Liturgie de la Parole 2 février Présentation de Jésus au Temple Luc 2, 22-40
Homélie
Quarante jours après Noël, l’Évangile nous fait quitter la grotte et le chant des anges pour entrer dans un lieu d’une grande sobriété : le Temple. Pas de miracle spectaculaire, pas de foule en liesse. Seulement un enfant porté dans des bras maternels, des parents fidèles à une Loi reçue, et deux vieillards que personne ne regarde vraiment. Et pourtant, c’est là que tout se joue.
La Présentation du Seigneur est une fête de la discrétion. Elle nous apprend que Dieu aime passer par les seuils ordinaires, par les gestes répétés, par la patience du temps. Une fête profondément bénédictine, pourrait-on dire.
Marie et Joseph « apportent » Jésus au Temple. Mais en vérité, ils le reçoivent à nouveau. Ils consentent à ce que l’enfant ne leur appartienne pas. Ils l’offrent, non pour s’en défaire, mais pour reconnaître qu’il vient de plus loin qu’eux.
Saint Benoît, dans sa Règle, insiste sur cette attitude fondamentale : ne rien préférer à l’œuvre de Dieu. Accueillir la vie, accueillir le Christ, c’est accepter qu’il nous précède, qu’il nous déplace, qu’il ne se plie pas à nos projets.
La foi commence peut-être là : non pas dans ce que nous faisons pour Dieu, mais dans ce que nous acceptons de recevoir de lui — parfois sans comprendre, souvent sans maîtriser.
-Siméon et Anne ne « produisent » rien. Ils n’organisent rien. Ils ne dirigent rien.
Ils veillent. Ils attendent. Ils demeurent.
C’est l’une des grandes intuitions de la tradition monastique : rester là. Ne pas fuir le temps, ne pas zapper l’espérance, ne pas se lasser de prier quand rien ne semble arriver.
Siméon attendait la consolation d’Israël. Anne parlait de l’enfant « à tous ceux qui attendaient la délivrance ». Ils sont de ces hommes et de ces femmes qui tiennent l’espérance ouverte pour les autres. Leur prière silencieuse devient une chambre d’écho où Dieu peut enfin se dire.
Et quand le moment vient, Siméon reconnaît. Il bénit. Il peut même consentir à s’effacer : « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix. »
Il y a là une immense liberté spirituelle : savoir reconnaître la lumière, puis accepter de ne pas la posséder.
-Jésus est proclamé « lumière pour éclairer les nations ». Non pas un projecteur aveuglant, mais une flamme fragile, tenue dans des bras, exposée au vent. La lumière du Christ n’écrase pas la nuit : elle l’habite. Elle n’abolit pas la complexité du monde : elle y trace un chemin.
Dans la vie bénédictine, la lumière est rythmée : veille nocturne, psaumes à l’aube, travail du jour, prière du soir. Une lumière qui revient, jour après jour, fidèle, patiente.
Ainsi en est-il de notre foi. Elle n’est pas toujours éclatante. Mais elle demeure. Elle se rallume. Elle apprend à éclairer juste assez pour le pas suivant.
-Frères et sœurs, la Présentation du Seigneur nous pose une question simple et exigeante : où le Christ est-il présenté aujourd’hui ?
Peut-être dans des lieux sans prestige : une routine familiale, un engagement discret, une fidélité que personne n’applaudit. Peut-être dans des visages marqués par l’âge, la fragilité, l’attente.
À la suite de Siméon et d’Anne, à l’école de saint Benoît, il nous est demandé moins de performance que de présence. Moins de maîtrise que d’écoute. Moins d’agitation que de profondeur.
Alors, en ce jour, demandons la grâce d’un regard qui reconnaît, d’un cœur qui bénit, et d’une vie qui devient — humblement — un lieu où la lumière peut être reçue et transmise.
Doyen Philippe Goose Hurtebise 2 février 26