Liturgie de la Parole 5e vendredi TO-II Marc 7, 31-37
Ouverture
Vous savez que je suis amoureuse des mots. Aujourd’hui, Marc nous offre un mot qui vient directement, en araméen, de la bouche de Jésus. Un mot qu’il a certainement prononcé. Un mot qui se charge dès lors d’une valeur particulière. Un mot que nous pouvons mettre dans notre bouche, sur nos lèvres, après l’avoir entendu de nos oreilles : effata ! (NB Marc est le seul évangéliste à nous donner comme ça des mots en araméen : aussi talitha qoum et abba).
Résonances
Nous sommes un peu comme des voyeurs, qui entrons dans l’intimité d’une guérison.
Je voudrais m’attarder à cette page d’évangile, où chaque détail nous parle de la façon très « physique » dont Jésus se rend présent aux personnes.
D’abord, on précise le lieu : le territoire de la Décapole, qu’il a atteint en faisant un long détour par Tyr et Sidon. Nous sommes donc en plein territoire païen, et l’épisode d’hier (la syro-phénicienne) est l’épisode qui a déclenché en Jésus la conscience que son message ne s’adresse pas seulement aux enfants d’Israël, mais aussi aux « petits chiens sous la table », autrement dit à tous ! Il va donc aussitôt mettre en œuvre cette nouvelle prise de conscience.
Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler et supplient Jésus de poser la main sur lui. Poser la main sur lui. Donc toucher. Contact physique. Jésus va faire beaucoup plus que cela, il va mettre ses doigts (pas ses mains) dans les oreilles (pas simplement sur lui) : c’est beaucoup plus intrusif. Et en plus, il va toucher sa langue avec sa salive (littéralement : il va cracher sur sa langue…). On comprend que pour faire cela, Jésus prend l’homme à l’écart de la foule. C’est de l’ordre de la rencontre très intime.
Mais il y a quand même eu quelques témoins, pour le raconter !
Ensuite, Jésus soupire profondément. Le verbe (stenazô) est le même que celui qui exprime les « gémissements » de la création en attente de libération, les gémissements de l’Esprit qui intercède (cf. Romains 8), les gémissements de la parturiente. Il y a ici comme un enfantement, une mise au monde…
Puis Jésus dit : effata. Ce verbe vient comme le résultat de ce grand soupir. Comme s’il avait été cherché ce verbe au plus profond de lui. Il l’adresse à l’homme. Pas aux oreilles de l’homme, mais à l’homme tout entier. Et effectivement, ce qui s’ouvre, ce ne sont pas ses oreilles, mais ses « écoutes » : le mot est différent : le mot est abstrait (akoè) au pluriel. Un peu comme si on disait : ce qui s’ouvre, c’est sa capacité d’écouter, ce sont ses « écoutilles ».
Et sa langue se délia : littéralement : le lien de sa langue se délia. Il y avait un nœud dans sa langue. Jésus a défait le nœud.
Et il parlait correctement. On perçoit le lien évident entre l’écoute et la parole. Si je n’écoute pas, comment puis-je parler de façon sensée ? Avant de pouvoir parler, l’enfant nouveau-né est baigné dans le bain de la parole de ses parents. Ses parents lui parlent dès sa naissance, comme s’il comprenait tout … et un jour, effectivement, il montre qu’il a compris !
Et puis, paradoxe, après avoir libéré la parole, Jésus leur ordonne de se taire, de ne rien dire ! Comme s’il avait peur, encore, que l’écoute ne soit pas à la hauteur de la Parole. Mais ce que les gens disent, c’est une citation de la Bible, du prophète Isaïe. Ils reconnaissent en Jésus celui dont parle Isaïe. Et Jésus, une fois de plus (comme hier avec la Syro-phénicienne) est dépassé par ce qui arrive. Surpris par son propre pouvoir de guérison.
De bouche à oreille, mettons-nous à l’écoute de ce que Jésus nous dit aujourd’hui :
- Quand l’écoute est mauvaise, la parole est inadéquate : c’est vrai aussi pour nous, en communauté, en Église… Et donc si la parole ne percute pas, c’est peut-être le signe qu’on n’a pas écouté…
- Quand Jésus guérit, ce n’est pas juste une formule magique et une main qui s’agite… c’est sa personne tout entière qui s’investit. Et il ne guérit pas que l’organe malade, mais toute la personne.
- La guérison d’une personne ne touche pas cette personne seule : elle se répercute sur tout son entourage.
- Quand Jésus guérit, il recherche la discrétion. Il ne cherche pas la notoriété. Malgré lui, on la lui donne…
Prière
Seigneur, fais résonner en nous ta parole d’effata. Purifie nos cœurs, inspire notre langage, pour que nos paroles soient fidèles à ta Parole. Toi qui es la Parole vivante du Père, sors- nous de nos enfermements, enfante-nous à la vie divine.
Sr Marie-Raphaël le 9 février 24
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