, certes, mais son enseignement n’est pas une matière à apprendre, c’est une manière. Pas une matière, mais une manière. Pas une doctrine, mais une façon d’être, un art de vivre, une manière d’être. Pas quelque chose que les sages et les savants acquièrent par de longues études, mais un secret que les tout-petits comprennent de l’intérieur.

Que devons-nous faire pour apprendre ce secret ? Non pas étudier beaucoup, mais accompagner. Accompagner Jésus. Être disciples, ou plutôt, devenir disciple, car on ne cesse jamais de le devenir, cela ne s’apprend pas à l’école, cela s’apprend par le compagnonnage avec Jésus. À force de le fréquenter, devenir un peu comme lui, acquérir sa manière d’être au monde, par contagion, par imitation.

Aujourd’hui Jésus nous dit : « prenez sur vous mon joug ». Dans la Bible, le joug est l’image de la Loi, de la Torah. Et c’est la Sagesse qui invite en disant : « venez à moi vous qui me désirez ».

Mais en écoutant ce texte dans le contexte de cette fête du Sacré Cœur, comment pouvons-nous interpréter cette parole de Jésus : « prenez sur vous mon joug » ? Ce n’est pas « prenez sur vous ma Loi ». Les autres lectures que nous avons entendues peuvent nous éclairer. Dans le Deutéronome, Dieu dit au peuple d’Israël : « tu es un peuple consacré au Seigneur ton Dieu ». Pourquoi ? Pas parce que vous êtes le plus nombreux, le plus fort, le plus observant de tous les peuples. Justement pas ! Mais parce que vous êtes le plus petit, et parce qu’Il vous aime ! C’est par amour pour vous, qu’il vous a sauvés. Première clé.

La deuxième lecture confirme cette clé en disant en quoi consiste l’amour. « Ce n’est nous qui avons aimé Dieu, c’est Dieu qui nous a aimés ». Donc l’initiative est chez lui, pas chez nous. Si cela est vrai, si l’amour de Dieu nous devance, alors qu’attend-il de nous en réponse ? Alors oui, Jean dit « puisque Dieu nous aime, aimons-nous les uns les autres ». Mais la première réponse ce n’est pas ça. La première réponse c’est : laissons-nous aimer ! Puisque Dieu nous aime, laissons-nous aimer ! Serait-ce cela le joug de Jésus : son amour pour nous, sa tendresse. Et quand il nous dit « venez à moi » : laissez-vous aimer.

Quand je regarde l’icône que nous mettons toujours les jours de fête et de solennité, je me demande où sont les épaules de Jésus. Parce qu’il est tout rond, comme s’il n’avait pas d’épaules, ça me frappe toujours. Sur cette icône, il n’a pas d’épaules ou bien ça pèse tellement lourd qu’il en est voûté. Ça donne un peu l’impression qu’il est voûté en avant. Le poids de la tendresse a arrondi ses épaules, c’est comme la voûte d’une église romane, c’est tout simple. Et nous pouvons entrer dans cette tendresse, comme dans une église romane. Recevons sans crainte sur nos épaules le joug, la chape de tendresse de Jésus et devenons ses disciples en nous laissant imprégner par sa façon d’être au monde, doux et humble de cœur. Alors nous pourrons chanter avec saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi ». Amen

Sr Marie-Raphaël le 12 juin 26

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