Liturgie de la Parole 2e dimanche TO année A Jean 1, 29-34 ; Isaïe 49,3.5-6 ; 1 Corinthiens 1, 1-3
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Bienvenue à cette
Eucharistie du dimanche pour célébrer le Christ ressuscité, le Christ vivant.
Il est là, dans la foi, il est là présent. C’est lui qui nous rassemble et qui
nous nourrit de sa parole et de son Pain de vie. Au début de cette célébration ouvrons
nos cœurs, ouvrons nos esprits aussi. Rendez-les disponibles aussi à ce que le
Seigneur veut nous transmettre, nous donner.
Homélie
Frères et sœurs il
arrive parfois que dans la vie courante, dans la vie professionnelle on doive
rédiger un CV, un curriculum vitæ. C’est un abrégé de ce qu’a été notre vie,
surtout sur le plan professionnel jusqu’à ce jour. Et qu’est-ce qu’on met dans
un CV ? Habituellement on met les études qu’on a faites ; on met
éventuellement les fonctions qu’on a occupées préalablement, l’expérience que
l’on a acquise. On cite ses titres, on cite aussi ses aptitudes etc.
Et on essaye finalement
toujours de dorer un petit peu la pilule, si j’ose dire, il s’agit un peu de se
vendre. Ce n’est pas toujours d’une très grande objectivité !
Si l’on cherche
l’objectivité, il vaut beaucoup mieux dans le fond avoir recourt à un
témoignage d’une autre personne. On ne parle en général pas toujours très bien,
pas de façon très juste de soi. Les autres en général, surtout s’il s’agit de
personnes autorisées, là, c’est un témoignage qui est beaucoup plus crédible.
Eh bien c’est un
petit peu ce que nous avons dans l’Evangile de ce jour, où il y a un témoin
autorisé, une personne véritablement qui est acceptable : Jean-Baptiste
qui nous parle de Jésus. Jean, ce n’est pas n’importe qui. Jésus le qualifiera
de plus grand des enfants des hommes (cf. Matthieu 11,11). C’est un prophète
bien entendu et il vient en quelque sorte clore toute cette lignée de grands
témoins, de ces géants de la sainteté qui ,au fil des générations, se sont
efforcés de réveiller la foi en Dieu au sein du peuple d’Israël. Jean-Baptiste
n’est pas simplement un prophète, il est aussi une sorte d’incarnation de la
Loi. Par exemple, il osera reprocher à Hérode son comportement : tu ne
peux pas avoir la femme de ton frère, c’est tout-à-fait contraire à la Loi. Et
il en paiera d‘ailleurs le prix (cf. Matthieu 14,1-12).
Il est celui qui a
sans doute le mieux vécu le premier commandement : « Ecoute Israël,
tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute
ta force » (Deutéronome 6). Si nous cherchons quelques personnes qui ont vraiment
vécu à fond ce premier commandement, le commandement le plus important de toute
la Loi, je pense bien entendu à Marie, la mère du Christ, mais Jean-Baptiste
est aussi celui qui a vécu cela. C’est un ascète. C’est aussi quelqu’un qui se
ressource à l’événement fondateur d’Israël, ce miracle de la mer. Après tout,
son baptême qu’est-ce que c’est ? C’est faire revivre sous un mode
symbolique, à tous les Juifs qui veulent se convertir, faire revivre cet
évènement fondateur du miracle de la mer, le peuple qui en quelque sorte plonge
dans la mer et qui en ressort et se met à vivre finalement de la vie même de
Dieu.
Donc Jean est
certainement une personne extrêmement autorisée pour nous dire en profondeur et
en vérité qui est Jésus. Eh bien que dit-il ? Il le présente d’une façon
un peu étrange : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du
monde ». Jean pense peut-être à l’agneau pascal. Jean pense peut-être à ce
serviteur souffrant du livre d’Isaïe, dont on dit qu’il s’est laissé faire face
à ses ennemis, il s’est laissé mourir comme un agneau au sacrifice (Isaïe 53,7-12).
Jean pense peut-être aussi à ce rite qui avait lieu matin et soir au temple de
Jérusalem à la troisième heure (c’est-à-dire dans la matinée) et au soir à la
neuvième heure, on offrait chaque jour à Dieu le sacrifice d’un agneau pour les
péchés du peuple ; C’est peut-être à tout cela que pense Jean quand il
désigne Jésus comme étant le véritable Agneau qui enlève le péché du monde.
Il le présente
aussi comme celui sur lequel demeure l’Esprit. Ça, c’est quelque chose de très
important. Dans l’Ancien testament il y a ces personnes qui reçoivent l’Esprit,
parfois d’une manière très spectaculaire, très forte. Mais en général c’est
pour exécuter telle ou telle action. En général cette possession par l’Esprit
est passagère. Ici, on nous dit de Jésus que l’Esprit « demeure sur
lui », c’est-à-dire que l’Esprit est là en plénitude et en permanence.
Bien entendu, si Jésus possède l’Esprit de cette façon, ce sera pour le donner
à la communauté humaine, la communauté de ses disciples. Mais pour le moment
cette puissance totale, complète, de l’Esprit, repose, littéralement, sur lui.
Et Jean sait ce dont il parle puisqu’il est investi lui-même par l’Esprit
depuis le ventre de sa mère.
Et puis il y a
cette présentation plus classique pour nous de Jésus comme Fils de Dieu, comme
Messie attitré, qui va apporter le salut de Dieu.
C’est important,
frères et sœurs, que Jésus soit ainsi révélé publiquement au peuple d’Israël.
d’une certaine façon Marie l’a mis au monde en lui donnant un corps humain, une
vie humaine. Joseph a introduit Jésus dans une lignée, lui a donné un nom. Mais
c’est jean Baptiste qui le fait entrer dans l’histoire sainte proprement dite
du peuple d’Israël, que Jésus va accomplir.
C’est très
important de désigner explicitement l’envoyé de Dieu. Parce que, comment, sans
cela, Jésus pourrait-il attirer l’attention ? Comment est-ce que Jésus
pourrait attirer à Dieu des disciples. Après tout, les premiers disciples, nous
le voyons dans la suite immédiate de l’Evangile de saint Jean, les premiers
disciples qui vont faire connaissance de Jésus, ce sont des disciples issus du
groupe de Jean le Baptiste qui, précisément, parce que Jean le désigne, vont se
mettre à suivre Jésus et vont petit à petit apprendre à le connaître
personnellement. Mais pour le connaître personnellement, pour le rencontrer il
faut d’abord qu’on soit guidé vers la personne même de Jésus.
C’est un petit peu
comme dans l’Evangile de la Samaritaine (Jean 4,28-30.39-42). On a cette femme
qui vient dire aux gens de son village : voilà quelqu’un qui m’a dit
absolument tout ce que j’avais fait, ne serait-ce pas le messie ? et après
avoir rencontré personnellement Jésus, tous les samaritains de ce village
disent à cette femme : ce n’est plus parce que tu nous l’as dit que nous
croyons qu’il est le Messie, le Sauveur du monde, c’est parce que nous l’avons
constaté pat nous-mêmes, et nous attestons qu’il est réellement le Sauveur
attendu.
Frères et sœurs, en
ce jour, nous pouvons peut-être penser aux personnes qui ont été cette espèce
de Jean-Baptiste dans notre propre itinéraire de foi. Il y a des gens qui nous
ont montré pour ainsi dire le Christ, de telle sorte que nous puissions nous
aussi le suivre, le rencontrer personnellement, en faire une expérience
personnelle. C’est peut-être le moment de repenser à ces personnes qui ont été
comme cela des jalons sur notre chemin, qui ont été cet index pointé vers
Jésus. Nous pouvons penser à ces personnes, nous pouvons les remercier
intérieurement, nous montrer reconnaissants à Dieu pour ce qu’elles nous ont
transmis, ce qu’elles nous ont donné.
Et puis nous
pouvons aussi penser à cette mission que l’Eglise reprend à c-son compte. Cette
mission qui consiste, comme Jean en son temps, à désigner le Christ aux hommes
et aux femmes de noter temps.
C’est intéressant
de voir la façon dont Jean-Baptiste guide les gens vers Jésus. Il commence par
éveiller en eux un désir de Dieu. Manifestement les disciples qui sont
rassemblés autour de Jean, ce sont des gens qui en veulent, ils ont été séduits,
attirés, interpellés par la parole, la parole de feu de ce prophète, qui a
éveillé en eux ce désir de Dieu, ce désir de recevoir le pardon, la
miséricorde, la lumière et l’amour du Dieu d’Israël. Et puis quand ce désir a
été bien éveillé, Jean montre celui qui, en quelque sorte, va combler leur
attente : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du
monde ».
Aujourd’hui, frères
et sœurs, nos contemporains attendent de tels témoins. Demandons à l’Esprit
Saint de susciter au sein de l’Eglise de notre temps, des hommes et des femmes,
des groupes capables d’éveiller, de stimuler dans nos contemporains le désir de
Dieu, pour les conduire, eux aussi petit à petit vers le Christ et incarner
véritablement cette évangélisation que toute l’Eglise, que le monde appelle de
ses vœux.
Père Jean-Michel Counet Hurtebise le 18 janvier 26