Liturgie de la Parole 14e samedi TO-I
Méditation
Lectures: Genèse 49,29-33; 50,15-24 Matthieu 10,24-33
« Joseph répondit [à ses frères] : « Soyez sans crainte ! Vais-je prendre la place de Dieu ? Vous aviez voulu me faire du mal, Dieu a voulu le changer en bien, afin d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui : préserver la vie d’un peuple nombreux. Soyez donc sans crainte : moi, je prendrai soin de vous et de vos jeunes enfants. » Il les réconforta par des paroles qui leur allaient au cœur. »
Les paroles de Joseph à ses frères qui l’avaient trahi, bafoué sont un sommet.
« Vais-je prendre la place de Dieu ? » : Que veut dire Joseph ? Je m’inspire du commentaire qu’André Wenin nous a fait de ce passage (et qu’il développe dans son livre « Joseph ou l’invention de la fraternité » où il met en relief toute la subtilité du récit et des termes employés [1]). Vous vous dites : « serviteurs du Dieu de » mon père… qui est aussi le vôtre ! Et vous voudriez devenir mes esclaves ! Pourquoi avez-vous peur ? Cela fait 17 ans que nous sommes réunis en Égypte. Ce n’est pas parce que notre père n’est plus là, que je vais en profiter pour me venger. Oui vous m’avez fait du mal… Et ce mal, ce crime, ce désir de me faire disparaître, dont vous n’avez jamais osé me parler depuis que je me suis fait reconnaître de vous, continue à ronger votre cœur.
Et Joseph fait une relecture de son histoire douloureuse, il y voit l’action de Dieu qui a changé un mal en bien. Non seulement pour sa famille proche, mais pour un peuple nombreux. Celui de tous ceux qui vinrent en Égypte chercher du grain lors de la grande famine de 7 ans, celui qui naîtra des 12 frères, celui qui se nourrit de cette histoire. Il a vécu avant l’heure l’invitation de saint Paul aux Romains : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien » (Romains 12,21) … Mission impossible à nos seules forces !
« Tous ces malheurs ont été traversés et comme fécondés par la présence de Dieu, une bénédiction (voir 39,5) à laquelle Joseph a acquiescé. » (écrit A Wenin p 318)
D’une épreuve traversée, non sans douleur, Dieu tire un bien… que Joseph, et nous aussi, ne discernons que plus tard. Ce n’est pas le mal qui a le dernier mot, mais le projet de vie de Dieu.
D’une certaine manière, Joseph a vécu ce que Jésus enseigne à ses disciples dans l’Évangile d’aujourd’hui. Il n’est pas au-dessus du Seigneur, il est disciple. Il ne s’est pas laissé tuer l’âme par le mal qu’il a subi. Et c’est cela qu’il proclame en pleine lumière devant ses frères craintifs et repentants. Chacun vaut bien plus qu’une multitude de moineaux, il n’a pas à avoir crainte, mais au contraire à vivre dans la confiance en ce Dieu bienveillant qui veille et protège.
Malgré les apparences, le mal n’a pas le dernier mot ! Quelle source d’espérance en cette année jubilaire, malgré un contexte préoccupant, guerre mondiale en morceaux, dérèglement climatique, faim dans le monde, trafic d’êtres humains et autres préoccupations qui nous dépassent. Prions le Seigneur que notre âme ne soit ni anesthésiée, ni tuée par ce qui nous atteint et ce qui atteint nos frères et sœurs. Prions l’Esprit Saint de nous aider à être vainqueurs du mal par le bien, même et surtout quand cela nous semble difficile ou impossible. Qu’il nous garde dans la confiance, dans l’espérance. Qu’il fasse de nous des disciples du Christ.
Invitation au Notre Père
Seigneur, avec Joseph, avec Jésus, nous te prions et te demandons de nous apprendre à pardonner, à être vainqueurs du mal par le bien. Que l’Esprit Saint chante en nos cœurs la prière des enfants du Père.
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[1] André Wenin. Joseph ou l’invention de la fraternité (Genèse 37-50). Editions Lessius, collection : lelivre et le rouleau. Bruxelles 2005 p 305-327
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