vendredi 22 mai 2026

Liturgie de la Parole 7e vendredi de Pâques Jean 21, 15-16 ; Actes 25, 13-21

Où Jésus se manifeste-t-il encore une fois ? Et à qui ?

Introduction

Nous sommes toujours dans la lecture des Actes des Apôtres avec Paul qui se trouve en prison à Césarée. Etre apôtre, ce n’est pas rien. Et si vous n’êtes pas convaincu, voilà un échantillon :

« Ils sont Hébreux ? moi aussi ! Israélites ? moi aussi ! De la descendance d’Abraham ? moi aussi ! Ministres du Christ ? – je vais dire une folie - moi bien plus ! Dans les fatigues – bien davantage, dans les prisons – bien davantage, sous les coups – infiniment plus, dans les dangers de mort – bien des fois !      Des Juifs, j’ai reçu cinq fois les trente-neuf coups, trois fois, j’ai été flagellé, une fois, lapidé, trois fois, j’ai fait naufrage, j’ai passé un jour et une nuit sur l’abîme. Voyages à pied, souvent, dangers des fleuves, dangers des brigands, dangers de mes frères de race, dangers des païens, dangers dans la ville, dangers dans le désert, dangers sur mer, dangers des faux-frères ! Fatigues et peine, veilles souvent ; faim et soif, jeûne souvent ; froid et dénuement ; sans compter tout le reste, ma préoccupation quotidienne, le souci de toutes les Eglises. Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui tombe, que cela ne me brûle ? S’il faut s’enorgueillir, je mettrai mon orgueil dans ma faiblesse. Dieu, le Père du Seigneur Jésus, qui est béni pour l’éternité, sait que je ne mens pas. » (2 Corinthiens 11, 23-31)

Après cette apologie bien peu envieuse du parcours de Paul, intégrez donc bien ce que signifie cette parole de Jésus adressée à Pierre : « Sois le berger de mes agneaux. Sois le pasteur de mes brebis »

Nous sommes invités aujourd’hui à accueillir pour nous-mêmes cette Parole tranchante de Jésus et à entendre son appel : « Suis-moi ».

 

Résonnance après l’Evangile

Où Jésus se manifeste-t-il encore une fois ? Et à qui ?

C’est particulier. Il se manifeste « au bord de la mer de Tibériade ».  On pourrait presque parler d’un retour à la case départ. Rappelez-vous le début de l’Evangile de Marc. Tous, nous revoyons cette scène, où Jésus, « passant au bord de la mer », a vu Simon et André son frère, puis Jacques et Jean, les fils de Zébédée, en train de jeter les filets dans la mer puisqu’ils étaient pêcheurs.  Il leurs avait dit : « Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Marc 1, 17)

Un corollaire de Jésus très énigmatique, mais tous les quatre l’avaient suivi sans poser de question. Que ce soit pour Jésus ou pour ces hommes, tout se décline comme une évidence : affirmation péremptoire d’un côté et pas la moindre question de l’autre.

Aujourd’hui, le lieu initiatique du bord de la mer, va devenir le lieu d’une réponse, et de l’envoi, à cette affirmation énigmatique. C’est là que tout a commencé pour ses disciples et c’est là qu’à nouveau tout va commencer pour des disciples devenus apôtres. Tout commence au plus bas que l’on puisse se tenir, ‘’au bord de la mer’’. En effet, si l’on descend plus bas on est dans l’eau, le lieu du shéol ou de la mort. Le bord de la mer, à l’image du désert, est ce lieu particulier d’une expérience d’humilité nécessaire pour se tenir devant Dieu avant de s’engager. Voilà donc cet endroit où, d’une manière ou d’une autre, commence l’aventure avec Jésus. C’est bien là qu’il vient chercher ses disciples. C’est là qu’il vient nous chercher nous aussi. C’est là qu’il les a choisis et c’est là qu’il nous choisit.

Voilà qu’aujourd’hui il se tient là, au même endroit. Et il va enseigner ses disciples, Pierre en particulier, sur le sens et la portée d’une ‘’suivance’’ et une manière d’être pasteur en se conformant à lui, le Christ.

« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? M’aimes-tu vraiment ? » Est-ce que tu m’aimes ?

A partir de cette question adressée à Pierre, cette question que nous pouvons entendre pour nous-mêmes, surgit clairement le point de nos limites à aimer.  Il serait certainement important de s’arrêter sur la portée de cet amour signifié dans la question de Jésus et la réponse de Pierre car la richesse du vocabulaire grec traduit bien mieux l’expression de l’amour que le seul verbe ou vocable que nous ayons en français pour exprimer cet état : aimer. De quel amour parlons-nous ?

Combien cette parole de Jésus à travers cette question pleine de tendresse, d’affection et d’amour, va retourner les entrailles de Pierre et lui remonter dans le cœur ! Par trois fois, l’amour va assaillir ses entrailles d’homme et embraser son cœur.  Serait-il possible pour Pierre, que cet amour ne puisse éteindre le feu de ce triple reniement qui le brûle toujours ?

O qu’il est beau et bon, tendre et puissant, cet amour d’agapè qui nous rejoint au cœur de nos désaveux et de nos trahisons. Mystère de l’amour de Dieu. Mystère de l’amour de l’homme où tout se vit dans les entrailles : « Pierre fût peiné ».  Le cœur ne peut descendre jusqu’aux entrailles, mais les entrailles, elles, peuvent s’élever jusqu’au cœur.  C’est cela dont Pierre fait l’expérience et qu’il va falloir enseigner. Dans cette parole de Jésus, le monde se dissipe et s’évanouit. Pierre ne regarde plus qu’en lui-même. Toutes ses zones d’ombre émergent au grand jour.

Pour lui, pour moi comme pour beaucoup sans doute, des forces me tenaillent au ventre jusqu’à mettre mes intentions en déroute. Mes entrailles deviennent peu à peu un lieu de gestation, là où grandir par diminution est plus qu’une option.

Jésus nous fait comprendre comme à Pierre, comment, où et pourquoi le suivre sur ce chemin d’amour qui nous dépasse. Si nous sommes déterminés à le suivre, cela ne pourra se faire qu’avec l’appui de l’Esprit de Dieu qui dispense ses grâces. Devenir pêcheurs d’hommes n’est pas un job, c’est une qualité du cœur qui nous est offerte, un don de l’Esprit, qui nous entraîne inexorablement vers ceux que nous aimons et vers ceux plus difficiles à aimer. Adhérer à Jésus et le suivre est un abaissement. Ça m’interroge. Y suis-je prêt ? Consentant ? Etre dans le monde et pas du monde ?

 

Prière de conclusion

En cette veille de Pentecôte, Jésus dit : « Lorsqu’il viendra l’Esprit de Vérité, vous aussi vous témoignerez » (Jean 15, 26-27)

Que ton Esprit nous donne force et audace pour témoigner de cet Esprit de vérité, de celui qui rend compte de la vérité nouvelle qui se fait jour, en nous et en l’autre. Et parce que l’Esprit de Vérité suppose qu’on transige soi-même de moins en moins avec la vérité révélée en Jésus-Christ, nous sommes instamment conviés à toujours lui ressembler davantage. Ce n’est pas une question de morale, c’est une question de ressemblance filiale.

Raymond le 28 mai 20

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