mercredi 31 décembre 2025

Jean 1, 1-18 Liturgie de la Parole 31 décembre

Homélie 

Nous voici arrivés au terme d’une année civile. Le calendrier va changer et pourtant, rien de magique ne se produira. Et pourtant Dieu sait que nous avons entendu ces dernières semaine parler à profusion de la magie de Noël ! 
Non le monde ne s’arrête pas. La vie continue. Cependant, ce moment a un poids spirituel intense. Car l’Église nous apprend un geste fondamental : relire le temps devant Dieu.
Non pas pour dresser un bilan comptable de nos réussites et de nos échecs, mais pour reconnaître ceci : le temps que nous avons vécu n’était pas vide — il était habité.
Habité par Dieu.
La Parole de Dieu ne nous parle jamais du temps comme d’un simple déroulement mécanique. Le temps biblique est un temps traversé par la fidélité de Dieu. 
Le psalmiste le dit avec audace : « Mes jours sont dans ta main » (Ps 31). 
Autrement dit : rien de ce que nous avons vécu n’a échappé à Dieu — ni les jours lumineux, ni les heures lourdes, ni les silences, ni les blessures.

Nous arrivons en cette fin d’année avec des mémoires contrastées.
S’y trouvent des motifs de gratitude, visibles ou secrets.
S’y trouvent également des regrets, des fatigues, peut-être des échecs qui nous collent encore à la peau.
Et nous pourrions être tentés de penser : « Cette année est perdue ».
Mais Dieu ne connaît pas les années perdues.
Il ne connaît que des années offertes.
Même ce qui nous semble stérile, Dieu peut le transfigurer. Même ce qui fut pauvre, il peut l’assumer. Car le cœur de notre foi n’est pas l’optimisme, mais cette certitude: Dieu est fidèle, même quand nous ne l’avons pas été.

La liturgie ne nous invite pas à tourner la page trop vite ; non, elle nous invite à un acte profondément chrétien : l’action de grâce
Dire merci, ce n’est pas dire que tout allait bien. 
Dire merci, c’est reconnaître que Dieu était là — et qu’il est encore là.
Et c’est ici que la figure du Christ devient décisive.
Jésus n’a pas traversé le temps en le fuyant. Il l’a habité jusqu’au bout. « Et le Verbe s’est fait chair… engendré avant le Temps, il entre dans le cours du Temps ». 
Il a connu l’attente, l’incompréhension, l’épreuve, la joie, l’abandon, la mort. Et c’est précisément ainsi qu’il a réconcilié le temps avec l’éternité.

En Christ, le temps n’est plus une menace qui nous échappe, mais un lieu de salut.
Chaque jour peut devenir un lieu de rencontre avec Dieu. Chaque instant peut être visité par la grâce.
Alors, au seuil de l’année nouvelle, l’Église ne nous demande pas d’abord de prendre de bonnes résolutions. Elle nous demande quelque chose de plus profond: un acte de confiance.
Confier à Dieu ce qui fut.
Confier à Dieu ce qui vient.
Confier à Dieu ce que nous ne maîtrisons pas.

L’espérance chrétienne n’est pas naïve. Elle sait que le monde est fragile, que l’histoire est traversée de violences, que nos vies restent vulnérables. Mais elle ose affirmer ceci : l’avenir n’est pas fermé, parce qu’il est déjà ouvert par le Christ ressuscité.
Frères et sœurs, entrer dans une nouvelle année, ce n’est pas repartir à zéro.
C’est avancer avec Dieu, forts de ce qu’il a déjà fait.
C’est croire que ce qui vient peut encore être sauvé, relevé, transfiguré.
Demandons, ce 31 décembre, la grâce d’un regard croyant sur le temps.
Non pas un regard nostalgique ou inquiet, mais un regard eucharistique : un regard qui sait dire merci, même dans l’inachevé.
Car le dernier mot sur notre histoire n’est jamais le nôtre.
Le dernier mot appartient à Dieu.
Et ce mot est un mot de vie.

Amen.

Doyen Philippe Goosse Hurtebise 31 décembre 25


mardi 30 décembre 2025

Luc 2, 36-40 Liturgie de la Parole 30 décembre

Méditation

La Présentation au Tempe Rubens cathédrale d’Anvers 
(triptyque de la Descente de la croix)

https://www.dekathedraal.be/fr/rubens-la-descente-de-croix

Je vous propose celle de Rosy sur ce blog à l’onglet « st Luc »
https://partage-de-lectio.blogspot.com/2012/01/nuit-et-jour.html 

lundi 29 décembre 2025

Luc 2, 22-35 Liturgie de la Parole 29 décembre


Méditation

Je propose la méditation de Rosy sur ce blog à l'onglet "st Luc"https://partage-de-lectio.blogspot.com/2012/01/jerusalem.html

dimanche 28 décembre 2025

Matthieu 2,13-15.19-23 Liturgie de la Parole fête de la sainte Famille année A


Lectures
: Ben Sira le Sage 3,2-6.12-14 ; Colossiens 3,12-21 ; Matthieu 2,13-15.19-23

Homélie 

Quand on parle de la Sainte Famille, on imagine parfois une crèche bien rangée, Marie sereine, Joseph calme, l’Enfant Jésus sage comme une image. Mais l’Évangile d’aujourd’hui nous rappelle une chose essentielle : la Sainte Famille n’a pas vécu dans une carte postale, mais dans la vraie vie. Une vie avec des départs précipités, des nuits d’angoisse, des décisions difficiles… bref, une vie qui ressemble beaucoup à la nôtre.

L’Évangile est clair : dès le début, la famille de Jésus est menacée.
Hérode veut tuer l’enfant. Alors Joseph se lève, en pleine nuit, et part. Pas de grands discours. Pas de miracle spectaculaire. Juste une obéissance silencieuse, une confiance concrète : Joseph agit parce qu’il croit que Dieu est fidèle, même quand tout devient incertain. Cela nous rappelle une vérité essentielle : Dieu ne protège pas toujours en supprimant les épreuves, mais en donnant la force de les traverser. La Sainte Famille n’est pas épargnée par la peur, l’exil, la précarité. Mais elle ne marche jamais seule.

La première lecture et la lettre aux Colossiens nous ramènent au quotidien : respect, patience, pardon, douceur, fidélité. Pas des idéaux abstraits. Mais des attitudes très concrètes : supporter, encourager, reprendre sans écraser, aimer sans condition. La Bible ne dit pas que la famille est parfaite. Elle dit qu’elle est un lieu de croissance, parfois exigeant, souvent fragile, mais précieux. La famille devient un chemin de sainteté non pas parce qu’on y réussit tout, mais parce qu’on y apprend à aimer même quand c’est difficile.

Ce qui frappe dans ces lectures, c’est que Dieu confie son Fils… non pas à des anges, mais à un couple simple, vulnérable, exposé. Dieu ne choisit pas la puissance, mais la confiance. Il ne s’impose pas, il se confie. Et cela nous dit quelque chose de très fort : Dieu continue aujourd’hui à passer par nos familles imparfaites pour faire grandir la vie. Même quand tout n’est pas réglé. Même quand il y a des tensions. Même quand il faut recommencer.

Alors oui, la Sainte Famille est un modèle… mais un modèle accessible. Pas une famille sans problèmes, mais une famille qui avance avec Dieu, pas à pas. Et si parfois vous avez l’impression que votre famille est un peu compliquée… rappelez-vous que même Jésus a grandi dans une famille obligée de fuir de nuit. Comme quoi, la sainteté commence parfois… avec des valises mal faites ...


Père Pierre Hannosset (diocèse de Liège) 28 décembre 25

https://padrepierre.blogspot.com/2025/12/sainte-famille-mettons-nous-en-presence.html 

samedi 27 décembre 2025


Jean 20,2-8 Liturgie de la Parole 27 décembre fête de saint Jean


Méditation

La liturgie fait fi du temps et de l’espace. Il y a deux jours nous étions à la grotte de Bethléem et aujourd’hui avec la fête de saint Jean l’évangéliste, nous nous retrouvons devant le tombeau vide. Quel contraste  !
Le message de l’Ange aux bergers  : « aujourd’hui, vous est né un Sauveur…. Il est le Messie, le Sauveur, » nous a laissé pressentir, que nous ne pouvions pas rester dans la quiétude de la crèche.
Qu’est-ce que les bergers ont-t-ils pu voir à travers le signe du nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire  ?
Aujourd’hui nous nous retrouvons devant le tombeau vide.
« C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut.»
Au cœur de l’Absence, du rien , du vide il découvre que rien ne peut arrêter la vie la lumière.
« En Lui, était la Vie et la Vie était la Lumière du monde… les Ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »

Sr Elisabeth Delhumeau Carmel saint Joseph 27 décembre 2016

https://www.carmelsaintjoseph.com/sermons/jean-202-8/ 

vendredi 26 décembre 2025

Matthieu 10,17-32 Liturgie de la Parole 26 décembre fête de st Étienne

Méditation 

Chers frères et sœurs, bonne fête! Bonne fête à tous.
Aujourd’hui, immédiatement après Noël, la liturgie célèbre saint Étienne, le premier martyr. Le récit de sa lapidation se trouve dans les Actes des Apôtres (cf. 6, 8-1; 7, 54-60) et nous le présente mourant, priant pour ses assassins. Et cela donne à réfléchir: en effet, même si, à première vue, Étienne semble subir la violence de manière impuissante, en réalité, en homme vraiment libre, il continue à aimer même ses assassins et à offrir sa vie pour eux, comme Jésus (cf. Jean 10, 17-18; Luc 23, 34); il offre sa vie afin qu’ils se repentent et que, pardonnés, ils reçoivent en don la vie éternelle.
Le diacre Étienne nous apparaît ainsi comme le témoin de ce Dieu qui a un unique grand désir: «que tous les hommes soient sauvés» (1 Timothée 2, 4) — tel est le désir du cœur de Dieu — qu’aucun ne se perde (cf. Jean 6, 39; 17, 1-26). Étienne est le témoin de ce Père — notre Père — qui veut toujours le bien et uniquement le bien pour chacun de ses enfants; le Père qui n'exclut personne, qui ne se lasse jamais de les chercher (cf. Luc 15, 3-7), de les accueillir quand, après s'être égarés, ils reviennent à lui dans le repentir (cf. Luc 15, 11-32) et le Père qui ne se lasse pas de pardonner. Rappelez-vous cela: Dieu pardonne toujours et Dieu pardonne tout.
Revenons à Étienne. Malheureusement, aujourd’hui aussi, dans diverses parties du monde, il y a beaucoup d’hommes et de femmes persécutés, parfois jusqu’à la mort, à cause de l’Évangile. Ce que nous avons dit d’Étienne s’applique aussi à eux. Ils ne se laissent pas tuer par faiblesse, ni pour défendre une idéologie, mais pour partager avec tous le don du salut. Et ils le font d'abord pour le bien de leurs assassins: pour leurs assassins… et ils prient pour eux.
Le bienheureux Christian de Chergé nous en a laissé un bel exemple: il appelait son futur assassin «ami de la dernière minute».
Demandons-nous alors, chacun de nous: est-ce que je ressens le désir que tous connaissent Dieu et que tous soient sauvés? Est-ce que je veux aussi le bien de ceux qui me font souffrir? Est-ce que je m’intéresse et je prie pour les nombreux frères et sœurs persécutés à cause de la foi?
Marie, Reine des Martyrs, aide-nous à être des témoins courageux de l’Évangile pour le salut du monde. 

PAPE FRANÇOIS
FÊTE DE SAINT ÉTIENNE, PREMIER MARTYR
ANGÉLUS Place Saint-Pierre Jeudi 26 décembre 2024


L'Osservatore Romano, Édition mensuelle en langue française, année LXXVIe, numéro 1, janvier 2025.
Copyright © Dicastère pour la Communication

https://www.vatican.va/content/francesco/fr/angelus/2024/documents/20241226-angelus.html
 


jeudi 25 décembre 2025

Jean 1, 1-18 Liturgie de la Parole 25 décembre jour

Accueil 

Frères et  sœurs, bienvenue à cette célébration de Noël, à cette messe du jour. Hier soir nous avons déjà célébré noël dans ce que l’on appelle la messe de la nuit. Notre démarche était un petit peu semblable à celle des bergers qui s’en sont allés, un peu émerveillés par la révélation des anges, vers cet enfant de Bethléem, et nous avons essayé de participer, de communier à leur joie et à leur état d’esprit du moment. 
Ce matin c’est la messe du jour. Ce sont d’autres lectures que la liturgie nous propose, et elle nous invite à prendre un peu de recul par rapport à cette naissance de Jésus à Bethléem. Bien sûr, nous gardons l’émerveillement des bergers, mais nous sommes invités aussi à essayer d’entrer un peu plus en profondeur dans la compréhension de ce don extraordinaire, inouï, que Dieu nous fait : le Verbe s’est fait chair et il a planté sa tente parmi nous, il est devenu l’un d’entre nous pour que nous puissions avoir accès à la lumière de Dieu. 
Au début de cette célébration, essayons d’ouvrir nos cœurs et nos esprits à ce don incroyable que Dieu veut nous faire : son amour, sa lumière, son pardon, sa propre vie

Homélie

Frères et sœurs, dans les années 70, un philosophe allemand du nom de Hans Jonas a écrit un gros livre pour essayer de conscientiser un petit peu les gens de la nécessité de respecter un petit peu la nature et de prendre conscience aussi de leurs responsabilités à l’égard des générations futures. Bon, maintenant c’est un petit peu une tarte à la crème, dirai-je, mais à l’époque c’était extrêmement novateur. Et à l’appui de son plaidoyer, en quelque sorte, pour cette attention à l’environnement et aux générations futures il proposait dans le fond à ses lecteurs une expérience de pensée
Comment réagiriez-vous, que ressentiriez-vous, disait-il, si subitement quelqu’un s’approchait de vous et vous déposait, sans autre forme de procès, un nouveau-né dans les bras et puis partait vite sans demander son reste ? Ce serait évidemment extrêmement surprenant pour vous, et puis vous vous demanderiez : mais qu’est-ce qui m’arrive, qu’est-ce que c’est ? etc. Peut-être vous essayeriez de rejoindre cet homme, et ce n’est pas possible, vous restez avec cet enfant, pour ainsi dire, sur les bras. Et alors, il y aurait certainement des tas d’émotions et qui en quelque sorte vous viendraient au cœur et à l’esprit. Peut-être de la gêne, peut-être un vrai désarroi, peut-être aussi de la tendresse pour ce bébé, peut-être aussi de la compassion, peut-être un souci : ô mon Dieu, mais qu’est-ce que je vais faire ?
Et en même temps que vous seriez traversés par toutes sortes d’émotions un peu contradictoires, petit à petit émergerait le sentiment que vous avez une certaine responsabilité à l’égard de cet enfant. Il est complètement vulnérable, complètement dépendant si on ne fait rien , il va mourir. Il est peut-être silencieux en train de dormir, il est peut-être en train de pleurer etc., peu importe, mais par sa mimique, il vous dit de façon très, très éloquente : ne m’abandonne pas, ne me laisse pas, prends soin de moi, je voudrais vivre moi aussi. 
Alors vous allez sans doute essayer de le confier à un service adéquat, peut-être aller à l’hôpital, ou le confier à un service social, que sais-je ? Mais imaginons que ça ne marche pas, et bien, petit à petit vous vous diriez : eh bien, il faut que je me débrouille, il faut que je prenne cet enfant en charge. Toute autre réaction, sauf circonstances toutes à fait exceptionnelles, serait un manque total d’humanité.
Pourquoi est-ce que je narre ce propos de cette expérience ? Et bien, parce qu’il dit dans le fond : les générations futures, elles sont un peu comme ce petit enfant. Elles sont aussi complètement dépendantes de nous finalement. Si nous ne prenons pas la responsabilité de maintenir un monde qui leur permette de mener une vie décente, elles ne viendront peut-être même pas au jour ou elles mourront comme cet enfant s’il est délaissé.
Et la nature, c’est un petit peu la même chose. Dans le premier âge de l’humanité, elle était menaçante et très puissante et on se sentait tout petit devant elle, mais avec le fameux progrès des sciences, des techniques etc. ce rapport s’est complètement inversé. Maintenant c’est la nature qui est vulnérable, dépendante de l’homme et qui nous demande, si  nous savons écouter son message : protège-moi, garde-moi, prends soin de moi.
Cette histoire peut vous paraître un peu farfelue, mais dans le fond, est-ce que ce n’est pas ça qui se joue à Noël ? est-ce que ce n’est pas le tour que nous joue Dieu ? Le tour qu’il joue à l’humanité de lui confier un petit enfant, où Dieu a mis tout son amour, son Fils bien-aimé ? Dieu a vidé, pour ainsi dire, sa puissance, sa force, sa gloire, pour venir parmi nous, pour être présent dans le monde à travers ce petit enfant complètement dépendant et vulnérable. C’est quelque chose de tout à fait inouï.
François d’Assise ne cessait de s’émerveiller devant ce mystère de la naissance de Dieu parmi nous,  de la naissance de jésus. C’est lui qui d’ailleurs, vous le savez, est l’inventeur des crèches. Et François disait : si Dieu se fait homme, je comprends qu’il va prêcher, qu’il va faire des miracles, je comprends même qu’il va passer par la croix etc. Ça je peux le comprendre. Mais qu’il se fasse homme, l’un d’entre nous sous la forme d’un tout petit enfant, ça c’est quelque chose dont je ne ferai jamais le tour et dont je m’émerveillerai toujours. C’est en quelque sorte une folie de Dieu, une folie d’amour.
Mais, tout en étant une folie aux yeux des hommes, est-ce que cette démarche de Dieu n’est pas en même temps, empreinte d’une grande sagesse. Car après tout, il cherche vraiment à nouer une alliance avec toute l’humanité, pas seulement avec le peuple Juif, mais à travers l’humanité tout entière et est-ce qu’un petit enfant n’est pas, en quelque sorte, l’instrument le plus adéquat ? Qui a peur d’un enfant ? Qui craint un enfant ? Personne, à part peut-être les tyrans sanguinaires comme Hérode, qui craignent pour leur pouvoir et qui vont chercher à le faire mourir.
Et puis un enfant, un tout petit, peut aussi obtenir des adultes qui l’entourent des choses étonnantes ! Qui ne se lèverait pas, ne serait-ce que quatre, cinq fois au cours d’une nuit pour aller réconforter un enfant qui pleure, un enfant  malade, un enfant qui a peur du noir, que sais-je ? On est capable de faire pour un tout petit des choses qu’on ne ferait pour personne d’autre.

 Et donc Dieu espère à travers le sourire et cette demande muette d’amour, d’affection, de soins qu’émet l’enfant de Bethléem, il espère forcer, mais très doucement, très tendrement, la porte de notre cœur pour s’y établir et pour y faire vraiment sa demeure.

Alors, frères et sœurs, j’ai envie de dire : et bien, la balle est dans notre camp, qu’est-ce que nous faisons ? Nous sommes venus, nous avons fêté Noël en famille, sans doute hier, ou avec des amis, nous sommes venus à la célébration de Noël aujourd’hui, tout cela est très beau. Mais Dieu, dans le fond, nous pose la question : Est-ce que tu veux bien prendre soin de ma présence fragile et vulnérable dans le monde ? Est-ce que tu veux bien, avec les moyens qui sont les tiens, la prendre en charge pour qu’elle puisse grandir, pour qu’elle puisse s’authentifier, pour qu’elle puisse se répandre à travers le monde entier, pour qu’elle puisse sauver le monde, pour qu’elle puisse te sauver toi
Frères et sœurs nous sommes placés devant un choix, le choix, soit de la lumière, soit des ténèbres. Nous savons bien que la lumière brille dans les ténèbres, mais les ténèbres existent malheureusement. Certains prennent ce chemin-là, ferment les yeux, ferment leur cœur à cette invitation à l’amour et à la communion que Dieu leur lance. Frères et sœurs, ne soyons pas évidemment de ceux-là, soyons de ceux qui acceptent cette responsabilité d’être porteurs de cette présence de Dieu dans le monde. Prenons la responsabilité de la faire grandir, de la servir, d’en être les témoins. Accueillons cette lumière qui se dégage de l’enfant de la crèche, devenons réellement des enfants de lumière. Devenons, un peu comme Jean-Baptiste, des témoins de cette Lumière, avec un grand L, qui veut éclairer tout homme qui vient dans le monde.

Père Jean-Michel Counet, Hurtebise le 25 décembre 25


Noël 2025 Voeux de la Communauté

 

L’étoile, doucement, s’est posée sur le bois.
Nul ne l’a vue venir
quand elle a déchiré le ciel, 
quand elle est descendue.
Sa trace, on peut la suivre
du bois de la crèche
jusqu’au bois de la croix
et sur l’arbre de vie qui se redressera
reliant pour toujours notre terre
au ciel.

Que l’étoile de Noël brille dans vos maisons,
éclaire vos chemins !

La communauté d’Hurtebise.


© Monastère N-D d’Hurtebise
Hurtebise 2
B-6870 Saint-Hubert


mercredi 24 décembre 2025

Luc 2,1-14 et Matthieu 2,1-12 Liturgie de la Parole Noël messe de la nuit

Accueil

Frères et sœurs, d’où que vous veniez, que vous soyez retraitants, religieuses ici ou venant des alentours, soyez les bienvenus pour cette célébration de Noël, pour cette célébration de la naissance du Christ parmi nous. Nous nous sommes préparés à cela durant ce temps de l’Avent, nous avons taché de renforcer notre foi, notre espérance, de créer finalement dans nos cœurs et dans nos esprits, la place nécessaire pour que Dieu puisse y être accueilli. Et voilà que maintenant les promesses aboutissent sous cette forme assez inattendue d’un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche.
Nous allons faire un peu comme les bergers dans la nuit de Noël, nous allons aller voir cet enfant, nous rassembler autour de lui et rendre grâce à Dieu pour ce don qu’il nous fait.
Au début de cette célébration laissons monter de nos cœurs ce sentiment de gratitude, ce sentiment aussi, d’ouverture par rapport à cette lumière de Dieu qui brille dans nos ténèbres, cette lumière de l’amour, cette lumière du pardon, cette lumière de la joie que Dieu veut communiquer.
En cette sainte nuit de Noël, tournons-nous vers le Seigneur avec un cœur de pauvre, avec foi, demandons pardon à Dieu pour nos péchés.

Homélie

Frères et sœurs dans les Évangiles deux groupes d’hommes sont venus à la crèche à la rencontre de Jésus. Il y a tout d’abord les bergers, dont il a été question dans l’Évangile d’aujourd’hui. Les bergers à l’époque étaient des gens qui étaient tout au bas de l’échelle sociale, qui étaient souvent exploités et marginalisé parce que, de part leur travail qui nécessitait une présence constante à côté de leurs bêtes, pour ainsi dire, et bien, ils avaient des difficultés à prendre part à toute la vie sociale de leur temps.
Il y a eu des signes puissants qui ont été donnés aux bergers. Il y a tout d’abord cette lumière du Seigneur qui les enveloppe de sa clarté d’une façon complètement inattendue. Il y a un ange qui leur parle et après cela, excusez du peu, une troupe innombrable venue du ciel qui chante la gloire de Dieu et qui appelle à la paix sur la terre. La paix pour les hommes qu’il aime ou selon d’autres traductions bien traditionnelles, les hommes de bonne volonté.
 Et voilà que ces bergers se sont mis en route et sont allés trouver l’enfant qui leur été annoncé dans le message de l’ange. Et ils ont témoigné de tout ce qu’ils avaient vécu, ils ont rendu grâce à Dieu, finalement, pour cet enfant, ce Sauveur finalement, qui était donné au peuple et dont ils avaient eu, pour ainsi dire, la primeur de l’annonce.
Ces bergers sont le symbole d’un groupe important de l’humanité. C’est le symbole des gens simples, mais des gens qui sont ouverts à la générosité, à la solidarité. C’est dans le fond, ce courant fondamental pour l’humanité, qui est le courant de l’amour. Et aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui leur ressemblent. Des gens qui sont parfois méprisés, parfois ignorés, des gens qui sont parfois rendus invisibles. Des professions qui pourtant sont indispensables à la marche de la société. Je pense aux éboueurs, je pense aux femmes de ménage, je pense aussi aux aides-soignantes, aux livreurs, aux chauffeurs etc. et puis encore bien d’autres professions sans lesquelles finalement notre société ne tournerait pas rond. On l’avait bien vu lors de la crise du Covid, mais qui ne reçoivent finalement que très peu de reconnaissance pour les rôles très importants qu’ils remplissent auprès de toute la population.
Les bergers, en se rendant à la crèche, on ne sait pas très bien de quoi ils se sont rendus compte, mais en réalité ils sont venus adorer celui qui sera le Bon Berger, celui qui conduira ses brebis avec amour, qui les connaîtra par leur nom et qui les mènera dans de verts pâturages. (cf. Jean 10,3 ; Psaume 22,1-2)
Et puis, il y aura semble-t-il après les mages venus d’orient. Les mages, c’est un peu autre chose. Ce sont des savants, des lettrés, des gens aisés. Sans doute des prêtres de la religion de Zoroastre et des gens qui regardaient très fréquemment le ciel. Bref, on dirait aujourd’hui, si vous voulez, des intellectuels. Et qu’est-ce qu’ils ont vu ? Un signe semble-t-il beaucoup plus modeste que les bergers. Ils ont vu une nouvelle étoile scintiller dans le ciel. Et on ne sait pas très bien ni pourquoi ni comment, mais ils ont compris que cela avait un signe, un signe qui, d’ailleurs, leur était adressé. Qu’il y avait quelque part un roi, un petit roi Juif, qui était né et auquel il fallait aller faire allégeance d’une certaine façon. Peut-être avaient-ils dans leur bibliothèque des traces d’une prophétie ou l’autre, datant finalement du temps de la captivité des Juifs à Babylone, nous n’en savons rien, peu importe finalement. Mais ils semblent d’être pratiquement les seuls d’ailleurs à avoir vu cette étoile ou en tous cas, à en avoir compris la véritable signification. Ils se sont mis en route et ils arrivent à Jérusalem, mettant l’élite religieuse et politique en grand émoi, nous dira saint Matthieu. Les grands-prêtres ne se dérangent même pas pour les accompagner à la recherche de l’enfant, mais ils donnent tout de même les bonnes indications et l’autorité politique ne se dérangent pas non plus.
Les mages, en allant à la crèche pour adorer cet enfant, ne le savent sans doute pas très bien, mais cet enfant devant lequel, si vous voulez, ils plient le genou, et auquel ils remettent leurs fameux présents ; et bien, ce petit roi Juif, ce fils de Dieu, ce sera celui qui sera l’Enseignant des nations, celui qui, pour reprendre les termes mêmes des Évangiles, révélera aux hommes des choses cachées depuis la création du monde.
Ces mages sont, eux, le symbole des hommes sages, savants ; c’est le symbole de la science et de la sagesse. Un courant aussi qui est très important pour l’humanité, pour que nos sociétés, nos civilisations, continuent à vivre et à ses développer. Et aujourd’hui nous constatons encore une fois, c’est que la science est méprisée, snobée, on coupe les crédits un petit peu partout, alors que nous en avons tant besoin pour affronter les problèmes de plus en plus urgents qui se posent à nos sociétés. Mais non, on préfère laisser la parole aux populismes, à des influenceurs ou des influenceuses sur les réseaux sociaux, qui racontent n’importe quoi et que pourtant les gens suivent.
Ce sont deux groupes, finalement, extrêmement différents, que jésus, petit enfant, a réussi à unir autour de sa personne. Ces deux groupes ne se sont manifestement pas rencontrés, ni même croisés, si vous voulez, ils appartiennent à des monde un petit peu parallèles qui ne se rencontrent quasiment pas. Et pourtant, est-ce que ce ne serait pas intéressant finalement que ces deux groupes, ce courant de l’amour et que ce courant de sagesse, de science, se rencontrent ? Est-ce que ce ne serait pas intéressant pour toutes ces petites gens, symbolisés par les bergers, pour qu’ils soient en quelque sorte défendus, soutenus, reconnus par les savants de notre temps et les savants eux-mêmes, ne gagneraient-ils pas beaucoup finalement au contact de ces gens tout simples pour apprendre à mieux connaître les véritables problèmes et les véritables défis auxquels font face tous les jours les gens qui ont souvent de sérieuses difficultés à nouer les deux bouts et à tout simplement vivre.
Jésus, plus tard, dans sa vie publique dans sa mort et sa résurrection réussira à unifier des groupes, voire même des peuples, différents. C’est ce que dira saint Paul dans une de ses épîtres : par sa mort, le Christ a abattu le mur de la haine, disait-il (Éphésiens 2,14), le mur de l’ignorance, le mur d’une espèce de séparation radicale qui existait entre les Juifs et les païens. Des Juifs et des païens, le Christ, par sa mort et sa résurrection, en a fait un seul peuple qui ne cesse de grossir sans cesse.
Jésus, toi le petit enfant de la crèche que nous célébrons aujourd’hui, je voudrais, en ce jour où nous célébrons ta naissance, te faire une prière, t’introduire une demande : est-ce que tu ne voudrais pas recommencer un petit peu ce coup, ce coup d’abattre le mur, le mur qui sépare les bergers d’aujourd’hui et les mages de notre temps ? Est-ce que ce ne serait pas là un signe fort, est-ce que ce ne serait pas là un signe d’espérance, une lumière sur la route de ces hommes de bonne volonté auxquels tu promets la paix.

Père Jean-Michel Counet Hurtebise le 24 décembre (nuit) 2025


2 Samuel 7,1-5.8b-12.14a.16 Liturgie de la parole 24 décembre 25 (12h)

Homélie

Il y a manifestement chez Dieu, ou en tout cas chez son prophète, puisque c'est Nathan qui parle en son nom, il y a manifestement des réticences à l'idée de ce temple que David, le roi, projetait de construire.  On peut comprendre ces réticences exprimées par le prophète : Est-ce que Israël en construisant comme cela un temple pour son Dieu, qui serait d'ailleurs une sorte de chapelle royale, une annexe au palais en définitive, c’est bien de cela dont il est question, est ce que Israël ne va pas imiter d'une façon excessive les peuples païens des alentours ?
Est-ce que ce ne sera pas aussi l'occasion pour le roi de mettre, pour ainsi dire, la main sur la religion yahviste et de prétendre de cette façon-là, sous couvert d’honorer la divinité, de mettre en réalité leur main sur lui et de l'instrumentaliser.
Nathan, manifestement, a en tête, en autre modèle, c'est celui de l'Arche d'Alliance. L’Arche d’Alliance au départ, c’est un simple autel portatif en fait, que les tribus d'Israël leurs pérégrinations, notamment dans le désert, et bien portaient , transportaient. Le Dieu de l'Arche d'Alliance est un Dieu en marche, un Dieu itinérant, un Dieu pèlerin pour ainsi dire. Il ne se fixe pas dans un endroit mais parcourt, pour ainsi dire, le monde et en tout cas de grandes contrées. C'est en quelque sorte le Dieu de la promesse. C'est ce Dieu-là qui réclame des adorateurs comme Abraham qui lui-même d'ailleurs, il était sans cesse nomade
Et l'épître aux Hébreux dit à propos d’Abraham, quand il entendit l’appel de Dieu, « quitte ton pays quitte ta parenté, la maison de ton père pour le lieu que je t’indiquerai » (Genèse 12), l'Épître aux Hébreux dit Abraham partit sans savoir où il allait. (Hébreux 11,8). C'est toujours le jour que Dieu lui indiquait la route à suivre et les endroits où il devait séjourner. 
Et finalement quand on y réfléchit bien, est-ce que est-ce que Noël ce n'est pas un ce Dieu là aussi ? Finalement, cette crèche est manifestement un abri de fortune si vous voulez. Mais c'est là que le Christ, dans cet environnement improbable, dans cette maison qu'il en est absolument pas une, c'est là que finalement Dieu se fait homme. 
Saint-Jean, en parlant de l’Incarnation, dira : le Verbe a planté sa tente parmi nous (Jean 1,14) ça bien ce que ça veut dire, la tente, c’est quelque chose que l’on peut déplacer un petit peu selon les nécessités et selon les besoins. Est-ce que nous ne voyons pas d'ailleurs Jésus dans l’Évangile, qui est évidemment le vrai temple, être cesse en mouvement parcourir inlassablement la Galilée, les passages fréquents en Samarie, la Judée, etc.
Quelle est, quelle est la raison profonde, finalement, de cette errance perpétuelle de Jésus et de ses disciples ? Et on sait bien que on sait très bien que quand les gens veulent mettre la main sur Jésus, hein, le garder près de lui et il s'échappe toujours. Pensez à la multiplication des pains au bord du lac. Les gens veulent, à la limite, s’emparer de lui, finalement pour en faire leur roi et Jésus parvient à s’échapper (Jean 6,14-15). La même chose après cette soirée de guérisons à Capharnaüm, les gens le cherchent partout.  Mais Jésus demande à ses disciples d’aller ailleurs, parce que dit-il, je dois aller annoncer la parole là aussi (Marc 1,35-38).
Frères et sœurs, nous le savons les vrais temples de Dieu,  ce sont les êtres humains, notamment bien entendu la dynastie davidique ici, qui va, bien entendu, aboutir au Christ, 
c'est de lui dont il est question, tout le monde s’en rend compte.
Mais c'est pas seulement la fraternité, la maison de David selon la chair, ce sera par après, bien  entendu, des hommes et des femmes qui se reconnaissent comme disciples du Christ.
Ce sont des filiations spirituelles, à partir de ce moment-là, d de petits groupes, des communautés, l'Église tout entière. 
Précisément, quelle Église voulons-nous ? Est-ce que c'est une Église formalisée par des mouvements majestueux, de grandes basiliques, etc. imposante, qui donne une certaine image de Dieu, il faut bien le dire. Ou bien finalement des lieux plus humbles, si vous voulez, qui soient aussi plus à la mesure de ce que nous sommes vraiment, des accueils simples où nous sentons recueillis, accueillis, où nous sentons, finalement, davantage peut-être chez nous.
Je vais vous raconter une anecdote. Quand j'étais jeune prêtre, j'avais terminé mon service militaire, et voilà que celui qui était encore l'abbé Léonard m’appelle et me dit : Voilà, on avait construit un collège pour les prêtres. De quoi accueillir des prêtres étrangers ou belges qui continuaient leurs études à Louvain la Neuve, en théologie, en philo, ailleurs. Et voilà, on venait de terminer ce bâtiment, il était prêt à accueillir, ses premiers occupants. Et l’abbé Léonard m’a demandé : est-ce que tu veux bien être , ce que tu veux bien, le premier régent de cette communauté. J’étais un peu saisi de ce qui me tombait dessus, etc. et je lui dit : Oui, c'est pas de problème.
Et ça a été au début une aventure on était une vingtaine, des Africains, des Sud-américains, des Belges, et cetera. Il y avait notamment parmi nous des compagnons de la première, quelqu'un que vous connaissez bien, c'était Guy Baleas, qui était encore que diacre au début de cette aventure et qui été ordonné prêtre par après. Et alors ce qui est un petit peu cocasse c'est que le bâtiment n'était pas encore complètement terminé. C'est souvent le cas. Il fallait déjà entrer dedans puisque l'année académique commençait. Et notamment il n’y avait pas de chapelle. Les chambres étaient prêtes etc. les salles de séjour, beaucoup de problèmes pour régler les chaudières, je vous passe les détails. Mais il n’y avait pas encore de chapelle. C’était un petit peu gênant pour un collège de prêtres.  Et alors on célébrait les Eucharisties, si vous voulez un petit peu sur le pouce, si je puis dire, dans les salles de séjour, dans les salles à manger finalement, et après on avait des agapes, un peu comme les chrétiens des premiers siècles. Et alors c’était dans un inconfort presque total, j’ai envie de dire, et ce qui était curieux, tout le monde était au rendez-vous et il y avait beaucoup de ferveur dans ces Eucharisties célébrées dans un lieu aussi improbable, tout le monde en gardait par après un excellent souvenir de cette période du début, si vous voulez, nous célébrions avec les moyens du bord, mais la grâce passait. Et après la chapelle a fini par être terminée et tout le monde se disait : oh ça va. Et puis on a vu petit à petit la piété dans la communauté diminuer etc. un absentéisme dans les célébrations, c’était vraiment étrange. Exactement l’inverse de ce qu’on aurait cru finalement. Mais c’est pas si rare que ça. On entend parfois, vous savez quand dans une paroisse ou l’autre l’église brûle ou alors que l’église en peut plus être occupée. Et on se dit : vraiment, quel drame pour la communauté etc. Et souvent, paradoxalement, la communauté se met à se réunir dans des maisons, ou alors des lieux de fortune et parfois, de façon étonnante, la piété la ferveur, augmente. Et parfois quand on réintègre les bâtiments, rénovés souvent à grands frais, et bien, cette proximité qu’on ressentait avec Dieu, avec les autres, s’évapore et c’est de nouveau une certaine tiédeur qui envahit, pour ainsi dire, les uns et les autres. Méfions-nous parfois par ce qui apparaît comme de bonnes idées mais qui sont un peu, dans l’Église, de fausses bonnes idées. On croit que ah, ça va apporter, ça va être mieux. Mais n’oublions pas que nous sommes disciples d’un Dieu qui disait : « autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes pensées, fils des hommes sont élevées au-dessus des vôtres » (Isaïe 55,9). Et certes Dieu envoie sa Parole parmi nous et il espère, bien entendu, en recueillir beaucoup de fruits, et lui seul sait en définitive par quels moyens, par quels méandres, sa Parole va toucher les cœurs et porter le fruit qu’elle mérite.

Père Jean-Michel Counet, Hurtebise 24 décembre matin 2025 


mardi 23 décembre 2025

Luc 1,57-66 Liturgie de la Parole 23 décembre 

1ère lecture : Malachie 3 ;1-4.23-24

Homélie

Frères et sœurs ce passage de l’Évangile est tout à fait dans le thème de notre retraite, puisqu’il a inspiré un des sermons les plus célèbres de Maître Eckhart, c’est le sermon numéro 11 qui est d’ailleurs intitulé Impletur tempus Elisabeth, le temps d’Élisabeth est accompli. Et comme vous vous en doutez, Eckhart voit dans cette naissance de Jean-Baptiste un symbole, pourra-t-il dire, de ce l’âme humaine doit faire : elle doit parvenir à engendrer en elle, engendrer en fait, le Fils même de Dieu. Et c’est ce fameux thème dont je vous ai déjà parlé, que nous allons encore ressasser, si je puis dire, durant les causeries de ce deux jours, à savoir la naissance de Dieu dans l’âme, la naissance du Fils dans l’âme ou la naissance de l’âme en Dieu. Eckhart accordait d’ailleurs beaucoup d’importance au fait que l’on nous dit que le temps d’Élisabeth est accompli. Évidemment la gestation est un processus qui demande du temps et qui doit bien entendu arriver à son terme. Mais Eckhart qui voit ça avec ses yeux et son intelligence à lui , nous dit en substance ceci : qu’est-ce que c’est que l’accomplissement du temps ? et bien l’accomplissement du temps c’est la fin du temps. Le temps est fait pour déboucher sur autre chose que lui, à savoir, bien entendu, l’éternité. Et lorsqu’il s’agit de faire naître en soi le Fils, faire naître Dieu dans l’âme, il y a un processus préparatoire, évidemment, mais une fois que l’âme est prête, c’est instantanément, donc sans aucune durée, pour ainsi dire en dehors du temps, en un instant éternel que cette naissance a lieu.
Mais nous allons retomber un peu sur terre, si vous le voulez bien, ces grandes envolées. Et je suis frappé par le comportement du voisinage dans cet évangile et de la famille. En fait bien entendu, ils se réjouissent de la naissance de Jean. Ils viennent le jour de la circoncision entourer Zacharie et Élisabeth, pour leur faire des félicitations pour cette naissance. Mais on voit très bien finalement que ces gens sont tournées essentiellement vers le passé. Il s’agit d’appeler l’enfant du nom de son père, Zacharie ça signifie d’ailleurs Dieu se souvient. Et donc où est-ce que l’’on prend la peine de se souvenir ? Mais de choses qui sont petit à petit érodées par le temps et qu’on cherche pour ainsi dire à maintenir un petit peu envie en s’en souvenant. Dans le fond, ce qui est important pour eux, c’est que Élisabeth soit devenue mère, que tout soit pour ainsi dire rentré dans l’ordre. On a même de la compassion finalement pour elle parce qu’elle était restée stérile ce qui est une véritable malédiction pour une épouse à l’époque. Mais voilà, heureusement tout rentre dans le rang si vous voulez, les traditions se perpétuent etc. et tout va bien !
Mais en réalité il ne s’agit pas tellement de se souvenir de ce passé, d’être tourné vers ce passé, si glorieux soit-il , comme nous le dit le prophète Malachie. On ne doit pas nécessairement faire en sorte que tout soit comme dans les jours glorieux d’autrefois. Il s’agit d’être à la hauteur de l’évènement et cet événement c’est que Dieu a fait grâce ! Et cette grâce de Dieu, elle est envoyée par Dieu, elle est donnée par Dieu pour donner vie au présent, pour le tourner vers un avenir. Il y a pour ainsi dire une promesse dans cette action de Dieu à travers la naissance de cet enfant. Finalement la naissance de Jean n’est pas pour répéter un passé mais pour porter quelque chose de nouveau. Et d’ailleurs toute naissance, quand on y réfléchit bien est une opportunité de sortir un peu du ronron habituel, pour proposer, pour enclencher finalement, quelque chose de neuf. Chaque naissance est une opportunité de nouveauté, de virage finalement vers un avenir que l’on ne fait au point de départ, bien entendu, qu’entrevoir, d’anticiper.
Frères et sœurs, dans ces jours qui nous séparent de Noël, demandons-nous un petit peu : mais qu’est-ce que c’est Noël pour moi, pour mes proches ? Est-ce que c’est simplement une tradition qui perpétue le passé ? Toute cette polémique à propos de la crèche sur la grand place de Bruxelles, elle témoigne finalement de la mentalité d’une partie de la population : Noël c’est la tradition, c’est la crèche, c’est le sapin, c’est la famille. C’est un petit ronron bien agréable bien entendu, mais qui n’engage pas à grand-chose. Est-ce que nous acceptons, au contraire, que cet Enfant de Noël, cet Enfant de la crèche nous déstabilise, nous sorte un peu, j’allais dire, de nos certitudes et notre ronron ? 
Relevez la tête, voici que votre délivrance est proche. 

Père Jean-Michel Counet Hurtebise 23 décembre 25


lundi 22 décembre 2025

Luc 1,46-56 Liturgie de la Parole 22 décembre

Quand les femmes disent Dieu...

Méditation 

Lectures : 1 Samuel 1,24-28; 1 Samuel 2, 1.4-8; Luc 1, 46-56

C’est dangereux de donner la parole à des femmes... C’est dangereux !
Vous êtes bien assis ??? Attention, cela pourrait ne pas durer !
Vous attendez le Seigneur ? Vous vous réjouissez de sa venue ? Très bien ! Mais attention, ne vous trompez pas de Dieu ! Il n’y en a qu’un et quand il vient c’est pour un grand chambardement !
Ce n’est pas moi qui l’invente... ce sont deux femmes qui vous l’ont chanté aujourd’hui : Anne la mère de Samuel et Marie la mère de Jésus !
Vous les avez entendues, non ?
Version Anne :
L’arc des forts se brise, ...
les repus s’embauchent pour du pain...
le Seigneur appauvrit et enrichit
il abaisse et aussi il relève...
de la poussière il retire le faible et du fumier le pauvre,
pour l’asseoir au rang des princes, et lui assigner un trône de gloire

Version Marie :
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes
il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles
il comble de bien les affamés, et renvoie les riches les mains vides...

Voilà le Dieu qui vient, voilà le Dieu que nous appelons avec tous nos frères et sœurs chrétiens...
Si vous n’êtes pas d’accord, il est encore temps de changer de religion... mais le Dieu que Jésus vient révéler par sa vie pauvre parmi les pauvres, condamné parmi les condamnés, c’est ce Dieu là...
Le Dieu du grand chambardement...
Mais non, soyons honnêtes, qui est le champion du chambardement ? n’est-ce pas l’humain ? l’humain qui dès les origines a mis du désordre en la création, en remplaçant l’harmonie par la discorde, la fraternité par la rivalité, le partage par la rapacité et la voracité...
Et Dieu, notre Dieu, voyant que nous n’en sortions pas pour tout remettre d’équerre et d’aplomb, vient, il vient nous aider, nous sauver...
Ce sont deux femmes qui nous l’annoncent aujourd’hui...
à nous de choisir réellement ce Dieu,
à nous de l’aider à accomplir ses promesses !
Dans ce but, célébrons l’eucharistie, accueillons le pain du partage, de la vie donnée, devenons ce que nous recevons : le corps du Christ aujourd’hui ressuscité !

Hurtebise, sr Myrèse écrit le 22 décembre 2012


dimanche 21 décembre 2025

Matthieu 1,18-24 Liturgie de la Parole 4e dimanche de l’Avent année A

Lectures : Isaïe 7,10-16 ; Romains 1,1-7 ; Matthieu 1,18-24

Accueil

Je ne sais pas si cela a été dit dans les semaines précédentes, mais j’ai été étonné par l’ordre des bougies d’Avent. Je me serais attendu spontanément à ceci : on commence par le bas et puis on monte vers Noël. Ici, en allumant de haut en bas, on descend vers Noël. Symboliquement c’est très fort. Puisqu’il est question du mystère de l’Incarnation, de Dieu qui se fait homme, c’est bien d’une descente qu’il est question : une descente dans notre humanité. Et nous sommes invités, avec le Fils de Dieu, à descendre là où nous vivons, là où nous demeurons, là où il y a des ténèbres, là où il y a de la joie. Descendre vraiment au cœur de notre humanité. 

Homélie

À la fin de la deuxième lecture de la lettre de Paul aux Romains, nous avons entendu : À vous qui êtes appelés à être saints, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. A vous donc et autres personnages que l’on a vu dans les lectures. A Achaz, à Joseph, à chacune et à chacun d’entre nous, un appel à la sainteté est lancé suivi du don de la grâce et de la paix.
1. « A vous grâce et paix »
Revenons à Achaz et à la première lecture. Celle-ci est peut-être un petit peu difficile à comprendre si on n’a pas le contexte. On peut se poser la question simplement à la lecture du récit : pourquoi la réponse d’Achaz a-t-elle été mal reçue ? Il dit : «  je ne demanderai pas de signe et je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve ». Qu’est-ce qu’on peut lui reprocher ? Pour comprendre il est important de savoir que Achaz est un tout jeune roi, le roi de Jérusalem, et qu’il vit dans la peur et les angoisses d’être dépossédé de son royaume par les deux rois auxquels il est fait allusion à la fin de la lecture, et dont le prophète dit : « ne te tracasse pas avec eux, de toute façon ce sera bientôt fini cette histoire ». Pourtant Achaz est dans l’angoisse, il est habité par la peur, il est tracassé, et il cherche comment avancer, lui qui est héritier de la promesse de Dieu puisqu’il est de la lignée de David. Et voilà que, pris de panique, il va chercher un soutien, mais il ne va pas le chercher près du Seigneur, il ne va pas le chercher près du Dieu de ses pères, le Dieu qui a libéré Moïse et le peuple, le Dieu de David. Il va le chercher en offrant des sacrifices aux idoles de la région. Non seulement il offre des sacrifices, mais il va même offrir son propre fils en sacrifice c’est-à-dire l’héritier de la promesse. Il rompt donc la promesse. En plus en appelant une force militaire pour le soutenir. Il cherche du secours, mais il ne le cherche pas du côté de la promesse et de la fidélité de Dieu. Et donc son refus de demander un signe, c’est une confirmation qu’il n’a pas confiance, il ne veut pas mettre sa confiance en Dieu. Il cherche ailleurs.
Mais alors le récit nous montre que Dieu reste fidèle : toi tu as rompu la lignée, moi je la restaure. Ta jeune épouse aura un fils. Dans ces paroles nous voyons directement la figure de Marie. Mais à ce moment-là il n’y a pas de Marie. C’est de la jeune épouse d’Achaz qu’il s’agit. Elle va avoir un fils et donc la promesse va continuer son chemin, malgré ta trahison, malgré, le refus, la recherche d’autres sauveurs, la promesse va continuer son chemin. Et dans ce sens on peut dire « à toi Achaz, grâce et bonheur, à toi, pécheur, à toi qui as failli grâce et bonheur ».
L’Évangile d’aujourd’hui, dans l’annonce à Joseph, nous ramène à cette promesse de Dieu fidèle et reprend les mots de la première lecture. Pourquoi les reprend-on ? Serait-ce que nous sommes un peu comme Achaz ? Notre monde d’aujourd’hui n’est-il pas en train de chercher son salut ailleurs, dans les sacrifices d’enfants, bien sûr pas des sacrifices directs, mais pas si indirects que cela non plus : non-respect des enfants, travail des enfants, élimination d’enfants, … Et puis en ce qui concerne la recherche de la force des puissants, on y est aussi. 
Et donc cela peut nous toucher d’entendre aujourd’hui : Dieu tient sa promesse ; la situation elle est ce qu’elle est mais il traverse nos peurs et nos infidélités. A nous donc « grâce et paix de la part de Dieu en Jésus Christ ».

2. « Appelés à être saints »

Pour développer ce point, je me réfère à Joseph. Joseph appelé à être saint, appelé à être le canal pour la promesse de Dieu. Qu’est-ce que cela va signifier pour Joseph ? 
Joseph est celui qui n’engendre rien, qui n’enfante pas. Mais il est celui qui met au monde. Bien sûr, pas mettre au monde physiquement. Il va mettre au monde Jésus en lui donnant le nom. Le récit nous dit : « Tu lui donneras le nom de Jésus. »  C’est ta responsabilité ». Et donner le nom c’est inscrire dans l’histoire, c’est inscrire dans ce chemin de salut qu’est l’incarnation. Et tu le feras en prenant chez toi Marie. De cette manière tu permettras au Fils de Dieu d’être l’Emmanuel, d’être Dieu-avec-nous. C’est donc bien Marie et Joseph, ensemble, qui permettent à Dieu d’être l’Emmanuel, d’être Dieu-avec-nous.
Nous sommes, d’une certaine manière, dans la position de Joseph. Ce n’est pas nous qui avons mis Jésus au monde, mais nous avons notre responsabilité pour lui donner sa place dans le monde, pour lui permettre d’être Dieu-avec-nous. Et donc à la fidélité de Dieu répond notre engagement. Et la fidélité de Dieu, comme la parole de Dieu, se dit de manière différente pour chacun. Ici, chez Joseph, c’est toujours pendant qu’il dort. Ne nous tracassons donc pas quand dans notre prière nous commençons à dormir. Cela n’empêche pas Dieu de venir. Mais ce qui est important, c’est que quand Joseph se réveille, il se met en route. Et pour nous aussi, d’entendre la Parole et de nous mettre en route.
Alors, oui, accueillons aujourd’hui, pleinement, cette parole et cette bénédiction, à vous, à nous, qui sommes appelés à être saints la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.
Père Bernard Peeters s.j. Hurtebise le 21 décembre 25

samedi 20 décembre 2025

Luc 1,26-38 Liturgie de la Parole 20 décembre

A mes petits Nazareth

Introduction

Les petits Nazareth, ce sont ces enfants qui, comme Marie, écoutent, s’étonnent, ouvrent leur cœur, font silence sans même le savoir, et laissent Dieu glisser doucement dans leur vie par une simple parole, un regard, un souffle.
 
Ils ne comprennent pas tout, mais ils accueillent. Ils ne savent pas encore croire avec des mots, mais ils savent croire avec le cœur. Ils ne savent pas toujours prier, mais ils savent se laisser toucher.
 
Les petits Nazareth, ce sont des petites maisons tranquilles, ouvertes, où Jésus peut venir en douceur, comme un jour d'annonciation. 
Les petits Nazareth, c'est comme un temps de l’Avent... 

Méditation 

à l'attention de mes petits Nazareth, de tous les petits Nazareth et de ceux qui les rencontrent.

C’était un soir tout simple.
Marie était chez elle,
dans une petite maison calme.
Un soir tranquille comme tant d’autres.

Et voilà qu’il est entré.
Tout en douceur,
sans faire de bruit,
comme un rayon de soleil
qui passe à travers les rideaux.

« Il », c’était un ange.
Il s’appelait Gabriel.
Et il salue Marie
d'une manière un peu spéciale :
« Je te salue, Comblée-de-grâce,
le Seigneur est avec toi.
»

Ce qui veut dire :
« Bonjour Marie, toi qui es aimée par Dieu, 
le Seigneur est à tes côtés.
»

Marie est surprise,
comme si quelque chose en elle disait :
« Attention, Marie ! 
C’est important...
»

Alors l’ange lui dit :
« Dieu te fait confiance. 
Il t’invite à vivre quelque chose de très beau avec Lui.
»

Puis il lui annonce une merveilleuse nouvelle :
elle va devenir maman.
Maman, mais pas de n’importe qui :
maman de Jésus,
celui que le monde attend depuis très, très longtemps

« Comment est-ce possible ? », répond Marie.
« Je n’ai pas de mari. »

C’est une vraie question,
parce que Marie veut comprendre
ce que Dieu lui demande.

Alors l’ange dit :
« L’Esprit Saint viendra t’aider. »

L’Esprit Saint, c’est la force de Dieu,
une force douce, qui vient dans ton cœur
pour t’aider et t’accompagner.
Il guide et donne du courage.

Et Marie répond « oui »
« Je suis la servante du Seigneur.
Que tout se réalise selon ta parole.
»

Un oui tout simple,
un oui d’amour,
un oui qui ouvre la porte au bon moment,
pour laisser entrer Jésus.

C’est pour cela que nous regardons Marie
avec tellement de joie :
son « oui » a été comme la première étoile
dans le ciel de Noël.

Nous approchons de Noël, justement.
Nous aussi,
nous pouvons offrir un « oui »
à l’arrivée de Jésus dans nos vies,
un « oui » qui lui fait une place
dans notre cœur.

Et dans le calme,
nous pouvons prier :
« Jésus, viens dans mon cœur.
Je t’attends.
Voici ma porte ouverte pour toi
. »

Et Jésus viendra, c’est sûr,
car il vient toujours
dans les cœurs ouverts,
comme il est venu chez Marie,
doucement,
avec beaucoup d’amour.

Isabelle Hurtebise le 20 décembre 25


vendredi 19 décembre 2025

Luc 1,5-25 Liturgie de la Parole 19 décembre

Méditation

Le lieu, l’environnement, l’atmosphère sont posés…beaucoup de détails dans cet évangile : Les offrandes, l’encens. Nous pouvons bien situer l’évènement dans ce sanctuaire. Les prêtres, la multitude du peuple qui suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur d’une façon irréprochable. Ils étaient en ‘ordre’… les guirlandes et  illuminations sont là aussi chez nous. 
L’ange Gabriel annonce la naissance de Jean Baptiste à Zacharie malgré sa vieillesse et celle de sa femme Élisabeth qui était dite  stérile. Zacharie doute, car cela dépasse son entendement, il est frappé de mutisme jusqu’à la naissance de l’enfant, symbolisant un monde ancien stérile à un monde nouveau où Dieu agit de manière inattendue, préparant la venue du Messie.
Le silence de Zacharie est comme une invitation à la méditation et à l’attente de la grâce.

J’y vois 3 étapes.

La foi et le doute : Zacharie prêtre, homme juste, connaît bien les Ecritures.  Il a peine  à croire. Il montre la difficulté d’accepter un plan divin qui sort du cadre habituel. 

Le silence et l’écoute : Le silence de Zacharie, son mutisme, est une invitation  à se taire extérieurement pour mieux écouter intérieurement et comprendre le mystère qui s’annonce.

Le temps de Dieu : Dieu agit « au temps voulu », au-delà de l’impatience humaine. La stérilité de Zacharie et Élisabeth symbolise un monde ancien incapable de porter du fruit. 
La naissance de Jean le Baptiste, puissant dans l’Esprit d’Elie, est l’acte final préparant le peuple à accueillir le Seigneur, Jésus.
Le temps de l’attente est une grâce comme écrit sœur Marie-Jean.

Ce passage inaugure la « bonne nouvelle » en montrant que Dieu vient agir concrètement dans nos vies, même dans ce qui semble impossible. Dieu nous invite au silence à la patience, à l’humilité, à accueillir ce qui est. Zacharie est incapable de donner vie jusqu’à ce que Dieu intervienne.
Y-a-t-il un parallèle avec l’annonciation à Marie ? C’est plutôt un contraste, Marie reçoit le message de l’ange dans une foi simple qui permet l’accueil de l’Emmanuel tandis que Zacharie il doute. 
Il nous reste 7 jours pour accueillir ce silence, cette grâce de la venue d’un plus ‘Grand’ que nous en nous. N’oublions pas que dans cette effervescence qui précède Noël d’offrir des temps de silence au Seigneur.
Belle fin d’Avent. 

Brigitte le 19 décembre 25


jeudi 18 décembre 2025

Matthieu 1, 18-24 Liturgie de la Parole 18 décembre


Introduction


Le prophète Jérémie annonce la venue d'un « germe juste », descendant de David qui sauvera Juda et fera habiter Israël en toute sécurité. Il annonce la venue de Jésus-Christ, le Rédempteur d'Israël. On dira désormais « le Seigneur vivant a ramené de tous les pays du nord les gens de la maison d'Israël... car ils demeureront sur leur sol ». Voilà une phrase qui est parfois mal interprétée et qui pourrait être une cause de guerre pour récupération de territoire. Or, le prophète Jérémie parle bien d'un peuple et pas d'un pays sinon ne dirait-il pas L'Israël comme on dit la Belgique ou la France ? « La terre , le sol , n'est pas d'abord une patrie, dit Myriam de Gemma, c'est le cœur de l'homme, ancré dans l'amour de Dieu... qui ne se laisse pas abattre par les puissances de ce monde »...
En saint Matthieu, on apprend comment Jésus a été engendré et comment Joseph, descendant de David, adopte légalement Jésus comme son fils.

Commentaire

La façon dont nous sont rapportés les événements de Nazareth et de Bethléem n'est pas sans poser de questions à certain esprit critique. Matthieu a voulu éclairer les faits. On retient deux idées de cet évangile : Jésus vient au monde dans la lignée de David grâce à Joseph qui l'adopte légalement comme son fils. « Mathieu campe cet homme devant nous, Joseph était un homme juste, un croyant cohérent avec sa foi, disposé à entrer dans le dessein de Dieu quel qu'il soit parce que totalement « ajusté » au vouloir de Dieu ».(1)

Son attitude rejoint celle de Marie, dans un songe, il a reconnu sans doute possible, une intervention de Dieu, et même si ça a dû être difficile pour lui, sa grande force a été d'accueillir l'initiative de Dieu. Il fait confiance à Marie. Tous les deux sont fidèles à Dieu et fidèles l'un à l'autre.(2) 
Le message le plus urgent de Joseph à notre temps est-il celui de mesure et de sa discrétion ? Parce que sa discrétion a été une forme héroïque de non violence, Marie a été préservée.
« Saurons-nous, comme eux, comprendre que la foi passe par la confiance absolue »?(2)
Devant des situations révoltantes , que ce soit en Église, en paroisse, en famille, nous pouvons être intransigeants, parfois même en refusant d'être solidaires des nôtres. C'est alors qu'il nous faudrait prendre exemple sur Joseph. « Toute rupture qui, sur le moment, semble apaiser les tensions, est, en définitive, un appauvrissement à toute vie chrétienne responsable et solidaire » (1)
« Tu lui donneras le nom de Jésus », le Seigneur sauve... On l'attendait dans un palais, il naît dans une étable, les pharisiens sont fiers de leur vertu, lui, il préfère les pauvres. Les puissants se fâchent, il prend le parti des petits « on se tourne vers lui, il nous tourne vers l'homme... »(2)
Ce récit a été écrit il y a 2000 ans mais il reste Parole de Dieu, actuelle et vivante.
Il ne s'agit pas de savoir si Jésus est né en hiver ou en été, ni si il y avait réellement un âne et un bœuf dans l'étable... Il s'agit de nous mettre à l'écoute de Dieu qui nous pose des questions : « croyez-vous que Dieu s'est fait homme pour que les hommes deviennent fils de Dieu ? Puisque je me suis fait homme... que fais-tu pour que chacun de tes frères puisse vivre dans la dignité de fils de Dieu » ?(2)
 Il attend notre réponse. Il sera, il est toujours avec nous « Emmanuel » Dieu avec nous.

Danièle le 18 décembre 25

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(1) J. Ch Levêque (d'après le pasteur Schütz)
(2) Abbé Roger Gillet



mercredi 17 décembre 2025

Matthieu 1,1-17 Liturgie de la Parole 17 décembre

Méditation

Jacob est proche de sa mort et il invite ses 12 fils : Rassemblez-vous, écoutez, fils de Jacob, écoutez Israël, votre père. 
Se rassembler et écouter, c’est ce que nous faisons plusieurs fois par jour à la fois pour chanter les Psaumes et écouter la Parole proclamée. Ces deux actions sont une et elles sont une nourriture pour notre vie personnelle et communautaire. Elles portent fruit en notre vie et par la communion des saints, dans toute l’Eglise et dans le monde.
Ce qu’annonce Jacob à son fils Juda, l’ancêtre de Jésus, est loin d’être réjouissant pour ses frères ! Heureusement le Psaume 71 qui répond à cette lecture, nous offre une toute autre vision du roi issu de Juda. Il domine, c’est vrai, et au-delà de sa fratrie, de la mer à la mer et jusqu’au bout de la terre. Mais sa domination est une domination de service et d’attention aux pauvres et aux malheureux. « En lui que soit bénies toutes les familles de la terre, que tous les pays le disent bienheureux. »

Là nous reconnaissons Jésus qui tout au long de son ministère n’a cessé de soigner les corps et surtout les cœurs blessés. Il s’est ouvert à tous, membre de son peuple ou pas et aujourd’hui ses disciples sont vraiment de toutes les familles de la terre et de tous les pays, même si en certains endroits ils y sont peu nombreux.
 
La généalogie de Jésus l’enracine dans la lignée d’Abraham. Mais cette lignée dès Jacob, s’ouvre aux autres peuples par 4 femmes étrangères qui permettent à la promesse de s’accomplir. Thamar et Ruth, deux veuves, Rahab une prostituée et enfin la femme que David a prise à son militaire Ourias, faisant tuer celui-ci. Ces 4 femmes étaient d’une certaine manière dépendantes et dans une situation précaire, mais elles ont choisi de servir le Dieu d’Israël et elles ont permis la continuité des générations qui, sans elles, s'interrompait. 
La 5ème femme mentionnée est Marie, elle aussi dans une situation de précarité, elle dont le oui a permis au plan de Dieu de s’accomplir. Sur elle je n’en dirait pas d’avantage, elle va nous accompagner durant les jours qui viennent.
Les hommes de cette généalogie ! Dans la première partie, avant David, tous ne sont pas connus et certains, même dans les patriarches, ont douté et failli. Les rois de la 2ème partie se sont comportés parfois comme des prédateurs, comme le lion annoncé par Jacob à ses fils. Les hommes cités après l’exil sont presque tous inconnus. Et cela me réjouis ! Enfin Joseph, l’époux de Marie de laquelle fut engendré Jésus que l’on appelle Christ. Cette rupture dans le texte annonce quelque chose de radicalement nouveau. La forme passive dans la Bible indique que c'est Dieu qui agit.
C’est dans cette pâte bien humaine, contrastée, parfois fidèle et marchant en présence du Seigneur, souvent faible et pécheresse, que Jésus vient habiter, lui dont le nom signifie « Dieu sauve » et qui sera l’Emmanuel, Dieu avec nous. Il est Christ, Messie, fils de David, le roi pas du tout irréprochable ! Il est fils d’Abraham qui a peiné et douté. Cette humanité aux visages multiples, il est venu pour elle. Il est venu pour nous accompagner sur nos chemins. Non seulement il y a deux mille ans, mais aujourd’hui, tels que nous sommes, il est là, auprès de chacun. C’est la Bonne Nouvelle que nous pouvons découvrir en écoutant et en nous nourrissant de la Parole. 
Viens Espérance des hommes, viens Sauveur de l’univers !


Introduction au Notre Père

Seigneur Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham vient nous engendrer à la vie de prière et chanter en nous le Père.

sr Marie-Christine le 17 décembre 25



mardi 16 décembre 2025

Matthieu 21, 28-32, Liturgie de la Parole 3e mardi de l’Avent

Et pourquoi pas une vocation tardive?

Méditation 

Le pays a vécu il y a un certain temps des élections. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a à chaque fois un thème qui revient constamment : le changement. Les candidats promettent du changement. De leur côté, les citoyens veulent également du changement : ils sont fatigués de la situation actuelle et sont prêts pour le grand ménage. Mais en est-il vraiment ainsi? Les changements en profondeur sont rares. Ce qu'on veut réellement tant du côté des politiciens que des citoyens, c'est changer les meubles de place. C'est tout. N'est-ce pas?
L'évangile de ce jour aborde la question du changement. Matthieu nous propose une parabole de Jésus, celle de deux enfants qu'un père invite à aller travailler à sa vigne. Le premier enfant lui dit non, mais plus tard il regrette son geste et se rend à la vigne. Le deuxième lui dit immédiatement oui, mais finalement ne se rendra pas à la vigne. Alors Jésus pose la question : lequel des deux enfants a fait la volonté du père? La réponse est évidente. Pourquoi Jésus nous propose-t-il quelque chose de si trivial? Ce qui est particulier, c'est la façon dont il utilise cette parabole pour éclairer une situation de son temps, celle de l'accueil réservé à celui qui fut son mentor, Jean Baptiste.
Pour comprendre ce qu'affirme Jésus, il faut se rappeler que Jean Baptiste était le fils unique d'un prêtre, mais qu'il a refusé le devoir normal d'un fils aîné de poursuivre la lignée sacerdotale, et a même tourné le dos au temple de Jérusalem pour jouer le rôle de prophète anti-establishment. C'est ainsi qu'il propose un baptême d'eau qui vise à exprimer un changement de vie pour s'enligner avec une intervention imminente de Dieu. Jésus le décrit comme quelqu'un qui a emprunté « un chemin de justice ». Le mot justice ici n'est pas à comprendre dans le sens « justice a été rendue », mais plutôt dans le sens de « chanter juste », ou « viser juste », comme le fait une personne authentique et transparente qui dit la vérité, pose les bons gestes, est en accord avec Dieu et avec elle-même. On dirait aujourd'hui : quelqu'un de vrai.
Or, voilà le paradoxe que souligne Jésus : les grands prêtres et les anciens du peuple n'ont rien voulu savoir de Jean Baptiste, tandis que les collecteurs d'impôt et les prostituées se sont ouvert à sa parole. En d'autres mots, les gens qui menaient une vie peu recommandable et qu'on considérait comme des pécheurs (les collecteurs d'impôt étaient vus comme les collaborateurs des impérialistes romains) ont accepté le changement de vie vers l'authenticité proposée par Jean Baptiste, tandis que ceux qu'on considérait comme des sages et des gens bien en vue s'y sont opposés. Dites-moi pourquoi? Au premier abord, on devine bien que les gens qui ont une pauvre opinion d'eux-mêmes s'ouvrent plus facilement à une parole d'espoir où tout redevient possible, que des gens privilégiés qui auront à perdre quelque chose s'ils changent de vie. Mais peut-on aller plus loin?
Je me suis longtemps posé la question : quel est au fond l'enjeu de cet évangile? Il me semble qu'il s'agit de passer ou non à côté de soi. J'ai été un enfant, j'ai subi l'influence des parents, des amis, de la société ambiante. J'ai nourri diverses ambitions, et certains événements m'ont marqué et façonné. Mais un jour j'ose poser la question : tout ce que je suis actuellement, est-ce vraiment moi? Je prends soudainement conscience que jusqu'ici je « chantais faux », que ma vie ne me comblait pas, qu'elle avait quelque chose de « désaccordé ». D'où le terrible dilemme : qu'est-ce que je fais maintenant? La vraie réponse impliquera que je laisse aller des choses, que je meurs à un certain passé. D'une certaine façon, c'est ce qu'a fait Jésus, non pas que son passé ait été inauthentique, mais il a perçu vers 33 ou 34 ans, en écoutant Jean Baptiste, que son véritable moi était celui de prédicateur itinérant plutôt que celui de menuisier bien connu à Nazareth. Que serait-il passé si Jésus était passé à côté de cet appel? Sa vocation tardive nous a valu le message des évangiles et cette grande famille des chrétiens.
Je ne crois pas que la quête pour « chanter juste » s'arrêtera un jour. On marche vers l'authenticité en mourant un peu chaque jour à ce qui est inauthentique en soi, en repérant nos différents « mensonges ». Il y a toujours une vocation tardive qui nous attend. C'est ce que symbolise l'enfant de la parabole qui a d'abord dit non, puis se repend et dit maintenant oui à ce à quoi il est appelé. Dans le fond, c'est un immense message d'espoir : il n'est jamais trop tard pour changer et devenir soi, et de connaître le bonheur indicible d'être bien dans sa peau, de rayonner de vie. C'est ce que Dieu attend de son enfant.
Mais en même temps, il faut ajouter : n'attendons pas, c'est aujourd'hui que ça se passe. Il y a quelque chose d'urgent dans l'évangile de ce jour. Ce sont les derniers moments de Jésus avant de mourir. La vocation tardive dont il parle s'adresse à tous ceux qui ont refusé de bouger jusqu'ici. C'est comme un dernier appel. Pourtant, pour y répondre, il suffit seulement d'une simple décision, et d'un peu d'amour de soi, d'un peu de foi et de courage. Qu'attendons-nous? 

 André Gilbert, Gatineau, mai 2011

https://www.mystereetvie.com/Mt212832.html 


lundi 15 décembre 2025

Matthieu 21, 23-27, Liturgie de la Parole 3e lundi de l’Avent

Lectures : Nombres 24,2-7.15.17a ; Matthieu 21,23-27 

Méditation

Tout un contraste aujourd’hui !  Dans la première lecture, l’Esprit s’empare d’un sorcier, d’un devin païen, Balaam, qui se met à prophétiser.  Il annonce la venue du messie qui sauvera Israël, qui instaurera un royaume puissant avec, à sa tête, le plus grand des héros.  Il nous dit que le meilleur est à venir.
Tout le contraire dans l’évangile !  Les grands-prêtres auraient dû approuver avec satisfaction et même avec soulagement le fait que Jésus vient de faire un grand ménage dans le Temple.  Mais il n’en est rien !  Comme ils tirent un grand profit de l’activité commerciale dans le Temple, ils sont ennuyés.  Ils sont même insultés que quelqu’un sans statut social et qui vient de Nazareth, une petite ville loin du siège du pouvoir, présume de faire une telle chose là où, eux ont le contrôle.  Alors ils cherchent à mettre la main sur lui.
C’est dans ce contexte, ils lui demandent : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t’a donné cette autorité ? »
Ce n’est pas la réponse à cette question qui les intéresse, ils cherchent surtout comment faire périr Jésus.  En fait, ils le craignent parce que tout le peuple est heureux de son enseignement.
Jésus expliquait les choses pour que les gens comprennent bien; il était au service des personnes, c’est ce qui lui donnait autorité.  En revanche, les docteurs de la loi sentaient bien qu’ils n’avaient pas  l’autorité.  C’est qu’ils avaient une psychologie de princes comme s’ils disaient : « Nous sommes les maîtres, les princes, et nous vous enseignons.  Nous ne sommes pas là pour vous servir : nous commandons, vous, vous obéissez».
Jésus ne s’est jamais fait passer pour un prince: il était toujours le serviteur de tous, et c’est cela qui lui donnait autorité.”
L’arrogance et la lâcheté des grands prêtres nous font voir leur peur de perdre leur prétendu pouvoir, leur statut, la soumission du peuple ?  Ils pensaient coincer Jésus, mais par une seule question, mais Jésus les a pris à leur propre piège. Ils sont tombés dans le trou qu’ils avaient eux-mêmes creusé.
Jésus ne leur donne aucune réponse, il ne leur révèle rien sur lui et il avait bien raison.  Puisque ces hommes ne croient pas en lui, ça ne donnait rien à Jésus de leur déclarer qu’il agissait au nom de Dieu.  Ils ne croiront jamais que celui qui leur parle est le Chemin, la Vérité et la Vie.
Balaam, un païen qui annonce le Messie, et des supposés croyants qui ne reconnaissent pas le Christ.
Balaam nous invite à écouter le Messie qui sauvera Israël, qui établira un royaume puissant.
Il nous dit que le meilleur est à venir.
Matthieu, lui, nous invite à nous approcher de Jésus avec encore plus de confiance.  Il nous invite à écouter la Parole de Jésus pour qu’elle augmente notre foi et notre confiance.

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 13 décembre 2021 – Sainte Lucie – Matthieu 21,   23-27
https://servantesdejesus-marie.org/homelie/mgr-j-c-dufour-13-decembre-2021-sainte-lucie-matthieu-21-23-27/ 


dimanche 14 décembre 2025

Matthieu 11,2-11, Liturgie de la Parole 3e dimanche Avent année A

EN QUEL MESSIE CROYONS-NOUS ?

Lectures : Isaïe 35, 1-6a,10 ; Jacques 5,7-10 ; Matthieu 11,2-11

HOMÉLIE

     Un détenu me confiait un jour: « Tout m'a déçu: ma femme, mes enfants, mes amis et même Jésus.»  Dans l’Évangile de ce jour, Jean-Baptiste est aussi déçu.  Du fond de sa prison, il entend parler de Jésus qui ne correspond pas au Messie qu'il s'attendait à rencontrer.
     Jésus semble très “cool”.  Ses paroles semblent si laxistes pour les pécheresses telle Marie-Madeleine.  Il se fait offrir des repas par des publicains tel Matthieu l’auteur de ce texte, pire encore par des percepteurs d’impôts véreux comme Zachée.  Et, à son menu, il y a autre chose que des sauterelles ou du miel sauvage  ce qui était le menu de Jean-Baptiste avant d’entrer en prison.
     Jésus est très cool alors que Jean-Baptiste était un prédicateur cognant fort sur les consciences pour les réveiller.  Il annonçait un Messie qui allait exterminer immédiatement par le feu celui qui ne faisait pas la volonté de Dieu.  Et voilà que Jésus s’entoure d’apôtres pour poursuivre son œuvre après lui.  Alors Jean ne comprend plus.  Scandalisé par l’attitude de Jésus, il doute radicalement.  Il envoie donc quelques disciples pour interroger Jésus : « Oui ou non, es-tu bien le Messie annoncé ?»
     Dans ce cri de désespoir poussé par le Précurseur, j’entends aussi celui de ces chrétiens qui ont constaté à travers le monde l’occultation de la pédophilie par des dignitaires de l’Eglise.  Ces chrétiens ont été profondément déçus et le doute s'est installé dans leur cœur.
     
     Habilement, Jésus répond aux messagers de Jean-Baptiste en les invitant à lui rapporter ce qu’ils observent autour d’eux: “Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent.”  Et Jésus ajoute un argument décisif: “Les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.” ! Autrement dit : le plus important, ce ne sont pas les miracles, mais bien la concrétisation de ce Royaume réservé prioritairement aux sans-grade.
     "Venez et voyez", semble dire Jésus aux messagers de Jean, c'est-à-dire, "venez voir et constatez vous-mêmes" et c'est vous qui déciderez s'il faut  attendre un autre Messie.  Le signe que Jésus est le Messie,  "celui qui vient" ne se trouve pas dans des signes terrifiants, puissants, qui nous cloueraient tous au sol, obligés à croire.
     Non, le signe c'est que des gens simples, des "laissés pour compte" ouvrent leurs yeux d'aveugles, débouchent leurs oreilles de sourds, soulèvent les couvercles de leur tombeaux où ils étaient emmurés.  Ils entendent résonner dans leur vie "une Bonne Nouvelle."  Ils se sentent respectés, reconnus, aimés.
     
     Tout cela n'est pas seulement de l'histoire ancienne.  Aujourd'hui, je pense à ces 76 associations de chez nous pour lesquelles l’ASBL « Action Vivre Ensemble » souhaite notre solidarité.
     Si l’Évangile nous demande d’opter pour elles c’est tout simplement parce que Dieu nous conduit dans cette direction.
     
     Jésus termine son message au Baptiste par une béatitude : “Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute.” Jésus pense à tous ceux qui assisteront à sa passion et qui devront bien se faire à l'idée d'un Messie qui ne passera pas sous des arcs de triomphe mais sur les chemins humiliants qui le cloueront sur une croix au Golgotha.  Cette image de Messie n'était pas dans la tête de Jean-Baptiste.
     Force est de constater que, comme Jean le Baptiste, nous nous forgeons parfois un Messie à notre mesure.  Par exemple, ne devrait-il pas éradiquer la guerre en Ukraine et les violences de toutes sortes au N-E du Congo  etc….?
     
     A peine les messagers de Jean-Baptiste sont-ils repartis que Jésus va lui rendre un vibrant hommage en le désignant comme l'exemple à suivre et même à dépasser.  Non, Jean-Baptiste n'est pas un personnage grotesque.  C’est un grand prophète.  Donc, Jésus ne lui reproche pas d'avoir douté.
     À nous non plus, Jésus ne reproche pas de douter.  Alors, nourrissons et affermissons notre foi en restant attentifs aux événements, aux rencontres humaines, aux paroles bibliques susceptibles de nous faire connaître le Messie.
     Et si ceux qui cherchent un sens à leur vie, nous envoient, comme Jean-Baptiste, des messagers pour nous demander : "Êtes-vous les témoins de l'Évangile de Jésus ou devons-nous en attendre d'autres ?" pourrons-nous répondre : "Venez et voyez".

     Abbé Stréber Fernand Hurtebise le 14 décembre 25




P’TIT RAWETT’ N°1         Pour choisir le Messie

     Voici 4 semaines au Vatican, à l’insu de la Curie Romaine, le pape Léon 14 a constitué un jury populaire pour élire le Messie.  Voici le résultat de la consultation :  Le Messie retenu est un nouveau-né appelé Emmanuel.  Il semble très fragile.  Ses parents sont des illustres inconnus des autorités civiles, politiques et religieuses du pays.  On sait juste que sa maman est très jeune.  Elle s’appelle Marie.  L’homme avec lequel elle vit est menuisier dans un petit village de Palestine.  Ses parents fréquentent des petits bergers des collines environnantes.  Ils n’ont aucune référence religieuse connue.
     Les hauts dignitaires du Vatican sont embarrassés.  De toute manière ils ne sont pas d’accord avec le choix du jury populaire.  Le Messie retenu par le jury populaire et entériné par le pape n’a aucune chance de réussite.  Réunis en urgence ils ont repris les affaires en main.  Ils viennent d’établir un CV modèle, manière de présélectionner les candidats pour enfin désigner le Messie digne de ce nom qui répondra aux critères de la longue tradition séculaire. 
Les candidats messie devront être adultes majeurs.  Les jurés  ne seront plus autorisés à  choisir un enfant nouveau-né couché dans une mangeoire.
Les candidats messie devront avoir un domicile fixe et durable.  Pas question de choisir un SDF qui loge sur la paille ou quelqu’un qui a dû émigrer en catastrophe suite à la décision d’un dictateur.
Les candidats messie devront parvenir d’une famille qui a des relations avec la noblesse ou la bourgeoisie.
Les candidats messie devront avoir au minimum un diplôme théologique universitaire de niveau master.  Pas question de choisir quelqu’un qui a un métier manuel ou qui a reçu un diplôme via la filière de l’enseignement professionnel.
Les candidats messie devront avoir une attestation écrite de moralité de la nonciature apostolique.
Ils devront avoir une recommandation écrite des autorités politiques fédérales.
Les candidats devront pouvoir justifier de relations avec le monde financier.
Les candidats ne seront pas issus de parents non mariés. 
Les candidats ayant fréquenté des détenus, des migrants, des SDF, des handicapés, des malades chroniques ou des filles de joie  seront exclus.
Les candidats messie devront élire domicile à la capitale du pays.
     Quel est notre choix ?

Fd Streber

P’TIT RAWETT’  N° 2            A L'OMBRE D'UNE FEMME.

     Un été, je passais mes vacances dans une vieille bergerie, au Mont Ventoux. Il y avait là un champ très ancien, au milieu de la garrigue, qu'un vieux paysan cultivait
     
     Un matin, il était venu pour le faucher, mais il faisait très chaud et le vieux paysan souffrait beaucoup de la chaleur. Or, il y avait un mûrier au milieu du champ.
     
    A un moment, le vieux paysan s'arrête et vient s'asseoir à l'ombre du mûrier. Je m'approche.
     « C'est une bonne ombre, dit-il, l'ombre du mûrier. Et il ajoute: chaque arbre a son ombre, selon sa forme, son branchage, son feuillage, son bruissement, son odeur. .. »
     
     Quittant l'ami, je me prends à rêver: chaque arbre a son ombre... Chaque espérance aussi, et chaque naissance, selon son odeur, son bruissement, son feuillage, son branchage...
Pourquoi les Occidentaux, ceux du Nord surtout, jettent-ils sur l'ombre un regard aussi réducteur?
En Afrique, on ne fait rien sans emporter « des morceaux d'ombre ». Un proverbe ne dit-il pas: « l'argile, c'est de l'ombre? ».  Une sculpture ne vit que par rapport à l'ombre, m'explique un directeur de musée. L'ombre peut la faire ou la défaire.

     On comprend alors qu'un Japonais ait écrit «L'éloge de l'ombre ». Parce que l'ombre est partenaire de la lumière. L'ombre est un lieu, un temps de passage. Est-ce pour cela qu'au Japon, plus qu'en Europe, on respecte le gris, comme échange de tension entre le noir et le blanc?
     
     Jésus est né dans l'ombre d'une crèche. Il a vécu trente ans à l'ombre d'un village perdu. Il se tenait quelquefois à l'ombre du figuier ou, avec ses disciples, à l'ombre des oliviers. On l'a même vu se reposer à l'ombre de Marie-Madeleine et s'asseoir, en plein midi, dans l'ombre de la Samaritaine. N'était-il pas aussi, un jour, dans l'ombre de la femme adultère quand il écrivait sur le sable?


Chaque femme a son ombre...
Peut-on d'ailleurs écrire et croire sans l'ombre d'une femme?
Et croire et espérer sans l'ombre d'un Dieu?
Il y a de l'ombre en Dieu.
Il y a de l'ombre en l'homme.
Le poète se tient dans l'ombre, souvent.
Et le Dieu-poète vient nous visiter à travers cette ombre.
Marie le sait bien puisque la puissance du Très-Haut l'a couverte de son ombre. Et la lumière fut. 

Gabriel RlNGLET (Repris dans « Il était une foi » tome. 2 Ed. CRJC Liège,  p. 15 )


samedi 13 décembre 2025

Matthieu 17,10-13, Liturgie de la Parole 2e samedi de l'Avent 

Lectures : Ben Sirac 48,1-4. 9-11; Matthieu 17,10-13

Méditation

Je vous propose la méditation de Rosy en 2022https://partage-de-lectio.blogspot.com/2022/12/liturgie-de-la-parole-2e-samedi-davent.html 

lien pour l'image:  https://static1.srcdn.com/wordpress/wp-content/uploads/2023/12/john-the-baptist-and-jesus-in.jpg