Liturgie solennité de la sainte Trinité A Jean 3, 16-18 ; Exode 34, 4b-6.8-9 ; 2 Corinthiens 13, 11-13
Céramique "Trinité miséricordieuse" de SoeurCariatas Müller (1)
Mot d’accueil
La Trinité, c’est le socle, le centre, véritablement, de notre foi. Et la liturgie nous invite, une fois par an, à méditer plus profondément ce mystère central de la vie chrétienne.
Pour nous y aider dans cette célébration, vous avez ici à ma droite, une représentation de la Trinité miséricordieuse. C’est une céramique qui a été créée par une dominicaine Suisse, Sœur Caritas Müller, et qui bouleverse un petit peu notre vision des choses.
Notre temps veut que l’homme soit au centre. L’homme a poussé son Créateur à l’arrière-plan. Dans ce chef- d’œuvre, l’homme se trouve aussi au centre. Mais quel homme !
Regarde, regarde l’homme. Non pas l’homme autonome, conscient et fier de ses propres valeurs. Mais l’être humain dans toute sa faiblesse et sa misère. Et cet homme est bel et bien au centre. Au centre de quoi ?
Au centre de l’attention de Dieu, de sa charité, de sa miséricorde. Il est entouré de tous les côtés par ce Dieu qui se met de côté.
Plein d’amour, le Père se penche sur l’homme. Il le tient, le porte, prend soin de lui, l’embrasse.
Jésus, Fils de Dieu, s’abaisse, descend aussi bas que l’être le plus bas. Il saisit ses pieds, les couvre de baisers, les lave. Pour accomplir envers nous l’acte d’Amour le plus grand, il pose ce geste le plus humble qui soit.
L’Esprit Saint fait irruption par le haut vers l’homme. Il veut le remplir de son Amour, de sa Lumière, de sa Paix.
Pour Dieu, l’homme est au centrez. Qui ne souhaiterait être au cœur d’un tel échange ?
C’est homme, c’est toi, c’est moi… Accepter ma faiblesse. Et l’abandonner à Celui qui m’aime tel(le) que je suis.
Me laisser tomber en Dieu. Ne plus rien faire. Continuer seulement à être. Accepter de me laisser aimer…. aimer jusque là.
Texte de Dieter Theobald (https://paroissefachesthumesnil.over-blog.com/2018/04/trinite-misericordieuse-ceramique-de-sr-caritas-mueller-texte-de-dieter-theobald.html )
Homélie
Frères et sœurs, nous célébrons ce dimanche, vous le savez, le cœur de notre foi chrétienne, le fait que Dieu n’est pas un être solitaire, mais qu’il est en lui-même communication, communion, amour. Un seul Dieu en trois personnes : non pas trois Dieux, mais trois personnes englobées dans une unique nature divine, qui possède donc par là en elle-même l’altérité qu’elle ne peut expérimenter au-dehors comme c’est notre cas.
Le fait que Dieu soit Trinité dépasse, soyons clairs, la capacité de compréhension de notre intelligence. Mais est-ce à dire que ce mystère nous demeure complètement impénétrable et que nous sommes condamnés à ce sujet à la foi pure et simple du charbonnier ? Non, nous pouvons malgré tout en acquérir une certaine intelligence, très limitée certes, mais néanmoins effective. Selon moi, la meilleure porte d’entrée consiste à prendre au sérieux -très au sérieux- l’affirmation de Saint Jean comme quoi Dieu est amour. Pour qu’il y ait véritablement amour, il faut quelqu’un qui aime, quelqu’un qui est aimé, et l’acte même d’amour, qui est une communication réciproque, un don de l’aimant auquel correspond la réponse de l’aimé – un amour à sens unique peut difficilement être regardé comme l’amour pleinement accompli-. A notre niveau, lorsque nous aimons, nous nous tournons vers l’extérieur de nous-mêmes ; les êtres humains sont plus ou moins aimables, mais de temps en temps, l’alchimie d’un véritable amour peut se mettre en place avec quelqu’un d’autre et nous vivons cette expérience rare et combien stimulante d’un amour qui naît et se développe. Mais Dieu est l’Absolu, l’Infini ; il n’a pas à proprement d’extérieur et ne dépend naturellement de rien d’autre que lui. S’il est effectivement amour, si c’est là véritablement son essence même, il doit posséder en lui les trois polarités de l’amour : l’aimant, l’aimé, et cette respiration entre eux qui est l’acte même par lequel l’aimant se donne à l’aimé et vice-versa. Et c’est ce que nous croyons lorsque nous professons notre foi en Dieu qui est Père, Fils et Saint-Esprit.
Cette vie interne de l’amour comble Dieu qui n’a besoin de rien d’autre pour vivre éternellement et en éprouver un bonheur sans fin. Seulement voilà, Dien n’a pas voulu expérimenter seul cette plénitude. Tout à fait gratuitement, par pure bonté, dans la logique de ce pur amour qu’il est en lui-même, il a voulu faire participer d’autres êtres à sa vie divine et éternelle. Il a créé un monde avec en particulier, des créatures raisonnables et libres, qu’il allait appeler à communier à sa propre vie trinitaire. Il y a parmi ces créatures naturellement les êtres humains, qu’il invite, par l’Incarnation de son Fils, à devenir eux-mêmes ses fils et ses filles, en participant à la vie même de son Fils. Il y a de quoi être pris de vertige lorsque l’on réfléchit un peu en essayant de prendre la mesure de cet amour inouï qui nous est offert dans le Christ. Comme dit l’évangile de ce jour : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que quiconque croit en lui ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle. »
Maintenant, nous pouvons nous demander que faire de cette révélation que Dieu est trine ? En quoi cela change-t-il quelque chose par rapport au cas où Dieu serait une unique personne qui nous aimerait ? Beaucoup de choses pourraient être dites à ce sujet. Permettez-moi de suggérer une piste : la Trinité fonde le fait qu’il y a pour nous différentes voies vers Dieu. Tout en étant tous hommes et femmes, nous ne sommes pas tous créées selon le même moule. Nous avons des tempéraments psychologiques et spirituels différents. Nous allons avoir tendance à accomplir notre vie de différentes manières.
Il y a notamment des hommes et des femmes qui aiment se poser des questions et rechercher des réponses, qui désirent sonder en profondeur la nature des choses, qui veulent saisir l’invisible par-delà le visibles. Ce sont des personnes de foi, des contemplatifs qui trouvent leur joie dans l’intériorité, la recherche de la sagesse. Ces personnes, même si elles ne le savent pas, sont en affinité plus particulière avec le Père : le Père est en effet la source cachée de tout ce qui existe ; « Dieu (le Père) personne ne l’a jamais vu » dira Saint Jean dans le prologue de son Evangile : il a fallu la révélation du Christ pour nous le faire connaître, mais tout en étant révélé, il reste le Dieu caché dont parlait Isaïe.
Il existe par ailleurs des personnes qui trouvent leur bonheur dans la communication, dans l’échange avec d’autres. Lorsqu’elles manquent de contacts sociaux vitaux pour elles, elles dépriment et s’étiolent. Ces être humains de la charité, de l’amour, sont, même si c’est sans le savoir, en accointance privilégiée avec le Fils. N’est-il pas celui qui est venu communiquer avec les hommes, planter sa tente parmi nous, prendre son plaisir à être avec les enfants des hommes ?
Enfin il est des êtres qui ont besoin d’agir, de changer les choses, en améliorant leur petit monde pour le rendre plus agréable à vivre. Il en est aussi qui veulent changer le grand monde, qui s’engagent pour des réformes sociales, de façon à mettre fin à des injustices flagrantes, et à viser vraiment le bien commun. Ces personnes d’espérance, tournées vers l’avenir, sont en relation particulière avec l’Esprit Saint. Un vieux cantique, s’appuyant sur un psaume, ne dit-il pas : « O Seigneur envoie ton Esprit, qui renouvelle la face de la terre » ? Et c’est vrai que quand l’Esprit est donné avec largesse, la situation est transformée ; voilà qu’apparaissent « toutes choses nouvelles ».
Alors frères et sœurs, demandons-nous quelques instants : quel est notre tempérament spirituel ? Qu’est-ce qui nous fait pleinement vivre ? Est-ce la quête de l’inconnu, de l’invisible, la contemplation ? Est-ce la rencontre du frère, son écoute et le partage de nos vécus respectifs ? Est-ce le fait d’œuvrer à des changements, à un monde nouveau ?
Dieu en lui-même est trop vaste pour que nous puissions le saisir dans la totalité de son mystère. Il nous faut choisir un fil dd la pelote et le tirer progressivement jusqu’au bout pour nous accomplir. Vivre une proximité particulière avec l’une des Personnes divines ne signifie évidemment pas négliger les autres, mais entrer par une porte déterminée, particulière vers la plénitude du tout. Il y a beaucoup de demeures dans la maison de Dieu, nous dit Jésus ; Il promet d’aller nous en préparer une et de revenir ensuite pour nous prendre avec lui dans cette communion perpétuellement renouvelée de la vie en Dieu.
« Que la grâce de Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit soient toujours avec vous ! »
Abbé Jean-Michel Counet, Hurtebise le 31 mai 26
(1) "Trinité miséricordieuse" de Soeur Caritas Müller https://i.pinimg.com/originals/c5/5c/6a/c55c6ae81fe3ac666ad6ddf3159edd5d.jpg (avec les vraies couleurs et non celles plus jaunes que l'on trouve habituellement)
oeuvres de Soeur Caritas: https://kompatscher.eu/galerie-hofburg-kuenstler/sr-caritas-mueller/

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