lundi 5 janvier 2026

Matthieu 4, 12-17.23-25 Lundi après l’épiphanie, 5 janvier 2026

Résonnances 

En cette semaine qui nous fait cheminer de la visite des mages à Bethléem, jusqu’aux rives du Jourdain pour la fête baptême, les lectures tracent le chemin des épiphanies. Fil rouge : la première lettre de Jean : une méditation de l’amour de Dieu pour nous et de ce que cet amour fait en nous quand nous l’accueillons dans la foi. Nous entendrons au long de cette semaine des extraits de chacun des quatre évangiles : ils nous ouvrent les portes vers le temps ordinaire, vers le récit de la vie publique de Jésus.
Aujourd’hui, nous entendons donc Matthieu, avec une de ces citations d’accomplissement dont il a le secret : « tout cela est arrivé afin que s’accomplisse la parole du Seigneur prononcée par le prophète… » Matthieu a vraiment le souci de relier l’AT au NT, et surtout au début de son évangile : c’est comme une couture qui va en avant en arrière… Aujourd’hui, nous recevons donc l’accomplissement de la lecture d’Isaïe que nous avons entendue durant la nuit de Noël : « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière… »
Au fond, Matthieu campe le décor. Pas seulement un décor géographique (Galilée, Nazareth, Capharnaüm, mer de Galilée, territoire de Zabulon et de Nephtali). Pas seulement un décor humain (malades, possédés, épileptiques, paralysés, grandes foules, gens venus de tous les coins de l’horizon). Mais aussi un décor scripturaire, un terreau scripturaire dans lequel la bonne nouvelle va pouvoir germer et grandir, parce qu’elle a pu développer auparavant de bonnes racines.
Et nous, comment nous situer aujourd’hui devant ces textes qui plantent le décor pour franchir doucement le seuil de l’année nouvelle, pour passer de l’épiphanie des mages à l’épiphanie du baptême ?
Planter le décor… comme le fait cette crèche.
Est-ce juste une belle décoration de Noël, que nous ressortons chaque année avec une sorte de joie mêlée de respect ? Est-ce juste pour faire beau et pour avoir un support visuel qui nous aide à raconter une belle histoire aux enfants ? Et d’ailleurs, est-ce vraiment une belle histoire ? N’est-ce pas plutôt une histoire assez triste, tragique, éprouvante ? Car enfin, les circonstances dans lesquelles Marie a dû mettre au monde son enfant ne sont franchement pas enviables ! Plus qu’un décor, une décoration, la crèche a la puissance d’un symbole… selon la façon dont on l’approche, elle exerce sur nous une puissance quasi sacramentelle. Oserais-je la comparaison avec le cierge pascal durant le temps pascal ?
Je pense à cette parole du pape François (dans Desiderio desideravi) qui dit que nous devons retrouver notre capacité d’émerveillement pour accueillir la puissance des symboles. Comme une naïveté seconde. Pas celle de l’enfant qui croit que tout s’est passé exactement comme cela. Pas celle du rationaliste qui croit savoir que rien ne s’est passé comme cela. Mais celle d’un cœur qui lâche prise, qui accepte de penser que les choses ont dû se passer comme cela, dans une extrême pauvreté, dans une extrême beauté.
L’œuvre d’art, si nous la laissons faire – car elle « œuvre » en nous, par elle-même – a le don de nous introduire dans le mystère, de nous faire devenir personnage de la crèche, de nous « ravir ». Berger ou mage. Cœur de pauvre qui cherche Dieu au milieu de la nuit. Alors résonne de manière nouvelle la prophétie d’Isaïe, alors nous enfonçons nos racines dans le terreau des Écritures. Alors, nous reconnaissons que c’est pour nous qu’elle a été écrite : « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ».
« Le peuple qui marchait » … Il nous faut continuer à marcher, à cheminer, même si les ténèbres recouvrent la terre. Nous savons que Jésus s’est installé en Galilée, à Capharnaüm, au bord du lac, pour nous rejoindre au cœur de nos existences, de nos combats quotidiens. Jésus, « l’homme qui marche ». Et qui nous montre une grande lumière.

Sœur Marie-Raphaël le 5 janvier 26


Aucun commentaire: