Liturgie 30e samedi TO-II Luc 14, 1. 7-14 ; Philippiens 1, 18b-26 ; Psaume 41
Élevé
Homélie
Les futurs mariés me disent
souvent qu'une des choses les plus difficiles pour le jour de leur mariage, ce
sont les places à table ... Qui sera à la table d’honneur ? Qui sera près de
qui ? Et gare à celui qui découvre, en arrivant, qu’il est placé tout au fond
alors qu’il se voyait déjà près des personnes importantes ! Nous sourions, mais
cette petite comédie révèle quelque chose de profondément humain : nous aimons
être reconnus, remarqués, considérés.
Jésus observe les invités qui
choisissent les premières places et leur raconte une parabole. Il ne donne pas
simplement un conseil de savoir-vivre pour éviter une humiliation publique. Il
touche à une question plus profonde : pourquoi avons-nous tant besoin de nous
placer au-dessus des autres ? Pourquoi notre valeur dépend-elle si souvent du
regard qu’ils portent sur nous ? Le pape François le soulignait : « Cette
course aux premières places fait mal à la communauté, tant civile
qu’ecclésiale, parce qu’elle nuit à la fraternité. » * Si on recherche toujours
la reconnaissance, l'autre finit par devenir un concurrent.
Paul nous propose un tout autre
regard. Il écrit depuis la prison et s’interroge sur la possibilité de mourir
ou de continuer à vivre. « Pour moi, vivre c’est le Christ », affirme-t-il. Il
pourrait désirer partir pour être auprès du Seigneur ; pourtant, il comprend
que rester est nécessaire pour ses communautés. Il ne raisonne pas en fonction
de ce qui lui apporterait le plus de prestige ou de satisfaction, mais de ce
qui fera grandir la foi des autres. Épatant, non ?
Voilà une véritable humilité :
non pas se mépriser, ni prétendre que nous ne valons rien. Ça, c'est du misérabilisme
... Non, la vraie humilité, c'est de ne plus avoir besoin d’être au centre pour
trouver notre joie. Paul sait ce qu’il désire, mais il est prêt à demeurer là
où l’amour le rend utile. Il découvre que sa vie prend son sens lorsqu’elle
devient un don.
Le psaume exprime cette même
orientation à travers une soif profonde : « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu
vivant. » Peut-être est-ce là que se trouve la racine de notre agitation. Nous
cherchons parfois dans les honneurs, les compliments et les premières places ce
que seul Dieu peut nous donner : la certitude que notre vie a du prix. Quand
nous nous savons aimés de lui, nous pouvons laisser à d’autres la place
d’honneur sans avoir l’impression de perdre la nôtre. J'ai un prix incroyable
aux yeux de Dieu ... C'est bien plus, que la première place aux élections
!
Jésus nous dit de choisir la
dernière place. Il ne nous invite pas à jouer les modestes pour être finalement
remarqués et appelés plus haut ! Il nous apprend à vivre sans calculer sans
cesse notre rang. Dans le Royaume, la vraie grandeur consiste à se recevoir de
Dieu et à se rendre disponible aux autres.
Celui qui n’a plus besoin de
gagner toutes les premières places devient enfin libre d’aimer. Et cette
liberté-là est déjà une joie du Royaume.
* Angélus du 1er septembre 2019
Pierre Hannosset le 31 octobre 26
https://padrepierre.blogspot.com/2026/10/samedi-de-la-30eme-semaine-du-temps-de.html

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