Dimanche des Rameaux au monastère d'Hurtebise : sur RCF :
C 62 : Six jours avant la Pâque (stance- ref- verset 2- ref.)
(Sr Columba) Bonjour, la communauté est heureuse de partager ce moment avec vous, auditeurs de RCF. Ce dimanche, nous entrons dans la semaine sainte. Comment allons-nous y entrer ? Avec tout ce que nous sommes, avec la vie telle qu’elle a été au long de cette année, au long de ce carême. Oui, durant la semaine sainte, nous n’allons pas oublier ce qui a fait le quotidien de cette année en confinement, mais le prendre avec nous, et le confier au Seigneur. Que les fruits de cette année qui nous a confrontés à des limites sévères, à l’éventualité de notre propre mort, de celle de nos proches, à la réalité de la solitude, de la maladie, des épreuves de tout genre, avec les distances qui nous ont été imposées, nous privant de célébration communautaire élargie. C’est avec tout ce quotidien, avec ces mesures qui ont souvent comme oublié la dimension essentielle que le culturel et le spirituel représentent pour l’humain, oui, c’est avec ce quotidien, que nous entrons en cette semaine, en demandant au Seigneur la grâce d’en recevoir un nouvel élan, élan de vie et de foi. Que Celui que nous reconnaissons et acclamons comme notre Sauveur, nous partage sa vie, son salut, son espérance ! pour qu’ensemble nous bâtissions ce monde de solidarité et de fraternité auquel il nous convie. Pour qu’ensemble nous recevions avec Jésus, en Jésus, l’humanité pleinement sauvée, restaurée, accomplie.
(Sr M Jn) Lecture de l’Évangile de St Jean :
En ce temps-là, quelques jours avant la Pâque, la grande foule venue pour la fête apprit que Jésus arrivait à Jérusalem. Les gens prirent des branches de palmiers et sortirent à sa rencontre. Ils criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le roi d’Israël ! » Jésus, trouvant un petit âne, s’assit dessus, comme il est écrit : Ne crains pas, fille de Sion. Voici ton roi qui vient, assis sur le petit d’une ânesse. Cela, ses disciples ne le comprirent pas sur le moment ; mais, quand Jésus fut glorifié, ils se rappelèrent que l’Écriture disait cela de lui : c’était bien ce qu’on lui avait fait[1].
(Sr Myrèse) Ce passage d’évangile à la tonalité de joie ne doit pas nous tromper. Si on regarde le contexte, on découvre, juste avant, la question que les gens se posaient : Jésus montera-t-il à Jérusalem pour la fête ? les grands prêtres et les pharisiens ayant donné des ordres pour qu’on se saisisse de lui[2]. Ensuite à Béthanie, Marie a versé du nard pur sur les pieds de Jésus. A ceux qui critiquaient ce geste disant qu’on aurait mieux fait de donner l’argent aux pauvres, Jésus a répondu : Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.[3] Après l’entrée à Jérusalem, nous l’avons entendu dimanche dernier, alors que des grecs veulent voir Jésus, Jésus annonce clairement : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit »[4]. Et Jésus est traversé d’un frémissement, qui en saint Jean, dit son agonie. Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! »[5]
Une strophe de « Qui donc est Dieu ? »
(Sr Myrèse) Dans l’entrée messianique de
Jésus à Jérusalem, il nous faut lire la semaille du grain qui bientôt va mourir
en terre ! Comme on se réjouit à l’heure de semer, si on veut récolter, il
faut aussi accepter la mort du grain ! c’est elle qui est déjà annoncée en
ce récit. Et cela nous interpelle, car comme l’écrit Zundel :
(Sr Elisabeth): Peut-on imaginer que le salut s’accomplisse dans la défaite ? Peut-on penser que la toute-puissance de Dieu aboutisse à une catastrophe ? Peut-on accepter que des siècles d’attente, de prophétie, d’espérance, aboutisse à la mort de celui-là même qui devait tout sauver ? C’est de la folie !
C’est ce que st Paul dira d’ailleurs magnifiquement : « Nous prêchons le Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils, mais pour nous : Sagesse et Lumière de Dieu »[6] Et c’est vrai ! Notre bonheur aujourd’hui c’est de pressentir qu’il faut changer de dieu, qu’il faut non pas donner à Dieu ce visage de pharaon, de maître, qui tire les fils de l’histoire, mais qu’il faut retrouver, ou plutôt découvrir Dieu comme un amour caché au-dedans de nous-mêmes, comme un amour fragile et désarmé, comme tout amour[7].
Chant : une strophe de « qui donc est Dieu ? »
(Sr Elisabeth) L’amour ne peut que s’offrir. L’amour ne peut qu’attendre. Et si l’amour échoue, et qu’il continue à être l’amour, il ne peut que mourir pour celui qui refuse d’aimer.
Car enfin pour desceller la pierre du cœur, pour ouvrir cette prison effroyable dans laquelle nous sommes tous enfermés, il n’y a qu’une seule clé, qui est celle de l’amour : c’est Jésus sans illusions, qui sait qu’il est le grain qui doit mourir et qui comprend que l’heure du suprême combat est arrivée. Jésus, en effet, s’offre dès maintenant à la catastrophe, et il nous révèle le vrai visage de Dieu : un Dieu qui nous est confié, un Dieu qui nous attend au plus intime de nous-mêmes, un Dieu qui peut mourir parce qu’il est amour et que tous nos refus d’amour ne peuvent que le crucifier.
En célébrant l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, il est bon de recueillir en nous-mêmes ces admirables paroles qui ont traversé les siècles : Si le grain ne meurt, s’il n’est jeté en terre pour y mourir, jamais ne pourra se lever la moisson ![8]
Une strophe de « Qui donc est Dieu ? »
(Sr M-Raphaël) Lecture du livre du prophète Isaïe[9]
Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.
(Sr Myrèse) En ce Serviteur que nous présente Isaïe, les chrétiens ont lu une annonce de Jésus, le Messie. C’est lui qui est tout oreille. Il est tellement accueil de la Parole du Père, qu’il est tout entier Parole de Dieu ! Ce chant du serviteur est comme un programme pour tout disciple à la suite de Jésus : devenir tout écoute, se laisser creuser l’oreille par la Parole, même lorsqu’elle nous déroute ou nous fait affronter l’épreuve. Devenir disciple de Jésus en ce temps de la semaine sainte, c’est se tenir prêt à accompagner Jésus, comme nous le pouvons. Et pour cela ne pas compter sur nos propres forces, mais bien sur la force que nous donne la Parole de Dieu reçue dans la confiance. Oui, confiance, car Dieu est à nos côtés et sa volonté est bonne. Au cœur de toute détresse, il peut faire surgir un salut.
Une strophe de qui donc est Dieu :
chant cantique Philippiens[10]
Le Christ Jésus, +
ayant la condition de Dieu,*
ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’est anéanti,*
prenant la condition de serviteur.
Devenant semblable aux hommes, +
Reconnu homme à son aspect, *
il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort,*
et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté :*
il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse *
au ciel, sur terre et aux enfers,
et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur »*
à la gloire de Dieu le Père.
(Sr Myrèse) Dans cet hymne que Paul a peut-être emprunté à la liturgie des premiers chrétiens, nous trouvons la synthèse fulgurante de la vie de Jésus, et plus particulièrement de sa passion et de sa résurrection. Relisons là lentement, avec juste quelques mots de commentaire :
(Sr Bernadette) Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
(Sr Myrèse) Jésus, le grain de blé, lui qui est Dieu, n’éprouve nullement le besoin d’affirmer son identité, de l’imposer. Au contraire,
(sr Marie Thérèse) Il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.
(Sr Myrèse) Plus littéralement, on pourrait dire : il s’est vidé. Il est devenu capacité, vide, creuset.
(Sr Bernadette) Devenant semblable aux hommes.
(Sr Myrèse) Voir Jésus, dans une pleine adhésion au projet de la Trinité : il se fait l’un de nous. Il est ouverture, accueil. Il vient partager notre condition humaine, avec ses limites. Dans la Genèse nous est racontée la chute de l’homme, qui veut non point recevoir son être, non point recevoir la divinité en partage, mais la saisir, la prendre. L’humain veut se faire Dieu. Et Jésus nous montre Dieu qui a bonheur à devenir humain, pleinement.
(sr Marie-Thérèse) Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
(Sr Myrèse) L’obéissance dont il est question ici, n’est pas obéissance servile, aveugle. Elle est adhésion profonde au dessein du Père. Entrée dans ce dessein. Ainsi Jésus inscrit le chemin de l’amour, en notre humanité. Un chemin qui ne se met pas au centre, mais qui met autrui au centre. Et se donne. La croix ! comment en parler en deux mots ? la croix, elle est ce signe dressé à l’horizon de nos vies. Ce signe qui dit tout à la fois : notre péché et notre salut. C’est par la faute de notre humanité que Jésus est crucifié. C’est par l’amour de Jésus que l’humanité y trouve un chemin de vie et de salut, par-delà la mort. Jésus occupe la croix, bras étendus, mains ouvertes. Elle devient ainsi lieu du passage vers la vie.
(sr Bernadette) C’est pourquoi Dieu l’a exalté :
(sr Myrèse) Il ne faut pas lire ce verset comme une récompense : Jésus a bien vécu, alors le Père l’élève. Non ! il y a une gratuité totale en Dieu ! et pour accueillir cette gratuité totale, il fallait une ouverture totale. En Jésus le Père a trouvé cette ouverture totale.
(sr Marie-Thérèse) Il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.
(Sr Myrèse) Le Père en Jésus a reconnu l’amour total. Et qui aime totalement est Seigneur et a Dieu pour Père ! c’est l’avenir qui nous est promis, si seulement nous le voulons, le désirons, si nous nous y ouvrons !
Une strophe de « Qui donc est Dieu ? »
(Sr Myrèse) Poursuivant l’agonie de Gethsémani, Jésus sur la croix, descend au plus bas de notre condition, lorsque nous la défigurons. Là il connait l’humiliation, il connait nos faiblesses, nos tentations, notre mort. Et il les traverse. Au plus dur de son combat, Jésus demeure ouverture à son Père : Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. Et sur la croix, tandis qu’il partage notre souffrance, alors qu’il affronte la mort cruelle, il garde l’espérance, en priant un psaume : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Même au plus noir il garde la prière ! même dans le trouble le plus terrible, il continue à dire au Père : mon Dieu ! sa foi, sa prière, tiennent l’espérance qui est voilée à ses yeux de chair. La mort n’aura pas le dernier mot.
Alors nous aussi en ces jours saints, gardons la prière, gardons la foi. Gardons le regard tourné vers Dieu, aussi lourdes soient nos fautes, nos tentations, nos souffrances. Écoutons Jésus nous redire, comme il l’a dit à ses disciples : Veillez et priez. Et au plus creux de la nuit, nous verrons se lever la lumière nouvelle. Une aurore pascale.
Chant : Père s’il ne peut passer ce calice (P Léonard / Htb)
[1] Jn 12, 12-16 (trad TLB)
[2] Jn 11, 55-57
[3] Cf. Jn 12, 1-11
[4] Jn 12, 24 (trad TLB)
[5] Jn 12, 27-28 (trad TLB)
[6] 1 Co 1, 23-25
[7] Maurice ZUNDEL, Vie, mort, résurrection, Ed. Anne Sigier, Québec, 1995, p. 101-102
[8] Id.p 102
[9] Is 50, 4-7
[10] Phil 2, 6-11 (trad TLB)
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