Jean 1, 1-18 Liturgie de la Parole 31 décembre
Homélie
Nous voici arrivés au terme d’une année civile. Le calendrier va changer et pourtant, rien de magique ne se produira. Et pourtant Dieu sait que nous avons entendu ces dernières semaine parler à profusion de la magie de Noël !
Non le monde ne s’arrête pas. La vie continue. Cependant, ce moment a un poids spirituel intense. Car l’Église nous apprend un geste fondamental : relire le temps devant Dieu.
Non pas pour dresser un bilan comptable de nos réussites et de nos échecs, mais pour reconnaître ceci : le temps que nous avons vécu n’était pas vide — il était habité.
Habité par Dieu.
La Parole de Dieu ne nous parle jamais du temps comme d’un simple déroulement mécanique. Le temps biblique est un temps traversé par la fidélité de Dieu.
Le psalmiste le dit avec audace : « Mes jours sont dans ta main » (Ps 31).
Autrement dit : rien de ce que nous avons vécu n’a échappé à Dieu — ni les jours lumineux, ni les heures lourdes, ni les silences, ni les blessures.
Nous arrivons en cette fin d’année avec des mémoires contrastées.
S’y trouvent des motifs de gratitude, visibles ou secrets.
S’y trouvent également des regrets, des fatigues, peut-être des échecs qui nous collent encore à la peau.
Et nous pourrions être tentés de penser : « Cette année est perdue ».
Mais Dieu ne connaît pas les années perdues.
Il ne connaît que des années offertes.
Même ce qui nous semble stérile, Dieu peut le transfigurer. Même ce qui fut pauvre, il peut l’assumer. Car le cœur de notre foi n’est pas l’optimisme, mais cette certitude: Dieu est fidèle, même quand nous ne l’avons pas été.
La liturgie ne nous invite pas à tourner la page trop vite ; non, elle nous invite à un acte profondément chrétien : l’action de grâce.
Dire merci, ce n’est pas dire que tout allait bien.
Dire merci, c’est reconnaître que Dieu était là — et qu’il est encore là.
Et c’est ici que la figure du Christ devient décisive.
Jésus n’a pas traversé le temps en le fuyant. Il l’a habité jusqu’au bout. « Et le Verbe s’est fait chair… engendré avant le Temps, il entre dans le cours du Temps ».
Il a connu l’attente, l’incompréhension, l’épreuve, la joie, l’abandon, la mort. Et c’est précisément ainsi qu’il a réconcilié le temps avec l’éternité.
En Christ, le temps n’est plus une menace qui nous échappe, mais un lieu de salut.
Chaque jour peut devenir un lieu de rencontre avec Dieu. Chaque instant peut être visité par la grâce.
Alors, au seuil de l’année nouvelle, l’Église ne nous demande pas d’abord de prendre de bonnes résolutions. Elle nous demande quelque chose de plus profond: un acte de confiance.
Confier à Dieu ce qui fut.
Confier à Dieu ce qui vient.
Confier à Dieu ce que nous ne maîtrisons pas.
L’espérance chrétienne n’est pas naïve. Elle sait que le monde est fragile, que l’histoire est traversée de violences, que nos vies restent vulnérables. Mais elle ose affirmer ceci : l’avenir n’est pas fermé, parce qu’il est déjà ouvert par le Christ ressuscité.
Frères et sœurs, entrer dans une nouvelle année, ce n’est pas repartir à zéro.
C’est avancer avec Dieu, forts de ce qu’il a déjà fait.
C’est croire que ce qui vient peut encore être sauvé, relevé, transfiguré.
Demandons, ce 31 décembre, la grâce d’un regard croyant sur le temps.
Non pas un regard nostalgique ou inquiet, mais un regard eucharistique : un regard qui sait dire merci, même dans l’inachevé.
Car le dernier mot sur notre histoire n’est jamais le nôtre.
Le dernier mot appartient à Dieu.
Et ce mot est un mot de vie.
Amen.
Doyen Philippe Goosse Hurtebise 31 décembre 25
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