Liturgie 28e samedi TO-II Luc 12, 8-12
Méditation
Luc 12, 8-12
"Je vous le dis : Quiconque se sera déclaré pour moi devant
les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de
Dieu. Mais celui qui m’aura renié en face des hommes sera renié à son tour en
face des anges de Dieu. Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme,
cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit
Saint, cela ne lui sera pas pardonné. Quand on vous traduira devant les gens
des synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la
façon dont vous vous défendrez ni de ce que vous direz. Car l’Esprit Saint vous
enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire."
Pour la plupart, nous achèverons
probablement notre passage sur la terre sans être amenés à devoir parler pour
notre défense devant des synagogues, des magistrats et des autorités. Je
m'autorise dès lors à faire de ce verset d'évangile une lecture spirituelle et
à l'appliquer à un autre combat, celui de la prière. La prière est à l'occasion
un simple moment de bonheur et d'abandon à la tendresse de Dieu ; mais à
d'autres moments, plus ou moins nombreux selon les tempéraments et les
aventures personnelles, la prière est un combat, et nous pouvons être tentés de
le déserter, comme tous les champs de bataille. Aelred de Riévaulx, au douzième
siècle, écrivait à sa sœur ermite : "Lutte avec Dieu, comme Jacob,
pour qu'il prenne plaisir à se laisser vaincre."
La prière est un combat, mais, si
nous le voulons, nous n'y sommes pas livrés à nos propres forces et à notre
stratégie. L'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne
savons pas quoi demander pour prier comme il faut (Romains 8,26). Il me semble
fécond de rapprocher cette phrase de Paul et celle de l'évangile, en
l'appliquant à notre désir de prier comme il faut : Ne vous inquiétez pas de ce que vous direz. Car l’Esprit Saint vous
enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire. Autrement dit : ne
cherchez pas trop dans les ressources de votre intelligence les pensées
intéressantes que vous pourriez offrir à Dieu pour son édification,
laissez-vous plutôt envahir par son Esprit d'amour.
N'étant pas un spécialiste de ces
questions ni un maître spirituel, je cède la parole à mon amie Thérèse d'Avila.
Je dis "mon amie" parce que votre sœur Marie-Pia m'a suggéré il y a
bien longtemps de faire d'elle mon amie, et c'est grâce à elle que, moi qui ne
lis pas, j'ai lu ses œuvres complètes et toute sa correspondance. Elle écrit à
propos de la parfaite oraison : "J'ai rencontré des gens pour qui
toute l'affaire est dans la pensée ; s'ils peuvent la fixer longuement sur
Dieu, quand même ce serait par de grands efforts, ils se tiennent pour
spirituels ; s'ils s'en distraient, n'en pouvant plus, et serait-ce pour
le bien, le désespoir s'empare d'eux, ils se croient perdus… Je ne dis pas que
ce ne soit pas une grâce du Seigneur que de pouvoir méditer sans cesse sur ses
œuvres, il est même bon de nous y efforcer. Mais il faut comprendre que toutes
les imaginations n'y sont pas naturellement portées, tandis que toutes les âmes
sont douées pour aimer… Je voudrais seulement faire comprendre que l'âme n'est
pas la pensée, que ce n'est pas la pensée qui commande à la volonté, sous peine
de grand dommage ; pour le progrès de l'âme il résulte donc qu'il ne
s'agit pas de penser beaucoup, mais de beaucoup aimer[1]."
Frère François de
Wavreumont
Extrait de la
conférence donnée à Hurtebise le 12 octobre 26
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