Liturgie 8e vendredi TO-II Marc 11, 11-25
Des figues
Homélie
L’Évangile d’aujourd’hui est tout de même un peu déroutant. Jésus a faim. Il voit un figuier, il cherche des figues, il n’en trouve pas. Et le lendemain, l’arbre est sec.
Avouons-le : à première vue, ce pauvre figuier nous inspire presque plus de compassion que d’admiration spirituelle. D’autant que saint Marc précise avec beaucoup d’honnêteté : « Ce n’était pas la saison des figues. »
Alors que se passe-t-il ? Jésus serait-il contrarié ? Aurait-il quitté Béthanie sans son café du matin ? Pourtant, connaissant Marthe, on imagine difficilement les disciples repartir le ventre vide… Mais justement : la faim de Jésus n’est pas celle de l’estomac. Dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus dit : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé ».
Voilà la vraie faim du Christ. Il a faim de foi. Il a faim d’amour.
Il a faim de nous voir vivant.
Oui, Jésus a faim de voir des hommes et des femmes vivants de Dieu, portant des fruits de lumière, de justice, de paix et de miséricorde. Et alors, le figuier devient alors une parabole vivante. Dans la Bible, le figuier représente souvent le lieu de la prière et de la méditation de la Parole, de la Loi. Souvenez-vous de Nathanaël. Jésus lui dit : « Je t’ai vu sous le figuier ».
Autrement dit : « Je t’ai vu dans ton désir de Dieu. »
Le figuier de l’Évangile représente donc aussi le Temple, la vie croyante, et peut-être même chacun de nous. Car on peut avoir beaucoup de feuilles … et peu de fruits.
On peut avoir les apparences de la foi : les habitudes, les paroles, les rites… mais laisser le cœur ailleurs.
Le figuier est beau. Très beau même. Plein de feuilles. Mais Jésus cherche du fruit. Et il n’en trouve pas. Alors attention :
Jésus ne maudit pas l’arbre comme un homme en colère. Le texte grec dit plutôt qu’il “répond” au figuier. Comme si un dialogue mystérieux s’était engagé. Le figuier reste enfermé dans sa logique : « Ce n’est pas la saison. » Mais Jésus, lui, attend davantage. Parce que l’amour espère toujours davantage. Le Christ croit en notre capacité de porter du fruit, même dans les saisons difficiles. Et cela est bouleversant. Dieu ne regarde jamais seulement ce que nous sommes aujourd’hui : il regarde ce que nous pouvons devenir. Augustin écrivait : « Dieu est plus intime à moi-même que moi-même. » Il voit en nous des possibilités que nous-mêmes ignorons. Et justement, c’est ici que l’Évangile devient encore plus fort.
Car entre le moment où Jésus rencontre le figuier et celui où les disciples découvrent l’arbre desséché, saint Marc place un autre épisode : Jésus chasse les marchands du Temple.
Ce n’est pas un hasard. Le figuier représente le Temple. Extérieurement, tout semblait magnifique : les pierres, les sacrifices, les prières, l’organisation religieuse… Beaucoup de feuilles. Mais Jésus cherche du fruit. Et que trouve-t-il ? Du commerce. Du bruit. De l’agitation.
Alors Jésus renverse les tables. On imagine la scène : les pièces qui roulent, les colombes qui s’envolent, les vendeurs qui protestent… et les disciples qui se disent probablement : « Bon… aujourd’hui, le Maître a décidé de faire le grand ménage. » Il y a des jours où l’Évangile ressemble davantage à un chantier qu’à une image pieuse.
Mais attention : Jésus ne détruit pas le Temple. Il veut lui rendre sa vérité. « Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations. »
Le problème n’est pas le commerce en lui-même : les pèlerins avaient besoin d’animaux pour les sacrifices. Le problème, c’est que peu à peu, le bruit des affaires avait étouffé la recherche de Dieu.
Le Temple risquait de devenir un lieu où l’on “utilise” Dieu, au lieu de le rencontrer. Et cela peut aussi nous arriver. Nous pouvons parfois transformer notre foi en habitude, en automatisme, ou même en petit commerce spirituel : « Seigneur, je fais ceci… alors donne-moi cela. »
Mais l’amour de Dieu ne se négocie pas. Il se reçoit. Alors Jésus vient purifier le Temple. Et ce Temple, dit saint Paul, c’est désormais nous-mêmes. Origène écrivait : « Chacun de nous est appelé à devenir un temple de Dieu. »
Voilà pourquoi le Christ renverse parfois quelques tables dans notre cœur. Les tables de l’orgueil. Les tables du jugement. Les tables des peurs. Les tables de nos fausses sécurités.
Et honnêtement, quand Jésus commence un grand nettoyage intérieur, cela fait parfois beaucoup de bruit.
Mais derrière ce bouleversement, il y a une immense tendresse. Car Dieu ne détruit jamais pour détruire. Il libère. Il purifie. Il redonne de l’espace à la vie.
Même lorsque nous avons l’impression d’être “hors saison”, le Christ continue de venir à notre rencontre. Il a faim de nous voir vivants. Vivants de cette vie qui vient de lui. Amen.
Avouons-le : à première vue, ce pauvre figuier nous inspire presque plus de compassion que d’admiration spirituelle. D’autant que saint Marc précise avec beaucoup d’honnêteté : « Ce n’était pas la saison des figues. »
Alors que se passe-t-il ? Jésus serait-il contrarié ? Aurait-il quitté Béthanie sans son café du matin ? Pourtant, connaissant Marthe, on imagine difficilement les disciples repartir le ventre vide… Mais justement : la faim de Jésus n’est pas celle de l’estomac. Dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus dit : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé ».
Voilà la vraie faim du Christ. Il a faim de foi. Il a faim d’amour.
Il a faim de nous voir vivant.
Oui, Jésus a faim de voir des hommes et des femmes vivants de Dieu, portant des fruits de lumière, de justice, de paix et de miséricorde. Et alors, le figuier devient alors une parabole vivante. Dans la Bible, le figuier représente souvent le lieu de la prière et de la méditation de la Parole, de la Loi. Souvenez-vous de Nathanaël. Jésus lui dit : « Je t’ai vu sous le figuier ».
Autrement dit : « Je t’ai vu dans ton désir de Dieu. »
Le figuier de l’Évangile représente donc aussi le Temple, la vie croyante, et peut-être même chacun de nous. Car on peut avoir beaucoup de feuilles … et peu de fruits.
On peut avoir les apparences de la foi : les habitudes, les paroles, les rites… mais laisser le cœur ailleurs.
Le figuier est beau. Très beau même. Plein de feuilles. Mais Jésus cherche du fruit. Et il n’en trouve pas. Alors attention :
Jésus ne maudit pas l’arbre comme un homme en colère. Le texte grec dit plutôt qu’il “répond” au figuier. Comme si un dialogue mystérieux s’était engagé. Le figuier reste enfermé dans sa logique : « Ce n’est pas la saison. » Mais Jésus, lui, attend davantage. Parce que l’amour espère toujours davantage. Le Christ croit en notre capacité de porter du fruit, même dans les saisons difficiles. Et cela est bouleversant. Dieu ne regarde jamais seulement ce que nous sommes aujourd’hui : il regarde ce que nous pouvons devenir. Augustin écrivait : « Dieu est plus intime à moi-même que moi-même. » Il voit en nous des possibilités que nous-mêmes ignorons. Et justement, c’est ici que l’Évangile devient encore plus fort.
Car entre le moment où Jésus rencontre le figuier et celui où les disciples découvrent l’arbre desséché, saint Marc place un autre épisode : Jésus chasse les marchands du Temple.
Ce n’est pas un hasard. Le figuier représente le Temple. Extérieurement, tout semblait magnifique : les pierres, les sacrifices, les prières, l’organisation religieuse… Beaucoup de feuilles. Mais Jésus cherche du fruit. Et que trouve-t-il ? Du commerce. Du bruit. De l’agitation.
Alors Jésus renverse les tables. On imagine la scène : les pièces qui roulent, les colombes qui s’envolent, les vendeurs qui protestent… et les disciples qui se disent probablement : « Bon… aujourd’hui, le Maître a décidé de faire le grand ménage. » Il y a des jours où l’Évangile ressemble davantage à un chantier qu’à une image pieuse.
Mais attention : Jésus ne détruit pas le Temple. Il veut lui rendre sa vérité. « Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations. »
Le problème n’est pas le commerce en lui-même : les pèlerins avaient besoin d’animaux pour les sacrifices. Le problème, c’est que peu à peu, le bruit des affaires avait étouffé la recherche de Dieu.
Le Temple risquait de devenir un lieu où l’on “utilise” Dieu, au lieu de le rencontrer. Et cela peut aussi nous arriver. Nous pouvons parfois transformer notre foi en habitude, en automatisme, ou même en petit commerce spirituel : « Seigneur, je fais ceci… alors donne-moi cela. »
Mais l’amour de Dieu ne se négocie pas. Il se reçoit. Alors Jésus vient purifier le Temple. Et ce Temple, dit saint Paul, c’est désormais nous-mêmes. Origène écrivait : « Chacun de nous est appelé à devenir un temple de Dieu. »
Voilà pourquoi le Christ renverse parfois quelques tables dans notre cœur. Les tables de l’orgueil. Les tables du jugement. Les tables des peurs. Les tables de nos fausses sécurités.
Et honnêtement, quand Jésus commence un grand nettoyage intérieur, cela fait parfois beaucoup de bruit.
Mais derrière ce bouleversement, il y a une immense tendresse. Car Dieu ne détruit jamais pour détruire. Il libère. Il purifie. Il redonne de l’espace à la vie.
Même lorsque nous avons l’impression d’être “hors saison”, le Christ continue de venir à notre rencontre. Il a faim de nous voir vivants. Vivants de cette vie qui vient de lui. Amen.
Pierre Hannosset le 29 mai 26

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