mercredi 28 septembre 2016

Un banquet pour ses amis

Esther (grec) 1
1 C’était au temps d’Artaxerxès. Cet Artaxerxès régna sur cent vingt-sept provinces depuis l’Inde. 2 A cette époque-là, lorsque le roi Artaxerxès vint prendre place sur son trône de la ville de Suse, 3 la troisième année de son règne, il organisa un banquet pour ses amis, pour toutes les autres nations, pour les nobles parmi les Perses et les Mèdes, et pour les superpréfets. 4 Puis, cent quatre-vingts jours durant, il leur montra la richesse de son royaume et la splendeur de ses riches plaisirs.
5 Après la période de noce, le roi organisa pendant six jours, pour les nations qui se trouvaient dans la ville, un festin dans la cour du palais royal. 6 La cour avait été décorée de lin et de mousseline tendus sur des cordelières de lin et d’écarlate, sur des chevilles d’or et d’argent, sur des colonnes de marbre et d’albâtre ; il y avait des divans d’or et d’argent sur un pavement d’émeraude, de nacre et de marbre ; puis des couvertures aux broderies chatoyantes, des roses parsemées à la ronde, 7 des coupes d’or et d’argent, une timbale garnie d’escarboucles évaluée à trente mille talents. Il y avait du bon vin à profusion, que le roi lui-même buvait.8 Ce festin fut sans restriction : ainsi l’avait voulu le roi et il avait ordonné aux maîtres d’hôtel d’agir selon son désir et celui de chacun.
9 Astîn, la reine, avait également organisé un festin pour les femmes dans le palais royal, là où était le roi Artaxerxès.
10 Le septième jour, le roi était gai ; il dit alors à Haman, Bazân, Tharra, Bôrazè, Zatholtha, Abataza et Tharaba – les sept eunuques au service du roi Artaxerxès – 11 de faire venir la reine devant lui pour la faire trôner, la ceindre du diadème et montrer aux ministres et aux nations sa beauté ; c’est qu’elle était belle ! 12 Mais la reine Astîn refusa de venir avec les eunuques. Alors, vexé, le roi se mit en colère. 13 Il dit à ses amis : « C’est ainsi qu’a répondu Astîn ? Eh bien ! Statuez et jugez sur ce cas. »

Viens Esprit Saint, permets que ces récits nous apportent ta lumière sur nos chemins, qu’elle illumine toutes nos rencontres.

C’était au temps d’Artaxerxès : après le chapitre A, rajoute de la traduction grecque, voici le vrai début dans l’hébreu : « c’était au temps », on lirait presque « il était une fois… », car le style même de ce premier verset atteste bien la portée romanesque du livre.

Cet Artaxerxès régna sur cent vingt-sept provinces depuis l’Inde : puisque les héros du livre vont vivre à la Cour et être proches du roi, il faut d’abord le présenter comme un très grand souverain… ce qu’il fut sans doute.

A cette époque-là, lorsque le roi Artaxerxès vint prendre place sur son trône de la ville de Suse, la troisième année de son règne, il organisa un banquet pour ses amis, pour toutes les autres nations, pour les nobles parmi les Perses et les Mèdes, et pour les superpréfets. Puis, cent quatre-vingts jours durant, il leur montra la richesse de son royaume et la splendeur de ses riches plaisirs : les banquets vont jouer un grand rôle dans le livre d’Esther, et en voici le premier. La racine du mot employé ici relève du « boire », et on verra aussi que la boisson – et son excès – reviendront à plusieurs reprises.

Après la période de noce, le roi organisa pendant six jours, pour les nations qui se trouvaient dans la ville, un festin dans la cour du palais royal : ouf ! On en remet ! Après 6 mois de festivités et d’étalages de ses richesses, voici le roi qui décrète à nouveau 6 jours de… festins… A noter que l’hébreu dit « la totalité des gens qui se trouvaient à Suse » tandis que le grec parle ici des nations : sa visée est plus universaliste et elles seules sont donc conviées à ce nouveau festin.

 La cour avait été décorée de lin et de mousseline tendus sur des cordelières de lin et d’écarlate, sur des chevilles d’or et d’argent, sur des colonnes de marbre et d’albâtre ; il y avait des divans d’or et d’argent sur un pavement d’émeraude, de nacre et de marbre ; puis des couvertures aux broderies chatoyantes, des roses parsemées à la ronde,  des coupes d’or et d’argent, une timbale garnie d’escarboucles évaluée à trente mille talents. : la description de  la magnificence du cadre nous emporte dans un décor digne des milles et une nuits ! Mais dessine aussi le lieu où Esther va évoluer bientôt…

Il y avait du bon vin à profusion, que le roi lui-même buvait. Ce festin fut sans restriction : ainsi l’avait voulu le roi et il avait ordonné aux maîtres d’hôtel d’agir selon son désir et celui de chacun : et oui, dans ces coupes d’or et d’argent était versé du vin à profusion et le roi lui-même buvait, petite précision n’allant donc pas de soi.

Astîn, la reine, avait également organisé un festin pour les femmes dans le palais royal, là où était le roi Artaxerxès : voilà encore un autre festin, réservé aux femmes celui-là et organisé par la reine elle-même, une reine d’ailleurs complètement ignorée de l’Histoire (tout comme Esther !).

Le septième jour, le roi était gai ; il dit alors à Haman, Bazân, Tharra, Bôrazè, Zatholtha, Abataza et Tharaba – les sept eunuques au service du roi Artaxerxès –  de faire venir la reine devant lui pour la faire trôner, la ceindre du diadème et montrer aux ministres et aux nations sa beauté ; c’est qu’elle était belle ! 7 jours (à la place de 6), 7 eunuques, tout reste dans le symbolique. La beauté d’Astin ne pourra que mettre en valeur celle d’Esther…

 Mais la reine Astîn refusa de venir avec les eunuques: pourquoi ? Mystère ! Un épisode au service de la suite, une sorte de « mise en valeur » de la future reine…

Alors, vexé, le roi se mit en colère. Il dit à ses amis : « C’est ainsi qu’a répondu Astîn ? Eh bien ! Statuez et jugez sur ce cas. » : ses amis ? un titre honorifique qui aurait mérité d’être traduit autrement… A noter que ce n’est pas le roi qui juge, mais qu’il s’en remet à ses conseillers pour statuer sur le sort de cette reine qu’il s’était choisie mais qui lui a résisté et l’a mis en colère.

Seigneur Jésus, toi le roi humble et bon, tu nous invites à ton banquet, tu y rassembles tous tes amis : donne-nous de répondre avec empressement à ton invitation et de partager ta table avec tous nos frères.


mardi 27 septembre 2016

Par écrit

Esther (grec) A
12 Puis Mardochée se tint au repos à la Cour en compagnie de Gabatha et de Tharra, les deux eunuques royaux qui gardaient la cour. 13 Il les entendit alors parler de leurs machinations et chercha à savoir de quoi ils s’occupaient : il apprit qu’ils s’apprêtaient à porter la main sur le roi Artaxerxès. Il les dénonça au roi. 14 Le roi interrogea les deux eunuques qui, après avoir avoué, furent arrêtés. 15 Le roi fit mettre ces faits par écrit pour qu’on en garde mémoire ; Mardochée aussi les mit par écrit. 16Puis le roi donna ordre à Mardochée de rester au service de la Cour, et il le gratifia de cadeaux pour ce qu’il venait d’accomplir.
17 Il y avait aussi Haman le Bougaïos, fils de Hamadathos, noble du roi. Pour l’affaire des deux eunuques royaux, celui-ci chercha à nuire à Mardochée et à son peuple.

Viens Esprit Saint, apprends-nous à relire notre histoire pour y retrouver les traces de Dieu en nos vies.

Puis Mardochée se tint au repos à la Cour en compagnie de Gabatha et de Tharra, les deux eunuques royaux qui gardaient la cour. Il les entendit alors parler de leurs machinations et chercha à savoir de quoi ils s’occupaient : il apprit qu’ils s’apprêtaient à porter la main sur le roi Artaxerxès : le cadre se dessine, l’intrigue se noue… l’auteur-romancier est à son affaire. Mais toute action humaine se déroule ainsi en un contexte précis, et, dans le cas présent, il s’agit d’un complot de Cour.

Il les dénonça au roi : notre héros, Mardochée, est bien l’homme sage que nous supposions : il est disponible, sa conscience est éclairée, il se laisse guider pour accueillir le plan de Dieu sans supputer sur les conséquences pour lui-même. C’est l’homme honnête par excellence.

Le roi interrogea les deux eunuques qui, après avoir avoué, furent arrêtés : en voilà deux qui, après avoir occupé un poste de confiance, se retrouvent dans les prisons du roi : « il renverse les puissants… ». Tout le livre d’Esther va être ponctué d’élévations et de d’abaissements. Les deux eunuques sont ainsi les premiers à subir la disgrâce.

Le roi fit mettre ces faits par écrit pour qu’on en garde mémoire ; Mardochée aussi les mit par écrit : que tout ce qui fut vécu puisse servir à maintenir la mémoire. On peut supposer que la relation des faits faite par le roi n’était pas de même inspiration que celle de Mardochée… Ce dernier va être le garant d’une lecture « providentielle » des événements.

Puis le roi donna ordre à Mardochée de rester au service de la Cour, et il le gratifia de cadeaux pour ce qu’il venait d’accomplir : et voici Mardochée, si pas « élevé », au moins confirmé dans sa place auprès du roi.

Il y avait aussi Haman le Bougaïos, fils de Hamadathos, noble du roi. Pour l’affaire des deux eunuques royaux, celui-ci chercha à nuire à Mardochée et à son peuple : mais voici qu’entre alors en scène un autre personnage, qui, de son côté, symbolise les forces obscures du mensonge au service de l’arrivisme. Haman, lui aussi présent à la cour du roi, veut se venger de Mardochée. « Et de son peuple » dit le grec, mais en fait nous n’en sommes pas encore vraiment là.


Seigneur Jésus, fais que les Ecritures nous rappellent sans cesse ta présence dans l’histoire des hommes, ta présence en chacun de nos jours. 

lundi 26 septembre 2016

Une eau abondante

Esther (grec) A
9b Or, de ce cri, sort, comme d’une petite source, un fleuve large, une eau abondante.10 Une lumière se lève en plus du soleil. Alors les humbles sont élevés et dévorent les nobles.
11 Une fois éveillé, Mardochée, qui avait vu ce songe et ce que Dieu avait décidé de faire, garda cela dans son cœur et, jusqu’à la nuit, il eut le désir de le comprendre par tous les moyens.

Viens Esprit Saint, permets que notre cri parvienne jusqu’à notre Dieu, donne-nous de croire qu’il peut faire jaillir une eau abondante.

Or, de ce cri, sort, comme d’une petite source, un fleuve large, une eau abondante : ce cri est une toute petite source, c’est un cri inspiré par l’angoisse, un cri de désespoir, on s’adresse à Dieu comme ultime recours… Ce n’est pas une belle prière de confiance, c’est juste un cri. Et cet appel suffit à Dieu pour ouvrir les vannes de sa générosité, pour en faire jaillir un grand fleuve aux eaux abondantes.

Une lumière se lève en plus du soleil : ce n’est pas tout ! De l’eau, oui, et même en abondance, mais aussi de la lumière, une lumière qui apparaît et qui surpasse même celle du soleil : pas la lumière quotidienne déjà accordée aux hommes, mais une lumière nouvelles que suscite aussi ce cri.

Alors les humbles sont élevés et dévorent les nobles : « il renverse les puissants et élève les humbles… », depuis longtemps les croyants ont compris le renversement qui s‘opère du point de vue de Dieu, c’est en ce bouleversement qu’ils placent leur espoir.

Une fois éveillé, Mardochée, qui avait vu ce songe et ce que Dieu avait décidé de faire, garda cela dans son cœur et, jusqu’à la nuit, il eut le désir de le comprendre par tous les moyens : Mardochée reçoit ce songe, il l’accueille, il le « grave dans son cœur ». Il cherche à le comprendre : la parole se doit d’être méditée pour porter fruits. En quoi ce songe le concerne-t-il ? En quoi doit-il influencer son action ? Mardochée cherche à comprendre, tout au long du jour, de son éveil jusqu’à la nuit.


Seigneur Dieu, tout ton désir est de nous combler de ton eau vive et de ta lumière. Donne-nous d’être parmi les humbles que tu veux relever. Que notre prière, telle une toute petite source, monte jusqu’à toi avec confiance.

dimanche 25 septembre 2016

On crie vers Dieu

Esther (grec) A
4 Mardochée eut ce songe : 
Voici clameurs et tumulte, grondements et séisme, bouleversement sur la terre.
5 Voici deux grands dragons, ils s’avancent, prêts tous deux à lutter. Ils poussent un grand cri ; 6 à leur cri, chaque nation s’apprête au combat, de façon à faire la guerre à une nation de justes. 
7 Voici jour de ténèbres et d’obscurité, détresse et anxiété, oppression et grand bouleversement sur la terre.
8 Elle est bouleversée, la nation juste tout entière, épouvantée de ses malheurs ; on s’apprête à être anéanti, 9 on crie vers Dieu.

Viens Esprit saint, fais que la parole nous accompagne au cœur de nos craintes, au cœur de nos épreuves.

Mardochée eut ce songe : c’est ce songe qui constitue le cœur de ce chapitre « A » carrément ajouté lors de la traduction de l’hébreu au grec dans la « septante ». Dans notre Bible, « Esther » est le seul livre qui se trouve ainsi deux fois : d’une part selon l’hébreu, d’autre part selon le grec. Cette dernière version nous montre l’action de Dieu dans l’histoire de l’homme, alors que l’hébreu ne parle jamais de Dieu, tout s’y jouant par l’audace et l’astuce.

Voici clameurs et tumulte, grondements et séisme, bouleversement sur la terre : de telles descriptions sont abondantes de la Genèse à l’Apocalypse… Un songe y est toujours vu comme une forme de manifestation de Dieu.
 
Voici deux grands dragons, ils s’avancent, prêts tous deux à lutter. Ils poussent un grand cri ; à leur cri, chaque nation s’apprête au combat, de façon à faire la guerre à une nation de justes 
: si les combats entre bêtes fabuleuses sont fréquents dans les songes (cfr Daniel par exemple) il n’y a qu’ici que deux dragons (symbolisant le bien et le mal) entrent en jeu et, qui plus est, pour se combattre l’un l’autre : ainsi s’annonce la guerre entre la nation de justes et l’ensemble des peuples ennemis d’Israël.

Voici jour de ténèbres et d’obscurité, détresse et anxiété, oppression et grand bouleversement sur la terre : le ton est nettement apocalyptique, créant l’angoisse.

Elle est bouleversée, la nation juste tout entière, épouvantée de ses malheurs ; on s’apprête à être anéanti : ainsi la nation juste a conscience des menaces qui s’approchent, le peuple est petit, faible. Le texte hébreu s’en tient là avec une visée nettement nationaliste.

on crie vers Dieu : mais le grec, par ses ajoutes, lui donne une dimension religieuse très marquée : dans le malheur, dans le désespoir même, la réaction est celle du croyant qui crie vers son Dieu. Tout le peuple crie vers Dieu. Tout en gardant cette belle dimension collective, la version que nous avons choisi de lire va nous montrer comment Dieu intervient dans l’histoire des siens.

Entends, Seigneur Dieu, le cri qui monte vers toi, le cri de tous les hommes en détresse.

samedi 24 septembre 2016

Ceux qui avaient été déportés

Esther (grec) A
1 La deuxième année du règne d’Artaxerxès le Grand, le premier jour de Nisan, Mardochée eut un songe. Descendant de Jaïros, de Séméias, de Kisaïas, issu de la tribu de Benjamin, 2Mardochée était un Juif résidant à Suse ; c’était un personnage important qui servait à la Cour du Roi. 3Or il faisait partie de ceux que Nabuchodonosor, roi de Babylone, avait déportés de Jérusalem avec Jékhonias, le roi de Judée.

Viens Esprit Saint, viens ouvrir pour nous le livre que nous entamons aujourd’hui, permets que nous y trouvions de quoi suivre notre propre chemin

La deuxième année du règne d’Artaxerxès le Grand, le premier jour de Nisan, Mardochée eut un songe : nous ouvrons aujourd’hui un nouveau livre : celui d’Ester. Mais ce n’est pas l’héroïne qui nous est d’abord présentée, mais bien son cousin Mardochée. Il est en effet le deuxième personnage en importance. De par sa personnalité, sa foi, son influence, il apparaît même comme plus emblématique qu’Esther. Un peu comme Booz par rapport à Ruth, c’est lui qui va diriger l’action en faisant preuve de sagesse.

Descendant de Jaïros, de Séméias, de Kisaïas, issu de la tribu de Benjamin, Mardochée était un Juif résidant à Suse : Mardochée est considéré par l’auteur comme assez important pour être longuement présenté en fonction de son ascendance. Nous apprenons aussi que nous sommes en présence d’un récit de confrontation entre la foi juive et le monde païen, cela en raison de la déportation à Babylone.

c’était un personnage important qui servait à la Cour du Roi. Or il faisait partie de ceux que Nabuchodonosor, roi de Babylone, avait déportés de Jérusalem avec Jékhonias, le roi de Judée : voilà qui ne colle pas avec la réalité historique puisque Mardochée, ayant été déporté en 597 serait alors depuis 114 ans en exil… mais nous avons déjà rencontré bien des fois (dans le livre de Tobit par exemple) ce genre d’anachronisme dont on se souciait bien peu. Ce qui importe à notre auteur, c’est de donner une vraisemblance à son récit, lui qui écrit sans doute 3 siècles après Artaxerxès. Cependant il semble mieux connaître la Mésopotamie que la Palestine dont il ne parle pas.


Seigneur Dieu, permets que notre foi en toi reste vive, quels que soient les lieux et les circonstances de notre vie. Que cette fidélité soit notre assurance  au milieu des aléas de notre chemin.