Liturgie 2e samedi de Pâques Jean 6, 16-21 ; Actes 6, 1-7
Résonances.
Durant ce temps pascal, nous lisons de manière suivie deux livres du NT : les Actes et l’évangile de Jean. Deux fils parallèles, qui parfois s’éclairent l’un l’autre.
On dit « les actes des Apôtres », mais qui sont les apôtres ? Dans le texte de ce jour, on a aussi le mot « disciples », et puis « les Douze ». Les cercles vont s’élargissant. En fait, il s’agit de l’histoire des premiers pas de l’église et le récit nous montre qu’au début, les choses ont été très vite. Tout part du cénacle et du petit groupe de la première Pentecôte. L’action principale des apôtres, c’est de proclamer la Bonne Nouvelle (= évangéliser) et d’enseigner (= expliquer, éclairer cette première annonce de l’évangile). On l’a vu précédemment : rien ne peut les en empêcher, même pas la prison, la menace, la torture… (dans l’épisode précédent, on leur avait enjoint le silence…) On a parfois l’impression que la « Parole » les dépasse… Cette « Parole » est, en elle-même, un autre personnage des Actes des Apôtres : on dirait qu’elle mène sa propre vie. Mais elle a tout de même besoin de nous pour se dire. Notre texte se termine par l’expression : « la Parole de Dieu était féconde… et le nombre de disciples se multipliait ». Plus loin dans les Actes, on aura le raccourci : « la Parole de Dieu était féconde… et se multipliait » (Actes 7,17), ce qui rappelle la Parole de la première bénédiction du Créateur, qui dit aux poissons, aux oiseaux, et aux hommes : « soyez féconds et multipliez-vous ». On est dans cette dynamique de création, d’élargissement.
Mais ce processus de croissance ne se passe pas toujours sans heurts. L’épisode d’aujourd’hui en témoigne : il y a un petit conflit, ou du moins une légère tension entre les disciples de langue grecque et ceux de langue hébraïque… Cela nous rassure : l’église ne s’est pas faite sans soubresauts… il y a eu des moments de crises, et les crises sont toujours l’occasion d’une croissance. Ici, on se rend compte que les cadres viennent à manquer, parce que le groupe grandit. Alors, on désigne de nouveaux responsables, on essaie de s’organiser mieux. Ce qui se cache derrière ce résumé n’est pas totalement clair, mais ce qui est intéressant c’est que c’est l’occasion de mettre en évidence une fonction très belle qui revient aux Apôtres : « la prière et le service de la Parole », littéralement « la diaconie de la Parole ».
Dans l’évangile de ce jour, on assiste aussi à un moment de crise, un moment « critique » pour les apôtres. Jésus vient de réaliser ce qu’on appelle « la multiplication des pains » : cela nous semble formidable, mais en fait, pour les disciples, cet épisode est vécu comme une épreuve, une mise à l’épreuve de leur foi, et c’est ce que montre l’épisode de la barque sur la mer agitée. C’est un moment difficile à passer. Jésus n’est pas avec eux, et ils peinent à avancer… Ils sont confrontés à un mystère, quelque chose qui les dépasse. Le texte dit clairement : « c’est les ténèbres ». Ils pensent qu’ils sont seuls. Et c’est là, au cœur de l’épreuve, au cœur des ténèbres, que Jésus s’approche d’eux. Ils le voient comme s’il marchait sur les eaux : c’est impossible ! Ils pensent que c’est un fantôme, ils ont peur. Dans ce moment de crise extrême, la parole que Jésus leur adresse est toute simple : « c’est moi » ! Autrement dit : « c’est moi, pas un fantôme ». Mais aussi : « Je suis ». Sous-entendu : « je suis là, je suis avec vous », mais aussi : « Je suis » au sens fort, la parole de Dieu à Moïse au buisson ardent…
Les actes des Apôtres, les évangiles, c’est un peu notre histoire. À chaque génération, ça recommence : l’acte de foi est personnel pour chacun de nous, personne ne peut le faire à notre place. Les épreuves, les moments de crise sont inévitables, et il y a des moments où notre foi chavire complètement. Bizarrement, le fait que Jésus fasse des miracles n’aide pas… La foi ne s’appuie pas sur les miracles, mais sur la présence de Celui qui nous dit : « n’ayez pas peur, c’est moi, je suis là… »
Vivons à notre tour les textes que nous venons de lire !
Sœur Marie-Raphaël le 18 avril 2026
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