Liturgie 28e dimanche A Matthieu 22, 1-15
Homélie
Il arrive que
des gens ordinaires, des gens comme vous et moi, soient invités au Palais Royal
à Laeken pour un concert, une réception ou autre chose. La plupart des gens qui
reçoivent une telle invitation sont tout émoustillés à l’idée de côtoyer le
roi, la reine, d’autres membres de la famille royale, de voir une partie du cadre
dans lequel ils vivent, et surtout d’avoir beaucoup de choses à raconter après
l’événement… Il n’est pas rare que ces personnes achètent une nouvelle tenue
pour l’occasion, afin de faire bonne figure et on peut les comprendre. D’autres
refusent l’invitation, parce qu’ils sont intimidés, ou bien parce qu’ils ne
veulent pas fréquenter ce monde.
D’une manière
générale, ce n’est pas évident de vivre un événement – heureux ou malheureux-
qui nous sort tout à fait de notre quotidien. Plusieurs écoles de philosophie
antique proposaient à leurs adeptes de s’entrainer à vivre des événements
malheureux en les anticipant par l’imagination. « Efforcez-vous d’imaginer
qu’on vous annonce que vous allez mourir demain. Que feriez-vous ? Quelles
pensées, quels sentiments vous agiteraient ? » « Imaginez que vous
perdiez brutalement un être proche, que votre maison soit complètement ruinée,
qu’on vous annonce une grave maladie. Que ressentiriez-vous, comment
réagiriez-vous ? » Les stoïciens, en particulier, recommandaient de
tels exercices ; ils nous préparent, disaient-ils, à être à la hauteur des
événements, lorsqu’ils se présenteront effectivement. Trop souvent, par manque
de préparation, ces événements nous dévastent totalement, alors que la
véritable dignité humaine consiste à rester debout même dans ces circonstances.
Chose
curieuse, ils ne proposaient rien pour se préparer aux événements heureux
inattendus. Ce n’est pourtant pas non plus toujours évident d’y faire face. Il
n’est pas rare qu’un gagnant du gros lot à la loterie soir retrouvé quelques
mois ou années plus tard dans le plus grand désarroi, ayant tout perdu, y
compris ses amis. Le procès Ullens vient encore de tristement nous rappeler
qu’être à la tête d’une grande fortune ne facilite pas toujours la vie. Même
chose pour la célébrité. Je suis chaque fois frappé quand je regarde un épisode
de The Voice ou de la Star Academy, de voir tous ces jeunes avides de succès et
de notoriété. Savent-ils vraiment ce que cela implique d’être sous les feux de
la rampe ? Plus de vie privée, subir l’envie des personnes moins
chanceuses, vivre avec des journalistes à vos trousses pour dénicher le moindre
cliché compromettant…. Pas mal de ces vedettes se retrouvent à la dérive sur le
plan personnel et moral.
Avec le
Seigneur, cela peut être un peu la même chose. Il arrive que Dieu nous gratifie
de dons inattendus. Mais est-ce toujours aisé à vivre ? Le malheureux
convive qui n’a pas l’habit de noce de l’Evangile d’aujourd’hui en sait quelque
chose… Il est jeté dehors devant tout le monde. Outre le fait que le repas lui
passe sous le nez, quelle humiliation ! Comment comprendre cette attitude
du roi ? Cet habit de noce est bien entendu symbolique. Dieu donne sa
grâce à des personnes très diverses, y compris sur le plan religieux et moral.
Il n’y a pas de mérite à ce niveau. La grâce est donnée à des gens bien, mais
aussi à des mécréants, à des crapules. L’évangile nous dit que les serviteurs
invitent les bons comme les mauvais. Mais une fois qu’on reçoit la grâce (et en
particulier celle de la foi), il faut essayer de correspondre à ce don, y
répondre par une vie qui s’efforce d’incarner les valeurs évangéliques, les
béatitudes. Il s’agit d’essayer d’aimer, d’aimer vraiment. Il ne s’agit pas
d’être parfaite, heureusement mais de montrer notre bonne volonté. Ceux qui ne
mettent pas cela en œuvre ne comprennent pas vraiment le don qui leur est fait,
ne le reconnaissent pas en tant que don et se condamnent eux-mêmes.
Frères et
sœurs, qu’avons-nous à faire concrètement ? A rendre grâce pour les dons
que Dieu nous a faits, à commencer par le don de la vie. Être reconnaissant, le
louer pour cette existence qu’il nous donne, pour le don de la foi et nous
efforcer de nous donner à Lui en retour. De la sorte, nous affermirons en nous
les dons reçus et nous nous préparerons à en recevoir d’autres. Dieu cherche
toujours à se donner davantage, mais il veille à ce que nous ayons les
ressources pour recevoir et supporter ce qu’il nous offre. Regardons ce qui se
passe dans chaque eucharistie : nous offrons à Dieu le pain et le vin,
signe de cette vie qu’il nous donne au fil des jours et nous rendons grâce pour
cela. Et que se passe-t-il ? Ce pain et ce vin de la terre nous sont
rendus, sous la forme d’un pain venu du ciel, un pain transfiguré par la
présence et l’amour du Christ, promesse d’éternité qui comblera notre cœur de
bonheur et de paix.
Jean-Michel
Counet, Hurtebise le 11 octobre 26
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