mercredi 15 avril 2026

Liturgie 2e mercredi de Pâques Jean 3, 16-21 ; Actes 5, 17-26

Ouverture

« Tu es un maître en Israël, et tu ne connais pas ces choses ? »

Conversation entre Jésus et Nicodème : la liturgie l’a divisée en trois parties, nous entendons aujourd’hui la troisième. Être un maître en Israël, c’est savoir faire la part des choses entre peshat et midrash, entre le sens littéral et le sen figuré, allusif, allégorique. Jésus a parlé de nouvelle naissance, et puis il a parlé du serpent de bronze élevé dans le désert… deux images qui invitent Nicodème à réfléchir. Ouvrons nos cœurs à l’Esprit, car le vent souffle où il veut.

 

Résonances

La conversation avec Nicodème avait commencé de nuit. Elle se termine par une invitation à sortir de la nuit. Nuit au sens propre et au sens figuré.

 Dans la première lecture, il est aussi question de nuit. Les apôtres sont publiquement jetés en prison (donc à la lumière du jour, au regard de tous), mais la nuit l’Ange du Seigneur vient ouvrir les portes de la prison et les faire sortir. Dès le matin, ils entrent dans le temple pour enseigner. Malgré ce qui leur est arrivé, ils ne craignent pas la lumière du jour ! On peut leur appliquer cette parole de l’évangile : « la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

 La vie avec Jésus nous met devant un choix (le mot « jugement » qui apparaît ici, krisis évoque un « discernement »). Dans l’AT, on parle souvent du « jugement », qui doit se faire lors du « jour du Seigneur ». Ce jugement est redouté, car il est vu comme un moment critique où il faudra rendre des comptes à Dieu. A travers la parabole du serpent de bronze, Jésus fait basculer cette image. Dieu ne fait pas des comptes d’apothicaire de nos péchés. Du côté de Dieu, il n’y a qu’un seul moteur : l’amour.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » … « pas pour juger le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé ».

 Le choix n’est pas : choisir entre la lumière et les ténèbres.

On ne choisit pas la lumière : elle est là, d’office. Mais on choisit de l’accueillir ou de ne pas l’accueillir. Par cette image, Jésus suggère que le « jugement » n’est pas le fait de Dieu, mais qu’il est du côté des hommes. Du côté de Dieu, il n’y a qu’un seul désir : sauver. Du côté de Dieu, il n’y a qu’une seule action : aimer.

As-tu compris, Nicodème ?

 

Prière

Seigneur, ta lumière nous devance et nous incite à sortir de la nuit de nos prisons. En elle, nous avons l’audace de témoigner de l’espérance inouïe que donne ta résurrection. Que cette audace, nourrie par ton Esprit, fortifie en nous la foi et la charité.

Sr Marie Raphaël écrit le 10 avril 2024

mardi 14 avril 2026

Liturgie de la Parole 2e mardi de Pâques Jean 3, 7-15

Nicodème ou une bonne conversation théologique

Méditation

Qui n'aime pas Nicodème ? Il ressemble tellement à chacun d'entre nous. À nos états d'âme. Son comportement est une belle photographie de ce que nous sommes. De notre culture aussi. Nicodème est un croyant ambigu. Il connaît les Écritures. Il n'est pas indifférent aux échos, qui lui viennent de la Samarie, de la Galilée, au sujet de Jésus. Il se sent intérieurement interpellé. Homme de science et chercheur de Dieu qu'il est, l'itinéraire de Jésus, un maître pour le citer, par ses gestes et ses paroles pas comme les autres (cf. Jean 7, 46), le fascine. Personne ne peut faire les signes que tu fais si Dieu n'est pas avec lui (Jean 3, 2).  

Devant nos yeux, un éminent docteur en Israël, notable et membre du Sanhédrin, et un maître venu de la part de Dieu entrent dans un dialogue, je dirais théologique, qui laisse profiler ce qui sera au cœur du message de Jésus : renaître d'en-Haut (v. 7). Mais, se demande Nicodème, comment est-il possible à quelqu'un de renaître quand il a écoulé la moitié de sa vie (v. 4)? Il ne sait pas ce que signifie naître de nouveau.  Pour Jésus, le naître de nouveau, c’est naître d’en-haut. Le Christ a apporté toute nouveauté en s’apportant lui-même (Saint Irénée). Le monde ancien est passé, une réalité nouvelle est là (2 Corinthiens 5, 12).

Ce dialogue-conversation confirme que la bonne volonté de Nicodème, son expérience de la vie, son savoir sur des vérités de la religion, tout son acquis humain, si bon et important soit-il, reste insuffisant pour entrer dans la communion de vie avec Dieu. Entrons dans l'étonnement de Nicodème d'entendre ce maître Jésus l'inviter en ouverture de leur dialogue, à renaître à l'essentiel. 

Jésus oriente le regard de ce chercheur de Dieu sur l'essentiel. Il l'invite à faire le ménage dans sa pratique religieuse qui ne le comble pas. Il fait voir à Nicodème que « maîtriser» toutes les règles de la loi, tous les règlements ne signifie pas pour autant rencontrer Dieu. Comme chemin pour renaître, Jésus lui propose de sortir de ses certitudes religieuses, de cesser de maintenir la nuque raide et le cœur dur (Actes 7, 51). Théologien, Jésus axe leur conversation sur ce qu'il ne connait pas, l'évangile de l'intériorité, qu'il connait parce qu'il vient d'en-haut. 

Conversation-dialogue qui a conduit Nicodème de chercheur de Dieu à témoin de Jésus. Nicodème aura besoin de temps pour comprendre le sens de ces paroles. Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde (Jn 8, 23). Son itinéraire est pour nous un chemin d'espérance car ce chercheur de Dieu s'engagera pour le Christ (Jn 7, 50 et 19, 39). L'évangéliste Jean mentionne au terme de son évangile, que Nicodème apportera un mélange de myrrhe et d'aloès, d'environ cent livres (Jn 19, 39) pour l'inhumation de Jésus. Cent livres, ce n'est pas anodin. C'est un nombre recommencement d'une vie nouvelle alors que quatre-vingt-dix-neuf est le symbole de la Résurrection.

Nicodème, c'est le premier notable pharisien qui demande à voir Jésus. C'est l'homme du premier pas. C'est le premier au tombeau, le premier à demander comment atteindre le Royaume de Dieu. C'est à chacun d'entre nous que revient de demander d'être, en ce grand dimanche, le premier à connaître cette vie pascale. Chacun d'entre nous est appelé à recommencer à naître de l'Esprit de notre baptême. Mais avons-nous le désir de renaître en ce temps difficile pour notre foi ? Avons-nous l'envie de connaître la joie de Nicodème en nous permettant, comme lui, ce dialogue-conversation-par-le-cœur avec Jésus ? 

Chaque baptisé, disait le pape François s'adressant au conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation, est « christophore », c’est-à-dire porteur du Christ, comme le disaient les anciens Pères. Qui a rencontré le Christ, comme Nicodème, comme la samaritaine au puits, ne peut garder pour lui cette expérience, mais il ressent le désir de la partager, pour conduire d’autres personnes à Jésus (cf. Jean 4). Demandons-nous ce matin, si ceux qui nous rencontrent perçoivent dans notre vie la chaleur de notre foi et voient sur notre visage la joie de renaître chaque jour à l'Esprit qui fait toute chose nouvelle. AMEN.

Le 1er avril 2015

https://www.diocesevalleyfield.org/fr/a-lire-pour-vivre/2015-b-jn-3-7-15-mardi-2e-semaine-pascale-nicodeme-ou-une-bonne-conversation

lundi 13 avril 2026

Liturgie de la Parole 2e lundi de Pâques Jean 3, 1-8 ; Actes 4, 23-31

Introduction

Durant le TP, on n’attend pas la Pentecôte pour parler de l’Esprit ! Le jour de Pâques, déjà, nous entendions les paroles que Pierre prononça le jour de la Pentecôte. Et hier, dans le récit de l’évangile de Jean, nous avons vu Jésus souffler sur les disciples en leur disant : « recevez l’Esprit Saint ».

Les deux textes d’aujourd’hui parlent aussi de l’Esprit Saint : dans les Actes des Apôtres, nous assistons à une deuxième Pentecôte, effusion de l’Esprit qui fait suite à la prière de la communauté rassemblée autour de Pierre et Jean. Dans l’évangile, c’est Nicodème qui interroge Jésus et s’entend dire qu’il s’agit de renaître de l’eau et de l’Esprit. Chronologiquement, il faudrait sans doute lire l’évangile avant les Actes. Nicodème est authentique dans sa quête, mais il ne peut encore comprendre, car, comme l’évangéliste le dira lui-même plus loin,  il ne peut encore avoir l’Esprit, parce que Jésus n’a pas encore été glorifié. IL y a encore du chemin à faire. Jésus lui parle avec des images qui nous invitent, nous aussi, à élargir nos cœurs dans la prière.

Prière de louange autour de l’autel.

 Père, tu nous as fait renaître pour une vivante espérance par la résurrection de ton Fils. Béni sois-tu pour cette vie nouvelle en laquelle tu nous invites, chaque jour, à avancer

 Refrain : Gloire à toi, Seigneur !

 Béni sois-tu pour la liberté du souffle de l’Esprit : il nous fait sortir de la nuit, il délie nos peurs, il nous envoie pour témoigner de la présence de ton Royaume.

Refrain : Gloire à toi, Seigneur !

Béni sois-tu pour la communauté chrétienne, l’église où tu fais de nous des frères et des sœurs animés par l’unique Esprit. Béni sois-tu pour le pain de la route et le vin de la fête, et pour ta parole qui nous relie entre nous et nous rapproche de toi

 Refrain : Gloire à toi, Seigneur !

 Et pour la communion que nous pouvons vivre

Avec tous ceux qui te prient.

Animés par l’Esprit, laisse-nous reprendre les paroles que Jésus nous a enseignées :

Notre Père…

Baiser de paix 

Le Ressuscité a salué ses amis en leur disant : « la paix soit avec vous ». Que cette paix demeure dans nos cœurs afin que nous puissions l’échanger en toute vérité.

 Conclusion de la célébration

En nous inspirant de la prière des premiers chrétiens reprise dans les Actes, adressons à Dieu notre prière fervente :

« Maître, c’est toi qui as fait le ciel, la terre et la mer et tout ce qu’ils contiennent. C’est toi qui, par l’Esprit Saint, a mis sur nos lèvres la louange de ce jour. Maintenant, sois attentif au monde dans lequel nous vivons ; donne à tous ceux qui te servent d’annoncer ta parole avec une parfaite assurance. Étends donc ta main pour guérir les malades, accomplis des signes et des prodiges par le nom de Jésus, ton Saint, ton Serviteur. Accorde à nos communautés la grâce d’un souffle nouveau, par la résurrection du Christ, notre Seigneur.

Sr Marie Raphaël le 24 avril 2017

samedi 11 avril 2026

Liturgie samedi de Pâques Marc 16, 9-15

Début de la messe.

    Quand le Christ ressuscité a fait irruption dans notre vie, il a ouvert un chemin.  Notre centre de gravité s’est déplacé.  En effet, pour nous désormais il existe un au-delà de la souffrance, de la tristesse, de l’échec et même de la mort.  Prendre conscience de cela a transformé notre vie.  Cette espérance touche toute notre personne.  C’est cette espérance que nous célébrons solennellement pendant cette octave de Pâques.

Homélie.

Pour atténuer la fin brutale d'un évangile s'achevant sur la peur et le silence   (Mc 16, 8), une finale plus longue a été rajoutée au texte de Marc au 2e siècle.   Cette ajoute change de ton par rapport à ce qui précède.  Ce supplément offre un résumé des principales apparitions du Ressuscité dans les évangiles de Luc et de Jean.   Dans le texte proclamé aujourd’hui, Jésus apparaît d'abord à une femme seule, ensuite à deux pèlerins pour se montrer enfin à l'ensemble de ses Apôtres.  Pédagogie du Maître qui aurait tant aimé que les uns et les autres se fassent confiance et constituent une longue chaîne de transmission.
De  façon surprenante, cette ajoute au texte initial de Marc insiste à deux reprises sur le refus de croire des disciples et même des Onze.  Manque de foi dureté de coeur, le Ressuscité ne leur fait  pas de cadeau.  Pourtant il leur confie aussitôt l'annonce de l'Évangile à toute la  Création ! 
Une belle leçon pour nous aujourd’hui : nous croyons sur le témoignage d'hommes de peu de foi, de ceux qui, dans l'histoire, au-delà de leurs propres doutes, ont annoncé Jésus Christ.
Une belle leçon pour l’Eglise institutionnelle qui ne laisse pas aux femmes une place identique à celle des hommes alors que ce sont des femmes qui ont cru les premières en la résurrection et qui l’ont annoncé. (voir aussi Jean 20,11-18) 
Abbé Fernand Stréber le 11 avril 26

vendredi 10 avril 2026

Liturgie de la Parole vendredi de Pâques Jean 21, 1-14 ; Actes 4, 1-12

À l’eau

Méditation

 L’évangile de ce jour est presque une scène de bord de mer… On entendrait presque les vagues, on sentirait presque l’odeur du poisson grillé… Et au milieu de tout cela… des disciples un peu perdus. Pierre dit : « Je m’en vais à la pêche. » Traduction possible : “Je ne sais plus trop quoi faire… alors je retourne à ce que je connais.” Et les autres répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » C’est beau… et un peu humain. Quand on ne sait plus, on fait ce qu’on peut. Ils pêchent toute la nuit… et ne prennent rien. Rien.

 La nuit, dans la Bible, c’est souvent le moment du doute, du flou, de l’incertitude. Une nuit… stérile. Et puis, au matin — toujours ce matin de Pâques qui revient — quelqu’un est là. Sur le rivage. Mais ils ne le reconnaissent pas. Et Jésus leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque. » On pourrait presque sourire : après une nuit sans rien… un conseil de plus… Mais ils obéissent. Et là… le filet se remplit. 153 poissons. Pas 150. Pas “beaucoup”. Comme si Dieu comptait… ce que nous, nous aurions résumé. Parce que pour Dieu, rien n’est vague. Rien n’est anonyme. Chaque poisson compte… comme chaque vie. Pour saint Jérôme, il existait 153 espèces de poissons différentes. L'Église rassemble toutes les nations, toutes, sans exception.

 Et c’est à ce moment-là que tout bascule. Jean dit : « C’est le Seigneur ! » Et Pierre… fait quelque chose d’extraordinaire : il s’habille… pour plonger. Avouons-le : ce n’est pas la logique la plus habituelle. Normalement, on enlève ses vêtements pour nager… Pierre fait l’inverse. Pourquoi ? Parce qu’il ne veut pas arriver devant Jésus… n’importe comment. Il se “revêt”. Comme pour dire : “Je viens à toi… de tout mon être.” Et nous comprenons bien que c’est le vêtement du baptisé qu’il revêt. Adam et Eve découvrent leur nudité après le péché. Pierre est nu après son reniement, mais lorsqu’il voit le Seigneur ressuscité, il devient déjà un ressuscité. 

 Et surtout… il plonge. Sans calcul. Sans attendre. Sans vérifier la température de l’eau. C’est peut-être cela, la foi pascale : reconnaître le Seigneur… et oser plonger vers lui. Pierre ne fait pas un discours. Il saute.

Et pendant ce temps-là… les autres tirent le filet. Et l’Évangile précise : « Malgré la quantité, le filet ne se déchira pas. » Image magnifique de l’Église : pleine… diverse… et pourtant… tenue.

 Dans la première lecture, Pierre annonce : « Jésus est la pierre que vous avez rejetée… et qui est devenue la pierre d’angle. » Ce qui semblait inutile… devient essentiel. Ce qui était mis de côté… devient fondement. Et cela rejoint tout l’Évangile : une nuit vide… devient abondance ; une pêche inutile… devient mission ; un disciple fragile… devient témoin. Et peut-être que cela rejoint aussi nos vies… Ces moments où nous avons l’impression de “ne rien prendre”, de ne pas avancer, de ne pas réussir… Et pourtant… Dieu est déjà sur le rivage. Il dit simplement : « Venez manger. » C’est extraordinaire : le Ressuscité commence par inviter à la table.

 Et si vous avez l’impression de ne rien avoir “pris” ces derniers temps… rassurez-vous : avec Dieu, le matin arrive toujours. Et parfois… il suffit d’un pas. Ou d’un plongeon !

 Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Alléluia !

Pierre Hannosset le 10 avril 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/04/vendredi-de-paques-mettons-nous-en.html