samedi 17 octobre 2026

Liturgie 28e samedi TO-II Luc 12, 8-12

Méditation

Luc 12, 8-12

"Je vous le dis : Quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu. Mais celui qui m’aura renié en face des hommes sera renié à son tour en face des anges de Dieu. Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné. Quand on vous traduira devant les gens des synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la façon dont vous vous défendrez ni de ce que vous direz. Car l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire."

 

Pour la plupart, nous achèverons probablement notre passage sur la terre sans être amenés à devoir parler pour notre défense devant des synagogues, des magistrats et des autorités. Je m'autorise dès lors à faire de ce verset d'évangile une lecture spirituelle et à l'appliquer à un autre combat, celui de la prière. La prière est à l'occasion un simple moment de bonheur et d'abandon à la tendresse de Dieu ; mais à d'autres moments, plus ou moins nombreux selon les tempéraments et les aventures personnelles, la prière est un combat, et nous pouvons être tentés de le déserter, comme tous les champs de bataille. Aelred de Riévaulx, au douzième siècle, écrivait à sa sœur ermite : "Lutte avec Dieu, comme Jacob, pour qu'il prenne plaisir à se laisser vaincre."

 

La prière est un combat, mais, si nous le voulons, nous n'y sommes pas livrés à nos propres forces et à notre stratégie. L'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas quoi demander pour prier comme il faut (Romains 8,26). Il me semble fécond de rapprocher cette phrase de Paul et celle de l'évangile, en l'appliquant à notre désir de prier comme il faut : Ne vous inquiétez pas de ce que vous direz. Car l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire. Autrement dit : ne cherchez pas trop dans les ressources de votre intelligence les pensées intéressantes que vous pourriez offrir à Dieu pour son édification, laissez-vous plutôt envahir par son Esprit d'amour.

 

N'étant pas un spécialiste de ces questions ni un maître spirituel, je cède la parole à mon amie Thérèse d'Avila. Je dis "mon amie" parce que votre sœur Marie-Pia m'a suggéré il y a bien longtemps de faire d'elle mon amie, et c'est grâce à elle que, moi qui ne lis pas, j'ai lu ses œuvres complètes et toute sa correspondance. Elle écrit à propos de la parfaite oraison : "J'ai rencontré des gens pour qui toute l'affaire est dans la pensée ; s'ils peuvent la fixer longuement sur Dieu, quand même ce serait par de grands efforts, ils se tiennent pour spirituels ; s'ils s'en distraient, n'en pouvant plus, et serait-ce pour le bien, le désespoir s'empare d'eux, ils se croient perdus… Je ne dis pas que ce ne soit pas une grâce du Seigneur que de pouvoir méditer sans cesse sur ses œuvres, il est même bon de nous y efforcer. Mais il faut comprendre que toutes les imaginations n'y sont pas naturellement portées, tandis que toutes les âmes sont douées pour aimer… Je voudrais seulement faire comprendre que l'âme n'est pas la pensée, que ce n'est pas la pensée qui commande à la volonté, sous peine de grand dommage ; pour le progrès de l'âme il résulte donc qu'il ne s'agit pas de penser beaucoup, mais de beaucoup aimer[1]."

Frère François de Wavreumont

Extrait de la conférence donnée à Hurtebise le 12 octobre 26

 



[1] Livres des fondations, 5, 2.

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