dimanche 1 février 2026

Liturgie de la Parole 4e dimanche TO année A Matthieu 5, 1-12

Sophonie 2, 3 ; 3, 12-13 1Corinthiens 1, 26-31

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Le chant d’entrée nous invite à la louange : « Louange à Dieu par… les cymbales, la harpe, les cordes et les flûtes, … » Peut-être qu’au cours de cette célébration, chacun pourrait se poser la question : et moi, par quoi, est-ce que je loue Dieu ? Qu’est-ce qui monte en moi, qu’est-ce qui m’invite à louer Dieu ? 
Les textes de ce dimanche nous invitent à louer Dieu de manière sans doute inattendue. Entrons dans cette Eucharistie en ouvrant notre cœur. Et notre premier motif de louange, c’est la miséricorde de Dieu pour nous. C’est elle qui nous permet de venir ici comme nous sommes, avec ce que nous portons de joies, de peines. Sa miséricorde soit sur nous.

Homélie

La Bible, les récits que nous y trouvons sont des relectures par le peuple, par les apôtres, par les prophètes, de l’histoire qu’ils ont vécue ou qu’ils sont en train de vivre. Et c’est dans cette relecture que petit à petit, Dieu se dévoile, Dieu manifeste qui il est. Aujourd’hui on peut se poser la question, à partir des lectures qui nous sont données, de voir comment ils nous annoncent que Dieu sauve, comment il fait une création nouvelle. 
Le point de départ c’est qu’il y a besoin de salut. Dans le livre de la Genèse, pas tout au début mais assez vite, on a ce récit, qui précède le déluge, et qui décrit la méchanceté qui se répand sur la terre, le cœur de l’homme qui cherche à faire du mal. On voit cela aussi aujourd’hui de manière très crue et violente. La première réaction est : s’il y a du mal, il faut tout raser, il faut tout recommencer, il faut casser tout. Nous savons d’expérience que cela ne marche pas, mais voyons comment les Ecritures nous ouvrent progressivement un autre chemin. 
Dans le livre de Sophonie – (Allez le lire, il n’est pas très long, il n’y a que trois chapitres, et c’est intéressant de le lire en entier) – cela commence ainsi : on va tout supprimer parce que le mal est sur la terre. Tout, la création entière, les hommes, les femmes, tout, il faut tout supprimer. Ce thème de tout supprimer revient régulièrement dans le premier Testament et même encore chez Jean-Baptiste, et on en met l’intention chez Dieu lui-même. Et cela pose déjà question puisqu’on entendra Moïse dire à Dieu: « Non, ne fais pas cela avec le peuple que tu as libéré ». Et dans chacun de ces récits on voit que l’intention de destruction totale s’arrête. Au moment du déluge, il y a Noé, un homme juste à partir duquel on va reconstruire. Et dans le livre de Sophonie on trouve ce que nous avons lu aujourd’hui : c’est un peuple petit et pauvre, que Dieu laissera, et à partir duquel il va rebâtir.  Tant et si bien qu’à la fin du livre de Sophonie, Dieu dansera de joie devant ce peuple petit et pauvre. Quelle belle image du salut ! 
Ensuite nous avons les lectures de l’épitre aux Corinthiens et de l’Evangile, où il n’est plus question de détruire pour éradiquer le mal. Comment Dieu sauve-t-il alors ? À partir de quoi, de qui ? L’épitre aux Corinthiens répond : à partir de « ce qu’il y a de fou » ! Il est intéressant de voir à qui Paul s’adresse. Cette communauté de Corinthe, est une communauté un peu spéciale avec beaucoup, beaucoup de difficultés. Que Paul vienne leur dire que Dieu choisit ce qu’il y a de fou, et non les sages dotés de la force du langage peut évoquer aussi l’hymne à l’amour : j’ai beau avoir tous les biens, toute la science, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Dieu se sert de ce qui est petit pour confondre les sages : dans le langage hébreu, les anawim, ceux qui sont courbés sous le poids du fardeau, ceux sur qui pèse la vie.
Cela nous conduit tout droit à l’Evangile du jour. L’évangile des béatitudes est souvent présenté comme un programme de choses à faire, de but à atteindre. Peut-être. Mais avant cela les béatitudes sont d’abord une révélation. Jésus voit, ses disciples qui sont là, et en arrière de ceux-ci, les foules de Galilée et nous tous. Jésus voit, comme Dieu en chaque jour de la création, et il proclame « heureux » ! Ce récit, dans sa construction, se rapporte clairement au don des tables de la Loi : Jésus gravit la montagne comme Moïse a gravi la montagne pour recevoir les tables de la Loi, ces dix paroles gravées dans la pierre. Mais ici, il n’y a plus de pierre, il n’y a plus de tables de la Loi. Il y a un être de chair, il y a Jésus. Invitation à un passage, un accomplissement : de la Loi (première alliance) à la foi en Jésus Christ (nouvelle alliance). 
On retrouve là ce qui est au cœur du message de saint Paul : mettez toute votre fierté en Jésus Christ. Le cœur c’est Jésus Christ. C’est à partir de Lui que nous lisons les Ecritures. 
Si donc nous voulons lire et comprendre les béatitudes, il suffit de regarder Jésus Christ. Tout ce qu’il proclame peut lui être attribué. 
Heureux les pauvres de cœur, ceux qui ont une âme de pauvre ! On ne sait pas très bien comment traduire ces mots, on n’est pas très à l’aise et c’est vrai que c’est une parole un peu dangereuse à dire : heureux les pauvres. Mais regardons Jésus et écoutons-le parler des pauvres, des petits, des anawims. Il y a la pauvre veuve aux deux piécettes qui donne tout ce qu’elle a pour vivre (Marc 12,41-44) ; ou l’aveugle qui accueille sa guérison (Jean 9) ; ou encore la pécheresse aimante qui pleure de reconnaissance (Luc 7, 36-50) ; et Pierre, pauvre et en larmes qui dit son amour après avoir trahi (Jean 21,15-19). C’est de là, c’est de ce cœur pauvre de chacun de nous que part la création nouvelle. Et l’auteur de la création nouvelle c’est le pauvre par excellence déposé dans une mangeoire ; c’est Jésus bafoué et humilié à qui on arrache la vie, mais qui renverse la perspective en disant : « ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne » (Jean 10,18). La destruction du mal fait désormais place au salut. 
Chacune des béatitudes peut être lue de cette manière. 
Heureux ceux qui pleurent ! Qu’est-ce qui permet de dire cela sans scandaliser ? Ce que Jésus proclame ici c’est ce qu’il voit, ce qu’il expérimente. Car Jésus a pleuré. Il a pleuré devant son ami Lazare (Jean 11,33-35) ; il a pleuré sur Jérusalem et son refus de se laisser rassembler (réconcilier) (Luc 19,41-44). Contemplons Jésus qui pleure comme point de départ d’une création nouvelle. Voyons aussi comment il révèle la source et la nature des larmes de Marie-Madeleine. Accusée par tous et sans doute par elle-même (Luc 7, 36-40), l’accueil de la miséricorde de Jésus l’inonde de larmes et l’ouvre à l’amour.
Aujourd’hui encore, laissons-nous rejoindre par ces béatitudes qui disent le cœur à partir de quoi nous pouvons commencer, à partir de quoi commence tout le salut. Et c’est vrai pour chacun comme personne, mais c’est vrai aussi pour nous en tant que communauté, en tant qu’Église, en tant que peuple. Ensemble regardons, avec les yeux de Jésus où est le cœur, où est le « heureux » qui ouvre sur la vie.

Père Bernard Peeters s.j 

Hurtebise le 1er février 26


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