Liturgie de la Parole Jeudi Saint Jean 13, 1-15 ; Exode 12, 1-8.11-14
Homélie
Le livre de l’Exode nous a rappelé cette nuit de la pleine lune de printemps - qu’on voit ce soir, sauf s’il y a des nuages - où les familles d’Israël maltraités, opprimés par Pharaon, s’étaient rassemblés pour le repas de la Pâque, pour le repas du grand passage de l’esclavage à une vie nouvelle, à une vie de liberté.
Autour d’eux l’atmosphère était lourde ; pas si éloignée sans doute de ce que tous ressentent en ces temps incertains, ce de temps de guerre indéchiffrable, de violence aveugle, jetant des innocents sur les routes ; et chez nous, nous ne sommes pas en reste : dans le climat ambiant volent si facilement les invectives, l’insécurité, les affrontements de toutes sortes.
Cette nuit-là Dieu était en venu révéler à son peuple qu’il n’était pas un Dieu récupérable pour justifier la violence. Qu’il n’est pas du côté de ce qui cherche à engendrer la mort, de ce qui veut blesser l’homme, de ce qui veut détruire l’humain…
Un autre soir, bien plus tard, Jésus pris lui-même dans un complot qui se resserre autour de lui, Jésus réunit ses amis. Il le désirait intensément. Pas que ce soir d’ailleurs. Il voulait d’un grand désir, leur laisser comme le testament de ce qui l’habitait profondément : faire passer ce monde, le faire passer et nous avec, chacun, de la mort à la vie, des ténèbres à sa lumière : celle de cet amour, celle de cette alliance, celle de cette fraternité, qu’il n’avait cessé de semer sur les chemins de Palestine, au nom de son Père.
Nous avons tous dans le cœur ces paraboles si belles par lesquelles il voulait dire, de toutes ses forces, comment Dieu s’y prend pour créer et pour recréer sans cesse en nous un cœur de chair, un cœur selon le cœur de Dieu.
Le récit de ce berger qui cherche partout sa brebis perdue pour la ramener plein de joie sur ses épaules. Ce samaritain surprenant qui s’empresse de prendre soin de ce blessé inconnu de lui, mais qu’il refuse d’abandonner. Ce père qui n’en finissait pas d’attendre son fils et qui se précipite vers lui dès qu’il pointe à l’horizon…
Et pour bien signifier cet amour extrême qui seul peut guérir, qui seul peut recréer la vie, recréer l’espérance, recréer la confiance, recréer la dignité perdue, Jésus, lui le Maître et le Seigneur de toute vie, dépose son vêtement, et prend le rôle laissé aux esclaves. Nous venons de le vivre : il se met aux pieds de chacun de ses disciples - Judas y compris – et il leur lave les pieds. Un amour brûlant humble fort.
Comme nous l’avons chanté : « qui pourrait comprendre à cette heure, l’infini d’un Dieu qui décroit, qui s’abaisse au plus bas pour nous servir, pour nous honorer de son amitié divine ?» Qui peut comprendre cela ? Chose à peine imaginable ! Et il presse Pierre de se laisser faire. Et ce soir, il nous presse chacun, chacune, nous aussi, de nous laisser faire. De nous laisser attirer par lui pour, recueillant tout son amour, pour arrêter, lutter contre le mal, en nous, autour de nous. Pour avec lui désarmer les violences, en nous parfois, et autour de nous, faire advenir un monde différent, une terre habitable par tous, des relations désarmées, des regards bienveillants, des rapports de justice et de paix.
C’est à chacun de nous ce soir que le Seigneur demande de vivre davantage en mémoire de lui. Il ne nous demande pas en nous regardant de haut. Il nous le demande d’en bas ! En se faisant le Très bas. C’est lui qui lève les yeux vers nous. C’est lui qui nous prie de l’exaucer. Et pour nous nourrir de jour en jour de cet amour qui aime jusqu’au bout, il prend ce pain rompu, il prend cette coupe d’amitié, nous donnant de pouvoir ainsi communier à ce qu’il est : « Prenez, buvez : c’est moi ». Une manne inouïe, une coupe ressuscitante, à recueillir entre nos mains pour être envoyés à notre tour. Pour avec lui semer de l’amour plus loin encore.
Mgr Jean-Luc Hudsyn Hurtebise le 2 avril 26
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