Liturgie 21e mardi TO-II Matthieu 23, 23-26 ; 2 Thessaloniciens 2 1-3a.14-17
Introduction
Nous arrivons peu
à peu au bout de l’évangile de Matthieu. Depuis samedi, nous sommes dans le
chapitre 23, et nous l’entendrons encore demain. C’est le fameux chapitre des
invectives aux Pharisiens. Plutôt que des invectives ou des malédictions, il
faut comprendre derrière ces paroles de la consternation, de la désolation, de
la tristesse. Comme si Jésus disait « ouïe ouïe ouïe ! » Il y a
une citation du prophète Osée qui parcourt l’évangile de Mt : « c’est
l’amour que je veux, et non le sacrifice, la connaissance de Dieu, plus que les
holocaustes » (Osée 6, 6). On la rencontre deux fois explicitement, et ici
encore implicitement, quand Jésus dit aux Pharisiens : « malheureux
êtes-vous, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin,
mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la
justice, la miséricorde et la fidélité ».
Il y a sans doute
en chacun de nous un pharisien qui se cache. Quand nous nous réfugions dans
tout ce que nous faisons de bien, au point parfois d’oublier l’amour qui doit
être le moteur de toute chose… Mais laissons là les pharisiens et mettons-nous
à l’écoute de l’appel de Dieu qui résonne dans les psaumes.
Commentaire après les lectures
Je voudrais
évoquer la première lecture, cette 2ème lettre aux Thessaloniciens
dont nous lisons des extraits ces jours-ci. Le passage que nous venons
d’entendre fait allusion au fait que les premiers chrétiens croyaient très fort
que la fin du monde était proche, que le Christ allait revenir bientôt. Et du
coup, leur manière de vivre le quotidien s’en trouvait affecté. Paul l’apprend
et il met les choses au point : que personne ne lui prête des paroles
qu’il n’aurait pas dites ! Certes, nous vivons dans l’attente du jour du
Seigneur, mais ce n’est pas une raison pour négliger l’aujourd’hui. Il y a tout
un passage qui n’a pas été repris dans cette péricope, et qui parle du mystère
d’iniquité, à l’œuvre dans le monde maintenant. Il parle de la séduction du
mal, qui viendra avec puissance et signes trompeurs. Puis il ajoute que Dieu
nous a appelés à « entrer en possession de la gloire de Jésus-Christ. »
Cela me fait penser à l’exposition que nous avons vue hier, sur le manuscrit de
l’Apocalypse. Un artiste très doué a mis en image toutes les visions
catastrophiques de Jean à Patmos. Mais aussi les visions du combat qui se
déroule dans le ciel, de la victoire de l’agneau, de la fin définitive du mal. En
fait, l’Apocalypse est un livre d’espérance !
Je vois un lien à
faire avec notre situation d’aujourd’hui. Au fond, Paul nous parle de notre
rapport au temps, à la temporalité. Aujourd’hui aussi, nous vivons une sorte de
fin du monde, et nous ne savons pas quand tout cela va s’effondrer, et nous
vivons dans une certaine peur. Ou bien, nous évacuons la peur par des discours
relativistes, qui disent qu’il n’y a pas de problème, que tout va bien. Entre
la vision des catastrophistes et la vision des optimistes négationnistes, la
position chrétienne n’est pas toujours si simple ! Dans Laudato Si’,
le pape François invite à une attitude responsable et solidaire, qui lance le
pari de l’espérance. Oui, les choses vont mal, mais nous avons la mission de ne
pas éteindre l’espérance ! Les premiers chrétiens croyaient que le jour du
Seigneur allait arriver très vite. Du coup, certains s’arrêtaient de
travailler : « à quoi bon ? ». Mais nous, nous avons
peut-être oublié la promesse de la venue du Christ, nous vivons trop au
présent, le nez dans le guidon. Le « retour du Christ » ne fait plus
guère partie de notre théologie… Comment, alors, vivre l’espérance ? Je
pense qu’en disant aux chrétiens de Thessalonique : « Dieu vous a
appelés par notre proclamation de l’évangile,
pour que vous entriez en possession de la gloire de notre Seigneur Jésus
Christ », il les invite à introduire l’avenir dans le présent. À vivre le
présent en le laissant illuminer par la promesse de l’avenir. À la fois pour
réconforter, et pour responsabiliser. Car la venue du Jour de notre Seigneur
Jésus Christ dépend aussi de notre désir, de notre tension vers lui, de la
préparation que nous lui offrons. Cela demande d’être attentif au présent, et
vigilant par rapport au « mystère d’iniquité », et confiant dans la
douce force de la vérité de Jésus Christ, qui viendra à bout de ce mystère.
C’est cela, son jour : le combat vainqueur de la vérité contre le
mensonge, de la douceur contre la brutalité du mal.
Conclusion
Dieu, Père, tu
nous aimes ; par ta grâce, tu nous donnes réconfort et joyeuse espérance.
Affermis nos cœurs en tout ce que nous pouvons dire ou faire de bien.
Rends-nous joyeux dans l’espérance et inventifs dans l’amour. Pour que ton Jour
se lève sur le monde, avec ta victoire définitive sur toutes les forces du
mensonge et du mal. Par Jésus Christ…
Sr Marie-Raphaël le 25 août 2020

