dimanche 11 octobre 2026

Liturgie 28e dimanche A Matthieu 22, 1-15

Homélie

Il arrive que des gens ordinaires, des gens comme vous et moi, soient invités au Palais Royal à Laeken pour un concert, une réception ou autre chose. La plupart des gens qui reçoivent une telle invitation sont tout émoustillés à l’idée de côtoyer le roi, la reine, d’autres membres de la famille royale, de voir une partie du cadre dans lequel ils vivent, et surtout d’avoir beaucoup de choses à raconter après l’événement… Il n’est pas rare que ces personnes achètent une nouvelle tenue pour l’occasion, afin de faire bonne figure et on peut les comprendre. D’autres refusent l’invitation, parce qu’ils sont intimidés, ou bien parce qu’ils ne veulent pas fréquenter ce monde.

D’une manière générale, ce n’est pas évident de vivre un événement – heureux ou malheureux- qui nous sort tout à fait de notre quotidien. Plusieurs écoles de philosophie antique proposaient à leurs adeptes de s’entrainer à vivre des événements malheureux en les anticipant par l’imagination. « Efforcez-vous d’imaginer qu’on vous annonce que vous allez mourir demain. Que feriez-vous ? Quelles pensées, quels sentiments vous agiteraient ? » « Imaginez que vous perdiez brutalement un être proche, que votre maison soit complètement ruinée, qu’on vous annonce une grave maladie. Que ressentiriez-vous, comment réagiriez-vous ? » Les stoïciens, en particulier, recommandaient de tels exercices ; ils nous préparent, disaient-ils, à être à la hauteur des événements, lorsqu’ils se présenteront effectivement. Trop souvent, par manque de préparation, ces événements nous dévastent totalement, alors que la véritable dignité humaine consiste à rester debout même dans ces circonstances.

Chose curieuse, ils ne proposaient rien pour se préparer aux événements heureux inattendus. Ce n’est pourtant pas non plus toujours évident d’y faire face. Il n’est pas rare qu’un gagnant du gros lot à la loterie soir retrouvé quelques mois ou années plus tard dans le plus grand désarroi, ayant tout perdu, y compris ses amis. Le procès Ullens vient encore de tristement nous rappeler qu’être à la tête d’une grande fortune ne facilite pas toujours la vie. Même chose pour la célébrité. Je suis chaque fois frappé quand je regarde un épisode de The Voice ou de la Star Academy, de voir tous ces jeunes avides de succès et de notoriété. Savent-ils vraiment ce que cela implique d’être sous les feux de la rampe ? Plus de vie privée, subir l’envie des personnes moins chanceuses, vivre avec des journalistes à vos trousses pour dénicher le moindre cliché compromettant…. Pas mal de ces vedettes se retrouvent à la dérive sur le plan personnel et moral.

Avec le Seigneur, cela peut être un peu la même chose. Il arrive que Dieu nous gratifie de dons inattendus. Mais est-ce toujours aisé à vivre ? Le malheureux convive qui n’a pas l’habit de noce de l’Evangile d’aujourd’hui en sait quelque chose… Il est jeté dehors devant tout le monde. Outre le fait que le repas lui passe sous le nez, quelle humiliation ! Comment comprendre cette attitude du roi ? Cet habit de noce est bien entendu symbolique. Dieu donne sa grâce à des personnes très diverses, y compris sur le plan religieux et moral. Il n’y a pas de mérite à ce niveau. La grâce est donnée à des gens bien, mais aussi à des mécréants, à des crapules. L’évangile nous dit que les serviteurs invitent les bons comme les mauvais. Mais une fois qu’on reçoit la grâce (et en particulier celle de la foi), il faut essayer de correspondre à ce don, y répondre par une vie qui s’efforce d’incarner les valeurs évangéliques, les béatitudes. Il s’agit d’essayer d’aimer, d’aimer vraiment. Il ne s’agit pas d’être parfaite, heureusement mais de montrer notre bonne volonté. Ceux qui ne mettent pas cela en œuvre ne comprennent pas vraiment le don qui leur est fait, ne le reconnaissent pas en tant que don et se condamnent eux-mêmes.

Frères et sœurs, qu’avons-nous à faire concrètement ? A rendre grâce pour les dons que Dieu nous a faits, à commencer par le don de la vie. Être reconnaissant, le louer pour cette existence qu’il nous donne, pour le don de la foi et nous efforcer de nous donner à Lui en retour. De la sorte, nous affermirons en nous les dons reçus et nous nous préparerons à en recevoir d’autres. Dieu cherche toujours à se donner davantage, mais il veille à ce que nous ayons les ressources pour recevoir et supporter ce qu’il nous offre. Regardons ce qui se passe dans chaque eucharistie : nous offrons à Dieu le pain et le vin, signe de cette vie qu’il nous donne au fil des jours et nous rendons grâce pour cela. Et que se passe-t-il ? Ce pain et ce vin de la terre nous sont rendus, sous la forme d’un pain venu du ciel, un pain transfiguré par la présence et l’amour du Christ, promesse d’éternité qui comblera notre cœur de bonheur et de paix.

Jean-Michel Counet, Hurtebise le 11 octobre 26

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