vendredi 30 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e vendredi TO-II Marc 4, 26-34

Résonnances 

« Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur enseignait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier ». (Marc 4, 33-34)
Depuis mercredi, nous recevons le discours en paraboles, selon Marc. Aujourd’hui, c’est la conclusion. Cette conclusion nous invite à un regard plus global sur l’ensemble de ce discours.
Ce qui est fascinant dans la façon dont Marc raconte ce discours, c’est qu’il y a une sorte de concomitance entre le dit et le dire. Jésus dit : « écoutez ! voici que le semeur sortit pour semer », etc. S’ensuit la parabole sur la façon dont le grain va germer. Ce que Jésus dit, c’est précisément ce qu’il est en train de faire : il est « sorti » (sorti de la maison, sorti du sein du Père) pour semer la Parole.
Sa parole n’est pas extérieure à ce qu’il fait. Elle est le miroir de son agir. En littérature, on appelle cette technique un « récit spéculaire » ou encore une « mise en abyme ». L’image pour le représenter, c’est : un homme assis devant un paysage qui peint un homme assis devant un paysage qui peint un homme assis devant un paysage qui peint… etc.
Cette technique littéraire n’est pas là juste pour le plaisir d’une belle technique littéraire. Elle est là pour provoquer l’auditoire à oser à son tour mettre un pied dans le paysage.
Mais l’auditoire, c’est qui ? Dans le texte, on perçoit deux groupes (mais il y en a un troisième) : le groupe de ceux qui sont « à l’intérieur », les disciples, et le groupe de ceux qui sont « dehors », la foule. Pour ceux qui sont dehors, Jésus parle en paraboles et cela reste des paraboles. Ils n’entrent pas dans le paysage, ils ne se sentent pas concernés. Ils ont des oreilles et n’entendent pas, ils ont des yeux et ne voient pas (pour le dire à la manière du prophète Isaïe cité par Jésus). 
Nous remarquons en effet, tout au long de ce discours, un fil rouge, une insistance très forte sur le fait d’écouter. Déjà le premier mot, « écoutez ! », puis deux fois l’expression « si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! », la citation d’Isaïe, puis la mise en garde « faites attention à ce que vous entendez ! » et encore à la fin « dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre ».
Donc, le deuxième groupe, c’est celui de ceux qui écoutent et qui entendent, qui entrent dans le paysage, qui comprennent. C’est le groupe que Marc, à la fin, désigne sous le nom de « disciples », littéralement : « ceux qui se laissent enseigner ». Relisons ces verset 33-34.
Deux groupes donc. Mais par l’effet de la mise en abyme, il y a un troisième groupe : ceux qui regardent le paysage du peintre qui peint un homme qui peint un paysage etc… autrement dit : nous. Par l’intermédiaire du texte, lu et relu dans le secret de la chambre ou dans le cadre de la liturgie, la parole de Jésus nous atteint comme si elle nous était adressée personnellement. L’Écriture devient alors sacramentelle. Ce n’est pas automatique : c’est en fonction de notre accueil, comme le dit Marc : « dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre ». Allons-nous rester au bord de la mer, à distance de Jésus ? Ou monter avec lui dans la barque ?
Une dernière chose : Jésus nous parle aujourd’hui d’une graine de moutarde. Il nous la confie. Elle est toute petite, minuscule, insignifiante. Qu’allons-nous faire de quelque chose d’aussi petit ? C’est pas la peine…
Pourtant, Jésus nous suggère de la semer. Où ça ? Dans la terre de nos vies, tout simplement. Dans notre potager intérieur. Le reste, ce qui se passe à l’intérieur de la terre, c’est son affaire.
« Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! ». (= « à bon entendeur, salut ! »)

Sœur Marie-Raphaël le 30 janvier 26


Aucun commentaire: