mardi 25 août 2026

Liturgie 21e mardi TO-II Matthieu 23, 23-26 ; 2 Thessaloniciens 2 1-3a.14-17

Introduction

Nous arrivons peu à peu au bout de l’évangile de Matthieu. Depuis samedi, nous sommes dans le chapitre 23, et nous l’entendrons encore demain. C’est le fameux chapitre des invectives aux Pharisiens. Plutôt que des invectives ou des malédictions, il faut comprendre derrière ces paroles de la consternation, de la désolation, de la tristesse. Comme si Jésus disait « ouïe ouïe ouïe ! » Il y a une citation du prophète Osée qui parcourt l’évangile de Mt : « c’est l’amour que je veux, et non le sacrifice, la connaissance de Dieu, plus que les holocaustes » (Osée 6, 6). On la rencontre deux fois explicitement, et ici encore implicitement, quand Jésus dit aux Pharisiens : « malheureux êtes-vous, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité ».

Il y a sans doute en chacun de nous un pharisien qui se cache. Quand nous nous réfugions dans tout ce que nous faisons de bien, au point parfois d’oublier l’amour qui doit être le moteur de toute chose… Mais laissons là les pharisiens et mettons-nous à l’écoute de l’appel de Dieu qui résonne dans les psaumes.


Commentaire après les lectures

Je voudrais évoquer la première lecture, cette 2ème lettre aux Thessaloniciens dont nous lisons des extraits ces jours-ci. Le passage que nous venons d’entendre fait allusion au fait que les premiers chrétiens croyaient très fort que la fin du monde était proche, que le Christ allait revenir bientôt. Et du coup, leur manière de vivre le quotidien s’en trouvait affecté. Paul l’apprend et il met les choses au point : que personne ne lui prête des paroles qu’il n’aurait pas dites ! Certes, nous vivons dans l’attente du jour du Seigneur, mais ce n’est pas une raison pour négliger l’aujourd’hui. Il y a tout un passage qui n’a pas été repris dans cette péricope, et qui parle du mystère d’iniquité, à l’œuvre dans le monde maintenant. Il parle de la séduction du mal, qui viendra avec puissance et signes trompeurs. Puis il ajoute que Dieu nous a appelés à « entrer en possession de la gloire de Jésus-Christ. » Cela me fait penser à l’exposition que nous avons vue hier, sur le manuscrit de l’Apocalypse. Un artiste très doué a mis en image toutes les visions catastrophiques de Jean à Patmos. Mais aussi les visions du combat qui se déroule dans le ciel, de la victoire de l’agneau, de la fin définitive du mal. En fait, l’Apocalypse est un livre d’espérance !

 

Je vois un lien à faire avec notre situation d’aujourd’hui. Au fond, Paul nous parle de notre rapport au temps, à la temporalité. Aujourd’hui aussi, nous vivons une sorte de fin du monde, et nous ne savons pas quand tout cela va s’effondrer, et nous vivons dans une certaine peur. Ou bien, nous évacuons la peur par des discours relativistes, qui disent qu’il n’y a pas de problème, que tout va bien. Entre la vision des catastrophistes et la vision des optimistes négationnistes, la position chrétienne n’est pas toujours si simple ! Dans Laudato Si’, le pape François invite à une attitude responsable et solidaire, qui lance le pari de l’espérance. Oui, les choses vont mal, mais nous avons la mission de ne pas éteindre l’espérance ! Les premiers chrétiens croyaient que le jour du Seigneur allait arriver très vite. Du coup, certains s’arrêtaient de travailler : « à quoi bon ? ». Mais nous, nous avons peut-être oublié la promesse de la venue du Christ, nous vivons trop au présent, le nez dans le guidon. Le « retour du Christ » ne fait plus guère partie de notre théologie… Comment, alors, vivre l’espérance ? Je pense qu’en disant aux chrétiens de Thessalonique : « Dieu vous a appelés par notre proclamation de l’évangile, pour que vous entriez en possession de la gloire de notre Seigneur Jésus Christ », il les invite à introduire l’avenir dans le présent. À vivre le présent en le laissant illuminer par la promesse de l’avenir. À la fois pour réconforter, et pour responsabiliser. Car la venue du Jour de notre Seigneur Jésus Christ dépend aussi de notre désir, de notre tension vers lui, de la préparation que nous lui offrons. Cela demande d’être attentif au présent, et vigilant par rapport au « mystère d’iniquité », et confiant dans la douce force de la vérité de Jésus Christ, qui viendra à bout de ce mystère. C’est cela, son jour : le combat vainqueur de la vérité contre le mensonge, de la douceur contre la brutalité du mal.


Conclusion

Dieu, Père, tu nous aimes ; par ta grâce, tu nous donnes réconfort et joyeuse espérance. Affermis nos cœurs en tout ce que nous pouvons dire ou faire de bien. Rends-nous joyeux dans l’espérance et inventifs dans l’amour. Pour que ton Jour se lève sur le monde, avec ta victoire définitive sur toutes les forces du mensonge et du mal. Par Jésus Christ…

Sr Marie-Raphaël le 25 août 2020

lundi 24 août 2026

Liturgie 24 août saint Barthélemy Jean 1, 45-51 ; Apocalypse 21, 9b-14

Accueil

Heureux sommes-nous qui fêtons aujourd’hui l’un des apôtres, Barthélémy, alias Nathanaël dans l’évangile de Jean. Fêter l’un des apôtres, c’est fêter les fondations de notre foi dans le Christ, qui est lui-même la pierre d’angle. Cette pierre d’angle, cet autel, sur lequel je m’appuie. Heureux sommes-nous qui célébrons aussi aujourd’hui le cinquième anniversaire de l’élection de Mère Marie-Jean, prieure de ce monastère. Jour après jour elle se tient au plus près de cet autel, qui est le Christ au milieu de la communauté. Entrons dans cette eucharistie, en rendant grâce pour la figure de Barthélémy, et en entourant Mère Marie-Jean de notre prière.

Mais reconnaissons d’abord notre péché : que le Christ, dans sa miséricorde, recrée en nous le désir de le suivre et le servir.

 

Homélie

L’ange me montra la ville sainte, écrit saint Jean, la Jérusalem qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu. De cette ville, Jean précise : sa muraille repose sur douze fondations portant les douze noms des douze apôtres de l’Agneau. Voilà qui dessine dans un axe vertical. Du ciel de Dieu la ville descend, dans sa beauté, vers le témoin de la vision. Cet acte vertical, apocalyptique, nous l’avons retrouvé à la fin de l’échange entre Jésus et Nathanaël : « Tu verras des choses plus grandes encore. Vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. »

La vocation de l’apôtre, de Barthélémy, alias, Nathanaël, la vocation de chacun des douze apôtres, et la vocation de l’apôtre en nous, croise toujours cet axe vertical, qui est la manifestation de Jésus « à ciel ouvert », dans l’éclaircie de Dieu. Chaque apôtre est témoin à sa manière de l’apocalypse de Jésus, de la révélation fulgurante de son être de Fils de l’homme et de Fils de Dieu.

Mais une vocation apostolique met en jeu, tout autant, un axe horizontal, celui de nos histoires, de nos cheminements, celui des rencontres et des paroles échangées à hauteur d’homme, à propos de Jésus et avec Jésus. Dans l’évangile de ce jour, c’est d’abord la rencontre de deux hommes, liés par l’amitié : « Philippe va trouver Nathanaël et lui dit… ». Nous sommes dans l’axe d’une parole d’amitié, d’une confidence d’amitié à propos de Jésus : « Celui dont il est écrit dans la Loi de Moïse et chez les prophètes, nous l’avons trouvé ! ». Comme le mystère de Jésus est confié à nos amitiés, à ce qu’un ami peut dire à son ami ! Nathanaël répond à Philippe par une boutade, qui trahit des vues humaines, trop humaines : « De Nazareth peut-il venir quelque chose de bon ? ». La réponse de Philippe est celle d’une invitation fraternelle, basée sur sa propre expérience : « Viens et vois ».

Paraît alors Jésus, et c’est lui qui voit Nathanaël, et lui dit : « Voici vraiment un Israélite (un fils de Jacob), il n’y a pas de ruse en lui ». L’ironie ne manque pas, mais elle est douce ; l’ironie ne manque pas car le Jacob biblique était bel et bien un maître en matière de ruse. Sourire de Jésus également dans sa référence au figuier. « Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier – probablement le symbole de l’étude, de la recherche – je t’ai vu ». Le rôle de l’ami, Philippe, a compté, le rôle de l’étude a compté, mais, plus encore, le regard de Jésus – « Je t’ai vu ».

            Et puis la promesse, celle d’une trouée, d’une lumière verticale : « Vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. »

Dans la vocation de l’apôtres deux axes, donc, se rencontrent. Celui, horizontal, de nos échanges dans l’histoire, dans l’estime et l’amitié ; celui, vertical, des cieux ouverts sur le Fils de l’homme.

Il y a cinq ans, vous avez fait une expérience similaire, une expérience johannique, lors de l’élection de Mère Marie Jean. Une expérience qui a mis en jeu votre responsabilité de moniales, celle de chercher et trouver l’une d’entre vous, qui servirait l’unité. Mais aussi l’expérience du choix de Dieu, dans sa verticalité. L’expérience du Dieu qui se penche sur l’une de de vous, qui servira l’unité de vous toutes – selon la Règle de saint Benoît. Pour elle, pour mère Marie-Jean, nous prions : qu’elle soit mère et sœur, une figure de l’amitié dans le Christ, comme le furent Philippe et Nathanaël.

Jésus a dit à Nathanaël « Quand tu étais sous le figuier ». Relisant l’épisode avec vous à Hurtebise, je voudrais corriger le récit johannique sur un point. Et faire dire à Jésus non plus « quand je t’ai vu sous le figuier », mais « sous le tilleul ».

Père Jean-Pierre Sonnet, jésuite, Hurtebise le 24 août 26

 

dimanche 23 août 2026

Liturgie de la Parole 21e dimanche A Matthieu 16, 13-20 ; Isaïe 22, 19-23 ; Romains 11, 33-36

Homélie

De certains romans on dit qu’ils sont des romans à clé, qui s’ouvrent lorsqu’on y fait jouer une certaine clé, donnant accès à un surplus de signification. Les lectures de ce jour ne sont pas un roman, mais elles parlent de clé et font jouer certaines clés que je voudrais découvrir avec vous.

Aux textes du lectionnaire, je voudrais ajouter deux versets de l’Apocalypse – deux clés sans doute. En Apocalypse 1,18, Jésus ressuscité s’adresse à l’apôtre Jean : « N’aie pas peur ! C’est moi qui suis le premier et le dernier, le vivant. Je suis mort, mais je suis vivant à tout jamais, et j’ai les clefs de la mort et du séjour des morts ». Plus loin, en 3,7, il se désigne comme « celui qui a la clef de David, celui qui ouvre de telle sorte que personne ne ferme, celui qui ferme de telle sorte que personne n’ouvre ». Dans la première lecture de ce dimanche, d’Isaïe, il était dit à propos du serviteur choisi par le Seigneur, Eliakim : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira. » Mais quelle est cette clé de David, qui devient dans l’Apocalypse celle de Jésus ?

Arrêtons-nous d’abord sur l’objet clé, dans sa réalité physique. Les clés dans l’Antiquité n’étaient pas nos clé-de-poche (sans parler de nos clés usb). Elles pouvaient mesurer jusqu’à 60 cm de long. Une célèbre clé de temple en bronze du Ve siècle avant J.-C., découverte dans le sanctuaire d’Artémis à Lousoi en Arcadie, mesure 40 cm de long. Les prêtres portaient cette clé sur l'épaule pour afficher leur rang et leur autorité. Certaines de ces clés étaient si lourdes qu’elles constituaient « la charge d’un homme », d’où l’image d’Isaïe : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David » (Is 22,22), la clé de l’autorité royale.

Dans la Bible, la clé devient le symbole de ce qui donne accès au dessein de Dieu, un dessein par ailleurs inscrutable, comme nous l’avons dit dans le psaume : « Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? ». L’énigme de ce dessein se concentre en fait dans la mystérieuse identité du « Fils de l’homme ». « Au dire des gens, - demande Jésus- qui est le Fils de l’homme ? » Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? ». Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! ». σὺ εἶ ὁ χριστὸς. Tu es l’oint χριστὸς de Dieu, celui qui a reçu l’onction de Dieu. Jésus lui répond : « (Et toi) Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Voilà que ressurgit le symbole des clés, cette fois « les clés, non plus du royaume de David, mais du royaume des Cieux ». Mais quel est ce pouvoir des clés, que Jésus remet à Pierre et à l’Église de Pierre, ce pouvoir des clés qui unit le monde des hommes et le monde de Dieu ?

Vous avez remarqué que Jésus, à la fin de l’épisode, demande instamment aux disciples « de ne dire à personne que c’était lui, le Christ ». Pourquoi cette injonction paradoxale, dans un contexte de révélation ? C’est qu’il manque encore la clé qui permettra d’« ouvrir » le mystère de Jésus-le-Christ – la clé qui est sa passion-résurrection. Et en effet, dès le verset suivant le récit de Matthieu, nous apprenons : « Dès lors Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et se réveiller le troisième jour ».


La clé, en fin de compte, c’est la croix, la croix que porta Jésus sur son épaule. Dans la tradition ancienne, la première lettre du mot Christos, la lettre chi (χ), qui a la forme d’une croix oblique, d’une croix diagonale, est devenue le monogramme, la signature, du Christ, mort et ressuscité. Cette lettre, si on veut, est la clé, qui ouvre le nom et le mystère de Jésus, le Christ. Prions ce matin pour que nous puissions faire le chemin des disciples, et notamment de Pierre, et confesser nous aussi, de la manière la plus personnelle qui soit : « Tu es le Christ ! ». Tu portes sur ton épaule une croix en forme de clé, une clé en forme de croix qui donne accès de manière irréversible, à la Vie de Dieu. Je pensais à ces mots tout à l’heure en regardant votre croix, qui est une croix en forme en de clé et une clé en forme de croix.

Père Jean-Pierre Sonnet, jésuite, Hurtebise le 23 août 26


samedi 22 août 2026

Liturgie de la Parole 20e samedi TO-II Matthieu 23, 1-12 ; Ezéchiel 43, 1-7a

Faire place

Méditation

Quand on entre dans l’église du monastère d'Hurtebise par la chapelle latérale — chapelle des fidèles ou chapelle de l’Europe —, la première figure que l’on rencontre est celle de Marie. 

Une Marie couronnée. Elle est la seule statue de l’église.

Nous sommes donc accueillis par une Reine, que l’Église, en ce 22 août, nous invite à célébrer.

Je vous l’avoue : cette couronne m’a toujours un peu embarrassée. Les trônes, les titres et les insignes royaux s’accordent mal, à mes yeux, avec la jeune femme de Nazareth.

L’Évangile d’aujourd’hui (Mt 23, 1-12) ne fait rien pour dissiper mon malaise. Jésus dénonce ceux qui recherchent les places d’honneur, aiment être salués en public et tiennent aux titres qui les distinguent des autres. Et Rome, en même temps, nous invite à fêter une Reine.

C'est un télescopage qui mérite qu’on s’y arrête.

On pourrait être tenté d'expliquer que Marie est une reine différente : une reine humble, une reine servante, une reine sans pouvoir. C'est sans doute une intuition juste. Mais cette explication ne dit pas encore ce que cette couronne désigne en Marie.

Et si nous posions la question autrement ?

Non pas : Pourquoi Marie est-elle Reine ?

Mais : Que couronne Dieu en elle ?

La vision d’Ézéchiel nous met sur la voie.

Le prophète voit la gloire de Dieu entrer dans le Temple. Elle arrive de l’orient, avec le bruit des grandes eaux, et toute la terre resplendit. Puis la gloire du Seigneur remplit le Temple.

Le Temple est simplement là. Ouvert à une présence qui vient l’habiter.

Et Dieu déclare : « C’est ici le lieu de mon trône, le lieu où je pose les pieds, et là je demeurerai au milieu des fils d’Israël.»

Ce qui fait la sainteté du Temple n’est donc pas le Temple lui-même. C’est la présence qu’il accueille. Le Temple est grand de Celui qui vient l’habiter.

Peut-être est-ce ainsi qu’il faut regarder Marie. Sa grandeur vient de la présence qu’elle accueille. Sa vie devient un lieu pour Dieu. À une différence essentielle près : un Temple ne peut pas dire oui. Marie, elle, le peut. 

Regardons encore notre statue. Marie n’est pas assise sur un trône. Elle est debout. Elle porte l’Enfant. Il tient dans une main le livre de la Parole et, de l’autre, s'accroche au voile de sa mère.

Marie consent. Elle interroge, s’étonne, puis répond. Son « oui » engage toute sa liberté.

Elle sait aussi que ce qui advient en elle la dépasse entièrement.

C’est ce qu’elle chante dans le Magnificat :

« Mon âme exalte le Seigneur.

Il s’est penché sur son humble servante.

Le Puissant fit pour moi des merveilles. »

Marie s’émerveille parce que Dieu s’est penché sur elle. Toute sa prière est tournée vers ce que Dieu accomplit. Les verbes importants ont Dieu pour sujet : il regarde, il fait des merveilles, il déploie sa force, il renverse, il élève, il comble, il relève.

Voilà qui nous ramène à l’Évangile de Matthieu :

« Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »

Marie fait place, librement. Et c’est dans cet accueil que Dieu l’élève.

Alors, que couronne Dieu en Marie ?

Il couronne son œuvre en elle. Il couronne le « oui » d’une femme qui lui a librement fait place.

Celle qui a porté le Christ est désormais pleinement associée à sa vie. Celle qui s’est appelée « la servante du Seigneur » est élevée auprès de celui dont la royauté consiste à aimer et à servir.

Alors tout se met à résonner :

·        La première lecture dans laquelle Dieu appelle « lieu de mon trône » l’espace où il vient habiter;

·        L'Evangile dans lequel Jésus renverse la logique des places : le plus grand est celui qui sert ;

·        Et le Magnificat : les puissants descendent de leurs trônes et les humbles sont élevés.

Marie Reine nous révèle comment le Royaume entre dans le monde : quand une liberté humaine consent à lui faire place.

Maintenant, en m’arrêtant devant la statue de la chapelle, je regarde la couronne autrement. Elle ne me dit plus : « Regarde jusqu'où Marie est montée. » Elle me dit : « Regarde jusqu’où Dieu peut aller quand on lui fait place. »

Isabelle le 22 août 26, mémoire de Marie Reine

vendredi 21 août 2026

Liturgie de la Parole 20e vendredi TO-II Matthieu 22, 34-40 ; Ezéchiel 37, 1-14

Amour

Homélie

Il y a des maisons où, lorsqu’on entre, on sent immédiatement que quelqu’un habite encore là. Et puis il y a ces maisons abandonnées depuis longtemps : tout est encore en place, mais quelque chose manque. La vie. C’est un peu le spectacle que Dieu fait voir à Ézéchiel : une vallée immense, couverte d’ossements desséchés. Et Dieu lui demande : « Ces ossements peuvent-ils revivre ? » Ézéchiel pourrait répondre : « Seigneur, soyons sérieux ! » Il dit simplement : « Seigneur Dieu, c’est toi qui le sais. » 

 Nous connaissons, nous aussi, des vallées d’ossements. Une relation qui s’est desséchée. Une famille qui ne se parle plus. Une confiance qui s’est brisée. Une espérance qui s’est éteinte. Et parfois, à l’intérieur de nous-mêmes, quelque chose qui ne chante plus. Alors Dieu dit : « Je vais faire entrer en vous mon esprit, et vous vivrez. » Le mot biblique ruah signifie à la fois le souffle, le vent et l’Esprit. Dieu ne vient pas simplement réparer quelques os : il vient redonner un souffle.

 Et voilà que l’Évangile nous révèle quel est ce souffle : l’amour. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… et ton prochain comme toi-même. » Les deux commandements n’en font en réalité qu’un. Car aimer Dieu sans laisser cet amour atteindre nos frères serait une illusion. Et aimer vraiment son prochain, c’est découvrir en lui quelqu’un qui appartient à Dieu. Benoît XVI écrivait dans Deus caritas est : « L’amour est une lumière — en définitive, la seule — qui illumine sans cesse à nouveau un monde dans lequel nous vivons. »

 Nous faisons aujourd’hui mémoire de saint Pie X. Il avait notamment à cœur que la foi soit réellement nourrie par la Parole et l’Eucharistie. Car une foi qui ne nourrit plus la vie finit, elle aussi, par se dessécher.

Alors la question de ce matin est peut-être toute simple : Qu’est-ce qui, en moi, a besoin du souffle de Dieu ? Nous pouvons avoir de beaux principes, prier, venir à la messe… et garder quelques petits cimetières dans le cœur : des personnes que nous avons définitivement condamnées, des blessures devenues des murs. Aujourd’hui, Dieu nous dit : « Je vais faire entrer en vous mon souffle, et vous vivrez. »

 Le miracle ne sera peut-être pas de retrouver ce qui était autrefois, mais de recevoir un cœur nouveau pour regarder autrement ce qui est là aujourd’hui. Laissons donc entrer le souffle. Et là où l’amour recommence à circuler, la vie n’est jamais très loin.

Pierre Hannosset le 21 août 26

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