Liturgie Jour de Pâques Jean 20, 1-9
Homélie
Quand Marie-Madeleine part pour rejoindre le tombeau de Jésus, l’évangile nous précise que « c’était encore les ténèbres ».
Célébrer la résurrection n’est pas enjamber ce qu’il peut y avoir de nuit, d’obscurité, d’épreuves dans nos vies. Ni évidemment de mettre entre parenthèse tout ce qu’il y a de si douloureux dans le monde particulièrement en Ukraine et au Moyen Orient, sans compter les guerres apparemment oubliées… Pâques n’efface en rien les chemins de croix des peuples, ceux de nos proches et peut-être les nôtres.
Celui qui est ressuscité est celui qui a traversé les jours de sa passion. Les évangiles nous diront qu’il en garde les traces au creux de ses mains. Néanmoins, c’est vers une découverte bouleversante que va Marie-Madeleine : juste après cet extrait de S. Jean que nous venons d’entendre, elle va faire l’expérience d’une rencontre qui va tout changé pour elle. Avec les apôtres, elle va devenir la témoin rayonnante d’une nouvelle, bonne et porteuse de vie et d’espérance. Comme le dira plus tard S. Pierre : ce Jésus qu’on a condamné à mort sur la croix, Dieu l’a relevé de la mort, il l’a placé à sa droite et l’a proclamé Christ et Seigneur : dans tout ce qu’il a dit, sur les routes de Palestine, dans tout ce qu’il a posé comme gestes d’amour et de pardon, il était vraiment le Verbe de Dieu, parole de Dieu, parole sur Dieu, parabole vivante de qui est notre Dieu.
Cette nouvelle, porteuse de vie n’est sans doute pas tous les jours évidente pour notre foi. Ne nous en étonnons pas : pour Pierre aussi, croire au Christ ressuscité, va prendre du temps. Marie-Madeleine aussi ne comprend pas d’emblée. D’ailleurs S. Jean ajoute : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris qu’il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » …
Plusieurs fois, Jésus avait pourtant laissé entendre que la mort n’aurait pas le dernier mot. Cette force de résurrection qui émanait de lui, il en avait pourtant déjà révélé la puissance : n’avait-il pas cessé de remettre debout, de relever, de rendre à la parole, de rendre le regard clairvoyant, de dé-paralyser, de relancer la vie, l’espérance ? N’avait-il pas semé autour de lui ces paroles qui guérissent et qui délivrent ; ces paroles de vie qui remettent en route ; ces paroles précieuses qui ressuscitent la vie : « Lève-toi » - « Sois sans crainte » - « Je te pardonne » - « Va en paix » ?
Cette force de résurrection, n’est pas que « pour après la mort ». Déjà sur les routes de Palestine, Jésus n’avait cessé de semer de la résurrection : à travers sa proximité, ses paroles de confiance, d’encouragement, de pardon. Ressuscité, il continue. Il continue aujourd’hui, il continue avec nous, en nous, là où on ne s’y attend pas toujours.
St Jean a toujours une longueur d’avance sur les autres : quand il voit cette pierre roulée, ce tombeau vide, alors… « il vit et il crut » ! Voilà que tout s’éclaire en lui ! Il se rappelle, il comprend la portée de ce qu’il avait en fait déjà pu comme toucher du doigt : tout cet amour, toute cette force de vie qui émanait de Jésus… et que Dieu ne pouvait pas - s’il était Dieu - abandonner à la mort, au néant.
Alors, il comprend déjà ce que les anges diront un peu plus tard : le Ressuscité n’est pas ici, ce n’est pas ici ni dans le passé qu’il faut le chercher. Il a traversé la mort. Il est vivant et agissant au milieu de vous ! En vous, il a mis son Esprit. Et plus encore : ressuscité, il nous associe à lui pour avec lui, en lui, faire œuvre de création, œuvre de vie, œuvre de relèvement.
S. Paul vient de nous dire : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut ». Si nous voulons vivre en disciples du Christ ressuscité, alors, oui, recherchons ce qui élève, ce qui relève ! Soyons attentifs à ce qui peut nous faire grandir en humanité. Ayons le souci de ce qui peut élever les autres, nos frères et sœurs proches et lointains. Contribuons à notre mesure à tirer vers le haut notre société, notre vivre-ensemble, notre attention aux plus fragiles ; résistons à la spirale de la violence, des invectives, des fake-news, des analyses simplistes, tout ce qui creuse des gouffres d’incompréhension.
Contribuons aussi à rendre notre Eglise plus fidèle à sa mission : mettons-de la fraternité dans nos communautés ; du dialogue entre nos différences.
Dans cet Evangile, tout le monde court ! Marie-Madeleine, Jean, Pierre (un peu moins vite !) … Mais celui qui court le plus vite ce matin, pour nous rejoindre, c’est le Seigneur ! Le Cantique des Cantiques le disait déjà : « C’est lui ! Il vient ! Il bondit sur les montagnes, il court, sur les collines » …
Ouvrons-lui nos bras ; notre cœur, notre désir et ensemble renouvelons avec joie les OUI et les JE CROIS de notre baptême. Amen
Mgr Jean-Luc Hudsyn le 5 avril 26
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