lundi 19 octobre 2026

Liturgie 29e lundi TO-II Luc 12, 13-21

« Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? »
Méditation

En écoutant cette parabole, je me souviens d’avoir lu, un jour, un conte issu du folklore russe qui illustre bien cette parole :
« Tu es fou, cette nuit même on va te redemander ta vie 
et ce que tu as accumulé, qui l’aura ?!»
Il était une fois un humble paysan russe qui vivait dans un petit village. Un jour, il entendit parler d’un homme qui possédait d’immenses terres et qui, avait fait cette promesse :
« Si quelqu’un est capable de marcher sur un terrain et de tout clôturer en une journée, tout ce qu’il aura parcouru et clôturé lui appartiendra. »
Le paysan se lève aux aurores, décidé de conquérir autant de terres que possible.
Il commence à marcher en pensant, bien sûr, à toutes les richesses qu’il va pouvoir acquérir.
Au fur et à mesure qu’il avance, sa convoitise grandit : il imagine, les terres fertiles en sa possession, les récoltes abondantes et surtout, la vie du luxe qui sera la sienne !
Mais au fur et à mesure qu’il avance, la fatigue se fait sentir. Et elle se fait sentir de plus en plus. Mais malgré cela, il refuse de s’arrêter, il pousse son corps à l’extrême, ignorant la douleur et l’épuisement jusqu’à ce que, … alors qu’il est sur le point de conclure sa journée et de finir son travail …. il sent que sa fatigue est à son comble et que le temps est presque écoulé …
Mais il veut, y arriver ! Alors il court, il court encore, et encore, mais l’épuisement l’emporte, il tombe au sol et meurt à quelques pas de la promesse fixée.
La terre avec le luxe qu’il convoitait lui échappe et désormais perdue.
Et oui, à force de tout vouloir, on n’emporte rien !
 
Revenons quelques instants sur le début de cet Evangile. Il semblerait que c’est une des seules fois dans l’Évangile où Jésus refuse d’intervenir alors qu’on le lui demande.
Et oui, parfois cela vaut la peine de se tenir en retrait et c’est ce que Jésus fait aujourd’hui :»
 
Jésus n’est-il pas ainsi en train d’appliquer le principe de la subsidiarité ?
Oui, car au fait, il leur dit : « Qui m’a établi juge de vos partages ? Réglez cela entre vous, moi, ça ne me regarde pas ! »
 
Ce principe de subsidiarité est le premier pilier de la Doctrine sociale de l’Eglise.
Et elle consiste en ces termes, nous dit Joseph Ratzingez en 1986 : « Donner la responsabilité, même au plus petit niveau, de ce qui peut être fait par des personnes compétentes, afin de résoudre des problèmes. »
 
Mais sous couvert d’efficacité, ce frère, dont nous parle Jésus, veut gérer rapidement le différend qui l’oppose à son frère et demande à Jésus de courcircuiter les échelons offiels pour résoudre son problème.
Mais ici Jésus refuse d’intervenir.
Son message est simple : « il ne faut pas empêcher le fonctionnement normal des négociations entre les héritiers d’une famille, quitte à faire appel à un médiateur : notaire ou juge ou … »
Mais cela implique de travailler sur l’écoute, le respect, le partage, la confiance envers l’autre.
 
Un 2°principe apparaît dans ce texte, c’est la séparation entre le pouvoir spirituel et temporel.
On voit que Jésus ne veut pas exercer l‘autorité dans la société de son temps.
Jean, dans son Evangile, raconte que Jésus, après la multiplication des pains échappe à la foule qui veut le faire roi.
Non ! Sa royauté n’est pas de ce monde. Donc Jésus sépare bien les deux niveaux.
Et pourtant, il a une vraie autorité, une autorité d’ordre morale et spirituelle.
 
Mais ce n’est pas pour cela que les disciples et les apôtres d’aujourd’hui ne peuvent pas avoir de responsabilités dans la société car la foi influence forcément les comportements des chrétiens dans la société. Mais l’Eglise se gardera toujours de faire de la politique.
Elle n’est pas liée à un système politique particulier.
 
Jésus conclut par ces paroles : « Soyez riches en vue de Dieu. »
Bien sûr, on peut être riche en finance, en temps, en talents.
Mais toute la question est de savoir ce que l’on en fait.
Et donc notre rapport à toutes nos richesses a un rapport avec notre foi.
Il faut que l’Evangile imprègne toutes les dimensions de notre existence, que je sois au travail ou en famille ou dans nos loisirs ou à l’église.
 
Et de cette façon on agit en faveur du bien commun. Un troisième principe cher à la doctrine sociale de l’Eglise.
Du coup, tout le monde, les riches comme les plus démunis y trouvent leur part.
 
Notre Père
Père souffle-nous, comment imprégner nos paroles, nos gestes, nos démarches, nos rencontres, de l’Evangile que tu nous proposes et que nous méditons, chaque jour.
Sr Anne-Françoise le 19 octobre 26

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