Liturgie de la Parole 27e dimanche A Matthieu 21, 33-43 ; Isaïe 5, 1-7 ; Philippiens 4, 6-9
Homélie
Frères et sœurs,
Manifestement, Jésus connaît bien
son petit Isaïe : une vigne, un pressoir, une tour de garde, le début de
la parabole reprend exactement les mêmes éléments que le début du chant du
bien-aimé à sa Vigne chez Isaïe. Et les grands-prêtres et les anciens du peuple
auxquels Jésus s’adresse ont la référence eux aussi. Ils savent que l’image de
la vigne et ce que le maître de la vigne f ait
à sa vigne a pour but de faire comprendre pourquoi le peuple d’Israël se
retrouve en exil à Babylone, temple détruit, loin de leur pays, en terre
étrangère.
Le maître a pris soin de sa vigne,
comme le Seigneur de l’univers a pris soin de son peuple Israël, il y a mis
toute son énergie et tout son cœur. Et voilà que cette vigne donne de mauvais
fruits malgré tous les soins qui lui ont été consacrés. Alors, le maître, déçu,
change d’attitude. Au lieu de prendre soin, il abandonne et retire sa protection
à sa vigne, en sorte que les animaux sauvages y viennent, la piétinent et le dévorent
et qu’il ne reste à la place que pente désolée, couverte d’épines et de ronces.
Image de ce que le prophète a vu se produire pour Jérusalem et Israël et tentative
de comprendre comment tout cela, destruction et exil, a pu se passer.
Voilà ce que les grands-prêtres
ont en tête quand Jésus commence sa parabole. Mais, Jésus, très vite, change
les termes de l’histoire. Le point crucial n’est plus la qualité des fruits
produits par la vigne, bons ou mauvais, mais le comportement des vignerons qui
doivent prendre soin de la vigne et à qui le maître, le propriétaire, a confié
son exploitation.
Difficile pour les grands-prêtres
de ne pas se sentir visés, eux qui ont la charge d’être les porte-parole et les
intermédiaires de Dieu pour leur peuple, eux à qui est confié le soin du peuple
d’Israël de la part de Dieu, le soin de la vigne de Dieu de la part de son
propriétaire.
Et que se passe-t-il ? Dans
la parabole, le maître envoie des serviteurs pour recevoir les fruits de la
vigne et ils sont tués, puis il en envoie d’autres, plus nombreux, qui sont
aussi tués, puis enfin, il envoie son fils lui-même, en personne, qui subit le
même sort. Que va faire le maître ?
Remarquez que Jésus ne répond pas
lui-même à cette question. Il la pose à ses interlocuteurs, aux grands-prêtres
à qui il parle, et c’est eux qui répondent : « les misérables, il les
fera périr misérablement, et il louera sa vigne à d’autres vignerons ».
Est-ce là le dernier mot de l’histoire ?
Jésus valide-t-il la réponse des grands-prêtes, ? Pas totalement. Car si,
d’un côté, il leur dit, en effet, « le Royaume de Dieu vous sera enlevé
pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits », de l’autre,
dans la bouche de Jésus, pas question de faire périr misérablement quiconque. Au
contraire, Jésus cite le psaume « la pierre qu’on rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle », comme pour annoncer que, dans la réalité,
contrairement à la parabole, le meurtre du Fils ne sera pas le mot de la fin,
et que la vigne pourra encore donner du fruit, cultivée par de bons vignerons,
lorsque la pierre d’angle, le Christ, sera à sa place.
Il y a là une sorte d’avertissement
et d’appel à tous ceux qui sont les vignerons d’une vigne qui leur est confiée.
Vont-ils s’approprier les fruits de la vigne, vont-ils l’utiliser à leur propre
profit, s’en faire les maîtres et seigneurs ? Ou vont-ils au contraire la
cultiver pour que ses fruits soient rendus à qui de droit, pour que ses fruits
aillent au juste destinataire ?
Si Jésus raconte cela aux prêtres
et aux docteurs de la loi, c’est en espérant leur faire réaliser qu’il s’agit d’eux-mêmes,
comme lorsque Nathan fait prononcer à David une parole de justice avant de lui
dire : « cet homme, c’est toi » et de provoquer son repentir
et sa conversion.
Si seulement les grands-prêtres s’étaient
rendu compte qu’ils s’apprêtaient eux-mêmes à tuer le fils du propriétaire de
la vigne qui leur était confiée, la conversion et le Royaume de Dieu leur auraient
été tout proches. Hélas, ils ne l’ont pas compris. Mais heureusement, Dieu n’a
pas agit avec eux, ni avec personne, selon leur propre justice. Avec la pierre
rejetée, il a fait la pierre d’angle, la pierre angulaire, Jésus ressuscité,
Jésus sauveur, et la vie est à nouveau possible. Et les vignerons misérables ne
périssent pas misérablement mais reçoivent une nouvelle chance. Tel est le
véritable maître de la vigne, tel est véritablement, notre Dieu. Amen.
Père Paul Malvaux,
jésuite, Hurtebise le 4 octobre 26
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