mercredi 31 mars 2021

Liturgie de la Parole, mercredi saint

 (Raymond)

Introduction :  Tendresse de Dieu

Certains jours plus que d’autres j’entends les cris du psalmiste;  les cris de tant d’hommes et de femmes en pleine détresse morale et physique.

J’en ai vraiment assez de ce monde où sont rejetés les plus déshérités, où l’on piétine les aigris, les ratés, ceux à qui l’on n’a pas su apprendre à aimer. Judas qu’as-tu donc à me dire ce soir ? J’entends tes déceptions, tes désillusions, tes principes bafoués, ton envie de liberté. De quoi as-tu donc rêvé ? 

Idées craquelées, temps de l’angoisse, lieux de la nuit, j’accepte de t’écouter, de te rejoindre dans tes questions mille fois posées. 

Bonté partagée, Tendresse exprimée, Pardon sans cesse donné, Amour aux mille facettes raconté pour embraser le monde, cela n’a pas suffit à te combler !

Aujourd’hui je sens ton cœur palpiter, vaciller dans ce vide insoupçonné. Ton rêve s’est écroulé et tu crois ta vie brisée. Ce soir tu parles, tu me parles et tu pleures.           

Dernier assaut de ma tendresse pour toi, du lieu de ces souffrances qui te taraudent, je dépose ma vie sur une croix.

Une main fébrile t’entraîne de l’autre côté, je te sens peu sécurisé, seul, abandonné. Dans l’obscurité j’éclaire ta nuit, je crois pour toi, je reste avec toi. Je suis venu pour te sauver.

 Commentaire :

Difficile de ne pas entendre résonner en nous cette parole de Jésus alors qu’il était à table avec les Douze : « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. »

Je vais sans doute en étonner quelques-uns(e)s : j’aime beaucoup Judas.  C’est un véritable frère, miroir de notre humanité, fragile à l’extrême.  Ce n’est sans doute pas un hasard si je suis  plongé au cœur de cette précarité la plus profonde et cela m’invite à regarder ce qui se passe à l’intérieur de moi plutôt qu’à écouter ce qui se dit à l’extérieur !

La personne humaine est un profond mystère mais il y a quelque chose qui est révélé dans notre identité personnelle et collective. Je dis collective parce qu’à force d’interagir, nous finissons par construire des identités collectives… d’où cette intuition profonde à ne pas me départir de Judas.

Je vous propose quelques pistes de réflexions qui permettent de rester en lien avec Judas et tous ceux et celles que nous jugeons infréquentables et foncièrement mauvais. Pour ce faire j’aimerais aborder très succinctement la question de la liberté, puis de la conscience et de la responsabilité par rapport aux  actes que nous posons. Une prise de conscience des principes de base qui évitent de tomber dans le jugement et les raccourcis faciles :

-          La liberté : Jésus ne fait pas le tri.  «Viens, et suis-moi» est une invitation adressée à tous, sans restriction. Je n’ai pas l’impression que Jésus ait attiré à lui des disciples en fonction de leur capacité. Non. C’est une adhésion personnelle libre et gratuite. Ce que nous appelons ‘’libre-arbitre’’ est une découverte chrétienne défini comme capacité à dire « non » à Dieu et donc d’être à la source radicale de nos actes. La liberté est une présence à soi et c’est pour cette raison qu’elle est une conscience morale acculée à se demander ce qui est bon pour soi et pour les autres. Nous sommes dotés d’une capacité à résister aux influences extérieures.

 La Conscience : Jésus adresse un dernier appel à la conscience de Judas : « l’un d’entre vous me livrera ». Je ne parle ici que de cette voix intérieure qui nous approuve quand nous faisons le bien et nous condamne quand nous faisons le mal. Nous disons « J’ai agi en conscience ».  Cette conscience morale nous appelle à vivre avec droiture. En fonction de ce que je viens de vous dire, vous comprenez qu’il est toujours possible d’agir contre sa conscience puisque nous sommes dotés du libre-arbitre ! Les disciples se sont regardés l’un l’autre, remplis de tristesse : « Serait-ce moi ? »  En visitant leur cœur, ils ont dû penser qu’ils en étaient tous capables. Ainsi est le cœur de l’homme dans ses recoins ténébreux ; ainsi est le nôtre.

 Les actes : Tout cela va s’exprimer dans nos actes, bons ou mauvais.  L’objet de l’acte posé par Judas est de livrer Jésus. C’est ce qu’il va faire mais est-ce la pointe de son intention. Son intention est au-delà du baiser donné à Jésus.  Qui peut dire l’intention profonde de Judas ? Lui seul la connaît.  Bien sûr nous connaissons l’histoire et nous pouvons faire des projections mais est-ce pour autant que cela correspond réellement à l’intention de Judas ?   D’ailleurs, écoutez ce qui est dit plus loin : « Judas qui l’avait livré, voyant qu’il avait été condamné, fut pris de remords et rapporta les trente pièces d’argent aux grands-prêtres et aux anciens : « J’ai péché dit-il en livrant un sang innocent ».

Il faut donc une grande prudence dans les jugements que nous portons les uns sur les autres.  Cela implique une confiance en l’autre.  Je ne connais ses intentions que par ce qu’il veut bien m’en dire, s’il dit quelque chose, et je dois lui faire confiance.

 La responsabilité : Bien sûr, on ne peut pas passer outre de notre propre responsabilité par rapport aux actes que nous posons. Je suis responsable parce que je suis libre.  Notre responsabilité porte à la fois sur soi, sur les autres et sur le monde environnant.

Le monde où vivent les criminels est notre monde.  Nous pouvons tous devenir des criminels.  Nous ne sommes pas tous capables de tout mais nous sommes chacun capable de telle forme particulière de crime.  Nous n’avons pas tous commis de grandes atrocités mais nous avons tous commis de petites lâchetés quotidiennes.  Nos mini lâchetés du quotidien nous font déjà complices. Il est facile de se classer soi-même parmi les ‘’purs’’ assurés de ne jamais devenir comme eux.  Mais si l’autre et moi sommes libres, alors je peux faire ce qu’il fait. Il est très dangereux de se croire immunisé contre le crime. Cette solidarité s’inverse positivement : Je sais que celui qui a posé des actes odieux est encore capable de se convertir, de revenir au bien. 

Cette responsabilité s’enracine dans le procès du Christ.  Jésus est l’innocent parfait. Le procès qui l’a condamné à mort est ignoblement truqué. L’Evangile souligne l’irresponsabilité des assassins : Pilate se lave les mains ; Caïphe déclare : « Il vaut mieux qu’un seul homme meurt pour le peuple et que l’ensemble de la nation ne périsse pas ».  Jésus a accepté de répondre de nos crimes.  Jésus a fait tout cela tout au long de sa vie.  Il n’a cessé de s’entourer de pécheurs, de criminels. Et il s’en est vanté comme d’un élément essentiel de sa mission : « Ce sont les malades qui ont besoin de médecins, je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs »

Il réclame sans cesse que nous choisissions. Il met chacun devant sa liberté en demandant : « Qui dis-tu que je suis ? », « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »    Nous sommes plus que jamais invités à répondre librement, en conscience et de manière responsable à travers les actes que nous posons.

 Notre Père

 Oraison finale :

Nicolas, Eddy, Giovanni, Saïd, Pauline, Mélanie… et toi aussi Judas, vous êtes entrés dans ma vie avec toute la détresse de votre histoire, toute la violence de votre misère.  Suicide, viol,  défonce, folie, trahison, lourd partage de la nuit !

Au fil des rencontres, vous me l’avez appris, le bois mort est fait pour brûler.  C’est l’aubier, ce corps si fragile qui brûle ;  le cœur se consume et se tord de douleur.

Et pourtant

L’espérance a jailli, fugace, telle une flamme qui perce la nuit.                               

Il nous arrive parfois, miracle de la vie, que chante et crépite le don du Vent dans les braises : La Vie est plus forte que la mort ! La Vie est plus forte que la mort ! La Vie est plus forte que la mort….

Bienheureux  serez-vous si vous avez l’audace d’approcher ce brasier… car oui,  ses flammes perceront vos nuits.

lundi 29 mars 2021

Liturgie de la Parole, 6e lundi de carême

 (sœur Elisabeth)

Introduction

Nous voici donc entrés dans la semaine sainte, la grande semaine comme l’appellent nos frères orthodoxes.

Pourquoi grande ? Pourquoi sainte ? il y a sans doute beaucoup de raisons de l’appeler ainsi. J’en évoque une. Il me semble que la semaine que nous allons vivre résume ou plutôt concentre tout le mystère de notre salut depuis l’incarnation, la vie terrestre de Jésus, son parcours à travers la Palestine jusqu’à sa mort et sa résurrection.

Oui, ils sont saints ces jours où nous célébrons avec une intensité particulière, l’amour d’un Dieu qui va jusqu’au bout de sa promesse, l’amour d’un Dieu qui rejoint l’homme non seulement dans son être de chair mais dans la part de péché qui l‘habite, qui prend sur lui ce péché, notre mort, pour nous ouvrir à Sa Vie.

Ce n’est pas pour rien que la liturgie nous donne, au lendemain de Noël,l de fêter Saint Etienne, premier martyr de la foi au Christ ressuscité et en plein carême de célébrer les fêtes de saint Joseph et de l’Annonciation, nous invitant ainsi à reconnaître Dieu dans le nouveau-né comme dans le condamné à la mort infâme de la Croix.

Pour entrer dans ce mystère, chantons les psaumes, prières profondément incarnées d’un peuple en marche…

 

Méditation

L’Evangile que nous venons d’entendre est bien connu et pourtant il reste inépuisable à notre méditation et notre contemplation.

J’en relève un aspect qui a retenu mon attention. Il y est question de tensions, d’incompréhensions. Tension qui révèle le cœur humain, qui nous révèle à nous-mêmes.

Tension autour du geste de Marie, expression d’un attachement pour les uns, luxe et gaspillage inadmissible pour Judas ; don gratuit d’un côté, offense à la charité de l’autre.

Tension autour de Lazare que Jésus a ressuscité des morts. Lazare suscite l’attrait d’une grande foule et la haine des chefs religieux qui veulent le faire mourir.

Déjà la Liturgie du dimanche des Rameaux nous a montré d’une part une foule qui acclame Jésus comme le Messie annoncé par les prophètes et d’autre part le procès de ce même Jésus qui le conduit à sa condamnation et sa mort.

L’Evangile de la Passion en nous présentant l’apôtre Pierre, sûr de lui, de son amour pour le Christ, prêt à mourir avec Jésus et un peu après Pierre, saisi de peur, le reniant nous fait pressentir que les tensions autour de Jésus ne sont pas seulement des divergences de vue, des manières de penser différentes mais qu’elles habitent le cœur humain, notre cœur.

J’y vois une invitation à descendre en nous-mêmes pour mettre en lumière les sentiments qui nous habitent, les incohérences entre notre désir profond et nos maladresses, nos peurs, nos refus pour les mettre en œuvre au quotidien. N’y a-t-il pas en nous à la fois une Marie et un Judas, un Pierre intrépide et aimant et un Pierre craintif et soucieux de sauver sa peau ?

Marie ne semble pas perturbée par les critiques qui fusent autour d’elle, elle assume son geste avec détermination. C’est là il me semble le fruit d’une grande liberté intérieure qui se fonde sur son attachement au Christ. Et c’est pour nous un exemple précieux dans notre cheminement.

Ne sommes-nous pas souvent en nous-mêmes en proie à des tensions qui nous déchirent et nous divisent ? Notre quotidien ne nous met-il pas régulièrement en situation de choix parfois difficile entre des attitudes opposées ?

Il nous est bon alors de nous connecter à notre désir de suivre le Christ, à notre vocation baptismale que nous allons ré-affirmer la nuit pascale ; de nous reconnecter à ce « oui je crois » qui a bouleversé un jour notre vie. Il nous est bon de laisser le Christ nous libérer de nos attaches mortifères qui peuvent se dissimuler derrière une apparente charité, de le laisser nous libérer, comme dit l’épître aux Hébreux, du péché qui nous entrave si bien.

Comme nous le chantons chaque matin de cette semaine « Les yeux fixés sur le Seigneur, entrons dans le combat de Dieu », combat pour la vie, pour la vérité, pour la liberté.

 

Oraison

Dieu notre Père, en Jésus, tu nous ouvres un chemin de vérité et de liberté. Garde nos cœurs ouverts à ton Esprit pour discerner au creux de notre quotidien les forces qui nous habitent et motivent nos actions. Fais grandir en nous la liberté intérieure et le courage d’aller jusqu’au bout de notre combat contre le mal en nous et dans le monde. Garde nos yeux fixés sur le Christ qui règne avec toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles.

dimanche 28 mars 2021

Dimanche des Rameaux

 Dimanche des Rameaux au monastère d'Hurtebise : sur RCF : 

C 62 : Six jours avant la Pâque (stance- ref- verset 2- ref.)

(Sr Columba) Bonjour, la communauté est heureuse de partager ce moment avec vous, auditeurs de RCF. Ce dimanche, nous entrons dans la semaine sainte. Comment allons-nous y entrer ? Avec tout ce que nous sommes, avec la vie telle qu’elle a été au long de cette année, au long de ce carême. Oui, durant la semaine sainte, nous n’allons pas oublier ce qui a fait le quotidien de cette année en confinement, mais le prendre avec nous, et le confier au Seigneur. Que les fruits de cette année qui nous a confrontés à des limites sévères, à l’éventualité de notre propre mort, de celle de nos proches, à la réalité de la solitude, de la maladie, des épreuves de tout genre, avec les distances qui nous ont été imposées, nous privant de célébration communautaire élargie. C’est avec tout ce quotidien, avec ces mesures qui ont souvent comme oublié la dimension essentielle que le culturel et le spirituel représentent pour l’humain, oui, c’est avec ce quotidien, que nous entrons en cette semaine, en demandant au Seigneur la grâce d’en recevoir un nouvel élan, élan de vie et de foi. Que Celui que nous reconnaissons et acclamons comme notre Sauveur, nous partage sa vie, son salut, son espérance ! pour qu’ensemble nous bâtissions ce monde de solidarité et de fraternité auquel il nous convie. Pour qu’ensemble nous recevions avec Jésus, en Jésus, l’humanité pleinement sauvée, restaurée, accomplie.

(Sr M Jn) Lecture de l’Évangile de St Jean :

En ce temps-là, quelques jours avant la Pâque, la grande foule venue pour la fête apprit que Jésus arrivait à Jérusalem. Les gens prirent des branches de palmiers et sortirent à sa rencontre. Ils criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le roi d’Israël ! »  Jésus, trouvant un petit âne, s’assit dessus, comme il est écrit :  Ne crains pas, fille de Sion. Voici ton roi qui vient, assis sur le petit d’une ânesse. Cela, ses disciples ne le comprirent pas sur le moment ; mais, quand Jésus fut glorifié, ils se rappelèrent que l’Écriture disait cela de lui : c’était bien ce qu’on lui avait fait[1].

(Sr Myrèse) Ce passage d’évangile à la tonalité de joie ne doit pas nous tromper. Si on regarde le contexte, on découvre, juste avant, la question que les gens se posaient : Jésus montera-t-il à Jérusalem pour la fête ? les grands prêtres et les pharisiens ayant donné des ordres pour qu’on se saisisse de lui[2]. Ensuite à Béthanie, Marie a versé du nard pur sur les pieds de Jésus. A ceux qui critiquaient ce geste disant qu’on aurait mieux fait de donner l’argent aux pauvres, Jésus a répondu : Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.[3] Après l’entrée à Jérusalem, nous l’avons entendu dimanche dernier, alors que des grecs veulent voir Jésus, Jésus annonce clairement : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit »[4]. Et Jésus est traversé d’un frémissement, qui en saint Jean, dit son agonie. Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! »[5]

Une strophe de « Qui donc est Dieu ? »

(Sr Myrèse) Dans l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem, il nous faut lire la semaille du grain qui bientôt va mourir en terre ! Comme on se réjouit à l’heure de semer, si on veut récolter, il faut aussi accepter la mort du grain ! c’est elle qui est déjà annoncée en ce récit. Et cela nous interpelle, car comme l’écrit Zundel :

(Sr Elisabeth): Peut-on imaginer que le salut s’accomplisse dans la défaite ? Peut-on penser que la toute-puissance de Dieu aboutisse à une catastrophe ? Peut-on accepter que des siècles d’attente, de prophétie, d’espérance, aboutisse à la mort de celui-là même qui devait tout sauver ? C’est de la folie !

C’est ce que st Paul dira d’ailleurs magnifiquement : « Nous prêchons le Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils, mais pour nous : Sagesse et Lumière de Dieu »[6] Et c’est vrai ! Notre bonheur aujourd’hui c’est de pressentir qu’il faut changer de dieu, qu’il faut non pas donner à Dieu ce visage de pharaon, de maître, qui tire les fils de l’histoire, mais qu’il faut retrouver, ou plutôt découvrir Dieu comme un amour caché au-dedans de nous-mêmes, comme un amour fragile et désarmé, comme tout amour[7].

Chant : une strophe de « qui donc est Dieu ? »

(Sr Elisabeth) L’amour ne peut que s’offrir. L’amour ne peut qu’attendre. Et si l’amour échoue, et qu’il continue à être l’amour, il ne peut que mourir pour celui qui refuse d’aimer.

Car enfin pour desceller la pierre du cœur, pour ouvrir cette prison effroyable dans laquelle nous sommes tous enfermés, il n’y a qu’une seule clé, qui est celle de l’amour : c’est Jésus sans illusions, qui sait qu’il est le grain qui doit mourir et qui comprend que l’heure du suprême combat est arrivée. Jésus, en effet, s’offre dès maintenant à la catastrophe, et il nous révèle le vrai visage de Dieu : un Dieu qui nous est confié, un Dieu qui nous attend au plus intime de nous-mêmes, un Dieu qui peut mourir parce qu’il est amour et que tous nos refus d’amour ne peuvent que le crucifier.

En célébrant l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, il est bon de recueillir en nous-mêmes ces admirables paroles qui ont traversé les siècles : Si le grain ne meurt, s’il n’est jeté en terre pour y mourir, jamais ne pourra se lever la moisson ![8]

Une strophe de « Qui donc est Dieu ? »

(Sr M-Raphaël) Lecture du livre du prophète Isaïe[9]

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

(Sr Myrèse) En ce Serviteur que nous présente Isaïe, les chrétiens ont lu une annonce de Jésus, le Messie. C’est lui qui est tout oreille. Il est tellement accueil de la Parole du Père, qu’il est tout entier Parole de Dieu ! Ce chant du serviteur est comme un programme pour tout disciple à la suite de Jésus : devenir tout écoute, se laisser creuser l’oreille par la Parole, même lorsqu’elle nous déroute ou nous fait affronter l’épreuve. Devenir disciple de Jésus en ce temps de la semaine sainte, c’est se tenir prêt à accompagner Jésus, comme nous le pouvons. Et pour cela ne pas compter sur nos propres forces, mais bien sur la force que nous donne la Parole de Dieu reçue dans la confiance. Oui, confiance, car Dieu est à nos côtés et sa volonté est bonne. Au cœur de toute détresse, il peut faire surgir un salut.

Une strophe de qui donc est Dieu :

chant cantique Philippiens[10]

Le Christ Jésus, +

 ayant la condition de Dieu,*

 ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

 

Mais il s’est anéanti,*

prenant la condition de serviteur.

 

Devenant semblable aux hommes, +

Reconnu homme à son aspect, *

il s’est abaissé,

 

devenant obéissant jusqu’à la mort,*

 et la mort de la croix.

 C’est pourquoi Dieu l’a exalté :*

il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,

 

afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse *

au ciel, sur terre et aux enfers,

 

et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur »*

à la gloire de Dieu le Père.

 

(Sr Myrèse) Dans cet hymne que Paul a peut-être emprunté à la liturgie des premiers chrétiens, nous trouvons la synthèse fulgurante de la vie de Jésus, et plus particulièrement de sa passion et de sa résurrection. Relisons là lentement, avec juste quelques mots de commentaire :

(Sr Bernadette) Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

(Sr Myrèse) Jésus, le grain de blé, lui qui est Dieu, n’éprouve nullement le besoin d’affirmer son identité, de l’imposer. Au contraire,

(sr Marie Thérèse) Il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.

(Sr Myrèse) Plus littéralement, on pourrait dire : il s’est vidé. Il est devenu capacité, vide, creuset. 

(Sr Bernadette) Devenant semblable aux hommes.

(Sr Myrèse) Voir Jésus, dans une pleine adhésion au projet de la Trinité : il se fait l’un de nous. Il est ouverture, accueil. Il vient partager notre condition humaine, avec ses limites. Dans la Genèse nous est racontée la chute de l’homme, qui veut non point recevoir son être, non point recevoir la divinité en partage, mais la saisir, la prendre. L’humain veut se faire Dieu. Et Jésus nous montre Dieu qui a bonheur à devenir humain, pleinement.

(sr Marie-Thérèse) Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.

(Sr Myrèse) L’obéissance dont il est question ici, n’est pas obéissance servile, aveugle. Elle est adhésion profonde au dessein du Père. Entrée dans ce dessein. Ainsi Jésus inscrit le chemin de l’amour, en notre humanité. Un chemin qui ne se met pas au centre, mais qui met autrui au centre. Et se donne. La croix ! comment en parler en deux mots ? la croix, elle est ce signe dressé à l’horizon de nos vies. Ce signe qui dit tout à la fois : notre péché et notre salut. C’est par la faute de notre humanité que Jésus est crucifié. C’est par l’amour de Jésus que l’humanité y trouve un chemin de vie et de salut, par-delà la mort. Jésus occupe la croix, bras étendus, mains ouvertes. Elle devient ainsi lieu du passage vers la vie.

(sr Bernadette) C’est pourquoi Dieu l’a exalté :

(sr Myrèse) Il ne faut pas lire ce verset comme une récompense : Jésus a bien vécu, alors le Père l’élève. Non ! il y a une gratuité totale en Dieu ! et pour accueillir cette gratuité totale, il fallait une ouverture totale. En Jésus le Père a trouvé cette ouverture totale.

(sr Marie-Thérèse) Il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

(Sr Myrèse) Le Père en Jésus a reconnu l’amour total. Et qui aime totalement est Seigneur et a Dieu pour Père ! c’est l’avenir qui nous est promis, si seulement nous le voulons, le désirons, si nous nous y ouvrons !

Une strophe de « Qui donc est Dieu ? »

(Sr Myrèse) Poursuivant l’agonie de Gethsémani, Jésus sur la croix, descend au plus bas de notre condition, lorsque nous la défigurons. Là il connait l’humiliation, il connait nos faiblesses, nos tentations, notre mort. Et il les traverse. Au plus dur de son combat, Jésus demeure ouverture à son Père :  Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. Et sur la croix, tandis qu’il partage notre souffrance, alors qu’il affronte la mort cruelle, il garde l’espérance, en priant un psaume : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Même au plus noir il garde la prière ! même dans le trouble le plus terrible, il continue à dire au Père : mon Dieu ! sa foi, sa prière, tiennent l’espérance qui est voilée à ses yeux de chair. La mort n’aura pas le dernier mot.

Alors nous aussi en ces jours saints, gardons la prière, gardons la foi. Gardons le regard tourné vers Dieu, aussi lourdes soient nos fautes, nos tentations, nos souffrances. Écoutons Jésus nous redire, comme il l’a dit à ses disciples : Veillez et priez. Et au plus creux de la nuit, nous verrons se lever la lumière nouvelle. Une aurore pascale.

Chant : Père s’il ne peut passer ce calice (P Léonard / Htb)

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[1]                 Jn 12, 12-16 (trad TLB)

[2]                 Jn 11, 55-57

[3]                 Cf. Jn 12, 1-11

[4]                 Jn 12, 24 (trad TLB)

[5]                   Jn 12, 27-28 (trad TLB)

[6]                 1 Co 1, 23-25

[7]                 Maurice ZUNDEL, Vie, mort, résurrection, Ed. Anne Sigier, Québec, 1995, p. 101-102

[8]                 Id.p 102

[9]                 Is 50, 4-7

[10]              Phil 2, 6-11 (trad TLB)