Liturgie 18e lundi TO-II A Matthieu 14, 22-36 ; Jérémie 28, 1-17
Mot d’accueil
Où est notre foi ? Qui écoutons-nous ? Que
devons-nous croire ? Sur qui nous appuyons-nous en vérité ? Telles sont
quelques questions portées par beaucoup. Et Dieu nous a rassemblés en Eglise ce
matin, pour recevoir sa Parole et en vivre. Peut-être devons-nous alors poser
ces questions à l’Ecriture ? à sa Parole.
Avec Jérémie, nous découvrons qu’il y a les prophètes
authentiques, attachés à Dieu, et ceux qui se prennent pour prophètes sans être
envoyés. On voit la nuance en notre société, entre climatosceptiques,
eurosceptiques, et sceptiques de tous bords (virus, économie, etc.) et ceux qui
tentent de se mettre à l’écoute du monde, de la société en sa profondeur, à
l’écoute du Dieu de Jésus, de son Souffle et de la vie qu’il veut répandre,
même si cela implique un discours quelque peu dur à entendre… lesquels écoutons
nous ?
Et l’évangile nous invite à marcher sur les eaux avec
Pierre… Sacré Pierre, il nous est si sympathique, dans son impétuosité,
proche dans la fragilité de sa foi, qui par moment fait qu’il s’enfonce dans
les eaux troubles du mal, de la mort. Il est touchant dans la force de sa foi,
qui le montre criant spontanément vers Jésus comme vers son Seigneur.
Méditation
Que s’est-il passé ce jour-là sur le lac ? Je
devrais dire, cette nuit-là ! il y avait eu le signe du partage du pain la
veille… une foule rassasiée et douze corbeilles de restes. Il y avait eu
l’enthousiasme de la foule, l’enthousiasme des disciples. Jésus devait se
sentir un élan, un souffle incroyable. Ainsi il pouvait accomplir un tel signe,
au point qu’une foule entière puisse être rassasiée. Il a dû percevoir la venue
du Royaume, la toucher de ses mains, la toucher de son cœur. Y avait-il un brin
de griserie en lui, devant une telle fête ? l’annonce de la mort du
Baptiste juste avant devait aussi lui tourner en tête. Comme nous le rappelait
Bernard hier : Jésus à cette annonce avait voulu se retirer dans la
solitude. Alors voici, qu’il oblige les apôtres à embarquer sans lui, qu’il
oblige la foule à rentrer chez elle. Et lui se retire seul dans la montagne. Il
venait de percevoir le gouffre du mal en cet assassinat, et dans ce signe du
partage du pain, il percevait tout à la fois, qu’un autre monde était possible.
Un monde fondé sur le partage… et voici le soir tombe. Il est seul sur la
montagne, en prière. Il remet au Père son œuvre. Il doit s’interroger sur le
comment faire advenir ce règne de justice et de paix, de fraternité et de
solidarité. Ce royaume où les pauvres mangent et sont rassasiés. Il doit
s’interroger sur le comment faire advenir ce règne, que tous viennent de
pressentir. Il se retire près du Père. Il dépose, il interroge. Il doit éviter
toute méprise sur la manière. Il ne sera pas le magicien qui d’une formule
magique transforme le monde. Il reconnaît le souffle qui l’anime, et c’est à ce
souffle qu’il doit être fidèle. Comment entraîner toute cette foule, à
commencer par ses disciples, en ce souffle ?
C’est la nuit… la fin de la nuit. Les disciples ont obéi,
ils ont repris la barque, entamé une traversée du lac… et voici que les vents
sont contraires, la barque est secouée… et leur cœur doit être peuplé de
questions : qui est cet homme qui nourrit ainsi une foule ?
Pourquoi nous envoie-t-il seuls sur ce lac, ce monde du mal et de la
mort ? il tient la victoire au bout des doigts, pourquoi ne l’accomplit-il
pas ?
Et voici, sur la fin de la nuit, Jésus vient à eux… et
ils le prennent pour un fantôme. Ils sont fatigués, le partage du pain les a
grisés, et ils reviennent un peu durement à la réalité, en voguant sur une mer
quelque peu déchaînée. Et puis, voici, Jésus vient les rejoindre. Marchant sur
la mer, marchant sur cet univers du mal, qui pour l’heure ne semble avoir nulle
prise sur lui. Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur. C’est le même
souffle qui a porté la bénédiction sur le pain partagé, qui maintenant porte la
bénédiction sur la communauté des disciples. Confiance. Jésus est
présent. Et présent en son humanité divinisée. Ce récit est à lire dans la
lumière de la résurrection et de la victoire de Jésus sur la mort. Le partage
du pain (jeudi), la prière seul dans la nuit (Gethsémani), la marche sur les
eaux de la mort (levée de la lumière de Pâques). Pierre alors s’enflamme,
décidé à vaincre ses peurs : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi
de venir à toi sur les eaux. Oui, si le Seigneur est présent, est-il désir
plus beau que de vouloir être à ses côtés ? Et Jésus lui dit : Viens !
Oui, Pierre, il y a un amour sur lequel tu peux t’appuyer en ce monde
traversé d’épreuves. Viens ! Et Pierre s’élance. Tant qu’il regarde
Jésus, il peut marcher sur les eaux… mais s’il regarde le vent contraire, il
prend peur. Et coule… un cri levé vers Jésus, le sauve alors (on entend
l’annonce du reniement et du relèvement de Pierre en ces versets). C’est
ensemble, que Jésus et Pierre rejoignent la barque, et c’est toute la
communauté des disciples, qui avant même la confession de Pierre à Césarée de
Philippe reconnaît en Jésus le Fils de Dieu. Jésus n’a pas promis aux disciples
d’échapper aux flots du mal, mais il est présent… à nous d’avancer les yeux
rivés dans les siens, plutôt que rivés sur les obstacles. Et s’il nous faut une
foi parfois solidement accrochée, les yeux dans les yeux de Jésus, il nous faut
aussi la présence de la communauté pour avancer vers le matin de Pâque.
A nous de nous attacher toujours plus à Jésus, à son
regard, à son amour victorieux de tout mal…
Invitation au Notre Père
Père, Jésus dans le silence et la solitude t’a prié sur
la montagne. Mais il a aussi enseigné à ses disciples à te prier ensemble,
accueille ces mots qu’en communauté, unie à toute ton Eglise nous voulons te
redire.
Prière de conclusion
Dieu des vivants, tu nous invites à la foi. Donne-nous
pour la traversée de ce monde, de croire à ta victoire sur les forces du mal,
et nous avancerons, les yeux rivés sur toi, jusqu’en ta vie.
Sr Myrèse le 3 août 2020
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