Liturgie de la Parole 3e samedi TO-II Marc 4, 35-41
Commentaire
A lire l’Evangile de Marc, je constate qu’après avoir été baptisé par Jean à Béthanie dans le Jourdain, Jésus est allé à Capharnaüm et est principalement resté au bord de la Mer de Galilée pour enseigner et guérir. A la nouvelle de tout ce qu’il faisait, les gens accouraient de partout et la foule de ceux et celles qui le suivaient étaient si nombreuse, nous dit l’Evangile, qu’il était monté dans une barque sur la mer pour enseigner.
Voilà qu’il décide de « passer sur l’autre rive » c’est-à-dire d’aller en terre étrangère.
Ce qui m’intéresse, c’est ce que ce « passage sur l’autre rive » pourrait suggérer aujourd’hui à nous qui ne sommes pas juifs.
D’abord considérer ceux qui sont dans la barque pour faire la traversée. « Passons sur l’autre rive » ne souffre aucune discussion et en même temps, c’est une invitation à suivre Jésus là où il va, là où il nous conduit et aussi une urgence à se mettre en route. Cet impératif implique d’être audacieux, de dépasser ses peurs car partir à l’aventure, être embarqués avec Jésus dans le monde du travail, des loisirs, des activités diverses pour aller aux périphéries à la rencontre de tant d’autres hommes et de femmes qui nous sont étrangers n’est ni évident ni très rassurant. Finalement, eux comme nous, tous nous sommes embarqués sur la mer agitée de l’existence. Il ne faut rien nier de la peur qui vient nous saisir surtout quand beaucoup sont engloutis dans les flots de la violence ou du rejet. Je vois ces embarcations remplies de migrants se lancer dans une traversée hasardeuse qui parfois se termine mal. Je vois tous ces soldats qui se soucient du droit et la liberté de leur peuple en étant conscients que la mort peut les surprendre à chaque instant.
« Survient un grand tourbillon de vent. Les vagues se jetaient sur la barque »
L’actualité nous fait découvrir cette réalité et nous donne le tournis. Le vent de violence et de haine qui souffle sur l’Europe et sur le monde nous submerge personnellement et collectivement. Quand nous voyons la puissance dévastatrice et le repli sur soi qu’elle suscite, nous comprenons mieux la peur, celle des disciples de Jésus tout autant que la nôtre. L’attitude suggérée par la peur contraste très fort avec l’attitude de Jésus qui dort tranquille. Son attitude nous désarçonne. Elle met en lumière des perspectives de vie auxquelles la peur nous empêche de croire.
L’audace qui est demandée est un pas de confiance qui peut se nourrir du besoin de vivre dans une perspective de bonheur individuel et collectif. Cette audace fait appel à ce qui nous constitue, aux forces de vie qui nous habitent, aux talents que nous avons reçus pour déployer notre potentiel de vie. Peut-être est-ce cela aussi que Jésus vient nous dire : croyez en moi mais croyez aussi en vous. N’ayez pas peur.
Entamer une traversée, être sur la mer c’est jouer avec la mort car elle peut vous engloutir en un instant. L’audace demande d’accueillir nos fragilités et dépasser nos limites. Curieusement, l’audace donne des ailes pour se déployer pleinement. L’audace est inventive et créative et nous avons toujours le droit de faire des erreurs, de nous tromper car c’est la norme pour celui qui s’aventure dans l’inconnu et l’imprévisible.
« Qui donc est-il pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
L’autorité de Jésus se manifeste ici de manière cosmologique comme c’était le cas la plupart du temps dans l’A.T. Le secret messianique chez St-Marc soulève cette question : Qui est le Fils de l’homme ? La réponse que l’on donne à cette question fait appel à la foi. La découverte de qui il est surgit dans les événements de notre vie, dans les multiples passages qui nous donnent de traverser la mort, d’être éveillé puis relevé.
Raymond le 31 janvier 26
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