vendredi 4 octobre 2024

Liturgie de la Parole 26e vendredi TO-II 3 octobre Bienheureux Columba Marmion

Silence, écoute, humilité, le programme du jour
Méditation

Les lectures de ce jour peuvent sembler un peu hard ! Ce n’est pas vraiment une spiritualité à l’eau de rose qui nous est proposée. Mais il me semble que nous pouvons y trouver quelques piliers de notre vie chrétienne, et en cette mémoire de dom Columba quelques piliers de notre vie monastique.
Tout d’abord le livre de Job : le Seigneur s’adresse à Job depuis la tempête. Quelle tempête ? n’est-ce pas la tempête du cœur de Job, celle qui tourmente son cœur devant la souffrance qui s’est abattue sur lui, de manière injustifiée. La tempête du cœur de Job protestant de son innocence, face à ses amis qui lui assènent que s’il souffre c’est qu’il a péché… Lorsque le Seigneur répond à Job, il commence par le rejoindre en son tourment. Et une fois avec Job dans la tempête, il ne lui dit pas : tu es nul, tu as tout faux… il l’appelle simplement à se situer : souviens-toi Job, qui es-tu ? quel est ton point de vue ? peux-tu depuis cette place qui est tienne juger de tout ? Appel à l’humilité… et peut-être plus particulièrement au quatrième degré d’humilité… où le moine embrasse avec patience contradiction, injustice…
La réponse de Job nous pose une deuxième base de vie monastique : il choisit le silence. Un silence qui n’est pas repli, mais effacement devant un mystère qui le dépasse. Un silence qui est accueil de la révélation de Dieu, un silence qui est communion.
Vient alors un extrait de ce magnifique psaume 138. Voyons le chanté par Job aussi bien que par le psalmiste. Il chante sa joie d’être conduit par Dieu, de vivre en sa présence. C’est bien le premier degré d’humilité que nous propose Benoît, vivre sous le regard de Dieu. Et ce regard n’est pas un regard qui juge et condamne ; c’est un regard qui donne vie, qui nous suscite… au point que dans une humilité vraie, le psalmiste peut reconnaître la merveille qu’il est, lui que Dieu a créé, façonné.
On aurait pu arrêter la liturgie de la Parole à cela… et puis voilà que l’évangile arrive avec une espèce de massue, et casse la douceur à laquelle nous arrivions avec le psalmiste. Ouai pour toi Chorazin, Ouai pour toi Bethsaïde… et pas mieux pour Capharnaüm… ces villes de Galilée que Jésus a fréquentées… Jésus pleure sur elles comme il pleurera plus tard sur Jérusalem. Si elles avaient reconnu celui qui les visite… D’où vient qu’elles ne l’ont pas reconnu ? le dernier verset de cette péricope pointe du doigt l’écoute, l’accueil. Un moine du mont Athos disait qu’un moine est sauvé lorsqu’il commence à écouter. Benoît a inauguré sa règle par cette invitation : écoute, incline l’oreille de ton cœur…
Et cette écoute, c’est à la parole qu’il nous faut la prêter, mais aussi aux envoyés de Dieu, à ses disciples, aux frères et sœurs que le Seigneur met sur nos chemins…
Prenons le temps de faire silence, d’écouter au plus profond les paroles que le Seigneur dépose en nous, en notre humanité… laissons les résonner, qu’elles forment en nous un cœur de disciple. Qu’elles nous entraînent à la conversion.
Prière de conclusion
Seigneur, tu nous as façonné des oreilles et tu nous attires à toi. Donne-nous un cœur qui écoute, qui discerne au creux du quotidien tes appels. Ouvre nous à ta venue en nos vies.

Sr Myrèse écrit le 3 octobre 2014


samedi 10 août 2024

Liturgie de la Parole 10 août fête de saint Laurent

Méditation

Au beau milieu du Temps Ordinaire, en cette fête du martyr Laurent, nous voici projetés en plein mystère pascal.
D’aucuns pourraient poser cette question : comment apprivoiser au quotidien un tel mystère ?
Comment le comprendre en notre aujourd’hui ?
 
Relisons les paroles de Jésus :
« Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ;
mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit… »
Rappelons que Jésus a prononcé ces mots au seuil de la Passion.
Ces propos le concernent donc en premier lieu, comme le laisse entendre le verset précédent, où il déclare :
« L’Heure est venue où est glorifié le Fils de l’homme »
Cette heure de la glorification, c’est l’occasion offerte à Jésus de montrer le poids de son Amour, d’en donner preuve… y compris par une éventuelle mort.
Par l’image du grain de blé tombé en terre, Jésus invite ses disciples à ne pas voir dans cette mort qu’un point final, un départ, un anéantissement, une absence,…
En se comparant au grain, Jésus annonce certes qu’il sera pareillement jeté en terre, mais aussi qu’il donnera beaucoup de fruit.
Une fécondité pourra surgir de cette mort…
 
Si cet horizon de la glorification concerne surtout Jésus, la suite peut nous rejoindre davantage :
« Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache la garde pour la vie éternelle »
Nous pouvons être interpellés par les oppositions de ces deux versets :
« s’il ne meurt pas / s’il meurt ; il demeure seul / il porte beaucoup de fruits ; aimer sa vie / la haïr (c’est la traduction littérale) ; la perdre / la garder pour la vie éternelle »
 
« aimer sa vie / la haïr » : l’alternative doit être bien comprise.
Ce n’est pas à un désir suicidaire ou masochiste que Jésus fait allusion, mais il se prononce sur la façon dont on mène sa vie : la vit-on pour soi ou pour les autres ?
En somme, est-ce que je considère ma vie comme mienne, une vie que je dois défendre à tout prix et conserver comme si elle se suffisait à elle-même ?
Ou bien est-ce que je veille à ne pas m’y agripper, est-ce que je cherche à m’ouvrir à l’autre, en mourant à ce qui me replie sur moi-même ?
Pour retenir du sable, il faut ouvrir la main ; sinon, le sable s’échappe…
Il en va de même pour notre vie humaine.
Cette vie ouverte, non repliée sur elle-même, Jésus nous annonce qu’elle ne mène pas non plus à une fin ou au néant, mais qu’elle « se maintient pour de bon », « en vie éternelle ».
 
Telle est la question qui peut nous tarauder, nous et tant de nos contemporains : comment réussir sa vie ?
Jésus veut nous offrir une clé…
Et il poursuit :
« Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera »
Pour accéder à une telle vie, Jésus invite à le suivre, c’est-à-dire à l’accompagner, à lui emboîter le pas, lui qui a dépensé sa vie pour ceux et celles qu’il a croisés.
 
Être là où Jésus est, c’est-à-dire être enraciné dans l’Amour du Père, puisant en cet Amour la force de rejoindre tous ceux et celles qui sont sur le chemin.
Jésus n’a pas gardé sa vie pour lui-même… et cette vie ne s’est pas perdue.
Au contraire, elle a porté du fruit et a créé du neuf…
 
Alors, en cette fête du martyr Laurent, Jésus nous questionne :
Que voulons-nous ?
Une vie pour nous-mêmes, bien au chaud, dans le cocooning de nos habitudes… ou bien une vie au grand large, avec un cœur universel, attentif aux autres et à l’Autre, recevant une fécondité que seul notre Dieu peut nous donner ?
Saint Laurent a répondu…
Et nous, chacune et chacun, que répondrons-nous à Celui qui nous invite ?

Sr Marie-Jean  écrit le 10 août 2013



jeudi 11 juillet 2024

Liturgie de la Parole solennité de saint Benoît 11 juillet

Écoute

Méditation

Écoute,
mon fils,
incline l’oreille de ton cœur,…

Prologue de la Règle de Benoît
Aujourd'hui, fête de saint Benoît, patron de l'Europe


Souvent dans les monastères on voit des affiches : « silence » !
En fait ce n’est pas très bénédictin, il faudrait mettre : « écoute » !
Et effectivement si on veut écouter, il faut bien faire silence,
mais pas un silence contraint, fermé, pas un silence bunker !
Pour écouter, il faut s’ouvrir doucement, se faire accueil…

Est-ce là un bon message pour l’Europe d’aujourd’hui ???
Écoute…
Écoute… oui, mais quoi Seigneur ?
Dans le bruit de notre monde, comment veux-tu que j’écoute ???
C’est bon pour les moines et les moniales
qui vivent cachés derrière leurs murs, cela !
Mais pour un citoyen d’Europe ?
Que veux-tu que j’écoute ???

Écoute en descendant au creux de ton cœur,
ma Parole, pain sur la table de chaque jour.

Mais écoute aussi ma voix, au cœur du bruit de ce monde,
ma voix aujourd’hui au cœur de l’actualité…
au cœur de ta vie, au cœur des événements,…
N’écoute pas l’actualité rien que pour trouver quelques intentions de prière,
écoute l’actualité pour y entendre ma voix,
mes cris de bonheur, et mes pleurs,
mon merci et mes appels !

Vite dit…
Généralement on est plus enclin à reprocher à Dieu son silence…
On voit l’innocence massacrée,
on voit les guerres,
on voit les sans-papiers jetés en centres fermés sans ménagements,
on voit la drogue, la violence…
On voit… on voit… à n’en plus vouloir, à ne plus oser ouvrir les yeux…
Écouter Dieu dans tout cela ?
On dit plutôt : mais pourquoi Dieu se tait-il ?
Quand on ne pousse pas le bouchon jusqu’à dire :
« Pourquoi Dieu permet-il une telle horreur !!! »

Benoît doucement nous lit l’Écriture et nous dit :
Écoute, mon fils,
Écoute mon fils, si tu veux bâtir l’Europe,
et en bâtissant l’Europe, bâtir le monde,
car l’Europe est pour le monde,
commence par écouter… en fils !
Tu n’es pas dieu, tu n’es pas le chef, le petit empereur,
tu n’es pas non plus l’esclave,
tu es fils, fille, dans le Fils !
Et si tu écoutes battre mon cœur de Père,
tu y trouveras une multitude de frères et sœurs,
si tu es fils, fille, tu entres dans une grande famille,
et avec le Père, dans le Fils,
tu deviens responsable…
C’est-à-dire celui qui répond !!!
Qui répond à ce qu’il a entendu…

Oui, et si je n’entends pas ???
Écoute, mon fils, incline l’oreille de ton cœur,
dit Benoît à la suite de la Bible.
Tiens, j’aurais cru que pour écouter Dieu,
il fallait plutôt dresser l’oreille…
la tendre très fort vers le haut,
vous savez comme les oreilles longues et bien droites des ânes !
Et bien non, il faut l’incliner, vers le bas, très bas…
vers Celui qui est là tout en bas,
Celui dont l’Écriture nous dit qu’il s’est abaissé,
Celui qui attend notre oui pour laver nos pieds,
Celui qui est descendu au plus bas possible…
à coté du pauvre et de l’humilié,...
Incline l’oreille de ton coeur
vers Celui qui est là partageant le cri du pauvre
pleurant les larmes de silence de l’humilié…
Non, Dieu ne se tait pas !
Non, Dieu ne permet pas la souffrance, il l’endure plus que nous,
et il attend de nous que nous partagions son cœur
il attend présence, consolation, et espérance !

Benoît nous invite à chercher Dieu dans toute notre vie,
non dans les hauteurs, dans les nuages,
mais au plus profond,
en nos cœurs, tels qu’ils sont, là où il demeure,
en ceux et celles que nous côtoyons,
tels qu’ils sont,
dans leur épreuve, comme dans leur bonheur,
dans leur face nord, comme dans leur face sud.

Benoît nous invite à chercher la paix,
non en l’appelant à cœurs perdus,
mais en la bâtissant jour après jour
tout petitement, tout simplement
en recommençant chaque matin, …
sans jamais désespérer…
en nous émerveillant chaque matin du jour nouveau qui se lève
et s’offre à nous
en nous ouvrant aux frères et sœurs qu’il place sur nos routes,
pour bâtir ensemble le Royaume…

Pour que l’Europe soit belle, qu’il fasse bon y vivre,
il nous faut entendre ce cri d’appel de notre Dieu,
en inclinant l’oreille de nos cœurs d’enfants,
en lui chantant l’alléluia de l’espérance
même au profond de la nuit
comme nous le recommande Benoît.
Il nous faut trouvant le Père, devenir frères et sœurs,
dans la prière et l’humble labeur quotidien…

Au nom de toute la communauté, bonne fête à tous !

sr Myrèse écrit le 11 juillet 2014



jeudi 9 mai 2024

Liturgie de la Parole Ascension Année B Marc 16, 15-20; Actes 1, 1-11

Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel?

Dans notre découverte des fêtes liturgiques, nous faisons des bonds de 40 jours… 40 jours séparaient le Mercredi des Cendres (premier jour du Carême) de la fête de Pâques ; 40 autres jours séparent Pâques de la fête de l’Ascension… Le chiffre 40 est donc un chiffre symbolique, nous l’avons vu. Un tel nombre de jours garantit un temps suffisant pour vivre l’événement, pour le comprendre un peu mieux, pour l’intégrer en nos vies. Il y a 40 jours, nous fêtions le Christ ressuscité, victorieux de toute mort. Ce Ressuscité du matin de Pâques se montre aux témoins à la fois semblable et différent. Ils ne reconnaissent pas Jésus de suite, car son apparence et le mode de relations ont changé, mais un nom ou une parole font franchir le saut de la foi : oui, c’est bien Lui !
Pendant ce Temps pascal, nous avons pu goûter la joie de cette vie plus forte que toute mort, que toute épreuve, que toute souffrance. Pâques nous rappelle et nous convainc que la mort de Jésus, que la mort de ceux que nous aimons, que notre mort n’est pas la fin de tout, mais n’est qu’un passage… Par ses apparitions, Jésus a voulu se faire proche des siens et ne les a pas laissés seuls. Il ne veut pas non plus nous laisser seuls, comme il l’avait laissé entendre peu avant sa Passion : « je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous » (Jean 14, 18) ; « le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26) ; « maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera » (Jean 16, 22).
40 jours après Pâques, nous célébrons l’Ascension de Jésus, sa « montée » auprès du Père… La mission terrestre de Jésus est achevée, mais le bien qu’il a accompli, l’amour qu’il a voulu y répandre, le service qu’il y a exercé… ne peuvent pas disparaître. Ainsi, en retournant auprès du Père, Jésus fait de ses disciples – et de nous – ses témoins : « vous recevrez la force de l’Esprit Saint : il descendra sur vous et vous serez mes témoins, à Jérusalem d’abord, puis en Judée, en Samarie, et jusqu’au bout du monde » (Actes 1, 8). Tous et toutes, quels que soient notre choix de vie et nos engagements, nous sommes envoyés ! Forts du compagnonnage de Jésus, nous pouvons le suivre et continuer son œuvre, avec le secours du Saint-Esprit, pourvu que nous l’appelions à l’aide… Et si l’épreuve se profile, Jésus se fait rassurant : « Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33).
Belle route aux témoins que nous sommes…

Soeur Myrèse écrit le 14 mai 2015

jeudi 2 mai 2024

Liturgie de la Parole 5e jeudi de Pâques Jean 15, 9-11 ; Actes 15, 7-21

Concile
Méditation

Le passage des Actes des Apôtres que nous venons de recevoir n’est autre qu’un extrait du récit du tout premier concile ! un important concile, que celui-ci ! Rassemblés à Jérusalem, les apôtres, les anciens échangent autour de Pierre, concernant l’accueil dans l’Église de chrétiens venus du paganisme. Pierre prend la parole, il relit son expérience passée notamment sa rencontre avec Corneille : il y reconnait que le don de l’Esprit, le pardon des péchés, et le salut sont œuvres de Dieu, et non œuvre humaine. Et donc liberté divine. Paul et Barnabé témoignent de cette action de l’Esprit dans les églises d’où ils viennent, églises lointaines pour les chrétiens de Jérusalem. Et Jacques, relit les Écritures pour découvrir une parole de Dieu sur les événements actuels. De là il conclut. Collégialité, échange, témoignage, relecture de l’expérience vécue, à la lumière des Écritures… la première Église nous montre une prise audacieuse de décision, dans l’accueil de l’action de Dieu. Elle reconnait que l’Esprit souffle où il veut, sur qui il veut. Il n’appartient pas à l’Église de le museler, mais seulement de reconnaître, discerner sa présence à l’œuvre bien au-delà de ses murs ! Ainsi doit-il encore en aller aujourd’hui !
L’Évangile nous rappelle la seule voie de Jésus : la voie de l’amour. Dieu est Amour. Et nous sommes invités à vivre de ce même amour. A y demeurer, comme sarments sur la vigne. Si nous vivons dans l’amour, alors Dieu est présent. Et nous connaîtrons cette joie que nul ne pourra nous ravir ! Prenons un temps de prière silencieuse, pour accueillir, pour nous laisser convertir par cet amour du Père, du Fils et de l’Esprit.

Sr Marie Jean écrit le 2 mai 2013