mardi 31 mars 2026

Liturgie mardi saint Jean 13, 21-33.36-38

Communion ?

Homélie

Il y a, dans l’Évangile de ce jour, une atmosphère étrange… comme un repas qui ressemble à tous les autres… et qui pourtant n’est plus tout à fait un repas comme les autres. Une table. Du pain. Des amis.
Et au milieu… un silence qui commence à peser. Jésus est là. Et il sait. Il sait que quelque chose est en train de basculer. Il sait que la Passion a déjà commencé… pas encore sur la croix, mais déjà dans les cœurs. Et puis, cette phrase étonnante : « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper dans le plat. » Geste d’une proximité incroyable. Tremper le pain dans le même plat, c’est partager l’intimité, la confiance, l’amitié. C’est dire : « Tu es des miens ». Quand je suis en Inde et que nous fêtons l’anniversaire d’un enfant, il coupe le gâteau et vient déposer une bouchée de celui-ci dans la bouche de tous ceux qui sont là ; on dirait la communion. C’est un peu ce que Jésus fait. Chez Jean, pas de récit de la première eucharistie, mais le lavement des pieds et la « communion » à Judas, la communion avec Judas, que nous sommes chacune et chacun.

Et pourtant… c’est au cœur même de ce geste d’amitié, de communion intime que surgit la trahison. Cela nous trouble profondément. Parce que nous aimerions que le mal soit loin, clairement identifiable, avec une étiquette bien visible : “Attention : traître officiel”. Mais non. Le mal passe… par un geste familier. Et peut-être que cela nous rejoint. Parce que nos propres contradictions ne sont jamais très loin de nous. Nous pouvons aimer… et blesser. Être fidèles… et parfois nous dérober. Et là, Jésus ne fait pas un grand discours. Il ne dramatise pas. Il ne retient pas Judas. Il lui dit simplement : « Ce que tu fais, fais-le vite. » Étrange parole. Comme si Jésus ne fuyait pas l’épreuve. Comme s’il ne cherchait pas à gagner du temps. Il ne dit pas : “Attends encore un peu…” Il ne dit pas : “Réfléchis…” Non. Il laisse la liberté aller jusqu’au bout. C’est vertigineux. Dieu respecte tellement notre liberté qu’il accepte même qu’elle puisse se tromper. Et Augustin écrit : « Dieu a jugé meilleur de tirer le bien du mal que de ne permettre aucun mal. » Autrement dit : même ce qui nous échappe, même ce qui nous blesse, même ce qui semble briser, Dieu peut encore en faire un chemin.

Et alors, Judas sort. Et l’Évangile ajoute simplement : « Il faisait nuit. » Phrase courte. Mais immense. Ce n’est pas seulement la nuit dehors. C’est la nuit dans un cœur. La nuit dans une histoire. La nuit dans le monde. Et si nous sommes honnêtes… nous connaissons un peu cette nuit. Ces moments où l’on ne comprend plus. Où tout devient flou. Où la lumière semble absente.
Mais ce qui est bouleversant… c’est que Jésus reste à table. Il ne fuit pas la nuit. Il ne s’en va pas. Il demeure.
Et pendant que Judas s’enfonce dans la nuit, Jésus parle… de gloire. « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié. » Franchement… ce n’est pas le moment qu’on aurait choisi. Nous, à sa place, on aurait plutôt dit : “Maintenant, tout s’écroule.” Mais Jésus dit :  “Maintenant, tout commence.” C’est cela, la logique de Dieu. Là où nous voyons une fin, Dieu voit un passage, une Pâque. Là où nous voyons une nuit, Dieu voit une aurore, la Résurrection, en train de naître.

Et même si, parfois, nous passons par la nuit… la nuit n’a jamais le dernier mot. Parce que, déjà, au cœur de ce repas troublé, quelque chose est en train de naître. Une lumière discrète. Une espérance fragile. Une victoire invisible.
Dieu est déjà en train d’accomplir son œuvre. Car avec lui, même la nuit devient un passage. Et même nos ténèbres peuvent, un jour, apprendre à laisser passer la lumière.

Belle et douce Semaine Sainte.

Pierre Hannosset le 31 mars 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/03/mardi-de-la-semaine-sainte-mettons-nous.html 

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