mardi 19 mai 2026

Liturgie de la Parole 7e mardi de Pâques Jean 17, 1b-11a

Homélie

Frères et sœurs,

-L’Ecriture sainte est surprenante. C’est souvent au détour d’un passage et comme par mégarde que les réponses aux questions les plus difficiles se laissent découvrir. Ainsi en va-t-il aujourd’hui, mais vous ne l’avez peut-être pas remarqué.

Si je vous demande : la vie éternelle, c’est quoi ? Pourriez-vous m’expliquer en quelques mots ce que c’est « la vie éternelle » ? Après tout, c’est une promesse souvent entendue de la part de Jésus : « Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle », dit Jésus à Nicodème (Jean 3, 16). Et encore : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » dit-il aux Juifs après la multiplication des pains (Jean 6, 54). Mais qu’est-ce que c’est cette vie éternelle qui s’obtient par la foi ou en communiant au corps et au sang du Christ ?

-Spontanément, nous répondions sans doute à cette question en évoquant le temps ; la vie éternelle c’est une vie qui dure toujours, qui ne s’arrête jamais, qui ne finit pas, qui ne connaît pas la mort, et donc c’est probablement la vie après la mort, une promesse donc, au futur, quelque chose qui nous espérons connaître un jour, plus tard, après… un rêve, une espérance ?

-Oui, Jésus, dans le passage de saint Jean que nous venons d’entendre indique une toute autre voie, une voie qui devrait nous interpeler et nous réveiller. Que dit-il en effet ? « Ainsi, le fils, donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés », dit-il à Dieu son père, et il ajouter : « Or la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. »

- La vie éternelle est donc la connaissance même de Dieu et du Christ. Notez bien que Jésus en dit pas ici « la vie éternelle vous sera donnée par la connaissance de Dieu », comme si la connaissance de Dieu permettait d’obtenir quelque chose d’autre qui serait la vie éternelle. Non. Il dit « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » la connaissance de Dieu et du Christ est donc la vie éternelle.

Comment cela est-il possible ?

Il faut se rappeler qu’il y a deux types de connaissance : la connaissance par ouï dire et la connaissance par expérience.

-Ainsi, je peux connaître ce qu’est une tarte au chocolat parce que j’ai lu la recette, j’ai reconnu la photo. Je sais ce que c’est. Premier type de connaissance. Et puis, je peux connaître la tarte au chocolat parce que j’en ai mangé, et c’est tout différent car c’est une connaissance réelle, existentielle, en chair et en os pourrait-on dire, qui fait que l’autre connaissance n’en est presque plus une.

-Eh bien, pour Dieu, il en va de même. Je peux le connaître parce que j’ai lu des livres, j’ai lu l’Écriture sainte et les évangiles. Je sais alors des choses sur lui. J’ai l’impression de le connaître. Mais je peux aussi le connaître parce que je l’ai rencontré, parce que j’en ai fait l’expérience, parce que j’ai fait l’expérience de sa présence, de sa proximité avec moi, dans cette intimité qui est la mienne et où il se révèle. Et cette connaissance là qui est la vraie connaissance, ne peut se découvrir et être donnée que par la prière, c’est-à-dire par l’ouverture intérieure à sa présence à l’exemple du Christ, par la méditation, la contemplation et la communion au Christ tel qu’il se révèle à moi quand je m’ouvre intérieurement à lui. Et cette connaissance là, réelle, existentielle, intime, du Christ, de Dieu c’est la vie éternelle. Nous n’avons donc pas besoin d’attendre la mort pour vivre la vie éternelle, la vie pleine, entière, accomplie. Cette vie, c’est ce dont nous faisons l’expérience quand nous entrons dans la connaissance même de Dieu et de Jésus ; quand, dans la prière, Jésus et Dieu se donnent à connaître en nous, la vie éternelle est là.

-N’est-ce pas extraordinaire ? La vie éternelle à notre portée, ici et maintenant, par la grâce de la prière qui nous donne le connaissance intime du vrai Dieu et de Jésus !!!

Faut-il en dire plus ? Si cela nous laisse sceptique, interrogeons-nous sur ce qui fait que nous n’y croyons pas, que nous ne croyons pas que ce soit possible, que nous résistons à entendre cela. Pourquoi résistons-nous à croire ? Maos si nous l’entendons, qu’attendons-nous. Ne devrions-nous pas nous précipiter pour demander et pour entrer dans cette connaissance intime et existentielle de Dieu et de Jésus qui est la vie éternelle.

Amen

Père Paul Malvaux, Hurtebise le 17 mai 26 (7e dimanche de Pâques A)

lundi 18 mai 2026

Liturgie de la Parole 7e lundi de Pâques Jean 16, 29-33

« Courage ! J’ai vaincu le monde »

Méditation

Tous ces jours-ci l’Eglise nous replace dans le grand discours de Jésus lors de la Cène :

   - Samedi il réexpliquait à ses apôtres qu’il était bien sorti de Dieu.

   - Hier, dimanche, il rendait gloire à son Père parce que ses apôtres croyait maintenant,

oui, qu’il était bien sorti du Père

 

Aujourd’hui, les disciples montrent leur enthousiasme : « Ah! Maintenant, tu nous parles, non plus dans un langage énigmatique ou en images, mais avec des paroles claires, directes ! »

Et du coup, ils affirment leur foi en Jésus et confirment : « Nous croyons que tu es le Fils sorti du Père»

Jésus, lui, est heureux de leur foi, … mais, quand même, il s’en étonne un peu !

Doute-t-il fondamentalement de ses amis ?  

Je ne crois pas : les apôtres sont entrés petit à petit dans le mystère de Jésus.

Ses paroles leur sont devenues de moins en moins obscures.

 « Alors, oui, Jésus est bien sorti du Père ! »

 

Jésus est content, certes. Mais il n’est pas dupe de cet enthousiasme !

Et de plus, il ne veut pas les voir se bercer d’illusions !

Il sait que la foi est facile à affirmer quand tout va bien. Mais quand arrive l’épreuve ou les doutes, ce l’est beaucoup moins !

Nous en avons quelque chose, nous aussi, nous en avons fait l’expérience !

 

D’autre part, les apôtres ne se doutent pas de ce qui les attend : la menace, la persécution, le martyre ….

Alors, une fois de plus, Jésus, leur rappelle qu’il sera arrêté, humilié, torturé, mis à mort.

Comment se peut-il que celui qui vient du Père soit crucifié comme un bandit de grand chemin ? C’est trop pour eux !

Où seront-ils à ce moment-là ? … En fuite, en dispersion, abandonnant leur Seigneur !

Et cette foi si bien confessée tout à l’heure, où sera-t-elle ???

 

Et, en effet, ces événements vont bousculer radicalement leur chemin de foi.

 « Vous me laisserez seul !... Mais non, je ne suis pas seul. Mon Père est avec moi ! »

 

La solitude de Jésus sera habitée par la présence réconfortante de son Père, tout au long de sa passion.

Non, il n’est pas seul. Il a UN LIEU SECRET,  … UN LIEU SOURCE, … UN LIEU DE COMMUNION : la relation intense qu’il entretient avec son Père d’où émane une paix profonde.

 

Si Jésus parle de cette façon à ses apôtres c’est bien pour qu’ils gardent cette paix

que donne la certitude de la présence de Dieu en eux et … en nous par le fait même

mais aussi dans tout ce que le monde vit.

Et aussi, pour qu’ils retrouvent le chemin de leur foi, si enthousiaste tout à l’heure.  

Donc ce que Jésus nous dit aujourd’hui, c’est que nous ne sommes jamais seuls.

Il vit avec nous, chaque instant de notre journée.

Il marche avec nous sur le chemin où il nous fait marcher … avec les obstacles qui nous déroutent parfois, avec les problèmes que nous avons bien des difficultés à résoudre.

Avec la détresse du monde que nous ne pouvons pas enrayer à nous seuls.

 

Voilà ! Et le chapitre se termine par un conseil :

« Prenez courage, je suis vainqueur du monde ! »

 

Cette victoire n’est ni éphémère ni passagère, nous explique Alain Marchadour :

Elle est permanente. Et pour dire cela, Jean utilise le parfait grec qui signifie LA DURÉE D’UNE ACTION POSÉE DANS LE PASSÉ.

Nous pourrions donc paraphraser comme ceci : « Prenez courage, parce que je suis vainqueur du monde, maintenant et toujours ».

 

Invitation au Notre Père

 En nous adressant à notre Père, demandons-lui de murmurer souvent à notre oreille, ce conseil si précieux qui, si nous sommes à l’écoute, pourra nous garder en paix, malgré des situations difficiles auxquelles nous sommes parfois confrontés de plein fouet.

Sr Anne-Françoise le 18 mai 26


dimanche 17 mai 2026

Liturgie de la Parole 7e dimanche de Pâques A Jean 17, 1b-11a ; Actes 1, 12-14

Roi céleste consolateur, Esprit de vérité, partout présent et remplissant l’univers, trésor de grâce qui donne la vie, viens et demeure en nous, purifie-nous de toute souillure, et sauve nos âmes, toi qui es bonté.

 

Introduction

Bonjour, nous voici rassemblés en Eglise, pour un temps de prière. C’est dimanche, c’est le Jour du Seigneur, le jour où traditionnellement l’Eglise rompt et partage le pain eucharistique en mémoire du mystère pascal. Le confinement interdit ce geste. Mais nous allons retrouver au livre des Actes la toute première communauté chrétienne, rassemblée au cénacle. Là il n’est pas dit que l’on rompait le pain, mais bien que les disciples y étaient, d’un même cœur, assidus à la prière. Nous sommes là comme eux. Que ce moment de prière partagée nous rassemble, unisse nos cœurs. Que nous soyons ensemble cellule d’Eglise unie à l’Eglise universelle, répandue à travers le monde. Que nous soyons ainsi les uns pour les autres, sacrement de la présence du Christ. Dans le cadre de la neuvaine à l’Esprit aujourd’hui, nous prions pour un monde tissé par des liens de solidarité. Pour un monde où nous nous savons responsables les uns des autres, les uns avec les autres. Et comment vivre cette solidarité, sinon en l’enracinant profondément dans la prière. Que le Seigneur nous rassemble en sa trinité sainte :  au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit

 

Après l’Evangile

Le livre des Actes nous rappelait la prière de la première communauté chrétienne. L’Evangile nous partage la prière de Jésus. Enfin, un morceau de cette grande prière que Jésus adresse à son Père avant d’entrer en sa passion.  Jésus demande que son œuvre, qui a été de révéler le Père, de transmettre son salut, soit poursuivie jusqu’à son terme. Il demande que sa mort même participe de cette œuvre de révélation. Par le don de sa vie, Jésus veut partager la vie éternelle à ses disciples. La vie éternelle, c’est-à-dire la vie en plénitude. La vie animée par le souffle de l’Esprit, la vie qui est connaissance, communion par l’Esprit avec le Père et le Fils.

Vient alors cette parole : Père, ce n'est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m'as donnés ! Elle ne vous choque pas cette prière de Jésus ? Pourquoi ne prie-t-il pas pour le monde ? Jean plus haut en son évangile ne dit-il pas que Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique... et encore Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé ! Alors vous la comprenez cette prière de Jésus... ce n’est pas pour le monde que je prie ?

On a le choix : se scandaliser définitivement et déclarer que saint Jean ce n’est pas pour nous... Ou creuser... Une première approche sera de déclarer que ce n’est pas le même sens qu’il faut donner au mot monde, dans les deux versets que je viens de citer. Et découvrir que si Jésus ne prie pas pour le monde, c’est qu’il ne peut forcer cet univers qui le refuse. Jésus ne s’impose pas. Si le monde le rejette, il accepte, s’incline et se retire sur la pointe des pieds. Bref, il accepte l’échec définitif de sa mission. C’est cela le prix de l’amour : il ne s’impose pas. Il laisse à chacun la liberté de l’accueillir ou non. Si prier pour le monde est équivalent à dire : Père oblige les à m’accueillir. On comprend aisément que Jésus ne peut faire une telle prière. 

Peut-être me direz-vous alors, que les saints, eux n’ont eu de cesse de prier pour ceux qui refusaient Dieu. Isaac le Syrien pour ne citer que lui, a prié résolument pour serpents et démons ! Était-il dans l’erreur ? Alors Jésus nous a demandé de prier pour nos ennemis... et lui ne prie pas pour le monde ?

Mais au fait : si Jésus en ce moment précis, ne prie pas pour le monde, n’est-ce pas parce qu’il nous confie cette prière ? Et lorsqu’il délègue, il délègue vraiment. Vous allez me demander avec raison d’appuyer quelque peu une telle lecture qui pourrait être dérangeante, car si cette interprétation est bonne, elle nous engage !!!

En partageant sa prière, Jésus nous partage l’intimité qu’il vit avec son Père, il dévoile sa relation filiale, et sa perception de la mission. Il témoigne de ce qu’il a voulu vivre dans le lavement des pieds, comme en toute sa vie. Jésus est venu nous dire le visage du Père. Dieu est amour, et parce qu’il est amour, il est serviteur. Dieu est amour, et parce qu’il n’est qu’amour, il n’est que don, partage, vie en abondance. Et ce don qu’est Dieu le Père, Jésus l’a reçu en plénitude, pour le donner à son tour.

Maintenant l’heure de Jésus est venue, où il retourne au Père, en confiant à ses disciples ce monde que Dieu a tant aimé : Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Jean aurait pu écrire ici Jésus a tant aimé le monde, qu’il lui a donné ses disciples ! Jésus en cette prière dit tout le mouvement de son incarnation, et nous y entraîne. Jésus quitte le monde, il nous le confie, il nous y envoie : c’est à nous de prier pour le monde et d’y révéler le visage du Père.

C’est bien ce que nous découvre le livre des Actes des Apôtres : après l’Ascension de Jésus, les disciples se retrouvent en la chambre haute pour prier, le fruit de leur prière ce sera le don de l’Esprit au jour de Pentecôte. Et ce don les lancera à la rencontre du monde, porteurs de vie, porteurs du salut de Dieu. Prière et mission sont toujours liées.

 Alors dites-moi, pouvons-nous l’accueillir cette prière de Jésus : Père je ne prie pas pour le monde... car j’ai confié à mes disciples cette tâche. Je prie pour eux, à qui je confie le monde ! Qu’à ma suite, ils lui proposent ton amour. Grandeur de la foi de Jésus : il n’a que nous tous croyants répandus à travers le monde, pour y porter le salut, la vie ! Nous tous ici rassemblés, nous sommes invités à porter solidairement notre monde au Père par la prière, nous sommes invités à être en notre monde présence de Dieu, visage du Père !

Prenons un temps de prière silencieuse, pour laisser Dieu faire de nous ses envoyés, comme il veut, là où il veut. Qu’il nous fortifie, pour que nous soyons solidairement engagés pour le Royaume.

 

Notre Père

Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière, aussi comme Jésus nous l’a appris nous aimons dire :

 

Regard de paix

Seigneur Jésus, tu as dit à tes apôtres, je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, regarde notre assemblée, fais descendre sur chacun de nous ta paix. Qu’elle envahisse nos cœurs et déborde sur tous ceux et celles avec qui tu nous demandes d’être solidaires.

Jésus, tu nous fais porteur de ta paix, donne-nous maintenant de la partager.

 

Communion

Seigneur, tu veux nous rassembler en un seul corps. Que la communion que reçoivent maintenant certaines soit communion pour tous ceux qui aujourd’hui sont avec nous. Qu’elle nous édifie ensemble en un seul corps, solidairement porteurs de ta présence en notre monde.

 

Prière conclusive

Père infiniment bon, comme tu as écouté et exaucé la prière de ton Fils, tu entends aujourd’hui la nôtre : garde-nous fidèles à sa Parole et donne-nous de vivre selon son Evangile, envoyés, solidairement responsables de notre monde. Nous te le demandons…

 

Bénédiction

Envoi : allons dans la paix du Christ alleluia.

Sr Myrèse le 24 mai 2020 (confinement !)

 

samedi 16 mai 2026

Liturgie de la Parole 6e samedi de Pâques Jean 16, 23b-28

L’intention de Sophie

Méditation

Un jour, à la fin d’une balade au bord de la Meuse namuroise, après un verre à une terrasse du coin, Michel et moi sommes entrés dans la petite église en face dont la porte était ouverte. Au fond, sur une petite table, il y avait un carnet d’intentions et un crayon.


Ces carnets me touchent toujours : on y trouve des choses immenses et minuscules à la fois : « Seigneur, faites que Mamy guérisse », « J’ai réussi mon examen. Merci. », « Donne la paix dans le monde ». 


Et puis il y en a une qui retient mon attention : « Jésus, fais que Nathan quitte Jessica et sorte avec moi. Signé : Sophie »

Cela fait sourire, d’abord. Puis le sourire s’efface un peu. Parce qu’au fond, derrière cette demande maladroite déposée dans le carnet, il y a probablement une jeune fille qui souffre davantage qu’elle ne sait le dire.

 

Et une question surgit : que vais-je porter dans la prière ? Le projet de Sophie ? Son désir ? Sa solitude ? Son besoin d’être aimée ? Ou simplement une personne entière, confuse, mélangée, incapable encore de démêler tout ce qui habite son cœur.

 

Et c'est peut-être ce texte de Jean, que nous venons d'entendre, qui répond.


Jésus dit : « Ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. »


On entend cela et on pense : Dieu est là pour accomplir ce que nous lui demandons.

 

Mais demander « au nom de Jésus », ce n’est peut-être pas mettre Jésus au service de nos désirs. C’est laisser peu à peu nos désirs entrer dans son propre amour. C’est accepter que ce que nous demandons se transforme.


Quelques versets plus loin, Jésus dit encore : « Je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous, car le Père lui-même vous aime. »

 

Le Père aime déjà. Avant les beaux mots. Avant les prières ajustées. Avant même que nous sachions ce que nous demandons.


Ce n’est pas une raison pour ne plus demander. C’est une raison pour demander autrement.

 

Dans le chapitre suivant de l'Évangile de Jean, — la grande prière sacerdotale — Jésus prie longuement pour les disciples : « Garde-les. Qu'ils soient un. » 


Jésus ne s’interpose pas entre eux et le Père. Il les fait entrer dans une relation où ils découvrent que le Père les aime déjà.

 

Alors l’intercession change de visage.

 

Quand quelqu’un dit ou écrit : « Prie pour moi », il ne demande pas seulement qu’on ajoute une intention de plus à une liste.  Il demande aussi : « Tiens-toi un peu près de moi devant Dieu. » « Ne me laisse pas seul dans ce que je traverse. »

 

Prier pour quelqu'un, ce n'est pas simplement demander quelque chose à sa place. C'est accepter, un moment, de se tenir auprès de lui devant Dieu. C’est se mettre de son côté. Ne plus le regarder à travers ce qu'il nous fait, ce qu'il nous doit, ou ce que nous voudrions qu'il soit.

 

Quelque chose se déplace.

Pas seulement nos demandes.

Mais nous-mêmes.

 

Alors, devant l'intention de Sophie — je ne sais plus très bien quoi demander. Peut-être que c'est cela, finalement, la prière honnête : ne pas trop savoir, et rester quand même là.

 

Rester là, avec cette jeune fille qu'on ne connaît pas, dans cet amour qui la précède et qui la dépasse.

Lui souhaiter, sans formuler trop vite, une joie plus vaste que ce qu'elle imagine aujourd'hui.

 

Car l'intercession ne consiste pas seulement à porter une demande devant Dieu. Elle consiste parfois à demeurer assez longtemps dans cet amour pour que quelque chose, peu à peu, se transforme en nous.

 

C'est peut-être cela, prier les uns pour les autres...

Isabelle le 16 mai 26

vendredi 15 mai 2026

Liturgie de la Parole 6e vendredi de Pâques Jean 16, 20-23a

Devenir enfants de Dieu en Christ 

 
Merci à l'auteur de cette image

Méditation 

Ce passage du chapitre 16 de l’évangile selon saint Jean nous est donné par l’Eglise pour accompagner le mouvement global qui s‘opère non seulement avec la mort du Christ mais aussi avec sa montée au ciel chez les croyants. Cette dernière disparition, l’Ascension du Seigneur au ciel, cause une peine, celle provoquée par une perte définitive. Mais de quelle perte s’agit-il vraiment ? A vrai dire, celle de la présence corporelle du Christ. Cette perte est en fait la marque d’une évolution du mode de sa présence comme dans une naissance comme nous le laisse entendre ce passage de l’évangile que nous venons d’entendre : « La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde. (Jn 16, 21) »  La présence à la mère se poursuit mais dans un tout autre cadre.
 
Alors de quelle naissance s’agit-il ? De la nôtre à chacun et à tous, comme fils et filles de Dieu, naissance rendue possible par le départ du Fils unique. C’est une naissance pour la vie éternelle, c’est-à-dire la vie divine, la vie avec Dieu, la vie en Dieu, une vie que nous recevons et qui nous met en relation avec le mystère de Dieu comme ses enfants adoptifs dans le Fils unique. Ce point est attesté également par la prière d’ouverture[1], « Tu nous recrées, Seigneur, pour la vie éternelle dans la résurrection de notre Sauveur qui règne désormais auprès de toi ; dirige nos cœurs vers sa gloire, afin qu'au jour où il viendra de nouveau, ceux que tu as fait renaître par le baptême soient revêtus de sa lumière impérissable ».
 
Cette naissance, cette recréation, est dans le Christ Ressuscité et se réalise grâce à son absence matérielle. Comme le Père qui s’est retiré de sa création pour l’attendre et ainsi la laisser advenir à lui, le Fils se retire du monde pour laisser pleinement advenir ses frères et sœurs, son corps, leur donnant ainsi de vivre des relations identiques à ce qu’il a lui-même vécu aux jours de sa chair. Ainsi s’ouvre l’histoire véritable de notre devenir, de celui de toute l’humanité. 
 
En prime, une attitude spirituelle, pour nous, peut être glanée de cette absence matérielle, voulue par le Fils. Il y a ce double retrait, réalisé par le Père puis par le Fils que nous avons évoqué. Il nous indique un chemin spirituel pour nous-mêmes. Nous aussi, nous pouvons faire advenir, naître l’autre par notre propre retrait. Heureux serons-nous si nous le percevons, et le vivons comme le père qui laisse son enfant reprendre le flambeau, comme le maître qui commande à l’élève et se retire, comme l’homme politique qui ne se représente pas pour laisser candidater son dauphin… Soyons certains qu’en agissant ainsi nous nous configurons au Mystère de Dieu qui veut passionnément la liberté de l’autre et ne campe jamais sur son pouvoir, ne cessant de donner.

Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite le 19 Mai 2023

https://jardinierdedieu.fr/jn-16-20-23a.html 
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[1] Remarquez que je prends la forme précédente comparable à celle actuelle. Par ailleurs l’oraison du vendredi n’est pas la même si l’Ascension est célébrée le dimanche suivant, ce qui implique bien que cette oraison du vendredi après l’Ascension vise bien ce moment de l’après Ascension.