dimanche 4 octobre 2026

Liturgie de la Parole 27e dimanche A Matthieu 21, 33-43 ; Isaïe 5, 1-7 ; Philippiens 4, 6-9

Homélie

Frères et sœurs,

Manifestement, Jésus connaît bien son petit Isaïe : une vigne, un pressoir, une tour de garde, le début de la parabole reprend exactement les mêmes éléments que le début du chant du bien-aimé à sa Vigne chez Isaïe. Et les grands-prêtres et les anciens du peuple auxquels Jésus s’adresse ont la référence eux aussi. Ils savent que l’image de la vigne et ce que le maître de la vigne f         ait à sa vigne a pour but de faire comprendre pourquoi le peuple d’Israël se retrouve en exil à Babylone, temple détruit, loin de leur pays, en terre étrangère.

Le maître a pris soin de sa vigne, comme le Seigneur de l’univers a pris soin de son peuple Israël, il y a mis toute son énergie et tout son cœur. Et voilà que cette vigne donne de mauvais fruits malgré tous les soins qui lui ont été consacrés. Alors, le maître, déçu, change d’attitude. Au lieu de prendre soin, il abandonne et retire sa protection à sa vigne, en sorte que les animaux sauvages y viennent, la piétinent et le dévorent et qu’il ne reste à la place que pente désolée, couverte d’épines et de ronces. Image de ce que le prophète a vu se produire pour Jérusalem et Israël et tentative de comprendre comment tout cela, destruction et exil, a pu se passer.

Voilà ce que les grands-prêtres ont en tête quand Jésus commence sa parabole. Mais, Jésus, très vite, change les termes de l’histoire. Le point crucial n’est plus la qualité des fruits produits par la vigne, bons ou mauvais, mais le comportement des vignerons qui doivent prendre soin de la vigne et à qui le maître, le propriétaire, a confié son exploitation.

Difficile pour les grands-prêtres de ne pas se sentir visés, eux qui ont la charge d’être les porte-parole et les intermédiaires de Dieu pour leur peuple, eux à qui est confié le soin du peuple d’Israël de la part de Dieu, le soin de la vigne de Dieu de la part de son propriétaire.

Et que se passe-t-il ? Dans la parabole, le maître envoie des serviteurs pour recevoir les fruits de la vigne et ils sont tués, puis il en envoie d’autres, plus nombreux, qui sont aussi tués, puis enfin, il envoie son fils lui-même, en personne, qui subit le même sort. Que va faire le maître ?

Remarquez que Jésus ne répond pas lui-même à cette question. Il la pose à ses interlocuteurs, aux grands-prêtres à qui il parle, et c’est eux qui répondent : « les misérables, il les fera périr misérablement, et il louera sa vigne à d’autres vignerons ».

Est-ce là le dernier mot de l’histoire ? Jésus valide-t-il la réponse des grands-prêtes, ? Pas totalement. Car si, d’un côté, il leur dit, en effet, « le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits », de l’autre, dans la bouche de Jésus, pas question de faire périr misérablement quiconque. Au contraire, Jésus cite le psaume « la pierre qu’on rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle », comme pour annoncer que, dans la réalité, contrairement à la parabole, le meurtre du Fils ne sera pas le mot de la fin, et que la vigne pourra encore donner du fruit, cultivée par de bons vignerons, lorsque la pierre d’angle, le Christ, sera à sa place.

Il y a là une sorte d’avertissement et d’appel à tous ceux qui sont les vignerons d’une vigne qui leur est confiée. Vont-ils s’approprier les fruits de la vigne, vont-ils l’utiliser à leur propre profit, s’en faire les maîtres et seigneurs ? Ou vont-ils au contraire la cultiver pour que ses fruits soient rendus à qui de droit, pour que ses fruits aillent au juste destinataire ?

Si Jésus raconte cela aux prêtres et aux docteurs de la loi, c’est en espérant leur faire réaliser qu’il s’agit d’eux-mêmes, comme lorsque Nathan fait prononcer à David une parole de justice avant de lui dire : « cet homme, c’est toi » et de provoquer son repentir et sa conversion.

Si seulement les grands-prêtres s’étaient rendu compte qu’ils s’apprêtaient eux-mêmes à tuer le fils du propriétaire de la vigne qui leur était confiée, la conversion et le Royaume de Dieu leur auraient été tout proches. Hélas, ils ne l’ont pas compris. Mais heureusement, Dieu n’a pas agit avec eux, ni avec personne, selon leur propre justice. Avec la pierre rejetée, il a fait la pierre d’angle, la pierre angulaire, Jésus ressuscité, Jésus sauveur, et la vie est à nouveau possible. Et les vignerons misérables ne périssent pas misérablement mais reçoivent une nouvelle chance. Tel est le véritable maître de la vigne, tel est véritablement, notre Dieu. Amen.

Père Paul Malvaux, jésuite, Hurtebise le 4 octobre 26


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