Liturgie 9e vendredi TO -II Marc 12, 35-37 ; 2 Timothée 3, 10-17
Accueil
Aujourd’hui, 5 juin, nous faisons mémoire de saint Boniface. Ce moine bénédictin anglais du 7ème 8ème siècle est venu en Germanie où il a fondé plusieurs monastères. Moine, évangélisateur, évêque et finalement martyr, car il fut assassiné à 80 ans, le jour de la Pentecôte. Confions-lui notre église d’aujourd’hui !
Dans les textes du jour, nous recevons une invitation à lire les Saintes écritures. Saint Paul écrit à Timothée pour l’y encourager : « elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ ». Quant à Jésus, il nous donne aujourd’hui une leçon d’exégèse rabbinique.
Méditons donc les textes de l’écriture que l’église nous propose aujourd’hui et qui nous mettent en communion avec tous les croyants. Laissons-nous interroger...
Résonances après l’évangile.
Nous sommes toujours au chapitre 12 de Marc : Jésus enseigne dans le Temple et plusieurs groupes viennent à lui pour lui poser des questions piège : pharisiens, hérodiens, sadducéens... à chacun, Jésus répond de façon habile, en faisant appel à l’écriture et en leur donnant une leçon d’exégèse. Il se montre fin lecteur ! Hier, nous avons entendu son dialogue avec le scribe qui l’interrogeait sur le premier commandement. Ce dialogue s’est bien terminé, puisque le scribe et Jésus ont reconnu réciproquement la justesse du propos de l’autre. La conclusion de ce passage était : « personne n’osait plus l’interroger ».
Alors, maintenant, c’est au tour de Jésus d’interroger. Il interroge le texte, et, ce faisant, il interroge son auditoire. Il ouvre le texte sur une énigme, il n’en donne pas la solution. Et l’évangéliste conclut : « la foule nombreuse l’écoutait avec plaisir ». Le Messie est-il fils de David ou non ? L’écriture semble l’affirmer, mais elle semble aussi le contredire. Voilà bien un échantillon d’exégèse rabbinique. À la manière des meilleurs rabbins de tous les temps, Jésus interroge l’écriture par l’écriture, au risque de déstabiliser ses auditeurs. Mais les auditeurs aiment ça : « la foule l’écoutait avec plaisir ! »
Rien n’a changé : c’est encore ainsi que procèdent les rabbins d’aujourd’hui, et cela peut nous inspirer pour notre lectio !
Voici, par exemple, ce qu’en dit le rabbin Delphine Horvilleur :
« Les extrémistes ne viennent pas seulement au secours de Dieu, mais aussi de son texte. Ils souffrent généralement d’une forme de ‘textolâtrisme’, une passion du texte figé et de préférence lu dans sa littéralité non questionnable. C’est une façon d’affirmer ‘pas touche au texte’, et au nom de cet intouchable, au nom de l’honneur du texte, ils touchent aux hommes. L’art de l’exégèse rabbinique est, au contraire, toujours une forme de violence faite au texte, une autorisation de le ‘secouer’. C’est peut-être la condition d’une éthique relationnelle qu’on pourrait formuler ainsi : il faut savoir faire violence au texte pour ne pas faire violence aux hommes »[1].
Conclusion (missel de Clervaux)
Seigneur Jésus, fils de David et Fils de Dieu, tu es pour toute l’humanité un mystère et un appel. Fais que ta personne ne cesse jamais de nous interpeller, afin qu’à travers toi et en toi nous cherchions inlassablement le Père, à la droite de qui tu sièges pour toujours.
Sr Marie-Raphaël le 5 juin 2020
[1] Delphine Horvilleur et Rachid Benzine, Des mille et une façons d’être juif ou musulman, Seuil, 2017.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire