Liturgie de la Parole 3e dimanche TO année A Matthieu 4, 12-23
Isaïe 8, 23b-9,3 ; 1Corinthiens 1, 10-13.17
Homélie
Le petit extrait du prophète Isaïe, que nous avons entendu comme 1ère lecture, nous replace curieusement dans l’ambiance du temps liturgique de l’Avent, alors que nous avons déjà fêté Noël et que nous en sommes au 3e dimanche du temps ordinaire. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie… » Pourquoi ce retour en arrière et ce rappel d’événements passés ? Parce qu’en Jésus, qui dans saint Matthieu inaugure aujourd’hui sa mission publique, toutes les promesses de l’ancienne alliance trouvent leur accomplissement. C’est lui, la lumière des nations, le Messie longuement désiré et attendu, qui ouvre enfin à tous les hommes les portes vers la vie et la lumière. Ce qui avait fait l’objet de l’espérance de siècles et de générations, voilà que cela arrive enfin !
Or, où le Messie commence-t-il sa mission ? Non pas en Judée, la région traditionnellement fidèle à la foi au Dieu unique, ni à Jérusalem, la capitale et cité du grand roi, mais dans une région perdue de Palestine, au nord du pays. Cette région avait été conquise et colonisée en premier lieu par les Assyriens et c’était une région de grand passage. On y retrouvait donc des populations de différentes origines, cultures et religions – l’horreur pour les bien-pensants de la religion juive, car les Juifs s’y trouvaient au contact quotidien avec des païens, leurs mœurs et leurs croyances. « De Nazareth, peut-il sortir qch de bon ? » dira Nathanaël à propos de Jésus dans saint Jean, se faisant l’écho de ce mépris vis-à-vis des Galiléens. Le Messie ne commence donc pas à ouvrir un bureau ou un centre d’études théologiques dans la région la plus pure au niveau de la foi et la ville la plus importante, mais il va parcourir les régions frontières, les périphéries de l’ancien Israël pour y annoncer une bonne nouvelle. Cela devrait nous donner à réfléchir encore aujourd’hui, où beaucoup sont tentés par un nationalisme teinté de relents racistes ou par un retour avant le pluralisme religieux. Le Fils de Dieu lui-même a choisi de vivre et de prêcher dans une région mal famée, multiculturelle et pluri religieuse, allant humblement d’un village à l’autre…
Qu’a-t-il donc prêché ? Une seule exigence : « convertissez-vous », plongée dans une affirmation joyeuse et pleine d’espérance : « le royaume des cieux est tout proche ». Avec nos déformations de l’éducation catholique, nous risquons de n’entendre que l’appel à la conversion en oubliant la merveilleuse affirmation que Jésus fait et qui nous donne la force et le désir de changer de conduite. Or, il faudrait retrouver qch de la surprise des contemporains de Jésus quand il leur annonce cette présence du royaume : ils l’attendaient tout de même depuis des générations et voilà que Jésus a l’audace de leur apprendre que le moment de l’accomplissement est venu ! L’obscurité est enfin percée par un rayon de lumière, l’horizon s’éclaircit, ce n’est plus une domination ou oppression de plus, mais la vie en plénitude et la libération. Voilà vraiment une bonne nouvelle, tellement nouvelle et surprenante, incroyable qu’elle vaudra à Jésus de grosses difficultés dans son Nazareth natal. En même temps, le royaume n’est pas encore là en plénitude, il sera à construire patiemment et toujours à nouveau, le royaume annoncé et commencé par le Christ ne va pas se réaliser pleinement dans notre monde.
Super-programme, mais comment va-t-il se réaliser ? Continuons la lecture de l’évangile : Jésus appelle à sa suite deux frères, puis deux autres, et d’autres encore qui le verront faire, qui se laisseront toucher et bousculer par sa parole, qui collaboreront à sa mission. Et puis il marche, jour après jour, traversant la Galilée et les territoires voisins de part en part en enseignant et en guérissant les malades. Il est intéressant de noter qu’avec Simon-Pierre et André, Jacques et Jean, Jésus choisit des frères de sang pour le suivre en premiers. Les liens familiaux seraient-ils parmi les premiers à évangéliser ? Ou la différence des frères et sœurs exprimera-t-elle qch d’essentiel du royaume des cieux qui ne se réduit pas à une théorie, une manière de faire, une vérité immuable ? Et les porteurs de la bonne nouvelle n’auraient-ils pas à témoigner d’abord de l’évangile par leur entente et leur amour mutuel ? Ou bien Jésus a-t-il voulu les associer à deux face à la difficulté de la tâche, pour qu’ils s’aident et se soutiennent mutuellement ? C’est en tout cas l’expérience que j’ai la chance de faire avec mon frère Jean-Marie, jésuite comme moi !
En ce début d’année, entrons donc avec Jésus dans la joie du royaume. Ne laissons pas les obscurités de notre monde envahir tout notre horizon, mais levons-nous et laissons-nous remettre debout par la puissance de la Parole de Dieu faite chair pour voir la lumière et y adhérer dans la foi.
P. Josy Birsens s.j. Hurtebise le 25 janvier 26
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