Liturgie mercredi saint Matthieu 26, 14-25 ; Isaïe 50, 4-9a
Méditation
Le texte d’Isaïe que nous venons d’écouter est le seul qui soit lu deux fois chaque semaine sainte : c’est en effet la première lecture du dimanche des Rameaux et de la Passion ainsi que du mercredi saint !
C’est un très beau texte, mais il contient une phrase qui m’a toujours posée problème et sur laquelle je voudrais partager avec vous aujourd’hui.
J’ai rendu ma face dure comme pierre ! Quand je lis cela, je pense à un visage impassible, dur, sévère. Mais en y réfléchissant, ce n’est pas forcément cela ! Il existe des statues au visage très expressif. Si j’applique cela à Jésus comme le suggère la liturgie, comment essayer de comprendre ?
Devant l’opposition rencontrée le Serviteur rend sa face dure comme pierre pour ne pas être dégradé par les traitements subis. Une pierre ne s’érode pas facilement. Pour ne pas être confondu, pour ne pas perdre son identité, le Serviteur cherche une force intérieure qui le maintient sur le chemin. Quelle est cette force ? Il vient de le dire : il a reçu du Seigneur le langage des disciples pour soutenir celui qui est épuisé ; chaque matin le Seigneur éveille son oreille pour qu’il écoute en disciple. Et lui ne s’est pas dérobé. Le Seigneur son Dieu vient à son secours.
Comment ? Il ne le sait pas. Mais cela est pour lui un roc sur lequel s’appuyer pour continuer. Le début du Psaume 17 le chante très bien :
Je t’aime, Seigneur, ma force :
Seigneur, mon roc, ma forteresse,
Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !
Le Seigneur est son roc. C’est sur lui qu’il s’appuie et du coup la fermeté du roc, sa solidité, s’infusent dans le cœur du Serviteur, se transmettent à tout son être, apparaissent sur son visage, l’aident et le soutiennent dans l’épreuve.
Il y a aussi une chose paradoxale : pour soutenir celui qui est épuisé, le Serviteur va passer par l’épreuve du refus, des outrages et des crachats. Autrement dit il va vivre l’épreuve avec et comme celui qui n’en peut plus, il va l’accompagner dans la souffrance. Il n’y a que Dieu pour agir ainsi, et les saints ! La certitude d’une Présence ou plutôt la confiance en cette Présence au cœur de l’épreuve est effectivement un soutien. « Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ? » Même si le Serviteur est condamné par les hommes, il ne l’est pas par Dieu ; même si la persécution aboutit à la mort, le Seigneur est là. C’est très difficile à vivre, mais pourtant cela change tout.
Nous en arrivons à l’Evangile et à l’annonce de la trahison par « l’un de vous ». Le climat extérieur est tendu et voilà que le climat à l’intérieur du groupe des disciples se trouble. Ils sont tous « profondément attristés » et inquiets de ce qu’ils seraient capables de faire : trahir celui qu’ils aiment et suivent depuis trois ans ! « Ils se mirent à lui demander, chacun son tour : ’’Serait-ce moi, Seigneur ? ’’»
Oui, chacun de nous est capable de trahir le Seigneur… Et cela ne décourage pas Jésus, il célèbre la Pâque avec eux. Il déclare malheureux celui qui le trahira, il ne le rejette pas comme il ne rejettera pas Pierre après son reniement. D’une parole, d’un regard il soutient celui qui est épuisé par ce qu’il a fait, il le régénère en lui offrant encore et toujours son amour. « Il est proche, celui qui me justifie » disait le Serviteur. Il reste fidèle.
Vivons ces jours en nous appuyant sur le roc de l’amour indéfectible du Seigneur offert encore et toujours à celui, à celle qui l’accueille quoiqu’il ou elle ait fait. Saint Paul a écrit aux Romains : « Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. » (Romains 5, 7-8).
Invitation au Notre Père
Père, Jésus, ton Serviteur, nous as aimés jusqu’à l’extrême et il a donné sa vie pour nous donner Ta Vie. Par Lui, avec Lui et en Lui nous te chantons avec un cœur de disciples la prière reçue de lui.
Sr Marie-Christine le 1er avril 26
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