Liturgie 29e lundi TO-II Luc 12, 13-21
« Ce
que tu auras accumulé, qui l’aura ? »
Méditation
En écoutant cette parabole, je me
souviens d’avoir lu, un jour, un conte issu du folklore russe qui illustre bien
cette parole :
« Tu es fou, cette
nuit même on va te redemander ta vie
et ce que tu as
accumulé, qui l’aura ?!»
Il
était une fois un humble paysan russe qui vivait dans un petit village. Un
jour, il entendit parler d’un homme qui possédait d’immenses terres et qui,
avait fait cette promesse :
« Si quelqu’un est capable de marcher sur un
terrain et de tout clôturer en une journée, tout ce qu’il aura parcouru et
clôturé lui appartiendra. »
Le
paysan se lève aux aurores, décidé de conquérir autant de terres que possible.
Il
commence à marcher en pensant, bien sûr, à toutes les richesses qu’il va pouvoir
acquérir.
Au
fur et à mesure qu’il avance, sa convoitise grandit : il imagine, les terres
fertiles en sa possession, les récoltes abondantes et surtout, la vie du luxe
qui sera la sienne !
Mais
au fur et à mesure qu’il avance, la fatigue se fait sentir. Et elle se fait
sentir de plus en plus. Mais malgré cela, il refuse de s’arrêter, il pousse son
corps à l’extrême, ignorant la douleur et l’épuisement jusqu’à ce que, … alors
qu’il est sur le point de conclure sa journée et de finir son travail …. il sent
que sa fatigue est à son comble et que le temps est presque écoulé …
Mais
il veut, y arriver ! Alors il court, il court encore, et encore, mais l’épuisement
l’emporte, il tombe au sol et meurt à quelques pas de la promesse fixée.
La terre avec le luxe qu’il convoitait lui échappe et désormais
perdue.
Et oui, à force de
tout vouloir, on n’emporte rien !
Revenons quelques instants sur
le début de cet Evangile. Il semblerait que c’est une des seules fois dans l’Évangile
où Jésus refuse d’intervenir alors qu’on le lui demande.
Et oui, parfois cela vaut la peine
de se tenir en retrait et c’est ce que Jésus fait aujourd’hui :»
Jésus n’est-il pas ainsi en train
d’appliquer le principe de la subsidiarité ?
Oui, car au fait, il leur
dit : « Qui m’a établi juge de vos partages ? Réglez
cela entre vous, moi, ça ne me regarde pas ! »
Ce principe de
subsidiarité est le premier pilier de la Doctrine sociale de l’Eglise.
Et elle consiste
en ces termes, nous dit Joseph Ratzingez en 1986 : « Donner
la responsabilité, même au plus petit niveau, de ce qui peut être fait par des
personnes compétentes, afin de résoudre des problèmes. »
Mais sous couvert d’efficacité, ce
frère, dont nous parle Jésus, veut gérer rapidement le différend qui l’oppose à
son frère et demande à Jésus de courcircuiter les échelons offiels pour
résoudre son problème.
Mais ici Jésus
refuse d’intervenir.
Son message est
simple :
« il ne faut pas empêcher le fonctionnement normal des négociations
entre les héritiers d’une famille, quitte à faire appel à un médiateur :
notaire ou juge ou … »
Mais cela implique
de travailler sur l’écoute, le respect, le partage, la confiance envers
l’autre.
Un 2°principe apparaît
dans ce texte, c’est la séparation entre le pouvoir spirituel et
temporel.
On voit que Jésus ne veut pas exercer
l‘autorité dans la société de son temps.
Jean, dans son Evangile, raconte
que Jésus, après la multiplication des pains échappe à la foule qui veut le
faire roi.
Non ! Sa royauté n’est pas de
ce monde. Donc Jésus sépare bien les deux niveaux.
Et pourtant, il a une vraie
autorité, une autorité d’ordre morale et spirituelle.
Mais ce n’est pas pour cela que les
disciples et les apôtres d’aujourd’hui ne peuvent pas avoir de responsabilités dans
la société car la foi influence forcément les comportements des
chrétiens dans la société. Mais l’Eglise se gardera toujours de faire de la
politique.
Elle n’est pas
liée à un système politique particulier.
Jésus conclut par ces paroles :
« Soyez riches en vue de Dieu. »
Bien sûr, on peut être riche en
finance, en temps, en talents.
Mais toute la question est de
savoir ce que l’on en fait.
Et donc notre
rapport à toutes nos richesses a un rapport avec notre foi.
Il faut que l’Evangile imprègne
toutes les dimensions de notre existence, que je sois au travail ou en famille ou
dans nos loisirs ou à l’église.
Et de cette façon on agit en faveur
du bien commun. Un troisième principe cher à la doctrine sociale
de l’Eglise.
Du coup, tout le
monde, les riches comme les plus démunis y trouvent leur part.
Notre Père
Père souffle-nous, comment
imprégner nos paroles, nos gestes, nos démarches, nos rencontres, de l’Evangile
que tu nous proposes et que nous méditons, chaque jour.
Sr Anne-Françoise
le 19 octobre 26
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