lundi 12 octobre 2026

Liturgie 28e lundi TO-II Luc 11, 29-32 Galates 4, 22-24.26-27.31-5,1

 Homélie

De l'eau a coulé sous les ponts depuis vendredi. Nous avons eu le temps d'oublier ce que l'évangile nous a raconté alors : comme Jésus avait expulsé un démon, certains dirent : "C’est par Béelzéboul, le chef des démons, qu’il expulse les démons." D’autres, pour le mettre à l’épreuve, cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel. Jésus a aussitôt répondu à ceux qui le soupçonnaient d'avoir partie liée avec le prince des démons. Et on en est resté là.

 

Puis samedi, une femme est intervenue pour dire son admiration. Puis il y a eu dimanche, et nous avons quitté Luc pour aller à la noce avec Matthieu. Nous revenons à Luc sans plus trop savoir où nous en sommes. Mais Jésus doit encore répondre à ceux qui lui demandent un signe. Bède le Vénérable commente : "Ils demandent un signe, comme si ceux qu'ils avaient vus n'en étaient pas." Plus précisément, ils demandent un signe venant du ciel, un signe plus manifeste de l'intervention de Dieu dans leur vie, un signe qui, justement, clouerait pour de bon le bec à ceux qui accusent Jésus d'agir avec la complicité de Béelzéboul. Et Jean suggère un signe qui serait convaincant : au désert, Dieu a donné à nos pères un pain venu du ciel. Ça, au moins, on voyait clairement d'où ça venait.

 

La réponse de Jésus est assez énigmatique : vous n'aurez pas d'autre signe que celui de Jonas. En lisant cela, j'ai eu l'impression que vous m'aviez déjà entendu sur le sujet. Ma mémoire me joue des tours, mais celle de mon ordinateur reste fidèle. Oui, c'était le 21 juillet 2025, quand je suis venu animer une retraite. Car on lisait ce jour-là un des deux passages où Matthieu parle de ce signe de Jonas.

 

Alors, je ne vais pas vous ennuyer en redisant ce que j'ai déjà dit. Je me contente de rappeler que le signe de Jonas peut être interprété de trois façons.

 

Celle que nous venons d'entendre est une invitation à la conversion : de même que Jonas a servi de signe pour les gens de Ninive, ainsi le Fils de l'homme en sera un pour cette génération. Ninive, symbole de la perversion, ennemie jurée du peuple de Dieu, vous précédera dans le Royaume, car elle, au moins, elle a écouté la parole et s'est convertie. Mais il n'est pas trop tard : convertissez-vous et vous vivrez.

 

Deuxième interprétation : Jonas n'a fait aucun signe. Il a proclamé une parole et on l'a cru sur parole, sans demander de preuve. Faites de même. Et si Jonas ne vous suffit pas, faites comme la reine de Saba qui a écouté la sagesse de Salomon. Je suppose que vous avez déjà noté à son propos la petite différence entre le texte de Luc et celui de Matthieu. Matthieu se contente de dire que la reine de Saba condamnera cette génération. Luc précise : les hommes de cette génération (ce n'est pas seulement une païenne qui condamne des croyants, c'est une femme qui condamne des hommes).

 

Troisième interprétation du signe de Jonas : on le croyait mort et il est revenu sur terre après trois jours. Jésus dit : je ferai pareil. Autrement dit, le signe venu du ciel, c'est moi. Ce que Jean explicitera : "Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement" (Jean 6,51).

 

Les trois interprétations pourraient correspondre aux trois parties de l'eucharistie : la première au rite pénitentiel, la seconde à la liturgie de la Parole et la troisième à la liturgie eucharistique.

Frère François de Wavreumont, Hurtebise le 12 octobre 26

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