vendredi 24 mars 2017

Des acclamations

Es 54
1 Pousse des acclamations,
toi, stérile, qui n’enfantais plus,
explose en acclamations et vibre,
toi qui ne mettais plus au monde ;
car les voici en foule, les fils de la désolée,
plus nombreux que les fils de l’épousée, dit le SEIGNEUR.

Viens Esprit Saint, viens nous faire entendre les promesses de salut qui nous sont adressées.

Pousse des acclamations : nous ouvrons un nouveau chapitre qui va être tout entier constitué d’un discours adressé par Dieu à Sion. La promesse de réhabilitation de la Cité sainte, déjà présente çà et là dans les chapitres précédents, va maintenant être largement développée.

toi, stérile, qui n’enfantais plus : cependant la ville ne sera jamais nommée, mais bien désignée par les différentes formes de déchéance dont elle fut l’objet : stérile, veuve, abandonnée… etc…

explose en acclamations et vibre, toi qui ne mettais plus au monde :
Jérusalem, vue comme l’épouse du Seigneur, peut faire éclater sa joie car elle retrouve cette place.

car les voici en foule, les fils de la désolée, plus nombreux que les fils de l’épousée, dit le SEIGNEUR :
voilà qui rappelle les paroles que Dieu vient d’adresser à son Serviteur (53,11) et il en sera ainsi tout au long de ce discours. L’Israël fidèle, dans la bouche du prophète, est à la fois figuré par le Serviteur et par Jérusalem.

Seigneur Jésus, mets sur nos lèvres les chants de louange, nous qui sommes témoins de tes bontés. Donne-nous de porter du fruit nous aussi et d’y trouver notre joie.

mercredi 22 mars 2017

Comblé

Es 53
11 Ayant payé de sa personne,
il verra une descendance, il sera comblé de jours ;
sitôt connu, juste, il dispensera la justice,
lui, mon Serviteur, au profit des foules,
du fait que lui-même supporte leurs perversités.
12 Dès lors je lui taillerai sa part dans les foules,
et c’est avec des myriades qu’il constituera sa part de butin,
puisqu’il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort
et qu’avec les pécheurs il s’est laissé recenser,
puisqu’il a porté, lui, les fautes des foules
et que, pour les pécheurs, il vient s’interposer.

Viens Esprit Saint, viens nous éclairer afin que cette parole nous fasse grandir dans la connaissance et l’intimité de notre Dieu

Ayant payé de sa personne, il verra une descendance : après le prophète, voilà que Dieu reprend la parole pour conclure ce passage qui se termine avec le chapitre. Comme en 52,13-15, quand Dieu parle, le ton et le sens sont complètement différents, à l’opposé d’un dieu qui veut la souffrance (v. 10) !! Au contraire, il s’agit maintenant de la réalisation du dessein de Dieu qui se concrétise dans la descendance promise.

il sera comblé de jours : « de jours » a été rajouté, le texte dit simplement « il sera comblé », ce qui encore plus beau : « il comble son bien-aimé » chantons-nous dans le psaume.

sitôt connu, juste, il dispensera la justice : dès qu’il sera « connu », dès que l’on aura connaissance de ce qu’il est – avec le sens profond du mot connaître dans la Bible. Alors, lui qui est le Juste, pourra offrir et répandre sa justice.

lui, mon Serviteur, au profit des foules, du fait que lui-même supporte leurs perversités : comme nous l’avons déjà lu (v.4) le serviteur porte, emporte, se charge lui-même de nos douleurs.

Dès lors je lui taillerai sa part dans les foules, et c’est avec des myriades qu’il constituera sa part de butin, puisqu’il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort et qu’avec les pécheurs il s’est laissé recenser, puisqu’il a porté, lui, les fautes des foules et que, pour les pécheurs, il vient s’interposer : conclusion qui reprend la mission de salut réalisée par le Serviteur et termine ce long poème (52,13 à 53,12) qui, pour la tradition juive, met en scène l’Israël fidèle, et, à partir de Jean-Baptiste, a été appliqué à Jésus.


Seigneur Jésus, avec toi nous voulons contempler l’Histoire du Salut destiné à tous les hommes. Si tu es ce serviteur qui a « payé de sa personne » tu attends aussi que chacun de nous y apporte sa pierre au jour le jour en essayant d’y accomplir ta justice. Apporte-nous ta lumière et ta force.

mardi 21 mars 2017

Comme un agneau

Es 53
7 Brutalisé, il s’humilie ;
il n’ouvre pas la bouche,
comme un agneau traîné à l’abattoir,
comme une brebis devant ceux qui la tondent :
elle est muette ; lui n’ouvre pas la bouche.
8 Sous la contrainte, sous le jugement, il a été enlevé,
les gens de sa génération, qui se préoccupe d’eux ?
Oui, il a été retranché de la terre des vivants,
à cause de la révolte de son peuple, le coup est sur lui.
9 On a mis chez les méchants son sépulcre,
chez les riches son tombeau,
bien qu’il n’ait pas commis de violence
et qu’il n’y eut pas de fraude dans sa bouche.
10 Le SEIGNEUR a voulu le broyer par la souffrance.
Si tu fais de sa vie un sacrifice de réparation,
il verra une descendance, il prolongera ses jours,
et la volonté du SEIGNEUR aboutira.

Viens Esprit Saint, éclaire pour nous cette parole, donne-nous l’intelligence de ces textes, qu’ils puissent nous révéler les desseins de notre Dieu.

Brutalisé, il s’humilie : dans ce « morceau », c’est d’abord Dieu qui a parlé (52,13-15) pour annoncer l’exaltation de son serviteur ; puis les foules (53, 1-6) qui remettent honnêtement en question leur regard sur le Serviteur : jusque là, on suit bien ! Dans le passage d’aujourd’hui, le prophète reprend la parole, et il enchaîne sur la réflexion des foules et l’humiliation du serviteur.

il n’ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent : elle est muette ; lui n’ouvre pas la bouche : l’agneau du sacrifice, présent dans le premier Testament depuis l’Exode, et bien sûr repris dans le nouveau Testament, à propos de Jésus lui-même. Toute l’iconographie nous rend présent cet Agneau, image du don parfait de lui-même qu’a accompli le Christ.

Sous la contrainte, sous le jugement, il a été enlevé, les gens de sa génération, qui se préoccupe d’eux ? : « il a été enlevé », encore une expression qui reviendra dans les Evangiles à propos de Jésus, ainsi en Matthieu (9,15) : « l’époux leur sera enlevé ». Quant à la « génération », le mot ne convient pas au sens où nous l’entendons, il serait plus explicite de lire « les gens de cette sorte », ou « les gens (méprisés) comme lui ».

Oui, il a été retranché de la terre des vivants, à cause de la révolte de son peuple, le coup est sur lui : nouvelle insistance.

On a mis chez les méchants son sépulcre, chez les riches son tombeau bien qu’il n’ait pas commis de violence et qu’il n’y eut pas de fraude dans sa bouche : difficile de voir le lien ici entre méchants et riches, mais une autre traduction donne « chez ses morts » à la place de « chez les riches ». Là n’est sans doute pas le plus important.

Le SEIGNEUR a voulu le broyer par la souffrance : par contre nous nous heurtons ici à une affirmation qui nous pose probablement problème dans la bouche du prophète. Et si nous cherchons une traduction plus littérale, on trouve « Le Seigneur s’est plu à le faire souffrir » !!! Heureusement nous sommes – et nous restons – ici en plein dans une conception de l’Ancien Testament, et cette formulation, cette façon de voir, ne sera, elle, pas reprise, ni ailleurs dans l’Ancien Testament, ni a fortiori dans le Nouveau.

Si tu fais de sa vie un sacrifice de réparation : nous savons qu’en Israël les sacrifices humains étaient absolument proscrits et ce texte est le seul dans toute la Bible qui présente une victime humaine offerte en expiation. Quant au terme « victime d’expiation » issu du vocabulaire sacrificiel de l’Ancien Testament, il sera repris par Paul (Rm 3,25) ou Jean (1 Jn, 2,2) pour évoquer le sacrifice volontaire du Christ.

il verra une descendance, il prolongera ses jours, et la volonté du SEIGNEUR aboutira : le passage se termine sur cette promesse de fécondité pour le serviteur qui aura accompli sa mission jusqu’au bout.


Seigneur Jésus, toi qui as accepté d’être livré aux mains des hommes pour leur assurer le salut, nous te rendons grâce pour tant d’amour et nous te demandons de pouvoir vivre chaque jour dans cette joie de nous savoir sauvés, vivant de ta vie.

lundi 20 mars 2017

Gage de paix

Es 53
4 En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées,
ce sont nos douleurs qu’il a supportées,
et nous, nous l’estimions touché,
frappé par Dieu et humilié.
5 Mais lui, il était déshonoré à cause de nos révoltes,
broyé à cause de nos perversités :
la sanction, gage de paix pour nous, était sur lui,
et dans ses plaies se trouvait notre guérison.
6 Nous tous, comme du petit bétail, nous étions errants,
nous nous tournions chacun vers son chemin,
et le SEIGNEUR a fait retomber sur lui
la perversité de nous tous.

Viens Esprit Saint, viens enraciner en nous cette parole pour qu’elle nous tourne vers notre Dieu.

En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées : l’auteur, pourtant encore en Exil, tend déjà ici à relire le rôle du Serviteur; ce verset sera repris par Matthieu de façon très éclairante (Mt 8, 17) : au lieu de souffrances (en fait « péchés ») portées, Matthieu parle « d’emporter nos infirmités » et à la place de douleurs supportées, il parle « de se charger de nos maladies », citation qui suit et explique les exorcismes et guérisons réalisés par Jésus à Capharnaüm : Jésus n’est pas d’abord un serviteur souffrant mais celui qui, en guérissant les malades, se révèle comme Sauveur.

et nous, nous l’estimions touché, frappé par Dieu et humilié : toujours cette tentation de se prendre pour juge et d’attribuer à Dieu  jusqu’au mal qui frappe l’homme….

Mais lui, il était déshonoré à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos perversités : déshonoré, ou « transpercé »… Les écrits pauliniens vont largement reprendre et approfondir ces versets.

la sanction, gage de paix pour nous, était sur lui, et dans ses plaies se trouvait notre guérison : étonnant raccourci qui nous rappelle à propos la finalité : nous apporter la guérison, le salut, la paix de Dieu.

Nous tous, comme du petit bétail, nous étions errants, nous nous tournions chacun vers son chemin, et le SEIGNEUR a fait retomber sur lui la perversité de nous tous : les brebis s’étaient dispersées, égarées, elles ont besoin d’un serviteur/berger : « Vous étiez égarés comme des brebis, mais maintenant vous vous êtes tournés vers le berger » écrira Pierre (1P 2, 25) en référence à ce verset.


Seigneur Jésus, rassemble-nous dans ta paix, toi qui nous apportes sans cesse guérison et salut.

dimanche 19 mars 2017

Méprisé

Es 53
1 Qui donc a cru à ce que nous avons entendu dire ?
Le bras du SEIGNEUR, en faveur de qui a-t-il été dévoilé ?
2 Devant Lui, celui-là végétait comme un rejeton,
comme une racine sortant d’une terre aride ;
il n’avait ni aspect, ni prestance tels que nous le remarquions,
ni apparence telle que nous le recherchions.
3 Il était méprisé, laissé de côté par les hommes,
homme de douleurs, familier de la souffrance,
tel celui devant qui l’on cache son visage ;
oui, méprisé, nous ne l’estimions nullement.

Viens  Esprit Saint, viens changer nos cœurs, viens changer notre regard sur tous les méprisés.

Qui donc a cru à ce que nous avons entendu dire ? Le bras du SEIGNEUR, en faveur de qui a-t-il été dévoilé ? : avant de reprendre longuement le thème du Serviteur, l’auteur pose deux questions, comme pour réveiller l’attention de ses auditeurs/lecteurs, les mettre eux-mêmes au centre de ce que Dieu leur a manifesté.

Devant Lui, celui-là végétait comme un rejeton, comme une racine sortant d’une terre aride : en trois versets, la fin du chapitre 52 nous avait tout dit du Serviteur, opprimé par les hommes et exalté par Dieu aux yeux du monde. Mais une telle concision n’est le propre, ni du langage prophétique, ni de la transmission orale. Nous allons dès lors pouvoir « approfondir » cela durant tout le chapitre 53. Le Serviteur est donc d’abord présenté comme une pauvre plantule qui végète. Mais il y a une petite note d’importance pour ceux qui le verrait abandonné : il demeure « devant le Seigneur » !

il n’avait ni aspect, ni prestance tels que nous le remarquions, ni apparence telle que nous le recherchions : avec insistance dans la répétition, l’auteur montre comment tout se joue autour de « l’aspect », « l’apparence », tout ce qui peut être tellement trompeur, amener à des déductions tellement erronées et à des attitudes inadmissibles. Esaïe parle d’ailleurs en « nous », il s’assimile au peuple, il reconnaît que tous se sont laissés prendre par cette apparence.

Il était méprisé, laissé de côté par les hommes : car, en s’attachant à l’apparence, on aboutit souvent dans le mépris, la mise à l’écart, nous dirions aujourd’hui, à l’exclusion. Mais cela, c’est le fait des hommes, le prophète tient à le repréciser.

homme de douleurs, familier de la souffrance, tel celui devant qui l’on cache son visage ; oui, méprisé, nous ne l’estimions nullement : devant un être souffrant, on tend à détourner le regard : c’est le cas souvent dans la Bible, c’est le cas dans la vie. Le mépris aboutit au besoin de rendre l’autre inexistant. Jésus, lui, posait son regard sur les malheureux qu’il croisait, il voyait ceux auxquels personne ne faisait attention.


Seigneur Jésus, toi qui as connu les humiliations des hommes, qui a affronté en silence leur mépris, donne-nous de te contempler dans cet amour incommensurable que tu portes à tous les hommes, à travers toutes nos défaillances. Béni sois-tu pour ton amour qui nous sauve.