samedi 31 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e samedi TO-II Marc 4, 35-41

Commentaire 

A lire l’Evangile de Marc, je constate qu’après avoir été baptisé par Jean à Béthanie dans le Jourdain, Jésus est allé à Capharnaüm et est principalement resté au bord de la Mer de Galilée pour enseigner et guérir. A la nouvelle de tout ce qu’il faisait, les gens accouraient de partout et la foule de ceux et celles qui le suivaient étaient si nombreuse, nous dit l’Evangile, qu’il était monté dans une barque sur la mer pour enseigner.
Voilà qu’il décide de « passer sur l’autre rive » c’est-à-dire d’aller en terre étrangère.
Ce qui m’intéresse, c’est ce que ce « passage sur l’autre rive » pourrait suggérer aujourd’hui à nous qui ne sommes pas juifs.
D’abord considérer ceux qui sont dans la barque pour faire la traversée. « Passons sur l’autre rive » ne souffre aucune discussion et en même temps, c’est une invitation à suivre Jésus là où il va, là où il nous conduit et aussi une urgence à se mettre en route.  Cet impératif implique d’être audacieux, de dépasser ses peurs car partir à l’aventure, être embarqués avec Jésus dans le monde du travail, des loisirs, des activités diverses pour aller aux périphéries à la rencontre de tant d’autres hommes et de femmes qui nous sont étrangers n’est ni évident ni très rassurant. Finalement, eux comme nous, tous nous sommes embarqués sur la mer agitée de l’existence. Il ne faut rien nier de la peur qui vient nous saisir surtout quand beaucoup sont engloutis dans les flots de la violence ou du rejet. Je vois ces embarcations remplies de migrants se lancer dans une traversée hasardeuse qui parfois se termine mal. Je vois tous ces soldats qui se soucient du droit et la liberté de leur peuple en étant conscients que la mort peut les surprendre à chaque instant.
« Survient un grand tourbillon de vent. Les vagues se jetaient sur la barque »
L’actualité nous fait découvrir cette réalité et nous donne le tournis.  Le vent de violence et de haine qui souffle sur l’Europe et sur le monde nous submerge personnellement et collectivement. Quand nous voyons la puissance dévastatrice et le repli sur soi qu’elle suscite, nous comprenons mieux la peur, celle des disciples de Jésus tout autant que la nôtre. L’attitude suggérée par la peur contraste très fort avec l’attitude de Jésus qui dort tranquille. Son attitude nous désarçonne.  Elle met en lumière des perspectives de vie auxquelles la peur nous empêche de croire.
L’audace qui est demandée est un pas de confiance qui peut se nourrir du besoin de vivre dans une perspective de bonheur individuel et collectif.  Cette audace fait appel à ce qui nous constitue, aux forces de vie qui nous habitent, aux talents que nous avons reçus pour déployer notre potentiel de vie. Peut-être est-ce cela aussi que Jésus vient nous dire : croyez en moi mais croyez aussi en vous.  N’ayez pas peur.
Entamer une traversée, être sur la mer c’est jouer avec la mort car elle peut vous engloutir en un instant. L’audace demande d’accueillir nos fragilités et dépasser nos limites.  Curieusement, l’audace donne des ailes pour se déployer pleinement. L’audace est inventive et créative et nous avons toujours le droit de faire des erreurs, de nous tromper car c’est la norme pour celui qui s’aventure dans l’inconnu et l’imprévisible.
« Qui donc est-il pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
L’autorité de Jésus se manifeste ici de manière cosmologique comme c’était le cas la plupart du temps dans l’A.T.  Le secret messianique chez St-Marc soulève cette question : Qui est le Fils de l’homme ? La réponse que l’on donne à cette question fait appel à la foi. La découverte de qui il est surgit dans les événements de notre vie, dans les multiples passages qui nous donnent de traverser la mort, d’être éveillé puis relevé.

Raymond le 31 janvier 26


vendredi 30 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e vendredi TO-II Marc 4, 26-34

Résonnances 

« Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur enseignait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier ». (Marc 4, 33-34)
Depuis mercredi, nous recevons le discours en paraboles, selon Marc. Aujourd’hui, c’est la conclusion. Cette conclusion nous invite à un regard plus global sur l’ensemble de ce discours.
Ce qui est fascinant dans la façon dont Marc raconte ce discours, c’est qu’il y a une sorte de concomitance entre le dit et le dire. Jésus dit : « écoutez ! voici que le semeur sortit pour semer », etc. S’ensuit la parabole sur la façon dont le grain va germer. Ce que Jésus dit, c’est précisément ce qu’il est en train de faire : il est « sorti » (sorti de la maison, sorti du sein du Père) pour semer la Parole.
Sa parole n’est pas extérieure à ce qu’il fait. Elle est le miroir de son agir. En littérature, on appelle cette technique un « récit spéculaire » ou encore une « mise en abyme ». L’image pour le représenter, c’est : un homme assis devant un paysage qui peint un homme assis devant un paysage qui peint un homme assis devant un paysage qui peint… etc.
Cette technique littéraire n’est pas là juste pour le plaisir d’une belle technique littéraire. Elle est là pour provoquer l’auditoire à oser à son tour mettre un pied dans le paysage.
Mais l’auditoire, c’est qui ? Dans le texte, on perçoit deux groupes (mais il y en a un troisième) : le groupe de ceux qui sont « à l’intérieur », les disciples, et le groupe de ceux qui sont « dehors », la foule. Pour ceux qui sont dehors, Jésus parle en paraboles et cela reste des paraboles. Ils n’entrent pas dans le paysage, ils ne se sentent pas concernés. Ils ont des oreilles et n’entendent pas, ils ont des yeux et ne voient pas (pour le dire à la manière du prophète Isaïe cité par Jésus). 
Nous remarquons en effet, tout au long de ce discours, un fil rouge, une insistance très forte sur le fait d’écouter. Déjà le premier mot, « écoutez ! », puis deux fois l’expression « si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! », la citation d’Isaïe, puis la mise en garde « faites attention à ce que vous entendez ! » et encore à la fin « dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre ».
Donc, le deuxième groupe, c’est celui de ceux qui écoutent et qui entendent, qui entrent dans le paysage, qui comprennent. C’est le groupe que Marc, à la fin, désigne sous le nom de « disciples », littéralement : « ceux qui se laissent enseigner ». Relisons ces verset 33-34.
Deux groupes donc. Mais par l’effet de la mise en abyme, il y a un troisième groupe : ceux qui regardent le paysage du peintre qui peint un homme qui peint un paysage etc… autrement dit : nous. Par l’intermédiaire du texte, lu et relu dans le secret de la chambre ou dans le cadre de la liturgie, la parole de Jésus nous atteint comme si elle nous était adressée personnellement. L’Écriture devient alors sacramentelle. Ce n’est pas automatique : c’est en fonction de notre accueil, comme le dit Marc : « dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre ». Allons-nous rester au bord de la mer, à distance de Jésus ? Ou monter avec lui dans la barque ?
Une dernière chose : Jésus nous parle aujourd’hui d’une graine de moutarde. Il nous la confie. Elle est toute petite, minuscule, insignifiante. Qu’allons-nous faire de quelque chose d’aussi petit ? C’est pas la peine…
Pourtant, Jésus nous suggère de la semer. Où ça ? Dans la terre de nos vies, tout simplement. Dans notre potager intérieur. Le reste, ce qui se passe à l’intérieur de la terre, c’est son affaire.
« Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! ». (= « à bon entendeur, salut ! »)

Sœur Marie-Raphaël le 30 janvier 26


jeudi 29 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e jeudi TO-II Marc 4, 21-25, 2Samuel 7, 18-19. 24-29

Introduction

Dans la lecture du livre de Samuel, Nathan a rapporté fidèlement à David les paroles que Dieu lui avait adressées : « Le Seigneur te bâtira lui-même une maison...  il suscitera un successeur dans ta descendance... Il sera pour lui un Père et il sera pour lui un fils. » David se pose des questions, « qui suis-je pour que tu t'intéresses à moi ? Dieu lui adresse des promesses pour un avenir lointain, « est-ce que c'est ça la destinée de l'homme ? Daigne bénir la maison de ton serviteur !»
En saint Marc, c'est l'évangile de la lampe et de la mesure. Ca paraît facile comme ça, mais si Jésus nous enseigne cela, c'est qu'il faut chercher un peu plus loin, la lumière doit briller, éclairer sans éblouir, ce n'est pas toujours simple.
Le Seigneur l'a juré à David, jamais il ne reprendra sa parole. Promesse d’un règne éternel faite à la maison de David.
Chantons les psaumes en lui rendant grâce !

Commentaire

Dans le livre de Samuel, Dieu nous fait une magnifique promesse... « Je te bâtirai une maison » et David ajoute « en ta présence … elle sera bénie pour toujours ».  « On peut dire que toutes les promesses messianiques prononcées plus tard par les prophètes reposent sur ce message divin adressé à David » (blog : bible annotée).
Saint Marc quant à lui raconte cette parabole du lampadaire qui doit éclairer, Jésus nous invite à ouvrir non seulement nos oreilles mais nos yeux aussi. Il est lui-même cette lumière, lumière de la résurrection. Il voudrait que nous recevions cette lumière pour que chacune de nous rayonne autour de nous. Sa résurrection n'a t-elle pas fait de nous des enfants de lumière ? 
Sa Parole et son Esprit nous éclairent. Son évangile est non seulement notre pain quotidien mais c'est une porte ouverte de bonheur pour nous et pour les autres. Nous devons éclairer parce que la lumière chasse l'angoisse, les ténèbres. « Il faut faire la clarté, dit Bertrand Lesoing, bien des choses demeurent cachées, à commencer par les situations de pauvreté ou d'injustice ».
Parfois, notre lumière est éteinte, c'est ce qui arrive quand nous nous replions sur nous-mêmes en pensant uniquement à nos intérêts personnels, en vivant « sous le lit » parfaitement immobiles, or, l'évangile est amour et il nous porte vers le service aux autres. 
La mesure dont Dieu parle, est celle de l'amour. Je peux rendre service par amour ou au contraire parce que j'y suis obligée. Ce qui compte pour Dieu, c'est l'amour avec lequel le service a été rendu. 
Pour l'écoute de la Parole, c'est pareil, on peut l'entendre distraitement, sans la recevoir avec le cœur. La Parole est la lampe qui nous éclaire. Qu'en faisons-nous ? Nous la gardons pour nous ? Ou au contraire, nous la partageons ? Mais pour proclamer l'évangile, il faut agir (la foi sans les actes est une foi morte). Des petits gestes parfois très simples, un sourire encourageant, une parole de réconfort etc.
Et pour entendre, il faut être attentive aux invitations de Dieu, parler avec lui. Entretenir avec lui une véritable relation fraternelle, amoureuse... Cette relation met fin aux calculs de la « mesure ». « La mesure que vous utilisez sera aussi utilisée pour vous ».
Les dons de Dieu sont imprévisibles et extraordinaires. Et nous en sommes en quelque sorte les dépositaires. Aujourd'hui, certains prennent ces dons du ciel comme une normalité, n'oublions pas de rendre grâce !

Danièle le 29 janvier 26



mercredi 28 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e mercredi TO-II Marc 4, 1-20

Le semeur est sorti 


Méditation

Je vous propose la méditation de Rosy sur ce blog à l’onglet « Marc » : https://partage-de-lectio.blogspot.com/2019/03/le-semeur-est-sorti.html 
lien pour l’image : https://www.associationdemarie.org/blog/wp-content/uploads/2014/06/Semeur.jpg 

mardi 27 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e mardi TO-II Marc 3,31-35

 « Ta mère et tes frères sont là dehors, ils te cherchent »[1]

Méditation 

Arrêtons-nous un moment sur cette parole :  « ta mère […] te cherche! »  Ce n’est pas la première fois!  Souvenez-vous que ses parents qui étaient montés à Jérusalem pour à fête de Pâque avait dû le chercher pendant trois jours parmi sa parenté et ses voisins en pèlerinage.   Lorsqu’ils l’ont retrouvé au milieu des docteurs de loi, ses parents lui dirent qu’ils avaient beaucoup souffert en le cherchant.  Mais il leur répondit, à leur surprise sans doute,  « Pourquoi m’avez-vous cherché?  C’est chez mon Père que je dois être. »  Saint Luc prend soin de nous dire que Marie « conservait tous ces évènements et les méditait dans son cœur. »
Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là quand on vient lui dire « Ta mère et tes frères sont là dehors, ils te cherchent »?  Quand Jésus demande « Qui est ma mère? Qui  sont mes frères? »,  il ne faut pas penser que   ça a dérangé  Marie.   Elle est la première à avoir fait la volonté du Père.  Elle qui conservait tous ces événements et méditait dans son cœur,  elle n’était pas sans se rappeler  dans son cœur  de son « oui » en réponse à l’annonce de ange :  « Voici la servante du Seigneur.  Qu’il me soit fait selon ta parole. »
Souvent et avec raisons, nous voyons Marie comme une disciple parfaite,  une disciple accueillante et intérieure.  Saint Marc vient nous surprendre aujourd’hui, il choisit de nous présenter Marie « en dehors »,  en dehors de ce que fait son fils,  en dehors des foules,  en dehors de la maison où prêche son fils.
Et elle n’est pas seule : elle est accompagnée des frères et sœurs de Jésus.  Et qui sont-ils donc ? Ne s’agirait-il pas de ceux qui sont « en dehors » de l’église, « en dehors » de nos croyances, « en dehors » de nos convictions ? … mais qui sont nos frères et les frères et sœurs de Jésus.  Et Marie est aussi avec eux, elle a choisi d’être avec eux.  Elle se tient au dehors silencieuse, comme un pont, un lien envers ceux qui hésiteraient à rentrer quels qu’ils soient, proches ou lointains.  Avec Marie, soyons à l’écoute de ceux qui sont « en dehors »… 

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 28 janvier 2020 
https://servantesdejesus-marie.org/homelie/mgr-j-c-dufour-28-janvier-2020-st-thomas-daquin-marc-331-35/ 
[1] Source :  Carmel St-Joseph


Liturgie de la Parole 3e mardi TO-II Marc 3, 31-35

« Ta mère et tes frères sont là dehors, ils te cherchent »[1]

Méditation 

Arrêtons-nous un moment sur cette parole : « ta mère […] te cherche ! »  Ce n’est pas la première fois !  Souvenez-vous que ses parents qui étaient montés à Jérusalem pour à fête de Pâque avait dû le chercher pendant trois jours parmi sa parenté et ses voisins en pèlerinage.   Lorsqu’ils l’ont retrouvé au milieu des docteurs de loi, ses parents lui dirent qu’ils avaient beaucoup souffert en le cherchant.  Mais il leur répondit, à leur surprise sans doute « Pourquoi m’avez-vous cherché ?  C’est chez mon Père que je dois être. »  Saint Luc prend soin de nous dire que Marie « conservait tous ces évènements et les méditait dans son cœur. »
Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là quand on vient lui dire « Ta mère et tes frères sont là dehors, ils te cherchent »?  Quand Jésus demande « Qui est ma mère? Qui  sont mes frères? »,  il ne faut pas penser que   ça a dérangé Marie.   Elle est la première à avoir fait la volonté du Père.  Elle qui conservait tous ces événements et méditait dans son cœur,  elle n’était pas sans se rappeler  dans son cœur  de son « oui » en réponse à l’annonce de ange :  « Voici la servante du Seigneur.  Qu’il me soit fait selon ta parole. »
Souvent et avec raisons, nous voyons Marie comme une disciple parfaite,  une disciple accueillante et intérieure.  Saint Marc vient nous surprendre aujourd’hui, il choisit de nous présenter Marie « en dehors »,  en dehors de ce que fait son fils,  en dehors des foules,  en dehors de la maison où prêche son fils.
Et elle n’est pas seule : elle est accompagnée des frères et sœurs de Jésus.  Et qui sont-ils donc ? Ne s’agirait-il pas de ceux qui sont « en dehors » de l’église, « en dehors » de nos croyances, « en dehors » de nos convictions ? … mais qui sont nos frères et les frères et sœurs de Jésus.  Et Marie est aussi avec eux, elle a choisi d’être avec eux.  Elle se tient au dehors silencieuse, comme un pont, un lien envers ceux qui hésiteraient à rentrer quels qu’ils soient, proches ou lointains.  Avec Marie, soyons à l’écoute de ceux qui sont « en dehors »… 

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 28 janvier 2020 

https://servantesdejesus-marie.org/homelie/mgr-j-c-dufour-28-janvier-2020-st-thomas-daquin-marc-331-35/ 
[1] Source :  Carmel St-Joseph

lundi 26 janvier 2026

Liturgie de la Parole 26 janvier Sts Timothée et Tite (lectures propres). Luc 22, 24-30

« Les grands de ce monde » 

1ère lecture : 2 Timothée 1, 1-8 ou Tite 1, 1-5 

Méditation 

A peine sommes-nous sortis de la crèche que nous voilà déjà au seuil de la passion
Mais nous aurons encore l’occasion d’accompagner Jésus enfant pour sa Présentation au temple : 2 pas en avant et 1 pas en arrière ! A l’image de notre vie ou … à l’image de la procession d’Echternach !

Nous voici à la 3° annonce de la passion. Jésus vient de mettre, pour la 3° fois, devant les yeux de ses disciples, le sort qui l’attend. Mais pour le moment leur capacité d’accueil est nulle. Leur intérêt est tout autre : un meeting de campagne électorale. Eh oui, Jacques et Jean briguent un réel pouvoir de gouvernement dans le Royaume du Maître. 

Les autres sont outrés ! Quelle audace ! Ils discutent ferme ! L’ambiance est électrique. 
L’ironie du sort : n’est-ce pas 2 bandits qui siègeront à droite et à gauche de Jésus … au seuil du Royaume, … sur la croix !

Mais !... L’indignation des autres … au fond, qu’est-ce qui la motive ? 
L’audace outrancière des 2 amis ? … Une secrète jalousie ? … ou … le regret de ne pas les avoir devancés ?
Ce n’est pas la première fois que l’Evangéliste épingle la course aux honneurs au sein du groupe. Il en parle déjà au ch. 9, 46-18
Et les grands de notre monde actuel, n’évoquent-ils pas aussi des raisons … plus ou moins honnêtes, détournées de la vérité pour justifier et asseoir leur autorité et leur richesse.
Non ! Rien de nouveau sous le soleil !


Jésus est triste à en mourir. « Ils ne comprennent donc rien ! » … 
N’aurait-il pas dû s’entourer de scribes ou des docteurs de la loi ou de spécialistes ! 

Vite, Jésus balaie cette idée qui sied à la sagesse mondaine.


Avec une douceur ineffable et une patience à toute épreuve, Jésus les invitent à regarder plus haut, au-delà de la logique du monde. Il leur présente un contraste :
-Pour les grands de ce monde, la logique oui ! c’est d’exercer leur pouvoir avec autorité et domination
-   Mais pour eux, ses proches, la logique est renversée : celui qui veut être le premier qu’il consente à prendre la dernière place et celui qui gouverne qu’il devienne le serviteur de tous.
- cette façon d’agir se fonde également sur la parole de Jésus lui-même : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! »

Regardons Jésus : 
   -   il ne retient pas jalousement le rang qui l’égale à Dieu
   -   il quitte son siège royal, dépose son manteau et descend jusqu’à nous
   -   il s’abaisse et devient obéissant à son Père, jusqu’à mourir sur la croix pour nous sauver.

Ne leur a-t-il pas lavé les pieds, s’abaissant ainsi au travail de l’esclave ?
Ne leur a-t-il pas dit : « Heureux serez-vous si vous faites de même ? »

Nous qui désirons nous conformer aux gestes et aux comportements du Seigneur, voudrions-nous une autre grandeur que la sienne ?
      -   Alors décelons les qualités des ceux qui nous entourent au lieu de laisser notre malveillance se plaire à les ignorer.
      -   Accueillons et osons un regard de considération sur les « petits », sur ceux qui n’ont pas droit à la parole.

Au lieu de reprocher aux disciples, leurs pensées si déplacées et si contraires aux siennes, Jésus apprécie leur fidélité quand tout s’opposait à lui : « Vous avez persévéré avec moi dans mes épreuves. »

Et même, … il leur fait une promesse : « Dans mon royaume, vous boirez et mangerez à ma table et vous siègerez sur douze trônes. »

Une communion avec leur Seigneur, une place de choix, car eux aussi seront méprisés et souffriront dans ce monde.
Oui, ils auront part avec lui, comme promis déjà au lavement des pieds.


Invitation au Notre père

La sagesse de Dieu n’est pas celle du monde. 
Dans le monde, il faut être grand, riche et puissant pour avoir de la valeur et être respecté.
Dans le monde de Dieu, le plus petit devient le plus grand.
Demandons à notre Père d’ouvrir nos yeux à cette sagesse.

Sr Anne-Françoise le 26 janvier 26


dimanche 25 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e dimanche TO année A Matthieu 4, 12-23

Isaïe 8, 23b-9,3 ; 1Corinthiens 1, 10-13.17

Homélie

Le petit extrait du prophète Isaïe, que nous avons entendu comme 1ère lecture, nous replace curieusement dans l’ambiance du temps liturgique de l’Avent, alors que nous avons déjà fêté Noël et que nous en sommes au 3e dimanche du temps ordinaire. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie… » Pourquoi ce retour en arrière et ce rappel d’événements passés ? Parce qu’en Jésus, qui dans saint Matthieu inaugure aujourd’hui sa mission publique, toutes les promesses de l’ancienne alliance trouvent leur accomplissement. C’est lui, la lumière des nations, le Messie longuement désiré et attendu, qui ouvre enfin à tous les hommes les portes vers la vie et la lumière. Ce qui avait fait l’objet de l’espérance de siècles et de générations, voilà que cela arrive enfin ! 

Or, où le Messie commence-t-il sa mission ? Non pas en Judée, la région traditionnellement fidèle à la foi au Dieu unique, ni à Jérusalem, la capitale et cité du grand roi, mais dans une région perdue de Palestine, au nord du pays. Cette région avait été conquise et colonisée en premier lieu par les Assyriens et c’était une région de grand passage. On y retrouvait donc des populations de différentes origines, cultures et religions – l’horreur pour les bien-pensants de la religion juive, car les Juifs s’y trouvaient au contact quotidien avec des païens, leurs mœurs et leurs croyances. « De Nazareth, peut-il sortir qch de bon ? » dira Nathanaël à propos de Jésus dans saint Jean, se faisant l’écho de ce mépris vis-à-vis des Galiléens. Le Messie ne commence donc pas à ouvrir un bureau ou un centre d’études théologiques dans la région la plus pure au niveau de la foi et la ville la plus importante, mais il va parcourir les régions frontières, les périphéries de l’ancien Israël pour y annoncer une bonne nouvelle. Cela devrait nous donner à réfléchir encore aujourd’hui, où beaucoup sont tentés par un nationalisme teinté de relents racistes ou par un retour avant le pluralisme religieux. Le Fils de Dieu lui-même a choisi de vivre et de prêcher dans une région mal famée, multiculturelle et pluri religieuse, allant humblement d’un village à l’autre…

Qu’a-t-il donc prêché ? Une seule exigence : « convertissez-vous », plongée dans une affirmation joyeuse et pleine d’espérance : « le royaume des cieux est tout proche ». Avec nos déformations de l’éducation catholique, nous risquons de n’entendre que l’appel à la conversion en oubliant la merveilleuse affirmation que Jésus fait et qui nous donne la force et le désir de changer de conduite. Or, il faudrait retrouver qch de la surprise des contemporains de Jésus quand il leur annonce cette présence du royaume : ils l’attendaient tout de même depuis des générations et voilà que Jésus a l’audace de leur apprendre que le moment de l’accomplissement est venu ! L’obscurité est enfin percée par un rayon de lumière, l’horizon s’éclaircit, ce n’est plus une domination ou oppression de plus, mais la vie en plénitude et la libération. Voilà vraiment une bonne nouvelle, tellement nouvelle et surprenante, incroyable qu’elle vaudra à Jésus de grosses difficultés dans son Nazareth natal. En même temps, le royaume n’est pas encore là en plénitude, il sera à construire patiemment et toujours à nouveau, le royaume annoncé et commencé par le Christ ne va pas se réaliser pleinement dans notre monde.

Super-programme, mais comment va-t-il se réaliser ? Continuons la lecture de l’évangile : Jésus appelle à sa suite deux frères, puis deux autres, et d’autres encore qui le verront faire, qui se laisseront toucher et bousculer par sa parole, qui collaboreront à sa mission. Et puis il marche, jour après jour, traversant la Galilée et les territoires voisins de part en part en enseignant et en guérissant les malades. Il est intéressant de noter qu’avec Simon-Pierre et André, Jacques et Jean, Jésus choisit des frères de sang pour le suivre en premiers. Les liens familiaux seraient-ils parmi les premiers à évangéliser ? Ou la différence des frères et sœurs exprimera-t-elle qch d’essentiel du royaume des cieux qui ne se réduit pas à une théorie, une manière de faire, une vérité immuable ? Et les porteurs de la bonne nouvelle n’auraient-ils pas à témoigner d’abord de l’évangile par leur entente et leur amour mutuel ? Ou bien Jésus a-t-il voulu les associer à deux face à la difficulté de la tâche, pour qu’ils s’aident et se soutiennent mutuellement ? C’est en tout cas l’expérience que j’ai la chance de faire avec mon frère Jean-Marie, jésuite comme moi !

En ce début d’année, entrons donc avec Jésus dans la joie du royaume. Ne laissons pas les obscurités de notre monde envahir tout notre horizon, mais levons-nous et laissons-nous remettre debout par la puissance de la Parole de Dieu faite chair pour voir la lumière et y adhérer dans la foi.


P. Josy Birsens s.j. Hurtebise le 25 janvier 26


samedi 24 janvier 2026

Liturgie de la parole 2e samedi TO-II Marc 3,20-21

En cette semaine de l’unité nous avons une journée œcuménique avec la communauté syriaque catholique d’Antioche qui est à Bruxelles, rencontre animée par l’Abbé Thomas Dido-Habbabé

Accueil (sr Marie-Raphaël)

L’hymne de ce jour nous rappelle qu’’aujourd’hui nous célébrons saint Françoise de Salles, ce grand évêque du 16è-17e siècle, qui a aussi quelque chose à voir avec l’unité des chrétiens. À son époque c’était l’époque de la Contre-Réforme dont le Père Thomas vient de nous parler. Il a été nommé évêque de Genève et il n’a jamais pu s’installer à Genève parce que c’était devenu la « Rome » des calvinistes et donc il est testé à Annecy, de l’autre côté de la frontière. Mais ce saint plein de douceur et de bienveillance a senti l’importance de remettre la grâce et la miséricorde de Dieu au centre de la théologie et de la spiritualité. Il est aussi le saint patron des journalistes car il est le premier à avoir beaucoup utilisé l’imprimerie dans son évangélisation. Il a écrit des articles de journaux. Et donc c’est un bon saint pour nous accompagner dans cette célébration où nous prions pour l’unité des chrétiens et où nous avons la chance d’avoir parmi nous quelques membres de l’Eglise catholique syriaque d’Antioche qui est à Bruxelles. C’est tellement formidable cette universalité de la prière que nous pouvons célébrer en reprenant aussi les mots de la Bible, les mots des psaumes et donc en étant en communion aussi avec tous ces frères et sœurs Juifs qui nous ont légué ce bel héritage de l’Ecriture. Durant cette célébration nous allons mélanger les styles, il y aura le côté latin et la côté oriental, il y aura des chants de noter communauté et des chants de la vôtre. Et une prière universelle pour rassembler le tout. Merci beaucoup.

Homélie (Abbé Thomas Dido-Habbabé)

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Amen. J’ai pitié pour vous parce que vous m’avez écouté pendant 40 minutes et quelque part, vous êtes amenés à m’écouter encore. 
D’abord peut-être louons le Seigneur pour cette grâce de nous unir maintenant près de Lui, pour prier pour l’unité des chrétiens. Or nous sommes réunis aujourd’hui et nous prions pour cette œuvre qui nous dépasse, l’œuvre de l’unité des chrétiens. Car les divisions des chrétiens pou des Eglises c’est bien une blessure très douloureuse, une souffrance qui continue dans le corps du Christ. À tous, tous les baptisés quand saint Paul nous dit : nous formons ensemble le Corps du Christ, un seul corps du Christ, et chacune et chacun de nous est membre de ce corps. Ce corps pur, saint, innocent par lequel il a libéré toute l’humanité, son corps qui a souffert et qui a ressuscité, a délivré tous les hommes de leurs péchés et leur a donné la vie éternelle, sa vie divine, qu’il veut toujours nous la partager. Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ pleinement qu’il est amour, miséricorde. Amour et miséricorde divines qui dépassent la pensée humaine et cet amour faire en sorte que Dieu veut comme il nous dit noter Père, nous partager sa gloire, sa joie et sa vie éternelle.
D’abord en fait, il est important cette semaine de la prière pour l’unité des chrétiens, est importante pour alimenter notre conscience de cette problématique, de cette blessure existante dans le Corps du Christ. C’est bien cette semaine nous rappelle chaque année sur cette blessure qui existe et nous invite à prier cela alimentant une conscience pour ce besoin d’unité des chrétiens, des Eglises. Bien sûr on dit « l’unité » des chrétiens » et on ne dit pas l’uni-conformité. L’union ou l’unité c’est pas un uni-conformité. Cette diversité de l’Eglise c’est une richesse et c’est un ordre de l’Esprit Saint qui depuis la Pentecôte a l’effort de parler en plusieurs langues. Donc l’existence de plusieurs traditions liturgiques ou linguistiques, voire même dogmatique, c’est une œuvre de l’Esprit saint, c’est une volonté de Dieu. Cette diversité reflète la volonté du Christ Lui-même, Dieu créateur. Mais la diversité dans l’unité, c’est ça ce que cette semaine de prière nous invite à faire. Alors, moi je voudrais proposer trois chemins de ce chemin d’unité des Eglises ou des chrétiens. D’abord il faut reconnaître que c’est un chemin d’humilité. Que les chrétiens, tous, sont invités à reconnaitre que l’œuvre de l’unité des chrétiens cela dépasse tout effort humain. Et peut-être que ça peut paraître une folie. Comment tous ces chrétiens assez divers dans leurs mangues, leurs mentalités, ils soient un. Et nous venons d’écouter dans l’Evangile, mais Jésus-Christ lui-même, les siens, les gens de sa maison, de sa ville natale, ils l’ont traité de fou, ils ont dit : il a perdu la tête. Peut-être cette unité des chrétiens peut paraître à nos yeux humains, que c’est une folie. Oui peut-être. Et alors c’est de reconnaître que c’est d’abord l’œuvre de l’Esprit saint. Donc deuxième chemin, c’est un chemin d’abandon et confiance à Dieu et à son Esprit saint d’œuvrer lui-même en nous pour arriver à cette unité, cette communion que nous aspirons tous qu’elle soit rétablie dans le corps mystique du Christ. Troisième chemin d’unité des chrétiens c’est un chemin de conversion, où peut-être pour nous tous nous sommes invités à reconnaître que nous avons fait du mal à nos frères et sœurs, reconnaître nos fautes, nos tords réciproques. Et c’est un chemin de conversion réciproque de tous les chrétiens, catholiques, orthodoxes, protestants, évangéliques, catholiques latins, catholiques orientaux et tous. Donc reconnaître nos faiblesses, nos fautes réciproques et demander le pardon du Seigneur, son pardon qui est capable de guérir toutes les blessures. Ainsi par cette prière nous arrivons un jour à faire d’abord la volonté du Seigneur comme saint Paul nous le dit dans son épître aux Ephésiens chapitre 4 : « comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même, il y a un seul corps et un seul Esprit, il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous et en tous ».

Introduction au Notre Père (sr Marie-Raphaël)

Que le chant du Notre Père nous fasse entrer dans la communion du Cœur du Christ

Hurtebise le 24 janvier 26


vendredi 23 janvier 2026

Liturgie de la Parole 2e vendredi TO-II Marc 3,13-19

Méditation

Jésus se retire sur la montagne pour choisir ses disciples. 
Jésus s’éloigne de la foule avant de poser un acte important, son appel est très bref. Il nomme les douze par leur prénom. Jésus prend soin de sa première équipe. Les disciples sont d’abord aimés, écoutés, relevés avant d’être envoyés. Sa première démarche n’est pas l’action, mais la guérison du lien. Avant la mission il y a la « Présence, la relation, l’intimité. Il a le souci des cœurs soignés pour servir d’autres cœurs. »
Ainsi naît la communauté.  
« Jésus les institua pour qu’ils soient avec lui ». Le premier rôle des disciples ici est simplement « d’être avec Jésus » plutôt que « avoir » ou « faire ».
L’accent est mis sur la relation. « Etre avec lui », nous fait penser à d’autres passages d’évangile, où c’est le verbe « demeurer » qui est utilisé :
« Demeurez en mon amour » (Jean 15,9) être en sa compagnie, goûter à un bonheur simple qui consiste à être simplement avec ceux que j’aime.
Jésus en appelle douze, chaque apôtre a son charisme, sa personnalité, ses dons, ses fragilités…
Ils sont peut-être les différentes parts de notre cœur.
Tantôt la dureté et la peur.
Le feu et la douceur.
La foi et le doute.
La fidélité et la trahison.
Jésus les envoie prêcher, avec le pouvoir de chasser les démons…le texte est fort. Être avec Lui,  prêcher, me faire témoin de son amour. Ouvrir en moi un chemin de sens, aimer et le vivre.  
Chasser les démons : dans l’évangile, les démons symbolisent ce qui divise l’être, ce qui enchaîne, ce qui vole la liberté, ce qui défigure l’image de Dieu. 
Une invitation à une restauration intérieure. Par la puissance de l’Esprit Saint, Jésus invite les disciples à délivrer les personnes tourmentées. Je n’entrerai pas dans une explication plus soutenue, le pouvoir d’agir est lié à la foi… Il y a eu tellement de dérive… 
Chasser les démons peut prendre des formes très concrètes comme : Dire une parole qui relève, refuser la peur, la culpabilité écrasante, aider quelqu’un à sortir de ce qui l’enferme, lutter contre ce qui déshumanise (en soi et autour de soi), repérer le mal, le dénoncer, prier…etc.… 
L’amour du Christ délie ce qui est noué, l’amour ne force pas.
Je terminerai avec ces quelques mots du père Florin Callerand :


Quand on voit, on aime !
Plus on aime, plus on voit.

Toi Seigneur qui monte sur la montagne avant de parler, avant de choisir, avant d’envoyer, apprends-nous à nous retirer encore et encore. Appelle-nous là où nous sommes. Donne-nous le courage du silence, de la patience, de la confiance d’être choisi.e sans comprendre pourquoi. 

Invitation au Notre Père

Unis dans un même souffle, au cœur de notre silence et de notre confiance tournons-nous vers le Père. Avec les mots mêmes de Jésus, laissons monter vers Lui le Notre Père.

Brigitte la 23 janvier 26


jeudi 22 janvier 2026

Liturgie de la Parole 2e jeudi TO-II Marc 3, 7-12

 

Homélie

Je suppose que, comme moi, il vous arrive de vous sentir cernés ? Cernés par les attentes des autres, par les urgences qui s’accumulent, par les demandes légitimes mais épuisantes de la famille, du travail, de la paroisse ? Nous avons parfois l’impression que, si nous nous arrêtons, tout va s’écrouler et que si nous ne nous arrêtons pas, c’est nous qui allons nous écrouler ...

L’Évangile nous montre aujourd’hui Jésus lui-même entouré, pressé de toutes parts. Une foule immense vient à lui « de toute la Galilée, de la Judée, de Jérusalem », attirée par ce qu’elle a vu et entendu. Ce n’est pas rien.  Heureusement que Jésus n’était pas agoraphobe. Et vous venez de l’entendre, face à cette foule Jésus ne manque pas de compassion : il guérit, il libère, il accueille ; chacun est unique ! Son cœur est profondément touché par la souffrance humaine. Il est, dit l’hébreu : « retourner dans ses entrailles ». Mais ce qui frappe aussi, c’est qu’il ne se laisse pas engloutir par la foule. Il demeure libre.

Jésus sait quand se donner et quand se retirer. Ailleurs dans l’Évangile, on le voit se lever avant l’aube pour prier, s’éloigner vers la montagne, chercher le silence. Ce n’est pas une fuite : c’est une fidélité. Fidélité à sa mission reçue du Père. Jésus nous révèle ainsi une vérité essentielle de la vie spirituelle : l’amour authentique ne se nourrit pas de l’agitation, mais de la communion avec Dieu. Nous connaissons tous – et nous le sommes parfois – des chrétiens agités.  C’est pour bien faire, mais comme on dit « c’est saoûlant ».  On finit par attraper le tournis en les voyant s’affairer, même si c’est  pour le Royaume. 

Saint Ignace de Loyola l’exprimait avec une grande sagesse : « On ne peut pas verser d’un vase vide. » Si nous ne prenons jamais le temps de nous laisser remplir par Dieu, notre générosité devient vite fatigue, amertume ou activisme. Servir ne signifie pas se disperser, ni répondre à tout sans discernement : on nous disait au sémaire, que nous devions apprendre à dire « non ». Jésus guérit beaucoup, mais il ne guérit pas tout le monde au même moment. Il choisit. Et ce choix n’est pas un manque d’amour : il est la forme même de l’amour juste.

C’est une parole libérante pour nous. L’amour chrétien n’est pas un amour contraint, écrasé par la culpabilité. C’est un amour libre, enraciné en Dieu, capable de dire « oui » avec générosité, mais aussi « non » avec paix. Dire non, parfois, ce n’est pas refuser d’aimer ; c’est refuser de se substituer à Dieu, refuser de croire que tout repose sur nous. On devient des personnes irremplaçables … dont les cimetières sont remplis.

Et la foule ? Si la foule se presse autour de Jésus, ce n’est pas seulement à cause de ses miracles. C’est parce qu’elle sent qu’il y a en lui une source. Quelque chose de stable, de vrai, de profondément vivant. Jésus n’aime pas à la manière du monde, dans la précipitation ou la domination. Il aime avec un amour qui repose, qui guérit en profondeur, qui relève.

Et nous ? Notre manière d’aimer, même humble, même cachée, peut devenir un signe. Lorsque nous aimons à partir de la prière, lorsque nous servons sans nous perdre, lorsque nous acceptons nos limites avec confiance, alors l’amour de Dieu passe à travers nous. Comme un courant discret, silencieux parfois, mais réellement transformant.

Demandons au Seigneur cette grâce : apprendre de lui à aimer sans nous laisser écraser, à servir sans nous épuiser, à donner sans nous vider. Qu’il nous enseigne le rythme juste de l’Évangile, celui où l’amour jaillit de la rencontre avec le Père et devient, pour le monde, une source de vie. Nous ne sommes pas des mazurkas, encore moins des marches militaires, mais peut-être des nocturnes à la manière de Chopin ; des nocturnes qui bercent et conduisent à la paix autour de nous.  Amen

Pierre Hannosset 22 janv. 26 janvier 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/01/jeudi-de-la-2eme-semaine-du-temps-de.html 

mercredi 21 janvier 2026

Liturgie de la Parole 2e mercredi TO-II Marc 3,1-6 ; 1 Samuel 17, 32-33.37.40-51

Accueil 

« Dans la faiblesse de Dieu, les martyrs ont puisé la force, leurs pas dans les pas du Sauveur, ils affrontent l’adversaire ». Cette hymne que nous venons de chanter convient vraiment bien à sainte Agnès fêtée en ce jour.
Elle convient aussi à David. David et Goliath, la force et la faiblesse s’affrontent. Le péril est grand pour Israel, cela fait 40 jours que le philistin les provoque et veut se battre en combat singulier, le peuple du vaincu sera l’esclave du peuple du vainqueur ! 
« Tu viens contre moi avec épée, lance et javelot, mais moi, je viens contre toi avec le nom du Seigneur des armées » lui dit David. Il vient au Nom du Seigneur et compte sur le Seigneur pour le délivrer de l’ennemi de son peuple. Il vient avec ses humbles armes de berger. Goliath se dresse et marche, David s’élance et court. Il est envoyé par le roi Saül, toute l’armée d’Israel étant paralysée par ce géant qui la provoque jour après jour et que personne n’ose affronter. « Va, et que le Seigneur soit avec toi » lui a dit Saül.
Le combat est disproportionné, David a tout pour perdre… sauf qu’il ne compte pas sur sa propre force mais sur le Seigneur et cela change tout !
Le Psaume 143 répond à merveille à cette lecture. Et nous pouvons le prier quand nous sommes dans une impasse. Comme David, nous en remettre au Seigneur en toute confiance et faire le peu qui est à notre portée.
Prions le Seigneur avec les psaumes de ce jour, en communion avec l’Église, avec nos frères et sœurs en humanité, spécialement ceux qui doivent affronter de grandes difficultés.

Méditation

Pour cette méditation je me suis inspirée de Camille Focant dans son livre de commentaires de l’Evangile de Marc. (1)
Dans l’Évangile d’aujourd’hui comme dans celui d’hier il est question de sabbat, de permis et de défendu. Hier Jésus concluait « le Sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. Voilà pourquoi le Fils de l’homme est maitre, même du sabbat » (Marc 2,27-28). On peut imaginer sans peine que cette phrase a tourné dans la tête des pharisiens qui l’ont entendue et que Jésus le sait ! 
Aujourd’hui Jésus entre dans une synagogue et il semble que ses disciples ne soient pas avec lui. Il y a trois « acteurs » en présence : Jésus, l’homme à la main atrophiée qui ne prononce aucun mot, ne demande rien, « se contente » d’obéir à Jésus, et ceux qui épient et qui seront nommés ensuite, les pharisiens.
Jésus prend l’initiative et invite l’homme à venir au milieu, bien en vue. Jésus provoque ainsi le conflit et pose une question à laquelle personne ne répondra : il oppose faire le bien et faire le mal, sauver une vie et tuer.
Mais l’homme à la main desséchée n’était pas en danger de mort ! Du moins physiquement, car intérieurement nous ne savons pas les troubles qui pouvaient l’agiter face à son handicap.
Pourquoi Jésus semble-t-il provoquer les assistants ? Les rabbis avaient l’habitude de questionner, de confronter leurs opinions par la discussion. Alors ce n’est peut-être pas une provocation. Peut-être Jésus veut-il sauver une vie ou plusieurs ? Non pas celle de l’homme à la main desséchée, mais celle de ceux qui l’épient. Il veut les inviter à aller plus loin, plus profond dans leur compréhension du sabbat : Pour les pharisiens la bonne question concernant le sabbat est faire ou ne pas faire. Jésus déplace la perspective : « pour lui dans ces circonstances, ne pas faire équivaut à faire le mal. En effet dans son alternative, il n’existe pas un non-faire qu’il serait possible de qualifier de neutre : ou bien on sauve, ou bien on tue. » (1) Pour Jésus « faire le bien est connoté … par l’idée de favoriser la vie, alors que faire le mal est situé du côté de l’action porteuse de mort ». (1)
Dans la volonté de Jésus de guérir cet homme le jour du sabbat il y a aussi la manifestation de l’urgence du Règne de Dieu : « face au besoin humain, l’inaction serait un mal, car le bien fait à une personne est la mise en acte du Règne de Dieu. Et pour chacun, la rencontre avec Jésus est un moment où se jouent la vie et la mort. » (1)
Le silence des pharisiens est éloquent, il en dit long sur leur réponse implicite et témoigne de l’endurcissement de leur cœur.
Il y a un paradoxe : parce que Jésus a fait le bien le jour du sabbat, eux vont faire le mal et projeter de le tuer : finalement ce sont eux qui font ce qui n’est pas permis le jour du sabbat, ni un autre jour d’ailleurs !
Que Jésus nous éclaire pour que nos choisissions toujours le bien dans nos paroles et dans nos actes.

Invitation au Notre Père

« Jésus proclamait l’Évangile du Royaume et guérissait toute infirmité dans le peuple. » Par la prière qu’il nous a donnée qu’il continue son œuvre de salut en nous et dans le monde.

sr Marie-Christine le 21 janvier 26

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(1) Camille FOCANT L’Évangile selon Marc, éditions du Cerf, collection Commentaire biblique : Nouveau Testament 2, Paris 2004 p 131-134

mardi 20 janvier 2026

Liturgie de la Parole 2e mardi TO-II Marc 2, 23-28

Pour l'homme 


Méditation 

Je vous propose le commentaire de Rosy sur ce blog à l'onglet "Marc": https://partage-de-lectio.blogspot.com/2019/03/pour-lhomme.html 

Lien pour la photo:  https://michelledastier.com/wp-content/uploads/2014/04/jesus-champ-ble.jpg

lundi 19 janvier 2026

Liturgie de la Parole 2e lundi TO-II 1 Samuel 15, 16-23

Méditation 

Je vais commenter le texte de Samuel, mais au risque d’être un peu iconoclaste ! Vous ne trouvez pas curieux que vendredi dernier, le peuple demande un roi, et Dieu est d’accord. Samedi, Dieu choisit Saül et Samuel lui donne l’onction. Aujourd’hui, paf ! il liquide Saül ! On a l’impression quand on suit la liturgie, qu’on a affaire à un Dieu incohérent, ou du moins un peu inconstant. Ça c’est dû au censeur liturgique, celui qui a fait les choix des lectures, un choix qui, malheureusement pour un bibliste, sont des choix plus que malheureux. Mais pour vous qui lisez la Bible, qui avez relu tous ces récits de Samuel récemment, cela ne posera pas de problème puisque vous connaissez bien les textes ; mais pour un simple croyant, c’est bien différent. En fait, sabrer dans la Parole, c’est déjà injuste. Mais quand on regarde les choix des lectures de grands ensembles comme l’histoire de David, on a l’impression que ce qui importe , c’est de connaître l’histoire : il y a eu Saül, il a été rejeté, puis il y a eu David. C’est comme si on réduisait la Parole à une série de récits anecdotiques : voilà ce qu’il s’est passé. Il n’y a pas grand-chose à en dire.
Mais il y a en plus une injustice fondamentale : c’est par rapport au roi Saül. J’aime bien Saül. Parce que c’est un roi tragique. C’est même la seule figure tragique de l’Ancien Testament. En fait c’est un roi qui a été demandé par le peuple. Et souvenez-vous, quand le peuple demande un roi c’est parce qu’il veut devenir comme toutes les nations. C’est-à-dire sortir de l’Alliance pour redevenir une nation normale, de quitter l’Alliance qui les met à part pour un service spécifique de Dieu parmi les nations. Et donc, quand Dieu accorde un roi, il va faire en sorte que ce ne soit pas un roi qui conduise Israël hors de l’Alliance : ce ne sera pas un roi comme ceux des nations, mais un roi disons « constitutionnel », dont les pouvoirs sont réglés par la constitution du peuple qui est la Torah. Ce roi n’emmènera pas le peuple vers l’idolâtrie ou vers l’infidélité à son Dieu. Pour cela, Dieu faire un choix qui n’est pas tout à fait un choix éclairé, (c’est mon avis, entendons-nous bien !) Il choisit un personnage un peu falot. Je ne sais pas si vous vous souvenez des débuts de de Saül : son père l’envoie chercher les ânesses et il ne les trouve pas ; alors il veut revenir en arrière. Mais heureusement, son serviteur est là pour dire : « mais Samuel est à côté, allons chez lui etc… ». Saül est un homme hésitant, un personnage qui n’est pas vraiment une forte personnalité.
En plus d’un Saül peu sûr de lui, il y a Samuel. Un homme d’autorité qui doit lui donner l’onction et est chargé de l’accompagner pour qu’il soit précisément un roi qui corresponde à ce que Dieu attend de la royauté : continuer à inscrire le peuple dans l’Alliance avec son Dieu.
Sauf que Samuel va prendre son rôle un peu trop au sérieux. Il va en rajouter à la fragilité de Saül. Il faut relire le chapitre 9 pour voir comment il s’impose à Saül comme un personnage puissant, incontournable de sorte que Saül ne peut que le suivre. Au terme de leur rencontre, il reçoit l’onction alors qu’il ne s’y attendait pas du tout et il se voit jeté ainsi dans une nouvelle vie, forcé d’endosser un costume un peu trop large pour lui. Samuel continuera d’ailleurs à maintenir la pression, on peut le voir dans les chapitres 11 à 13. Bref. Je ne m’attarde pas. En réalité, l’impression qui domine est celle-ci : Samuel a été rejeté par le peuple parce qu’il avait donné du pouvoir à ses fils et que ceux-ci en abusaient. Le peuple qui ne voulait pas d’eux comme successeurs, a donc demandé un roi. Quand Dieu se fie à Samuel pour que le roi reste dans l’alliance, le vieux leader en profite pour prendre pouvoir sur le roi et garder le véritable pouvoir sur le peuple. Un peu comme ces anciens dignitaires qui ne savent pas lâcher le morceau, qui veulent rester là jusqu’au bout. Samuel, c’est quelqu’un qui n’arrive pas à laisser la place pour qu’un autre fasse son chemin. Il veut rester premier.
Vient alors cette histoire d’Amaleq qui arrive alors que Saül a été passablement fragilisé. Dieu l’envoie – c’est le début de l’épisode mais il n’a pas été lu – pour réaliser le châtiment d’Amaleq qui, juste après la sortie d’Égypte, a voulu mettre à mort le peuple à qui Dieu venait de donner la vie. Et Saül y va, mais il cherche à trop bien faire – comme quelqu'un qui, par manque de confiance en soi, en fait trop parce qu’il a peur de ne pas en faire assez. Et donc plutôt que d’obéir et d’exterminer tout Amaleq là où il le défait, il prend tout ce qui peut être offert à Dieu et va avec le peuple à Guigal pour faire un sacrifice, en vue d’honorer Dieu. Sauf qu’il n’aurait pas dû le faire. Fragilisé, il cherche à être agréé par Dieu. Et, se dit-il, pour être agréé, je vais rester dans l’esprit de ce que Dieu a demandé, mais en mieux : je vais lui offrir des sacrifices. Et c’est à ce moment-là que Dieu interpelle Samuel. 
Malheureusement, la lecture ne reprend pas ce que Dieu dit à Samuel, et c’est dommage parce qu’on aurait vu combien Samuel quand il parle à Saül en rajoute sur ce que Dieu lui a dit pour enfoncer un peu plus Saül. Dieu dit à Samuel qu’il regrette d’avoir choisi un homme qui lui désobéit. Samuel se met en colère alors contre Dieu et le supplie, toute la nuit. Pourquoi ? Parce que si Saül cesse d’être roi, c’est lui, Samuel, qui perd son pouvoir. Et puis le matin, comme il n’a pas reçu de réponse il va à la rencontre de Saül. 
La rencontre donne lieu à un jeu entre Saül qui affirme sa volonté de bien faire et un Samuel qui le prend violemment à partie, parce qu’il sent qu’il va perdre l’influence qui est toujours la sienne à travers le roi. Il communique le message divin, mais il change l’accusation : il reproche à Saül de s’être jeté sur le butin, alors que ce n’est pas ce qu’il a fait. C’est vrai : il n’a pas obéi à l’ordre d’exterminer Amaleq, mais il a voulu honorer Dieu. Et ça, Samuel fait comme s’il ne voulait pas le savoir. Saül a beau répondre :mais si j’ai fait ce que Dieu voulait, mais j’ai gardé le meilleur pour lui. Mais Samuel reprend son accusation, et il informe de nouveau Saül de son rejet. C’est là que la lecture s’arrête. Mais après, qu’est-ce qui se passe ? Saül s’explique à nouveau. Il admet avoir péché et avoue qu’il a obéi au peuple. En réalité, c’est cela qui fait qu’il ne peut plus être roi. Au lieu d’écouter la voix de Dieu qui veut maintenir le peuple dans l’Alliance, il a écouté la voix du peuple qui voudrait sortir de l’Alliance. Dans ce cas-là, il ne peut plus remplir le rôle pour lequel il a été choisi. Après l’aveu de cette faute, il demande pardon et veut aller se prosterner devant Dieu avec Samuel. Mais Samuel refuse et lui redit par deux fois qu’il ne sera plus roi et que Dieu va choisir un autre pour le remplacer. Saül insiste néanmoins et demande à l’ancien leader de l’honorer en présence du peuple, et Samuel finit par plier. Conséquence : aux yeux du peuple, Saül sera toujours le roi. 
C’est là la source des problèmes qui vont survenir quand David va être oint roi par Samuel qui n’a pas communiqué clairement au peuple que Saül était demis de ses fonctions mais l’a, au contraire, honoré publiquement. Quand David sera oint, il y aura Saül qui reste roi aux yeux du peuple, et un roi qui est roi aux yeux de Dieu. Toute la suite du premier livre de Samuel va être précisément le fruit de ce manque de courage de Samuel. Immédiatement après avoir communiqué son rejet à Saül, Samuel s’enferme dans le deuil « parce que le Seigneur regrettait d’avoir choisi Saül comme roi ». Pourquoi ? parce que le renvoi de Saül lui fait perdre ce qui lui restait de son propre pouvoir. Vous verrez demain d’ailleurs comment c’est avec des pieds de plomb qu’il va à Bethléem pour donner l’onction à David. Et il quittera le lieu juste après l’onction, sans même prendre part au repas du sacrifice.
Au fond cette histoire, nous dit quelque chose de fondamental : c’est que Dieu cherche à faire son chemin dans nos histoires d’êtres humains. Et ces histoires d’êtres humains ne sont jamais parfaites. Tous les êtres humains sont pris dans des contradictions, lancés dans des recherches parfois vaines, aminés de sentiments variés ; ils posent des actes dont ils ne mesurent pas les conséquences, développent des volontés de pouvoir – toutes sortes de choses qui, d’une manière ou d’une autre, font obstacle à la volonté de Dieu, à sa volonté de vie et de liberté. Malgré tout cela, Dieu s’obstine à vouloir vivre l’histoire avec ces humains-là, comme ils sont. Et avec espérance !


André Wénin, Hurtebise le 19 janvier 26

Pour un approfondissement du personnage de Samuel, voir « Samuel ou les dérives du pouvoir » dans Études 2022/4, p. 85-96

dimanche 18 janvier 2026

Liturgie de la Parole 2e dimanche TO année A Jean 1, 29-34 ; Isaïe 49,3.5-6 ; 1 Corinthiens 1, 1-3

Accueil 

Bienvenue à cette Eucharistie du dimanche pour célébrer le Christ ressuscité, le Christ vivant. Il est là, dans la foi, il est là présent. C’est lui qui nous rassemble et qui nous nourrit de sa parole et de son Pain de vie. Au début de cette célébration ouvrons nos cœurs, ouvrons nos esprits aussi. Rendez les disponibles aussi à ce que le Seigneur veut nous transmettre, nous donner.

Homélie 

Frères et sœurs il arrive parfois que dans la vie courante, dans la vie professionnelle on doive rédiger un CV, un curriculum vitæ. C’est un abrégé de ce qu’a été notre vie, surtout sur le plan professionnel jusqu’à ce jour. Et qu’est-ce qu’on met dans un CV ? Habituellement on met les études qu’on a faites ; on met éventuellement les fonctions qu’on a occupées préalablement, l’expérience que l’on a acquise. On cite ses titres, on cite aussi ses aptitudes etc.
Et on essaye finalement toujours de dorer un petit peu la pilule, si j’ose dire, il s’agit un peu de se vendre. Ce n’est pas toujours d’une très grande objectivité !
Si l’on cherche l’objectivité, il vaut beaucoup mieux dans le fond avoir recourt à un témoignage d’une autre personne. On parle en général pas toujours très bien, pas de façon très juste de soi. Les autres en général, surtout s’il s’agit de personnes autorisées, là, c’est un témoignage qui est beaucoup plus crédible.
Et bien c’est un petit peu ce que nous avons dans l’Evangile de ce jour, où il y a un témoin autorisé, une personne véritablement qui est acceptable : Jean-Baptiste qui nous parle de Jésus. jean, ce n’est pas n’importe qui. Jésus le qualifiera de plus grand des enfants des hommes (cf. Matthieu 11,11). C’est un prophète bien entendu et il vient en quelque sorte clore toute cette lignée de grands témoins, de ces géants de la sainteté qui au fil des générations se sont efforcés de réveiller la foi en Dieu au sein du peuple d’Israël. Jean-Baptiste n’est pas simplement un prophète, il est aussi une sorte d’incarnation de la Loi. Par exemple, il osera reprocher à Hérode son comportement : tu ne peux pas avoir la femme de ton frère, c’est tout-à-fait contraire à la Loi. Et il en paiera d‘ailleurs le prix (cf. Matthieu 14,1-12).
Il est celui qui a sans doute le mieux vécu le premier commandement : « Ecoute Israël, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Deutéronome 6). Si nous cherchons quelques personnes qui ont vraiment vécu à fond ce premier commandement, le commandement le plus important de toute la Loi, je pense bien entendu à Marie, la mère du Christ, mais Jean-Baptiste est aussi celui qui a vécu cela. C’est un ascète. C’est aussi quelqu’un qui se ressource à l’événement fondateur d’Israël, ce miracle de la mer. Après tout, son baptême qu’est-ce que c’est : c’est faire revivre sous un mode symbolique, à tous les Juifs qui veulent se convertir, faire revivre cet évènement fondateur du miracle de la mer, le peuple qui en quelque sorte plonge dans la mer et qui en ressort et se met à vivre finalement de la vie même de Dieu.
Donc Jean est certainement une personne extrêmement autorisée pour nous dire en profondeur et en vérité qui est Jésus. et bien que dit-il ? Il le présente d’une façon un peu étrange : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde ». Jean pense peut-être à l’agneau pascal. Jean pense peut-être à ce serviteur souffrant du livre d’Isaïe, dont on dit qu’il s’est laissé faire face à ses ennemis, il s’est laissé mourir comme un agneau au sacrifice (Isaïe 53,7-12). Jean pense peut-être aussi à ce rite qui avait lieu matin et soir au temple de Jérusalem à la troisième heure (c’est-à-dire dans la matinée) et au soir à la neuvième heure, on offrait chaque jour à Dieu le sacrifice d’un agneau pour les péchés du peuple ; C’est peut-être à tout cela que pense jean quand il désigne jésus comme étant le véritable Agneau qui enlève véritablement le péché du monde.
Il le présente aussi comme celui sur lequel demeure l’Esprit. Ça c’est quelque chose de très important. Dans l’Ancien testament il y a ces personnes qui reçoivent l’Esprit, parfois d’une manière très spectaculaire, très forte. Mais en général c’est pour exécuter telle ou telle action. En général cette possession par l’Esprit est passagère. Ici, on nous dit de jésus que l’Esprit « demeure sur lui », c’est-à-dire que l’Esprit est là en plénitude et en permanence. Bien entendu, si Jésus possède l’Esprit de cette façon ce sera pour le donner à la communauté humaine, la communauté de ses disciples. Mais pour le moment cette puissance totale, complète, de l’Esprit, repose, littéralement, sur lui. Et Jean sait ce dont il parle puisqu’il est investi lui-même par l’Esprit depuis le ventre de sa mère.
Et puis il y a cette présentation plus classique pour nous de Jésus comme Fils de Dieu, comme Messie attitré, qui va apporter le salut de Dieu. 
C’est important, frères et sœurs que Jésus soit ainsi révélé publiquement au peuple d’Israël. d’une certaine façon Marie l’a mis au monde en lui donnant un corps humain, une vie humaine. Joseph a introduit jésus dans une lignée, lui a donné un nom. Mais c’est jean Baptiste qui le fait entrer dans l’histoire sainte proprement dite du peuple d’Israël, que Jésus va accomplir.
C’est très important de désigner explicitement l’envoyé de Dieu. Parce que, comment, sans cela, Jésus pourrait-il attirer l’attention ? Comment est-ce que jésus pourrait attirer à Dieu des disciples. Après tout, les premiers disciples, nous le voyons dans la suite immédiate de l’Evangile de saint Jean, les premiers disciples qui vont faire connaissance de jésus, ce sont des disciples issus du groupe de Jean le Baptiste qui précisément, parce que Jean le désigne, vont se mettre à suivre Jésus et vont petit à petit apprendre à le connaître personnellement. Mais pour le connaître personnellement, pour le rencontrer il faut d’abord qu’on soit guider vers la personne même de Jésus.
C’est un petit peu comme dans l’Evangile de la samaritaine (Jean 4,28-30.39-42). On a cette femme qui vient dire aux gens de son village ; voilà quelqu’un qui m’a dit absolument tout ce que j’avais fait, ne serait-ce pas le messie ? et après avoir rencontré personnellement Jésus, tous les samaritains de ce village disent à cette femme : ce n’est plus parce que tu nous l’as dit que nous croyons qu’il est le Messie , le sauveur du monde, c’est parce que nous l’avons constaté pat nous-mêmes, et nous attestons qu’il est réellement le Sauveur attendu.
Frères et sœurs, en ce jour, nous pouvons peut-être penser aux personnes qui ont été cette espèce de Jean-Baptiste dans notre propre itinéraire de foi. Il y a des gens ui nous ont montré pour ainsi dire le Christ, de telle sorte que nous puissions nous aussi le suivre, le rencontrer personnellement, en faire une expérience personnelle. C’est peut-être le moment de repenser à ces personnes qui ont été comme cela des jalons sur notre chemin, qui ont été cet index pointé vers Jésus. Nous pouvons penser à ces personnes, nous pouvons les remercier intérieurement, nous montrer reconnaissants à Dieu pour ce qu’elles nous ont transmis, ce qu’elles nous ont donné. 
Et puis nous pouvons aussi penser à cette mission que l’Eglise reprend à c-son compte. Cette mission qui consiste, comme Jean en son temps, à désigner le Christ aux hommes et aux femmes de noter temps. 
C’est intéressant de voir la façon dont Jean-Baptiste guide les gens vers Jésus. Il commence par éveiller en eux un désir de Dieu. Manifestement les disciples qui sont rassemblés autour de Jean, ce sont des gens qui en veulent, ils ont été séduit, attirés, interpellés par la parole, la parole de feu de ce prophète, qui a éveillé en eux ce désir de Dieu, ce désir de recevoir le pardon, la miséricorde, la lumière et l’amour du Dieu d’Israël. Et puis quand ce désir a été bien éveillé, Jean montre celui qui, en quelque sorte, va combler leur attente : »Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde ».
Aujourd’hui, frères et sœurs, nos contemporains attendent de tels témoins. Demandons à l’Esprit Saint de susciter au sein de l’Eglise de notre temps, des hommes et des femmes, des groupes capables d’éveiller, de stimuler dans nos contemporains le désir de Dieu, pour les conduire, eux-aussi petit à petit vers le Christ et incarner véritablement cette évangélisation que toute l’Eglise, que le monde appelle de ses vœux.

Père Jean-Michel Counet Hurtebise le 18 janvier 26



samedi 17 janvier 2026

Liturgie de la Parole 1er samedi TO-II Marc 2, 13-17

 

Homélie

L’Évangile d’aujourd’hui commence par quelque chose de très simple : Jésus passe. Il passe dans une vie normale. Il passe dans une vie un peu bancale. Il passe dans une vie que d’autres jugent.  Vous avez bien entendu ; on ne dit pas que Jésus passe « pour » ; autrement dit, il n’a pas d’idée préconçue ; il s’abandonne au Père, et il va là où ses pas le mènent.  Il nous donne l’exemple des signes de temps.  Si toi, Père, tu me conduis là, c’est que là, il y a le Royaume.  Qu’est-ce qu’il voit ?  Un groupe de prières, des saintes personnes ? Il voit Lévi. Pas un regard qui scanne. Pas un regard qui critique. Un regard qui s’arrête. Avant de l’avoir inventé, il utilise déjà la méthode la JOC : « Voir – juger – agir ».  Il voit Lévi, il juge, c’est-à-dire, il discerne la présence du Royaume caché en lui.  Il agit.  Et c’est juste : « Toi. »

Et là, c’est surprenant. Parce que Jésus ne fait pas ce qu’on attendrait. Il ne dit pas : « Lévi, tu sais que ce que tu fais, ce n’est pas bien… » Il ne commence pas par une leçon. Il ne commence pas par une morale. Il dit juste : « Suis-moi. » Si tu suis l’évangile, si tu suis Jésus, tu feras toujours quelque chose de pas normal … Deux mots. Pas de conditions. Pas de contrat.

Et Lévi se lève. Comme ça. Sans savoir où ça va le mener parce que Jésus ne lui dit pas : « Suis-moi pour telle chose ou parce que telle chose ». Sans savoir ce qu’il va perdre. Sans savoir ce qu’il va devenir. Si ça, ce n’est pas la prière de l’abandon …

Et c’est là le truc incroyable de l’Évangile : Comme nous le méditons depuis le début de cette semaine, Dieu n’attend pas que tu sois parfait pour t’appeler. On croit souvent : Quand j’irai mieux, Dieu pourra m’aimer ; alors, il ne risque pas de commencer. Quand j’aurai réglé ma vie, je prierai ; je vous assure que je ne prierai jamais. Quand je serai à la hauteur, je suivrai Jésus ; et je peux vous dire que je ne serais pas prêtre.

Mais Jésus fait l’inverse. Il appelle avant. Il aime avant. Il fait confiance avant.
Je ne sais plus qui a dit : « Dieu t’aime tel que tu es, mais il t’aime trop pour te laisser tel que tu es. »
Ce n’est pas parce que Lévi change qu’il est appelé.
C’est parce qu’il est appelé qu’il peut changer.

Et Jésus ne reste pas à distance. Il ne dit pas : « Suis-moi… mais de loin. » Il va chez Lévi. Il mange avec lui. Avec ses amis. Avec des gens pas très fréquentable.  Il ira aux noces de Cana. Partager un repas, à l’époque, c’était dire : « Tu comptes. Tu as une place. »

Évidemment, les religieux, l’institution critiquent. Et Jésus répond cette phrase qu’on connaît bien : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin d’un médecin, mais les malades. »
Ça veut dire quoi ? Que Dieu n’est pas là pour les gens qui pensent aller bien. Il est là pour ceux qui reconnaissent qu’ils ont besoin d’aide. Pour ceux qui osent dire : « J’ai besoin de toi, Seigneur. » - « je n’aime pas bien, mais j’ai besoin de me laisser aimer par toi, Seigneur ».  Car, on peut deviner que Lévi n’avait pas beaucoup d’amis.  Sûrement pas ceux à qui ils réclamaient l’impôt.  Et ses seuls amis, c’étaient ceux de son milieu qui l’aimaient peut-être surtout pour l’argent dont ils pourraient profiter.  Il meurt d’amour ; alors quand quelqu’un lui montre de l’amour, il lâche tout  
Saint Jean-Marie Vianney disait : « La miséricorde de Dieu est comme un torrent : elle emporte tout sur son passage » et « nos péchés les plus graves sont une goutte d’eau face aux torrents de la miséricorde de Dieu »

Dieu n’a pas peur de nos fragilités. Il n’a pas peur de nos questions. Il n’a même pas peur de nos chutes. Ce qui compte, ce n’est pas d’être irréprochable. C’est d’être disponible.
Dans cette retraite, peut-être que Jésus passe très près de toi.
Peut-être qu’il te regarde. Et c’est pas peut-être, c’est sûrement.  Et il ne te dit une seule chose : « Suis-moi. »
Pas demain. Pas quand tu iras mieux. Aujourd’hui.
Parce que, comme disait sainte Thérèse de Lisieux : « La confiance seule conduit à l’amour. »

Alors aujourd’hui et surtout après-demain, quand on aura quitté la Flatière (1), on n’a pas besoin de grandes promesses. On n’a pas besoin de faire semblant. On peut juste faire comme Lévi : se lever un peu, ouvrir son cœur, et dire : « Seigneur, je te suis… fais le reste. ». Amen.

Père Pierre Hannosset (diocèse de Liège) 17 janvier 26


(1) Durant toute cette semaine, j'anime une seconde retraite à La Flatière sur le thème : "Amour, quand tu nous tiens"

https://padrepierre.blogspot.com/2026/01/samedi-de-la-1ere-semaine-du-temps-de.html 

vendredi 16 janvier 2026

Liturgie de la Parole 1er vendredi TO-II 

Marc 2, 1-12

Méditation

Voici de grands extraits du commentaire de Camille Focant (1) sur l’Évangile d’aujourd’hui. Tout d’abord c’est le seul passage de l’Évangile où la foi des autres est explicitement reconnue comme étant au bénéfice de quelqu’un. (Il y a d’autre passages où c’est implicite). « Alors que le dénouement attendu serait la guérison, la réponse de Jésus à cette foi surprend : il annonce une remise des péchés qui n’a nullement été sollicitée et que rien ne laissait prévoir… Du récit on ne peut déduire qu’être malade découle du fait d’être pécheur. Au lieu de se prononcer là-dessus, le récit présente Jésus en train de lever un obstacle à la guérison, comme si les péchés faisaient partie du handicap. Il s’adresse au paralytique en l’appelant « Enfant ». Il est remarquable qu’en dehors du cercle des disciples (10,24), Jésus n’adresse à personne d’autre ce terme qui marque une relation de filiation. Il donne ce nom au paralytique « au titre de la ‘foi’ et du pardon, d’une foi qui porte plus loin que sa personne, d’un pardon qui vient de plus haut que lui-même. Il salue un nouveau-né. Il lui révèle et lui ouvre une possibilité nouvelle d’exister » (Delorme 49). »
C’est ici la première apparition des scribes. « Et ils vont de suite contester l’autorité dont la parole de Jésus fait preuve. Nul ne sait la raison de leur présence en ce lieu, mais le narrateur précise leur position assis, dans une posture de notables… Leurs ruminations intérieures ne concernent pas le sens de la démarche des porteurs, mais uniquement la parole de Jésus, qu’ils isolent de son contexte et qui les scandalise… D’abord, les scribes se demandent pourquoi Jésus « parle » ainsi. C’est le même verbe que celui utilisé au v.2 pour dire que Jésus « parlait à la foule ». Ce rapprochement suggère le caractère libérateur de l’enseignement de Jésus. Sa parole d’autorité (v.10) démasque la puissance du péché qui asservit l’homme et le paralyse. Comme la suite du récit le montrera, elle a pour effet de remettre l’homme debout. Mais cette parole est blasphématoire aux yeux des scribes, dans la mesure où Jésus s’arroge une autorité qu’eux réservent à Dieu (voir Exode 34,6-7 ; Isaïe 43,25 ; 44,22). L’accusation est grave, puisque le blasphème servira de motif lors de la Passion pour juger Jésus « passible de mort » (14,64). Elle est cependant tempérée par le fait qu’elle n’est pas rendue publique.
Le narrateur met en lumière la perspicacité spirituelle de Jésus. Capable de voir la foi que cachait le geste des porteurs, Jésus put aussi entendre ce que les scribes gardent en leurs cœurs…l’autorité de sa parole de pardon est contestée et elle est difficile à démontrer… Jésus propose donc une épreuve… Certes la guérison visible n’apporte pas la preuve qu’il a autorité pour pardonner. Mais elle atteste la force de sa parole et elle rend crédible le fait qu’il puisse pardonner. Ce qui ne dispense pas de croire….
Tous les obstacles étant levés, le paralytique se remet debout et s’en va. Il n’est plus dépendant de porteurs, ni lié à son brancard qu’il peut porter lui-même. Il ne va pas pour autant devenir dépendant de son bienfaiteur. Son renvoi à la maison suggère que le miracle n’est pas seulement de pouvoir marcher, mais de pouvoir retourner, indépendant à sa propre vie…
Quoiqu’il en soit de son degré de compréhension, la foule rend à Dieu la gloire d’une parole qui a remis debout un paralytique
. »
Seigneur, ton Amour nous précède et avant que nous ayons accompli quoique ce soit, tu nous remets debout, tu nous guéris de nos paralysies, de tout ce qui nous empêche de marcher, libres et confiants, sur la route de notre vie, enfants du Père. Merci pour les frères et sœurs qui nous portent et nous aident à accueillir ton pardon, ton Amour.


Introduction au Notre Père

Jésus, comme tu l’as dit au paralytique, tu nous dis à chacun : « Enfant, tes péchés sont pardonnés ». Par toi nous pouvons prier en toute confiance notre Père.

sr Marie-Christine le 16 janvier 26

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(1) Camille FOCANT L’Évangile selon Marc, éditions du Cerf, collection Commentaire biblique : Nouveau Testament 2, Paris 2004 p 108-110 


jeudi 15 janvier 2026

Liturgie de la Parole 1er jeudi TO-II Marc 1, 40-45 ; 1Samuel 4, 1b-11,

Introduction

Dans le livre de Samuel, Israël, vaincu par les Philistins, s'imagine que leur victoire est due à l'arche de l'Alliance du Seigneur qui était chez eux. Le peuple envoie alors des gens à Silo pour prendre l'arche et ainsi pouvoir vaincre les Philistins. Ces derniers ont entendu les cris de joie du peuple d'Israël, ils ont eu peur mais plutôt que de se décourager, ils  décident d'être forts pour ne pas devenir esclaves des Hébreux « soyez courageux et combattez » et ce fut un grand désastre pour Israël. Cela prouve que rien ne peut remplacer le courage du cœur. 
L'évangile de Marc nous raconte la guérison d'un lépreux. On peut se poser la question, qui sont les lépreux aujourd'hui ? Quelles sont nos lèpres ?
Chantons les psaumes en rendant grâce à Dieu qui nous touche et nous guérit.

Commentaire


Marc raconte la guérison d'un lépreux, il souligne la compassion de Jésus, le contact physique qui transgresse l'interdit mais réintègre dans la société, le lépreux, l'exclu. Ce jour-là, le malade est devenu bien-portant, mais le bien-portant (Jésus), même si d'après la loi il est devenu impur, n'est pas devenu malade et sa santé est devenue contagieuse, il lui été interdit d'entrer dans une ville avec des gens normaux alors, il reste à l'écart. Il est hors des murs, comme l'était le lépreux. Les autres, les petites gens, le suivent. Parce que, malgré la demande de Jésus, le lépreux a raconté sa guérison à tout le monde. 
Or, sur la croix, on le laissera seul. Il rejoint ceux qui ont été abandonnés de tous. « L'amour livré jusque là ne meurt pas avec la mort. Alors, il n'est plus temps de se taire »(2),
Au temps de Jésus, les lépreux étaient traités durement et aujourd'hui ? Les migrants, les mendiants, les SDF ne sont-ils pas rejetés comme les lépreux de jadis? Notre société ne rejette-t-elle pas tous ces exclus ? Nous-mêmes avons tendance à nous considérer comme des gens normaux... 
J'étais à Lourdes l'année ou le pape Benoît XVI y est venu. Dans les rues, la police chassait tous les mendiants. Les SDF devaient se tenir en dehors de la ville, pourquoi ? Par sécurité ? Peut-être ! Quel danger représentaient-ils ?
Notre société a tendance à mettre des barrières. 
« les gens des pays de la faim à qui nous envoyons parfois un peu d'argent ou un camion de nourriture (mais on ne va tout de même pas s'appauvrir pour les enrichir), les étrangers (ces gens-là ne sont pas comme nous), les pauvres qui nous donnent mauvaise conscience, tous, de l'autre côté de la ligne que les bien-portants et les bien-pensants ont tracée pour se protéger » (1)
Le Pape François a dit ceci : Combien de fois ne rencontrons-nous pas un pauvre qui tend la main ? Nous lui donnons une pièce, mais nous ne le touchons pas. Toucher le pauvre peut nous purifier de l'hypocrisie et nous préoccuper de sa condition.
L'évangile d'aujourd'hui raconte un fait, une guérison mais saint Marc veut sans doute nous faire comprendre qu'aujourd'hui, comme hier, Jésus purifie notre cœur. Notre lèpre, ce sont nos entraves.
Reconnaissons notre pauvreté, laissons-nous toucher par Jésus et comme le lépreux, allons proclamer les merveilles que Dieu a fait pour nous !

Danièle le 15 janvier 26

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(1)    Homélie Abbé Roger Gillet
(2)    Anne Lecu

mercredi 14 janvier 2026

Liturgie de la Parole 1er mercredi TO-II Marc 1, 29-39

Méditation

Après que Jésus ait choisi Simon et André puis Jacques et Jean pour les inviter à le suivre, la mission de Jésus prend corps.  Il va initier ses disciples sur un parcours de cinq guérisons particulières dans cinq lieux différents.
Il commence par une première guérison sous la forme d’un exorcisme dans la synagogue de Capharnaüm.
Après cela, juste en sortant de la synagogue il se rend, avec ses disciples, dans la maison de Simon et André, là où la belle-mère de Simon est alitée, malade assaillie par la fièvre. C’est la deuxième guérison.
Ensuite c’est hors de la ville que Jésus guérit un lépreux. Troisième guérison. Puis dans une maison et là, c’est un paralysé que l’on descend aux pieds de Jésus. Quatrième guérison. 
Finalement, pour clore une première étape de son parcours, il guérit un homme à la main desséchée. C’est la cinquième guérison.
Pourquoi je vous relate cela ? Simplement parce qu’il s’agit du parcours de Jésus, du parcours aussi de nos maladies que Jésus vient guérir : Le souffle impur, la fièvre, la lèpre, la paralysie, et la main qui n’agit pas selon le désir de Dieu. On a besoin d’être délivré de toutes ces maladies qui sont l’expression de nos fragilités humaines.
Aujourd’hui, c’est de la fièvre dont il s’agit. Les Écritures nous en parlent de façon assez explicite dans le livre du Deutéronome au ch. 28 : « Si tu ne respectes pas les commandements de Dieu – résultat de ton manque de foi, de fidélité et de confiance en Lui – l’Éternel te frappera de consomption, c’est-à-dire d’amaigrissement et de dépérissement, de fièvre, d’inflammation, de chaleur brûlante, qui te poursuivront jusqu’à ce que tu périsses »
Voilà ce dont souffre la belle-mère de Simon.
Remarquez qu’il n’est pas dit que Jésus la guérit mais qu’on parla d’elle à Jésus, qu’il s’approche, lui prend la main et la fait se lever. Alors la fièvre la quitte et elle se met à les servir.
En écrivant tout cela je suis interpellé par la nécessité et la puissance de la prière, des demandes d’intercession – on parla d’elle à Jésus - des demandes d’intercession que l’on fait pour tous ceux qui souffrent d’une manière ou d’une autre et qui ont besoin d’être guérit. Cette prière peut être pour les autres mais aussi pour nous-mêmes. 
Dans notre prière, il y a cette part de confiance, de foi en Celui qui vient nous réveiller et nous relever.  On a d’abord besoin d’être réveillé avant d’être relevé et cette main tendue de Jésus n'est pas magique, elle nous dit la compassion, la proximité, la tendresse et l’amour de Dieu à travers le geste de son Fils Jésus. Un geste que nous sommes invités à poser car, selon ce qui est écrit dans l’Évangile de Jean, Jésus dit aussi : « Amen, Amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais et il en fera même de plus grandes…et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai ». (Jean 14,12)
Comme Jésus vient le signifier par ce geste de restauration qui est une expression de notre résurrection, je nous invite à prier, à ouvrir notre cœur en toute confiance à Celui qui nous veut du bien. Nous ferons alors partie de toute cette foule des croyants qui était rassemblée devant la porte et que Jésus guérissait de diverses maladies.
Amen


Invitation au Notre Père

Seigneur notre Dieu, Toi la Source de la vie, toute joie nous vient de toi. Dans la foi et la confiance, accueillons ces paroles de bienveillance qui sont une Bonne Nouvelle à entendre. Tournons notre prière vers Celui qui est notre Père. 

Raymond le 14 janvier 26


mardi 13 janvier 2026

Liturgie de la Parole 1er mardi TO-II Marc 1, 21-28

Méditation 

Avec la reprise du temps dit ordinaire nous retrouvons l'évangile de Marc.  Avec lui, tout va très vite. Jésus est revenu du désert où il s'était retiré après son baptême par Jean et à la suite de Jean qui a été arrêté, il part pour la Galilée où il proclame l'évangile de Dieu et appelle ses 1er disciples. Le lendemain, ils se rendent à Capharnaüm et « aussitôt » mot qu'affectionne Marc, ils vont à la synagogue, c'est jour de sabbat, et Jésus enseigne. Quel est cet enseignement ? Marc n'en dit rien . Cependant, les gens sont frappés par ce qui est proclamé mais surtout par celui qui enseigne. «  Il enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes. » La parole de Jésus n'est pas une simple interprétation des scribes ni de la Tradition, c'est une parole authentique qui vient de sa personne, une parole de liberté, - liberté d'action, liberté de chemin -  parole de créativité. Et Marc nous montre que Jésus n'est pas seulement libre mais aussi libérant, il libère l'humain de ce qui lui pourrit la, vie. 
 « Aussitôt » mot qui n'est pas mis dans la traduction, la Parole  se montre efficace et réalise se qu'elle dit. 
Aussitôt, un homme possédé  par un esprit impur c-à-d divisé, mélangé, multiple,  se met à crier. Il est à remarquer que l'enseignement des scribes ne dérangeait pas cet homme auparavant mais la présence de Jésus  dévoile le démon, elle est source de questionnement. « Que nous veux-tu ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es ? »  Un pluriel : « nous » et un singulier : « je ». Le démon est à la fois pluriel et singulier. La prise de possession d'une personne par le démon la rend multiple, la disperse, elle n'est plus elle-même. Jésus va libérer cet homme de l’enfermement où il se trouve. Même si ce que le démon déclare est juste : « Tu es le saint de Dieu » c'est un savoir et non la foi,  Jésus ne veut pas discuter avec lui et d'une parole  « Tais toi ! Sors de cet homme », il le chasse. Le démon sort en vociférant. Ferme et avec autorité la parole de Jésus libère l'homme.
Par  cet évangile nous voyons que l'esprit du mal est vaincu, que Jésus est vainqueur. 

« Tous dans la synagogue sont frappés de stupeur. Voilà un enseignement nouveau donné avec autorité. Sa renommée se répandit aussitôt partout. »
Certes, sa renommée est venue jusqu'à nous mais sa Parole nous émerveille t-elle encore ?  Sommes-nous frappée de stupeur lorsque nous l'entendons ? 

Ce temps de la Nativité que nous venons de célébrer, nous a rappelé que Jésus est venu sur terre   pour sauver l'humanité, libérer l'homme et lui redonner la possibilité de vivre en relation avec Dieu, s'il le veut. Il est venu le libérer du mal qui le tiraille et le divise. 
Nous ne sommes pas possédés mais le mal est bien présent. Quand la tentation m'envahit ai-je le courage de crier et d'appeler au secours Jésus ou bien je m'appuie sur mes propres forces pour essayer de me libérer ? Bien vite je déchante car je ne suis pas armé pour ce combat et le démon le sait mieux que moi. Une prière humble, confiante, qui prend appui sur sa Parole,  voilà le chemin de la victoire.  Alors libéré, je pourrai à mon tour m'émerveiller et rendre grâce.  

Sr Jean Baptiste le 13 janvier 26



lundi 12 janvier 2026

Liturgie de la Parole 1er lundi TO-II Marc 1, 14-20

« L’appel des quatre premiers disciples »

Méditation 

Il me semble que la liturgie nous fait faire des bonds de Kangourou : il y a peu, la crèche de Bethléem, aujourd’hui, les bords de la mer de Galilée : un bond de 30 années !

Dans les 2 premiers versets de sa page d’Evangile d’aujourd’hui, Marc brosse un bref panorama mais très lumineux de ce sera le message de Jésus dans l’avenir. 
En effet, Jésus revient du désert de Judée où il a été tenté, il gagne la Galilée.


1.  Sa mission débute, là, en Galilée. Mais il ne la commence, nous dit le 1° verset, que lorsque Jean Baptiste, jeté en prison, a interrompu la sienne. 
Il y a donc un rapport de continuité entre eux. 
La Galilée ! : - le carrefour des nations, peuples, cultures et langues,
- le passage obligé des armées étrangères et des commerçants,
- la vieille terre de brassage entre Juifs et païens car avec ses frontières, très floues, Israël est en relation avec les territoires païens :   
Au Nord Tyr et Sidon, la Syro-Phénicie, l’actuel Liban.
Au Sud Est, la Décapole, l’actuelle Jordanie.
Pour Marc, qui fait de cette province LE CENTRE MISSIONNAIRE de Jésus, s’accomplit également la prophétie messianique d’Isaïe : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » 

2.   Le 2° verset nous apprend que l’heure de la mission est venue, et nous donne le thème fondamental de la proclamation qui sera faite par Jésus : « Le règne de Dieu est proche et donc il nous faut nous convertir. » 
Une invitation pour nous également !

La suite du récit peut être plus méditative.
Jésus est en marche ! La mission presse !
Il marche au bord du lac de Galilée, plus communément, le lac de Tibériade : une grande étendue d’eau, 21 km sur 12, très poissonneuse qui ouvre un large horizon sur les terres païennes. 
Je regarde Jésus. Il semble pensif, préoccupé, recueilli. 
Essayons de deviner son intérieur, ses pensées :
      *   Est-il en relation, en communion avec son Père ? Pas de doute !
      *   Lui demande-t-il conseil sur sa mission qui débute ? très probablement ! 
      *   Doit-il s’entourer d’une équipe de collaborateurs ? Bien sûr!
      *   Des pécheurs de poissons pourraient-ils devenir des pécheurs d’hommes ? Pourquoi pas !
      *   Israël regorge de spécialistes et de docteurs de la loi ! Serait-ce un bon choix ? 
Hm !!...  Non !
Jésus relève la tête et voit Simon et André, deux frères, deux pêcheurs qui jettent leurs filets. Tiens, Simon a été vu en premier ??!, pur hasard ou …  une volonté spontanée ?
Tout commence par un regard, un regard qui va jusqu’au fond du cœur de l’homme. 
Puis, un appel : « Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » …  Et cet appel, qu’a-t-il comme résonnance sur ces hommes ??? 

Un langage professionnel pour une mission future ???
Un jeu de mots … mais pas très limpide : le filet emprisonne. Alors, ces hommes sont-ils appelés pour en attirer d’autres afin de les priver de leur liberté ? 

Non ! ici l’image est employée positivement, c’est la perspective missionnaire du disciple.

Et puis, une chose plutôt étonnante : les 2 hommes abandonnent, sur le champ, leur activité et suivent cet homme qu’ils ne connaissent ni d’Eve ni d’Adam, comme on dit !

Et l’étonnement grandit, plus encore, quand on lit, qu’à quelques pas de là, est lancé un 2° appel, aussi bref et parfaitement calqué sur le premier : 2 hommes, 2 frères, 2 pêcheurs, … un appel et … un abandon de l’activité, … sur le champ !
Est-ce possible que l’événement se soit produit de la sorte ! Oh ! c’est peu probable.

Mais alors, quel est le sens, voulu par Marc de cette mise en scène si schématisée ?
  -   Il reproduit l’appel d’Elisée par Elie dans le 1° livre des Rois 19, 19-21 : même brièveté, même réponse soudaine ! Et … un pont entre les deux Testaments !
  -   Il met en relief la radicalité de notre foi dans notre engagement au service du Messie.
  -   c’est Jésus qui a l’initiative de cette relation nouvelle et intime, … et pour y entrer une rupture est nécessaire.
  -   Marc montre enfin que la parole de Dieu est efficace et créatrice : il dit et c’est fait : un rappel de la création. 

En effet, Jésus vient de créer le début de ses proches collaborateurs : Simon et André, Jacques et Jean. Le début de l’institution des « Douze », le début de l’Eglise.

      Remarque
Maintenant, si nous comparons le récit de Marc et celui de Luc :  Luc a un texte beaucoup plus élaboré. Pourquoi ?

Eh bien, Luc écrit pour les Grecs dont les décisions ne sont bonnes que si elles sont prises en connaissance de cause, avec une réflexion affinée, un discernement pointu, et avec toutes les sécurités nécessaires pour l’avenir … et bien sûr, une liberté absolue.

Alors Luc raconte l’appel des 4 apôtres, accompagné d’un signe : une pêche miraculeuse.
Donc les pêcheurs de Luc voient un Jésus dont la parole est sûre, efficace, fiable et toute puissante. Ils peuvent lui faire confiance et donc le suivre.


Invitation au Notre Père

Réécoutons notre propre appel, remettons-le entre les mains de notre Père et confions-lui la suite de notre marche en sa présence.

Sr Anne-Françoise le 12 janvier 26


dimanche 11 janvier 2026

Matthieu 3, 13-17 Liturgie de la Parole fête du Baptême du Seigneur année A

Méditation 1

Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd'hui, nous célébrons la fête du Baptême du Seigneur et l'Evangile nous présente une scène étonnante: c'est la première fois que Jésus apparaît en public après sa vie cachée à Nazareth; il arrive sur la rive du Jourdain pour être baptisé par Jean (Mt 3, 13-17). Il s'agissait d'un rite par lequel les gens se repentaient et s'engageaient à se convertir; un hymne liturgique dit que les gens allaient se faire baptiser «l'âme et les pieds nus» — une âme ouverte, nue, sans rien couvrir —, c'est-à-dire avec humilité et le cœur transparent. Mais en voyant Jésus se mêler aux pécheurs, on est étonné et on se demande: pourquoi Jésus a-t-il fait ce choix, Lui, qui est le Saint de Dieu, le Fils de Dieu sans péché, pourquoi a-t-il fait ce choix? Nous trouvons la réponse dans les paroles de Jésus à Jean:  «Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice» (v. 15). Accomplir toute justice: qu'est-ce que cela signifie?
En se faisant baptiser, Jésus nous révèle la justice de Dieu, qu'il est venu apporter au monde. Nous avons souvent une idée étroite de la justice et nous pensons qu'elle signifie: celui qui fait le mal paie et répond ainsi au mal qu'il a fait. Mais la justice de Dieu, comme l'enseigne l'Ecriture, est bien plus grande : elle n'a pas pour but la condamnation du coupable, mais son salut et sa renaissance, pour le rendre juste : d’injuste à juste. C'est une justice qui vient de l'amour, de ces entrailles de compassion et de miséricorde qui sont le cœur même de Dieu, le Père qui s'émeut lorsque nous sommes opprimés par le mal et que nous tombons sous le poids des péchés et des fragilités. La justice de Dieu ne veut donc pas distribuer des punitions et des châtiments mais, comme l'affirme l'apôtre Paul, elle consiste à nous rendre justes, nous, ses enfants (cf. Romains 3, 22-31), en nous libérant des pièges du mal, en nous guérissant, en nous relevant. Le Seigneur n’est jamais prêt à nous punir, il tend la main pour nous aider à nous relever. Et nous comprenons ainsi que, sur les rives du Jourdain, Jésus nous révèle le sens de sa mission : il est venu accomplir la justice divine, qui est de sauver les pécheurs ; il est venu prendre sur ses propres épaules le péché du monde et descendre dans les eaux de l'abîme, de la mort, pour nous sauver et non nous noyer. Il nous montre aujourd’hui que la véritable justice de Dieu est la miséricorde qui sauve, Nous avons peur de penser que Dieu est miséricorde, mais Dieu est miséricorde, parce que sa justice est précisément la miséricorde qui sauve, c’est l'amour qui partage notre condition humaine, se fait proche, solidaire de notre douleur, en entrant dans nos ténèbres pour apporter la lumière.
Benoît XVI a affirmé que « Dieu a voulu nous sauver en allant lui-même jusqu'au fond de l'abîme de la mort, pour que chaque homme, même celui qui est tombé si bas qu'il ne voit plus le ciel, puisse trouver la main de Dieu à laquelle se raccrocher et remonter des ténèbres pour revoir la lumière pour laquelle il est fait » (Homélie, 13 janvier 2008).
Frères et sœurs, nous avons peur de penser à une justice si miséricordieuse. Allons de l’avant : Dieu est miséricordieux. Sa justice est miséricordieuse. Laissons-le nous prendre par la main. Nous aussi, disciples de Jésus, nous sommes appelés à exercer la justice de cette manière, dans nos relations avec les autres, dans l'Eglise, dans la société : non pas avec la dureté de ceux qui jugent et condamnent en divisant les gens entre bons et mauvais, mais avec la miséricorde de ceux qui accueillent en partageant les blessures et les fragilités de nos sœurs et de nos frères, afin de les relever. Je voudrais le dire ainsi : Pas en divisant, mais en partageant. Ne pas diviser, mais partager. Faisons comme Jésus : partageons, portons les fardeaux les uns des autres au lieu de médire et de détruire, regardons-nous les uns les autres avec compassion, aidons-nous les uns les autres. Demandons-nous : suis-je une personne qui divise, ou qui partage ? Pensons un peu : suis-je un disciple de l’amour de Jésus ou un disciple des commérages, qui divise ? Les commérages sont une arme létale : ils tuent, ils tuent l’amour, ils tuent la société, ils tuent la fraternité. Demandons-nous : suis-je une personne qui divise ou une personne qui partage ?
Et maintenant, prions Marie qui a donné naissance à Jésus, le plongeant dans notre fragilité pour que nous puissions recevoir à nouveau la vie.

Pape François angelus du 8 janvier 23 fête du Baptême du Seigneur année A

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Méditation 2

En relisant pour la nième fois ce court passage de l’évangile de Matthieu, qui nous raconte le baptême de Jésus, et que je croyais bien connaître, je me suis arrêté, étonné, sur une phrase : « Alors Jean le laisse faire ». Jésus vient de dire « laisse faire pour le moment », et « alors Jean le laisse faire ». C’est Jean qui laisse faire Jésus. Mais faire quoi ? n’est-ce pas pourtant Jean lui-même qui agit en baptisant Jésus ? Pourquoi employer ici le passif pour Jean qui est celui qui agit dans cette scène ? C’est vrai, je ne suis pas allé voir ce que dit le texte original. Peut-être la traduction que nous venons d’entendre n’est-elle pas tout à fait fidèle à l’intention de l’auteur du texte grec. Mais peut-être que si. Et après tout, peu importe, puisque la parole que l’Eglise nous propose d’écouter aujourd’hui, dit bien « Alors Jean le laisse faire ». Ce n’est certainement pas anodin.
Eh bien je vous propose d’entendre dans cette phrase la docilité de Jean, qui est bien celui qui agit, mais qui agit sur la parole de Jésus. Comme si l’action qu’il produit lui échappait ; comme si la volonté de Dieu était le vrai acteur de cette action. Jean se fait l’instrument de l’action de Dieu.
De fait, c’est bien Dieu qui agit par la main de Jean. C’est bien l’Esprit Saint qui baptise, quand Jean, par ses mains, verse l’eau sur Jésus sortant du Jourdain dans lequel il s’est entièrement immergé. C’est le même Esprit Saint qui agit lorsque le prêtre ou le diacre verse l’eau sur le front du baptisé. C’est bien le célébrant qui fait le geste, mais il le fait - et il le dit - non pas en son nom propre, mais « au nom du Père, du Fils et du St Esprit ». Le rituel du baptême est donc une occasion de montrer, de signifier, de faire signe, que Dieu est le vrai acteur de nos vies, si nous acceptons de lui prêter notre corps, nos membres, et même notre volonté.

Comment ce passage d’évangile qui nous est donné aujourd’hui peut-il éclairer nos vies, nos quotidiens ? car c’est pour cela que nous le lisons. La docilité de Jean à la volonté de Dieu nous est un exemple, un modèle. Quand nous disons à chaque « Notre Père » : « Que ta volonté soit faite », n’est-ce pas que nous souhaitons nous mettre au service de sa volonté ? Cela demande une bonne dose d’humilité, une bonne dose de confiance, de foi. 
Comme Jean qui « laisse faire », soyons nous aussi des hommes et des femmes qui laissent Dieu agir en nous, par nous, pour que Son règne vienne, pour que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. C’est à dire pour la gloire de Dieu et le salut du monde.


Daniel Bichet, diacre permanent
Commentaire radiophonique enregistré pour Fidélité, Nantes.
https://homelies-diacres.danielbichet.fr/commentaires/mt3,13-17db2017.html