Liturgie de la Parole 31e mercredi TO-II Luc 14, 25-33 ; Philippiens 2, 12-18
Commencer par s'asseoir (Lc 14, 25-33)
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| Mon fauteuil à réfléchir |
Méditation
De grandes foules faisaient route
avec Jésus, qui, se retournant, leur assène quelques phrases pour le moins
« raides » :
- On ne peut pas être son disciple sans le préférer à
ses proches et à soi-même,
- On ne peut pas être son disciple si on ne porte pas
sa croix pour marcher à sa suite,
- et on ne peut pas être son disciple si on ne
renonce pas à tout ce qu’on possède.
Ce sont des « et », pas
des « ou ». C'est fameusement exigeant ! Cela représente une série de
ruptures indispensables, que l’on peut comprendre comme un nécessaire
renoncement à tout ce qui peut empêcher d’être totalement disponible à Dieu,
d’accueillir et de partager profondément la manière de vivre et de penser de
Jésus. Et certain.e.s osent s'y lancer…Woaw !
Je voudrais vous partager 3
réflexions concernant cet Évangile :
- Luc s’adressait aux gens de son époque, les
chrétiens des premiers temps qui avaient fait un choix radical en décidant
de suivre le Christ. « Le jeune juif devenu chrétien avait sans
doute été rejeté par sa propre famille comme un hérétique. Le jeune païen
avait dû rompre, non seulement avec sa famille, mais avec tout son
environnement social et culturel. Et ces ruptures étaient sans doute très
douloureuses. Elles pouvaient entraîner non seulement un rejet de la part
de l’entourage, mais parfois la ruine, et parfois la mort. »[1] Il n’était donc pas inutile de rappeler que suivre
le Christ c’est une rupture avec tout son environnement. On peut
comprendre le ton utilisé pour dire à quel point c'est radical.
- La deuxième réflexion concerne l'inédit du texte
lui-même. Là où Jésus disait plutôt l’urgence de le suivre -
rappelons-nous l’appel des premiers disciples, Matthieu (Matthieu 9, 9-10)
ou Philippe (Jean 1, 43) : « Suis-moi. L'homme se leva et le
suivi. » -, Jésus cite ici deux exemples qui invitent à « commencer
par s’asseoir » avant de s’embarquer dans la folie (?) de le
suivre. Le bâtisseur de la tour est invité à s’asseoir et à réfléchir pour
calculer s’il a les moyens de l’achever ; le roi est invité à
s’asseoir pour réfléchir aux possibilités d’affronter l’adversaire ou de
capituler dans la paix. Le disciple, le futur disciple est ainsi appelé
à réfléchir à ses limites, à son engagement, à ce qu’il va bâtir, à ce à
quoi il devra mourir aussi : lâcher prise, être libre de toute
possession et abandonner ses sécurités terrestres.
Ce texte n’est donc pas seulement
un appel à suivre le Christ mais aussi un appel au discernement.
Pas d'urgence, pas de précipitation. Commence par t’asseoir… avant d’envisager
la rupture/les ruptures. Pèse le pour et le contre. Fais sens avec ce que tu
es. (Rappelons l’impact que ce choix peut avoir sur la personne, sa vie, sa
vocation/son destin/son avenir, son entourage.)
Aie confiance. (Rappelons aussi,
comme le dit Paul aux Philippiens (Ph 2, 13) : « C'est Dieu qui agit
pour produire en vous la volonté et l'action, selon son projet
bienveillant. »)
- J’en viens à ma troisième réflexion. Les questions
du discernement et du temps qu’on y consacre, avec les tensions que cela
peut générer, se posent probablement à nous plus ou moins de la même
manière qu’aux premiers chrétiens : retournement personnel, lâcher
prise, renoncement total ou conciliation avec la vie choisie, acceptation
du regard des autres, abandon à Dieu. Le choix de suivre le Christ est
depuis toujours une vraie transformation personnelle.
Je peux évoquer la vocation des
religieux ou des prêtres - un choix radical -. Je peux évoquer aussi le fait
que, alors que des centaines de gens demandent à être débaptisés, des
centaines d’adultes de notre région, jeunes et moins jeunes, déclarent chaque
année leur souhait de marcher à la suite du Christ et entrent en catéchuménat.
Ils, elles vont commencer par s'asseoir et cheminer au moins une année
liturgique avant de s’engager définitivement par le baptême. Pas par tradition,
mais par confiance. Confiance en Dieu, en sa parole, en son royaume. Confiance
en Jésus, en la transformation qu’il peut opérer en nous, en la vraie vie qu’il
nous propose. N'est-ce pas ce dont parle cet évangile ? Ce qu'il ne dit pas,
c'est que ces catéchumènes sont accompagnés, souvent par des gens qui ont aussi
choisi de suivre Jésus et se sont engagés chacun à leur manière. Des signes
d’espérance de notre temps...
En conclusion, voici un petit
texte d'évangile qui fait s'asseoir pour réfléchir, qui rejoint notre
expérience et qui ne vieillit pas...
Isabelle le 6 novembre
2024
[1] Thomas Rödder, https://www.cath.ch/homelie-4-septembre-2016-lc-14-25-33/

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