samedi 28 février 2026

Liturgie de la Parole 1er  samedi Matthieu 5, 43-48 ; Deutéronome 26, 16-19

Commentaire 

« Vous avez appris »
Il y a tellement de choses, que l’on apprend ou que l’on a apprises, qui correspondent à des règles, des lois, bref, un cadre de vie à respecter pour notre bien.  Des règles qui sont pourtant d’une logique implacable au niveau du raisonnement : Tu donnes, je te rends ou je te donne ; Tu retires, je reprends aussi ; Tu m’invites, je te retourne l’invitation ; Tu me fais du mal, je te fais du mal…
Et pourtant, ce qui est écrit dans le Deutéronome, ce livre qui déploie l’alliance de Dieu avec son peuple, c’est-à-dire avec nous, précise quelque chose d’essentiel : « Aujourd’hui, l’Eternel, ton Dieu, te commande de mettre en pratique ces lois et ces ordonnances et tu les mettras en pratique de tout ton cœur et de toute ton âme. » Le cœur n’incite pas à faire abstraction de notre intelligence, il l’englobe. Et ça nous devons l’entendre.
Le neuf avec Jésus, et qui nous est transmis comme une bonne nouvelle, est totalement incompréhensible pour la raison. Sa parole d’autorité : « Mais moi je vous dis » ne contredit pas la Loi mais la complète en lui donnant un sens inattendu et surprenant : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent »
C’est hors de toute logique et de toute compréhension. Ce que Jésus propose est pure folie. Et, grâce à St-Paul, nous le savons, « ce qui est folie dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ». Jésus dit aussi dans l’Evangile de Jean : « Et moi, je fais exactement ce que m’ordonne le Père, vous aussi faites de même » 
Mais est-ce pour autant que nous devons nous exposer pour être victime de personnes qui savent comment nous blesser et qui parfois semblent même y prendre plaisir ! Nous sommes censés aimer et pardonner jusqu’à 77 fois 7 fois.
Ecouter les détenus à la prison fait apparaître, comme dans un miroir, combien nous sommes avant tout prisonnier de nous-mêmes. Pardonner c’est libérer le prisonnier que nous sommes plutôt qu’accuser l’autre ou les autres comme la cause de nos malheurs.
Aimer ceux que nous considérons comme nos ennemis est un outil de discernement et un moyen d’accéder à notre propre libération. L’essentiel n’est pas de connaître tout l’histoire vécue avec cette collègue mais de comprendre que cette violence dans la manière de nommer, exprime une blessure profonde.  Le véritable ennemi est le fruit de son ressentiment profond qui la blessait et non pas l’autre.  Nous sommes tous confrontés à ce que le pardon exige de nous. Nous pouvons pardonner à quelqu’un avec une intention sincère de miséricorde, en pensant vraiment à nos paroles, et pourtant désirer aussi consciemment prendre nos distances avec cette personne afin de protéger ce pardon d’éventuelles attaques futures qui pourraient mettre à l’épreuve notre désir d’aimer.


Invitation au Notre Père 

Seigneur notre Dieu, Toi la Source de la vie, toute joie nous vient de toi. Dans la foi et la confiance, accueillons ces paroles d’un évangile difficile à entendre car elles sont aussi des paroles de bienveillance. Tournons notre prière vers Celui qui est notre Père. 

Raymond le 28 février 26



vendredi 27 février 2026

Liturgie de la Parole 1er vendredi de carême Matthieu 5, 20-26 ; Ezéchiel 18, 21-28

Méditation.

« Vous dites, la conduite du Seigneur n’est pas la bonne » dit le Seigneur par la bouche d’Ezéchiel. La conversion c’est peut-être cela : changer de lunettes et discerner que, malgré les apparences, la conduite du Seigneur est la bonne, la meilleure pour chacun, mais aussi qu’elle respecte notre liberté.
« Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant – oracle du Seigneur Dieu –, et non pas plutôt à ce qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive ? »
Cette phrase devrait être gravée en notre cœur, dans le cœur de chaque chrétien : qu’elle soit pour chacune,, chacun, une parole de vie, une parole d’espérance, une parole de lumière.
Dieu veut la vie de chaque personne, quelle qu’elle soit ! Quoiqu’elle fasse, quoiqu’elle ait fait. 
Ce n’est pas si facile à croire et encore moins à vivre. Et pourtant Ezéchiel nous le dit dans cette page admirable : « Si le méchant se détourne de tous les péchés qu’il a commis, s’il observe tous mes décrets, s’il pratique le droit et la justice, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas. On ne se souviendra d’aucun des crimes qu’il a commis, il vivra à cause de la justice qu’il a pratiquée. » Et le juste qui devient méchant parce qu’il s’est détourné de la justice peut lui aussi changer encore de vie, se convertir et revenir vers le Seigneur.
C’est comme si le Seigneur disait : ne désespérez pas, je ne suis qu’amour et miséricorde !
Mais cet amour, cette miséricorde, il faut accepter de l’accueillir et pour cela reconnaître que j’en ai besoin, un besoin vital. C’est peut-être cela la justice, l’ajustement à Dieu.
Quand Jésus nous dit : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux », nous invite-t-il aux Jeux Olympiques de la justice ? Ce n’est pas son genre. Et pourtant il invite à surpasser la justice des scribes et des pharisiens. Surpasser, passer au-dessus. Jésus nous invite à aller en profondeur... non pas à faire plus. Oui, colère, insulte, traiter l’autre de fou, c’est une façon de le mettre à mort, souvent sans même nous en rendre compte. Jésus nous dit d’ouvrir les yeux, non sur l’extraordinaire, mais sur l’ordinaire de nos vies. Saint Benoît devait penser à ce passage d’Evangile quand il recommandait de ne pas terminer les Laudes, les Vêpres et les autres Offices sans le Notre Père « à cause des épines de querelle qui ont accoutumé de se produire. Ainsi les frères engagés par la promesse qu’ils font en cette oraison : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons » se purifieront de ces sortes de fautes. » (RB 13, 12-13). Les scribes et les pharisiens, nous-mêmes, ne nous ne tuons personne et heureusement. Du coup nous pourrions nous croire quittes et la conscience tranquille. Or Jésus nous alerte : Ce sont d’abord les épines de querelle, d’incompréhensions, de désaccord qui ruinent la relation et sèment la mort. Les épines ça blesse et les blessures peuvent s’infecter : il faut les soigner, sortir les épines et désinfecter ! D’où l’importance de les reconnaître et d’en demander pardon. Surpasser les pharisiens c’est ne pas se croire quittes et tranquilles parce que nous n’avons pas fait de gros crimes ! C’est aussi remercier le Seigneur de nous en avoir préservés ! C’est faire ce chemin de la réconciliation au quotidien. Le Pape François aimait à rappeler les trois mots indispensables à la vie quotidienne : S’il te plaît, merci, pardon. « Ce sont des mots simples, mais pas si simples à mettre en pratique ! Ils contiennent une grande force : la force de protéger la maison, également à travers mille difficultés et épreuves ; en revanche leur absence, peu à peu, ouvre des failles qui peuvent aller jusqu’à son effondrement.  »(1)


Invitation au Notre Père

Seigneur que ton Esprit nous aide à pardonner, à demander pardon avec un cœur filial et fraternel, qu’il habite notre prière quand nous te chantons le Notre Père.

sr Marie Christine le 27 février 26

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[1] https://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2015/documents/papa-francesco_20150513_udienza-generale.html



jeudi 26 février 2026

Liturgie de la Parole 1er jeudi de carême Matthieu 7, 7-12 ; Esther 4, 17n.p-r.aa.bb.gg.hh (Néovulgate)

Introduction

Les Lectures d'aujourd'hui parlent de prière. Dans le livre d'Ester, nous découvrons la prière qu'elle adresse à Dieu pour sauver son peuple. Son cousin et tuteur Mardochée est menacé de mort parce qu'il a refusé de s'incliner devant le grand Haman. Tout le peuple juif est menacé. Tout semblait perdu, les Juifs sont hors de leur pays alors ils pensent que Dieu ne les protège pas. Mais la prière d'Esther a été exaucée, le peuple juif a été sauvé. 
Dans l'évangile de Matthieu, Jésus invite les disciples à demander pour recevoir, à frapper à la porte. Il nous invite à prier avec confiance et persévérance, telle la Syrophénicienne ou encore l'importun qui a dérangé son ami la nuit. 
Jésus termine en disant de faire aux autres tout ce qu'on voudrait que les autres fassent pour nous.
En chantant les psaumes, prions, confions à Dieu toutes nos demandes et rendons-lui grâce !

Commentaire

Pendant ce temps de Carême, voilà que Jésus nous rappelle l'importance de la prière. L'importance de lui parler, de demander, d'insister. Ce dialogue ne peut que nous rapprocher de lui. La prière est un rendez-vous avec Dieu, « rendez-vous avec Dieu et avec nous-mêmes. A nous de prendre le temps pour être présent(e)s à ces rendez-vous. Il ne s'agit pas de multiplier les moments de prières, mais de prier vraiment, c'est-à-dire d'entrer en relation avec lui - et dans le secret, précise Jésus. Dieu dit à chacun de nous « je voudrais te rencontrer, tu es mon enfant » La prière n'est pas un monologue, c'est un dialogue ». (1)
Faites pour les autres ce que vous voudriez qu'on fasse pour vous, autrement dit, si tu veux recevoir, donne ! Le premier à donner, c'est notre Père. Quand nous prions, il ne nous donne que des bonnes choses, pas toujours ce qu'on a demandé mais il sait ce qui est bon pour nous. 
Je me souviens d'une gamine au catéchisme qui me disait « j'ai prié tous les jours pour que ma petite cousine guérisse de sa leucémie, et ça n'a servi à rien, maintenant elle est morte. » Je lui ai expliqué que sa prière n'a pas été vaine, Jésus ne nous abandonne jamais il sera là pour partager la peine des parents et porter la souffrance du départ avec eux.
En priant, nous augmentons notre capacité d'aimer. Comme le dit le premier psaume, nous sommes comme un arbre planté près d'un ruisseau qui donne du fruit en son temps. C'est peut-être à travers nous qu'il console ou qu'il guérit nos frères et sœurs. Il est toujours à l'écoute, même s'il ne répond pas de suite ou même s’il semble absent, il répond en ouvrant notre cœur.
« Par la prière, nous plongeons dans la source profonde qui ne tarit jamais, apprenons à ne plus penser seul(e), à penser à deux, lui et moi. Jésus nous invite à passer de la prière pour nos besoins, à la prière comme l'accueil à la volonté de Dieu ». (2)
Dieu nous aime tel(le)s que nous sommes, il attend que nous ouvrions notre cœur pour pouvoir dialoguer...
Puissions-nous en ce début de carême, prendre du temps pour ne pas manquer les rendez-vous avec Dieu, avec nos frères et sœurs et avec nous-mêmes. 
« C'est un Dieu Père que nous rencontrons dans la prière, c'est un Christ frère que nous rencontrons dans le partage et c'est un Christ sauveur que nous rencontrons dans notre vie, tout cela doit nous réjouir. Bon et joyeux carême » ! (1)

Danièle le 26 février 26

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(1)    Abbé Roger Gillet
(2)    Père Gilles

mercredi 25 février 2026

Liturgie de la Parole 1er mercredi de carême Luc 11, 29-32 ; Jonas 3, 1-10

Ouverture

Que diriez-vous si quelqu’un entrait maintenant dans cette église en criant très fort : « encore quarante jours et c’est la fin du monde ! » ?
Hausser les épaules et appeler l’ambulance. Ou bien le prendre au sérieux et alors : se replier dans sa coquille, avoir peur, mourir d’angoisse avant que cela n’arrive. Ou bien aller au lit, bien au chaud (en emportant quelques provisions) et attendre. Ou bien en profiter pour faire la fête au maximum, puisque de toute façon tout est fichu ? Ou bien très vite faire le tour du monde et tout ce que vous auriez encore voulu faire avant d’y passer ?
Ou bien entrer dans une église et prier ? Ou bien vous démener auprès des personnes qui sont déjà en train de vivre une fin du monde ? Et peut-être vous dire : « on ne sait jamais, peut-être y a-t-il encore quelque chose à faire pour détourner cette fatalité ? »
Il y a aujourd’hui beaucoup de prophètes de fin du monde. On les appelle des « collapsologues ». Certains sont sans espoir. D’autres, au contraire, gardent l’espoir et c’est pour cela qu’ils clament, haut et fort, qu’il faut se convertir. 
Les textes de ce jour nous parlent du signe de Jonas. Je les ai déjà commentés l’année dernière, en regardant ce qu’ils ont à nous dire de Dieu, un Dieu surprenant, qui se révèle capable de changer d’avis, et qui est, en cela, encore plus fidèle à lui-même que s’il ne changeait pas d’avis. Aujourd’hui, je prendrai les textes à partir du point de vue des hommes. 


Résonances

Quand on regarde la réaction des Ninivites, on peut être étonné par la rapidité de leur conversion. « Aussitôt… ». Il y a parfois des grâces qui sont comme cela : des « coups de grâce ». Des prises de conscience fulgurantes. Et cela passe par l’intermédiaire d’un autre, qui parfois ne se doute de rien. Une parole de Jonas, qui est plutôt une parole de désespoir, suscite le contraire de ce que l’on pourrait attendre.
Jonas est aux Ninivites ce que le prophète Nathan était au roi David. IL vient dire une parole de la part de Dieu. Mais il s’y prend bien autrement. « Encore quarante jours et Ninive sera détruite ». Jonas est un collapsologue sans espoir. Est-ce bien cela que Dieu lui avait demandé de dire aux Ninivites ? Pas sûr. Mais ce qui est sûr, c’est que les Ninivites entendent autre chose. Ils entendent peut-être les paroles du prophète Joël que nous avons lues la semaine dernière, pour le mercredi des Cendres : Jl 2,12-14 
12 Et maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! 13 Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. 14 Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction : alors, vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu.

On pourrait résumer ces textes par la formule de Saint Benoît : « ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu. » Ou par cette formule qui dit la même chose, de manière positive : « ne vous laissez pas voler votre espérance » (pape François).
Le premier pas de l’espérance, c’est le refus de la désespérance. 
Le Ninivites ne se laissent pas voler leur espérance, parce qu’ils ne désespèrent pas de la miséricorde de Dieu. Mais ce qui se cache derrière cela, c’est encore plus beau : c’est que Dieu lui-même ne se laisse pas voler son espérance ! Parce qu’il ne désespère pas de l’homme, de sa capacité à changer. Même avec un prophète récalcitrant comme Jonas, il parvient à faire passer ce message. Pourquoi Jonas ? Dieu aurait pu trouver un prophète plus collaborant, non ? Voilà encore une énigme à résoudre : ce sera pour l’année prochaine !


Prière.

Dieu, tu nous aimes à la folie. Ta justice atteint sa plénitude dans l’excès de ta miséricorde. Béni sois-tu ! Apprends-nous à te suivre sur ce chemin de salut, convertis nos cœurs afin qu’ils reconnaissent ton passage dans nos vies. Bénis et protège tous ceux qui, aujourd’hui, dans notre monde en guerre, opposent au mal la résistance d’un cœur droit, d’un authentique repentir, d’une solidarité persévérante, tous ceux qui refusent d’entrer dans la spirale du mensonge et de la violence, suivant ainsi, peut-être sans le savoir, les traces de ton Fils bien-aimé.

Sr Marie-Raphaël 1er mars 23


mardi 24 février 2026

Liturgie de la Parole 1er mardi de carême Matthieu 6, 7-15, Isaïe 55, 10-11

Méditation 

Dans l’évangile de ce jour Jésus explique à ses disciples comment prier. Il leur dit de ne pas imiter les païens qui rabâchent des paroles en pensant qu’ils seront plus facilement exaucés alors Jésus enseigne à ses disciples la manière de prier le Père, la prière du Notre Père, prière que nous chantons plusieurs par jour à l’office et que nous pouvons dire aussi personnellement. Mais voilà, dans ce passage d’évangile, il y a un petit ajout à cette prière, un peu comme une clause à la fin d’un contrat : « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes. »

Une homélie de la pasteure Héléna Vicario pourra nous éclairer à mieux comprendre cette phrase, sur le sujet difficile du pardon. En voici quelques extraits :
« Dans beaucoup d’autres pages de la Bible, on parle d’amour, on parle de grâce, on parle de ce qui nous est offert de la part de Dieu sans demander de contrepartie. Mais cette phrase tombe comme un couperet… Est-ce une manière pour Dieu de nous présenter sa facture, voire de nous menacer ?  Combien de veilles ont suscité ces paroles, lorsque quelqu’un est confronté à un pardon impossible ? Si je ne pardonne pas à celui qui a fait entrer la monstruosité du mal dans ma vie, alors je ne pourrai aspirer au pardon de Dieu ? …. »

« Je pense qu’il faudrait s’accorder sur ce que veut dire le mot pardon. Dieu n’appelle pas à l’oubli… Dieu nous appelle à cesser d’être enchaîner au bourreau ».

« En pardonnant, c’est-à-dire en cessant de vouloir du mal à celui qui m’a blessé, je brise le lien qui m’attachait à lui. La haine, le ressentiment me fait vivre avec celui qui m’a tourmenté, il est toujours présent quoique absent physiquement. Je vois son visage, je lui adresse des invectives, il habite finalement avec moi ». 
 
« Pardonner c’est au contraire laisser aller, s’ouvrir à la nouveauté et par là s’ouvrir au Seigneur qui fait toute chose nouvelle. Le pardon doit être vu comme ce qui nous permet d’aller de l’avant. Il n’est pas incompatible avec une soif de justice, mais avec la soif de vengeance qui ne ferait qu’empirer les choses. Œil pour œil et le monde sera aveugle disait Gandhi. Pour garder notre lucidité, pour voir clairement, et pouvoir reprendre le cours de notre vie, posons la parole de pardon » (1)

Seigneur, apprends-moi à pardonner pour que je puisse recevoir ton pardon. 


Notre Père 

Jésus nous dit de ne pas rabâcher comme le font les païens. Nous sommes enfants de Dieu, enfants du Père, prions-le avec les mots mêmes que Jésus nous a enseignés. 

sr Jean-Baptiste le 24 février 26

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(1) https://www.rcf.fr/articles/vie-spirituelle/vous-donc-priez-ainsi-mt-6-715-6


 

lundi 23 février 2026

Liturgie de la Parole 1er lundi de carême Matthieu 25, 31-46 ; Lévitique 19, 1-2.11-18 

Comme

 

Homélie

La première lecture pourrait faire peur : Non seulement le Seigneur nous dit « soyez saints », mais il ajoute « car moi, je suis saint » ; on pourrait dire sans trahir le texte : « soyez saints, comme moi, qui suis saint ».  Oups …  Fameux programme et peut-être même un programme terrifiant : avoir la même sainteté que Dieu lui-même … Mais, en même temps, la sainteté à laquelle nous sommes appelés est un chemin relationnel assez ordinaire : ne pas voler, ne pas mentir, ne pas exploiter, ne pas haïr, aimer son prochain comme soi-même. On imagine souvent la sainteté comme quelque chose de mystique … Pas du tout, elle se vit dans les relations concrètes, dans ce que les philosophes appellent mon « être-au-monde », ma manière de vivre dans le monde et avec les autres. On est loin d’une extase mystique ou d’une lévitation.

L’évangile éclaire cela.  Dans ta relation au monde, dans ton rapport aux autres, c’est moi que tu rencontres : « ce que vous avez fait ou pas fait, c’est à moi que vous l’avez fait … ou pas ». Notre Dieu n’est pas au ciel ; son « ciel » est sur terre, juste à côté de nous. Et, comme à Noël, comme on le verra aussi à la Passion, Dieu se montre dans l’humilité, la pauvreté, la petitesse : malade, nu, étranger, prisonnier … Notre Dieu et sera toujours un Dieu vulnérable. Saint Jean Chrysostome écrivait : « Tu veux honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas quand il est nu. Ne l’honore pas ici, dans l’église, avec des étoffes de soie, pour ensuite le négliger dehors où il souffre du froid et de la nudité. » Notre travail de carême, de conversion est de le découvrir, de le dé-couvrir là où naturellement nous ne nous attendons pas à le trouver. Et c’est un travail bien plus exigeant que de se passer de chocolat, fût-il Galler.

Et enfin, je vous redis la Parole du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »  Si vous mettez ce texte et l’évangile ensemble, vous comprenez que mon prochain est le lieu de la rencontre avec le Christ. C’est là que je peux le voir, l’entendre, le toucher même. C’est comme une autre eucharistie : je le vois dans le Pain consacré et dans le pauvre ; je l’entends dans les lectures du jour et dans le cri de l’opprimé ; je le touche au moment de la communion et lorsque je touche un malade. Impossible de différencier, voire de dissocier l’amour de Dieu et l’amour de mon frère ! Mais avouons que parfois, on aimerait !

Le Carême n’est pas une montée solitaire vers Dieu, mais un chemin où l’on découvre que Dieu nous attend dans le visage de l’autre.   

Pierre Hannosset le 23 février 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/02/lundi-de-la-1ere-semaine-de-careme.html 

dimanche 22 février 2026

Liturgie de la Parole 1er dimanche carême A Matthieu 4, 1-11

les 3 tentations de Jésus au désert
HOMELIE.

C'est parti pour Jésus : Sa vie publique commence.  Pour bien s’y préparer, il se retire pour jeûner dans le désert.  Il appuie sur le bouton : « pause ».  Quarante jours pour comprendre ce que Dieu attend de lui.  Quarante jours comme Moïse au Sinaï avant de recevoir les tables de la Loi.  Quarante ans comme le peuple hébreux au désert, pour marcher et devenir le peuple que Dieu a choisi pour entrer en Palestine.  Le déluge a duré 40 jours et 40 nuits.  Il y 40 jours entre Pâques et l'Ascension, 40 jours entre Noël et la Chandeleur.  40 jours nous sont donnés pour monter vers la Semaine Sainte.  Vous l'aurez compris: ce chiffre est symbolique, autrement dit signifie autre chose que la somme de 38 + 2.  Mentionné 159 fois dans la Bible, le nombre 40 symbolise généralement une période de mise à l'épreuve ou de probation, le temps qu’il faut pour approcher Dieu, se convertir et faire appel à sa miséricorde.  40 c’est aussi un chiffre de maturité humaine et spirituelle.  Aujourd’hui, plusieurs personnes fêtent leur 40 ans.

Le texte proclamé ce dimanche est comme une sorte de guide de lecture, qui nous donne la possibilité de rejoindre la personnalité de Jésus.  Au début de son livre, Matthieu signifie en quelque sorte à ses lecteurs: "Si vous voulez comprendre quelque chose, gardez bien en mémoire ces trois choix fondamentaux que Jésus a refaits tout au long de sa vie."
Trois choix que Jésus aurait pu ne pas faire.  Aussi les appelle-t-on plus souvent : "les tentations".  Tentations auxquelles ont succombé Adam et Eve (première lecture).  Tentations auxquelles succomba le peuple juif.  Tentations auxquelles toute personne peut céder aujourd'hui.
    Analysons l’attitude de Jésus face aux trois tentations que le diable lui jette sous les pieds.

1°) Le diable dit à Jésus : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
*    Cette tentation s’enracine dans la peur du manque  qui peut être si grande, parfois, qu’on se jette sur la nourriture de manière irréfléchie.
Manger, consommer, satisfaire ses besoins sans le moindre délai: tout cela est du même ordre.  La peur de manquer déclenche parfois de la violence.
Jésus reste sur sa faim.  Il endure le manque.  Il parvient à mettre une distance entre le besoin qui s’exprime et le moment où ce besoin sera assouvi.

2°) Le diable dit à Jésus : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas [du temple]».
•    Il s’agit de la tentation de se croire supérieur à toute limite.
•    Il s'agit aussi de la tentation de la mise en valeur de soi.
Jésus refuse d'utiliser la bonté de Dieu dans un but intéressé.

3°) Le diable dit à Jésus  « [Tous les royaumes] je te les donnerai si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »
•    C'est la tentation des faux dieux.  L'Homme n'est pas fait pour s'agenouiller devant toutes sortes d'idoles et à se soumettre à elles par exemple Johnny Halliday.
•     Le vocabulaire utilisé dans cette troisième tentation renvoie à l’univers politique : L’évangile parle de devenir propriétaire de tous les royaumes terrestres.  Cette troisième tentation concerne la volonté d’écraser les autres. L’actualité en Ukraine en est un exemple.  Cette tentation d’un pouvoir écrasant ne se rencontre pas seulement chez certains dirigeants politiques ou religieux.  Elle est présente aussi chez chaque être humain.  Jésus refuse de se prosterner devant quelqu’un d’autre que Dieu.  Il refusera toujours d’exercer un pouvoir accablant ses auditeurs.

4°) Dans l’Evangile de Matthieu il y a encore une quatrième tentation qui viendra plus tard : celle qui s’exprimera dans la prière de Jésus au jardin des oliviers : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe sans que je la boive, que ta volonté se réalise Mt 26,42b.»   : c’est la tentation de croire d’être abandonné.
C’est la tentation de croire qu’il existerait des circonstances où Dieu lui-même laisserait tomber ses proches, ne les accompagnerait pas plus loin.  A cette tentation, Jésus oppose la volonté de Dieu de ne rien exiger qui dépasse les forces de celui qui fait appel à lui.   Cette tentation souligne qu’il y a une espérance au-delà de toute espérance parce que Jésus croit envers et contre tout à la vie de Dieu en lui.  

Sous le regard du Père et de ses anges, Jésus reprend la route plus debout que jamais, conforté par ses CHOIX de vie.

Et nous, aujourd’hui, nous voici en Carême, pour refuser ce qui nous enchaîne et confirmer nos choix.  Face aux grandes tentations :l’argent, le pouvoir, les honneurs  bref tout ce qui nous enchaîne, c'est à nous d'être pour le monde des porteurs d'espérance  jusqu'à la lumière de Pâques. 


Abbé STREBER Fernand. Hurtebise le 22 février 26


P’TIT RAWETT’

Une souris qui avait peur


    Un jour une souris vint se plaindre au dieu des dieux.
    - J’ai peur des chats, ô dieu des dieux, s’il te plait transforme-moi en chat !
    Le dieu des dieux la transforma en chat.
    Quelques jours plus tard elle revint :
    - J’ai peur du tigre….ô dieu des dieux s’il te plait transforme-moi en chasseur !
    Le dieu des dieux la transforma en chasseur.
    Mais bientôt le chasseur mal dans sa peau souhaita devenir une femme. Laquelle prit peur d’une souris.
    Le dieu des dieux lui dit en souriant :
    - Sois une vraie petite souris et tu sauras alors vivre sans peur….
Extrait de « Voyages au pays des 500 contes, recueil de contes compilés par. A. VERVIER et F. STREBER



samedi 21 février 2026

Liturgie de la Parole samedi après les cendres Luc 5, 27-32

Du regard à la table 

 Méditation 

« Jésus sortit et il remarqua un publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts) du nom de Lévi assis au bureau des impôts. » (Luc 5, 27)

Tout semble déjà dit au sujet de Lévi : publicain, collecteur d’impôts. Un homme effacé par son métier avec la réputation qui l’accompagne : collabo, homme injuste, infréquentable…

Et Jésus lui dit simplement : « Suis-moi. » (Luc 5, 27)

Jésus ne s’arrête pas à ce que tout le monde voit. Son regard rejoint ce qui, en Lévi, reste vivant. Ce qui peut se remettre en route. Ce qui n’est pas définitivement enfermé dans son « état ».

« Et Lévi, abandonnant tout, se leva; et il le suivait. » (Luc 5, 28).

Dans l’Évangile de Luc, plusieurs récits ressemblent à celui-ci.
On peut penser à Zachée (Luc 19, 1-10). C’est le même genre d’histoire.

Lévi est assis à sa table de travail.
Zachée est perché dans son arbre.

Jésus les voit. 
Il s’arrête.
Et il appelle.

Lévi se lève. 
Et Zachée descend de son arbre.

Tous deux se mettent en route.
Ils quittent une place où ils étaient installés.
Ils acceptent de bouger…

Un temps de carême, c’est peut-être d’abord cela : un déplacement. 
Ce n’est pas faire des efforts, corriger ses défauts, éviter des plaisirs, établir une liste de bonnes résolutions ou un programme d’amélioration personnelle. 
C’est se laisser rejoindre et déplacer.    

Dans les deux récits, après ce déplacement, Jésus est accueilli dans une maison : Lévi organise un grand festin ; Zachée reçoit Jésus chez lui avec joie. 

Autour de la table, chez Lévi, ça parle, ça rit, ça mange. Ce sont des gens dont la vie n’est pas simple, des personnes marquées par leurs choix, leurs erreurs, leurs blessures, visibles ou cachées. Ceux qui ont besoin de « médecin », comme dit Jésus. (Luc 5, 31).

Cette scène provoque l’irritation des pharisiens ou de ceux qui sont restés dehors (Luc 5, 30 ; Luc 19, 7). Ils récriminent : Pourquoi Jésus mange-t-il avec ces gens-là ? Avec ces publicains, avec ces pécheurs ? Dans le monde de Jésus, manger ensemble signifie appartenir au même monde ! On ne mange pas avec n’importe qui !

Ils ne voient que des gens peu fréquentables autour d’une table.
Ils ne voient pas des vies qui recommencent à respirer.
Ils n'imaginent pas des frères possibles.

Autour de la table, c’est pourtant comme si une vie nouvelle commençait, comme si la vie, la joie entrait avec Jésus : « Votre vie n’est pas finie ! Vous avez une place parmi les vivants ! » 

Et c’est peut-être justement là que quelque chose peut commencer. Quelque chose qui n’est pas une performance, encore moins un effort pour se changer, mais plutôt un chemin de guérison, un chemin de vie.

Et c’est peut-être là que l’Évangile nous rejoint en ce début de carême :
Accepter que Dieu commence souvent son œuvre là où nous ne l’attendions pas, là où nous préférons ne pas trop regarder, là où quelque chose en nous attend encore de reprendre vie.

Entendre à notre tour : « Suis-moi », et oser quitter, pas à pas, la table de travail… ou l’arbre… où nous restons parfois installés, pour aller manger à la table des vivants.

Isabelle H le 21 février 26

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Photo: Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage (1571-1610), La Vocation de saint Matthieu (1600, huile sur toile, 322 x 340 cm), chapelle Contarelli, église Saint-Louis-des-Français, Rome (Italie). Domaine public.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/59/Caravaggio_%E2%80%94_The_Calling_of_Saint_Matthew.jpg?utm_campaign=S10%20%2323%20GENERALE&utm_medium=email&utm_source=Mailjet 


vendredi 20 février 2026

Liturgie de la Parole vendredi après les cendres Matthieu 9, 14-15 ; Isaïe 58, 1-9a

Méditation 

« Crie à pleine gorge ! Ne te retiens pas ! Que s’élève ta voix comme le cor ! »
Du livre du prophète Isaïe. 
Cela me va très bien et vous ?  

Dans les lectures aujourd’hui, il est question du jeûne. 
Dans ce temps de carême : temps de dépouillement, temps de prières, de jeûne et de partage.
Comment allons-nous le vivre cette année ?
Serait-ce un chemin de transformation intérieure ?
Un temps pour se laisser ajuster par Dieu ?
Un temps de désert et de vérité ?
Une traversée vers la ‘Lumière’ de Pâques ?

Dans l’évangile Jésus se présente comme l’Epoux. Jésus révèle discrètement qu’il est Dieu présent au milieu des hommes. Sa venue est donc un temps de joie, de fête et de vie nouvelle, comme une noce. A un mariage, on ne jeûne pas. On célèbre !
Imaginons-nous être invités à des noces. Des rires, de la musique, des partages, de la lumière. La présence des époux, la joie face à leur bonheur. Les visages rayonnent. La table magnifique, dressée pour accueillir de succulents plats. C’est la fête. 

C’est une manière de dire : « Le royaume des cieux est déjà là au milieu de vous » sa ‘Présence festive’ est là. Cependant « l’Epoux sera enlevé »
Jésus annonce ici sa passion et sa mort.
 « Enlevé » 
Oui, lorsque Jésus ne sera plus là physiquement, le jeûne aura tout son sens.
Le temps du carême :
Lorsque Dieu est proche, c’est une joie intérieure intense.
Dans l’Intime Il est là.
S’enfoncer, retoucher à notre « oui » intérieur à la vie reçue de Dieu. 
Il se peut que la noce devienne plus silencieuse. Jésus s’éloigne doucement. Nous le laissons peut-être partir.
Il y a peut-être un vide en nous, un manque, de l’incompréhension, des doutes, de la tristesse etc…
C’est là que naît le vrai jeûne de cœur. Osons la rencontre avec nos turbulences. Désirons rencontrer plus intensément « l’Amour de Dieu »
L’époux est toujours avec nous.
Et là, le retrait, le silence, le jeûne est précieux.
Jésus nous y invite.
Jeûne de nourriture ?
Jeûne de paroles inutiles ou paroles blessantes ?
Jeûne du ‘faire’ à tout prix et qui nous sépare de l’essentiel ?
D’où part en moi cette décision de faire jeûne ?
Seigneur que ce temps précieux du carême me rapproche de toi et des autres. 

Brigitte le 20 février 26



jeudi 19 février 2026

Liturgie de la Parole jeudi après les cendres Luc 9, 22-25 ; Deutéronome 30, 15-20

Méditation

Une méditation de Soeur Catherine de Coster trouvée sur le site de RCF me parle et je vous la partage.

 
Pourquoi faut-il que le Fils de l’Homme souffre beaucoup et soit mis à mort ? Si Jésus est le Christ, il ne peut être que vainqueur. Nous désirons un Messie qui met fin à l’injustice, pas un Messie qui en est la victime !
Et pourtant, Jésus nous invite à le suivre sur ce chemin. Désormais, la Croix est le prisme par lequel il nous faut regarder le monde ! Sans oublier que la fin de l’histoire est une parole de vie, de résurrection !
Disciples du Christ, nous sommes invités à jouer à qui perd gagne
Dans notre monde, c’est toujours le meilleur, le plus intelligent, le plus fort, le plus rapide, le plus riche ... qui gagnent. Le principe du monde est celui du concours, du combat et de l’élitisme. Or, avec Jésus, il s’agit de perdre et de mourir à tout ce qui n’est pas nous : masques, illusions, idoles, préjugés, prétentions, pour gagner et sauver sa vie. 
 Si quelqu’un veut me suivre… Qu’il se charge de sa croix chaque jour. La croix n’est pas la résignation devant les épreuves inhérentes à la vie. Porter sa croix, c’est mettre ses pas dans ceux de Jésus qui choisit de lutter contre toutes les formes du mal avec les seules armes de la non-violence et de l’amour. Un humain en croix est tendu vers le ciel et les bras étendus vers ses frères. Choisir l’ouverture inconditionnelle de la justice, du dialogue, de la confiance et de l’amour envers nos frères et sœurs humains est toujours un risque, mais c’est le vrai chemin de la vie. 
Quarante jours s’ouvrent devant nous pour marcher dans les pas du Christ. Avec Lui, osons prendre ce risque de jouer à qui perd gagne !

Sœur Catherine de Coster ,Carmel saint Joseph RCF le 6 mars 2025


https://www.rcf.fr/articles/vie-spirituelle/celui-qui-perdra-sa-vie-a-cause-de-moi-la-sauvera-lc-9-2225-2 
photo: michal-galezewski-UNSPLASH

Invitation au notre Père

Seigneur, en ce temps de carême nous voulons d’avantage t’aimer, marcher dans tes chemins, écouter ta voix, nous attacher à toi et te prier avec cœur par Jésus, avec Lui et en Lui. Sur son invitation que nous te chantons…

sr Marie-Christine le 19 février 26


mercredi 18 février 2026

Entrée en Carême : des cendres et du parfum…

La liturgie est un tissu de rites et de paroles qui nous introduisent dans le mystère de l’Alliance et nous en donnent le sens. Au seuil du Carême, le « mercredi des Cendres » nous invite à entrer résolument dans la quarantaine de préparation à Pâques, le sommet de l’année liturgique. Saint Benoît, dans sa Règle, nous propose de vivre le Carême « dans la joie du désir spirituel ». (RB 49)
Au cours de cette célébration, il vous sera proposé de recevoir sur le front non pas les cendres, mais une huile parfumée. Le symbole des cendres ne sera pas pour autant évacué. Nous contemplerons le feu qui brûle les rameaux bénits de l’an dernier et nous amènerons les cendres en procession au cœur de l’église. Nous présenterons ainsi symboliquement à Dieu nos péchés, nos erreurs, nos déceptions, nos fragilités, afin qu’il purifie nos cœurs de tout ce qui peut et doit mourir en vue d’une renaissance.
Dans la Bible, les cendres sont un symbole de deuil et de pénitence. Elles expriment la force du repentir associée à la prise de conscience du péché. Elles sont souvent associées au fait de se vêtir d’une « toile à sac ». Elles ne sont pas liées à une liturgie. Par ailleurs, l’expression « poussière et cendre » évoque la fragilité, la finitude de la condition humaine.
Le rite de l’imposition des cendres de manière systématique dans le cadre de la liturgie d’entrée en Carême apparaît vers le 10ème siècle, dans la région rhénane. Il sera adopté par l’Église universelle à partir du 12ème siècle (1). Ce rite accentue fortement la dimension pénitentielle du Carême.
Il est cependant possible de voir dans les cendres une autre symbolique, celle de la purification et de la renaissance. Après le feu, les cendres fertilisent la terre.
Le chemin du Carême sera marqué par trois pratiques ascétiques qui exprimeront notre désir de conversion : la jeûne, l’aumône et la prière. Ces pratiques font déborder dans la vie ce que la liturgie exprime. L’évangile de ce jour nous met, cependant, en garde : « quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites ; ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. […] Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ! » (Mt 6, 16-17)
Le parfum est signe de joie et procure la joie. À travers lui, le jeûne cesse d’être une triste privation individuelle pour devenir lieu d’ouverture à l’autre et de partage. La joie est contagieuse, comme un parfum de bonne odeur.
Plusieurs sacrements ont recours à l’onction d’huile. Lors du baptême, de la Confirmation, des ordinations, la chrismation évoque notre communion intime avec le Christ. Lors de l’onction des malades, l’huile qui imprègne les mains apporte douceur et guérison intérieure. L’onction des catéchumènes, au cours du Carême, représente la force nécessaire au combat spirituel.
La signation d’huile parfumée que nous recevons aujourd’hui n’est pas à confondre avec l’un de ces sacrements. Ni l’imposition des cendres, ni la signation d’huile ne sont des sacrements, mais ils sont intégrés dans une liturgie qui est tout entière sacramentelle, et dont l’Eucharistie constitue le sommet. Dieu nous touche et sa grâce nous transforme à travers des signes sensibles que nous recevons dans la foi.
Mais est-il permis de modifier ainsi la liturgie traditionnelle du mercredi des Cendres ? Quoi de plus codifié, apparemment, que les rites liturgiques ! Pourtant, l’histoire montre combien la liturgie a été et demeure un lieu permanent de créativité. En invitant à une réforme de la liturgie, le Concile Vatican II rappelait la nécessité de réfléchir les expressions de la liturgie en lien avec la culture.  
Louis-Michel Renier, dans son article « Peut-on créer en liturgie ? » (2), montre l’importance de distinguer la Tradition fondatrice, qui est intouchable, et les traditions qui l’expriment et qui peuvent évoluer au cours du temps. 

« La liturgie ne peut évidemment pas consister à répéter indéfiniment des actes et des paroles. Il lui faut tenir compte de la réalité humaine vécue ici et maintenant par les personnes concernées et par la communauté. C’est aujourd’hui que le peuple de Dieu rend actuelle la victoire de la vie sur la mort inaugurée en Jésus-Christ. Le passé fondateur vient illuminer son avenir, mais à condition qu’il s’écrive dans la réalité contemporaine de l’humanité. […] Il n’y a de créativité que dans le perpétuel souci du vivre en Église […] et les contraintes liturgiques données par l’histoire et le magistère ne sont là que pour assurer une meilleure correspondance avec leur vie de foi, leurs joies et leurs souffrances. À ces conditions, tout ce qui pourra favoriser une meilleure communication de la grâce de Dieu, sera réellement possible. Il ne s’agira plus de se demander : peut-on faire ceci ou peut-on faire cela. Mais plutôt : que désirons-nous célébrer ? » 

En communion avec toute l’Église, le Carême est vécu comme un temps favorable pour se tourner vers Dieu dans une démarche de conversion, de pénitence et de réconciliation. Cette conversion libère le cœur du poids de la culpabilité et le rend disponible à la joie du salut.
Contempler le feu, demeurer en silence autour des cendres, déposer nos péchés par le chant du Kyrie, accueillir la Parole encourageante de Jésus, recevoir sur notre front un signe de la joie de Dieu, communier enfin au Corps et au Sang du Christ, tels sont les gestes, telle est la liturgie qui nous soude, en Église, Corps du Christ, pour entamer ce chemin de Carême dans la confiance et la joie du désir spirituel.

Sœur Marie-Raphaël, Hurtebise, 18 février 2026

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(1) Cf. A.-G. Martimort, L’église en prière, tome IV, La liturgie et le temps, Paris, 1983, p. 82 et P. Jounel, « La pénitence quadragésimale dans le Missel romain », LMD 56, 1958, pp.33-34.

(2)  L.-M. RENIER, « Peut-on créer en liturgie ? », dans CNPL (sous la direction de L.-M. RENIER), Exultet. Encyclopédie pratique de la liturgie, Bayard, 2000, p. 285 et p. 288


Liturgie de la Parole mercredi des cendres Matthieu 6, 1-6.16-18 ; Joël 2, 12-18 ; 2Corinthiens 5, 20-6,2

Homélie 

Voilà nous sommes dans cette marche vers Pâques et c’est bien une avancée dans notre vie spirituelle. C’est bien ce que Mère Marie-Jean disait : c’est chaque fois l’heure ! On ne va pas répéter ce qu’on a fait l’année passée, et on va essayer d’être un peu novateur chacun d’entre nous dans ce qu’on fait. C’est un cadeau que le Seigneur nous offre, de nous mettre en route.
Et je vais utiliser l’image du miroir. On utilise tous le miroir, de temps en temps, pour voir si on est bien coiffé, si on est correct. Et par contre je vois que certaines personnes ont un miroir brisé, fracassé. Et je pense à toutes ces personnes-là, leur vie est détruite. Pourquoi ? Parce qu’on leur jette un regard réprobateur, on les juge, on les condamne. Parfois il arrive que des gens disent : oh, tu ne vaux rien. Et on va voir combien ce miroir narcissique. On va prendre le miroir de Dieu. Ce beau miroir que Dieu nous offre qui vient ici illuminer, transfigurer le visage, nos visages, et de ceux qui sont défigurés. Voilà Seigneur, c’est un peu dans cet esprit-là que nous rentrons dans ce temps, qui est un temps favorable. 
Joël insiste, parce qu’il est dit comme un appel solennel. Quand il dit « oracle » c’est parce qu’il demande qu’on tende l’oreille, qu’on ne soit pas distrait. Il va dire une chose fondamentale ou importante. C’est une invitation à prendre au sérieux ce qui va être dit : de tout notre cœur. Il faut revenir au Seigneur. 
Le Seigneur ne nous abandonne jamais. Si vous relisez toute l’histoire du peuple de Dieu, jamais Dieu n’a abandonné son peuple. Mais de temps en temps ce sont les humains qui se sont écartés et Dieu est revenu vers eux. Dieu leur redonne alors ce miroir où ils peuvent voir son amour, sa tendresse, tout son amour donné. Dieu se fait entendre, c’est une parole de libération, une parole qui peut nous sauver. C’est pour cela qu’il faut ouvrir largement son cœur et ses oreilles pour entendre cette Bonne Nouvelle : Laissez-vous réconcilier avec Dieu. C’est des retrouvailles. C’est bien puisque Dieu ne nous abandonne pas, et c’est nous qui devons nous retrouver et on a pris ce beau chant, (« Si tu n’étais pardon toujours offert ») on se rend compte qu’on a besoin de l’amour de Dieu. Et vous avez vu que dans la liturgie ici on s’incline souvent et on se remet debout. Et qu’est-ce qui nous remet debout, si ce n’est ce Dieu d’amour. C’est lui qui nous remet comme des femmes et des hommes debout capables de prendre ce chemin avec lui. 
Dans l’Evangile ce sont les trois piliers de la vie chrétienne, des Juifs et de nous. C’est les mêmes piliers. Celui de l’aumône, de la charité, celui de la prière et celui du jeûne. Mais Jésus va essayer. Il ne se contente pas de dire ces valeurs existent, mais il va dire un autre sens. Il va dire, mais vous êtes dans le miroir de vous-mêmes, vous regardez, vous êtes acclamés par les autres, vous allez sur les places publiques et ailleurs pour qu’on vous voie. Le Seigneur dit attention c’est dans l’intimité, c’est dans ce cœur à cœur que nous devons vivre ces trois piliers. Au fond c’est nous mettre sous le regard de Dieu qui est Père et il vient de prendre ce miroir qu’il nous offre. Dans son intimité. 
Il nous demande pour l’aumône peut-être d’avantage de nous décentrer nous-mêmes, d’aller vers ceux dont le miroir est brisé, fracassé. Pensez à Matthieu 25 « ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous l’avez fait. »
Pour la prière, peut-être que le Seigneur nous dit de revivre constamment avec Lui durant ces quarante jours une relation personnelle et vivifiante. Comme on l’a dit ce matin peut-être dans le silence, parfois aussi dans l’écoute, de Dieu et des autres.
Et puis pour le jeûne, c’est peut-être nous décentrer de nous-mêmes pour avoir faim du Pain de Dieu.
Voilà Seigneur, nous sommes sous ton regard. Merci de nous offrir ton miroir. Dans le secret de nos cœurs tu es toujours là. Nous quittons les critères du monde, de notre belle image que les autres nous renvoient. Donne-nous Seigneur alors d’être des collaborateurs, des relais, pour inviter les autres à découvrir l’éblouissement de ton regard, de ton amour.

Abbé Benoît Lejeune Hurtebise 18 février 26

Hymne "Si tu n'étais pardon toujours offert"

Auteur : CFC (Commission Francophone Cistércienne)
Compositeur : Stéphane Caillat
Editeur : Kinnor
Cote Secli : GP36-67-2

1.
Si tu n’étais
Pardon toujours offert,
Et si ton Christ
N’avait pour l’homme autant souffert,
Serions-nous là, pleins de confiance,
Portant les marques de l’errance
Mais revenus vers ton silence ?
Si tu n’étais
Pardon toujours offert…
2.
Si tu n’étais
L’amour au coeur blessé,
Tel que ton Fils
Sur une croix nous l’a montré,
Oserions-nous te nommer Père,
Lever nos fronts vers ta lumière,
Nous qui ne sommes que poussière ?
Si tu n’étais
L’amour au coeur blessé…
3.
Si tu n’étais
Celui qui tend la main,
Et si Jésus
Ne venait rompre encor le pain,
Donnerions-nous un peu du nôtre,
Pourrions-nous croire que le pauvre
Sera premier dans ton Royaume ?
Si tu n’étais
Celui qui tend la main…
4.
Si tu n’étais
La joie de l’univers,
Si ton Soleil
N’avait brillé dans notre hiver,
Aurions-nous part à ta jeunesse,
Marcherions-nous quand le jour baisse
Et que l’angoisse nous oppresse ?
Si tu n’étais
La joie de l’univers…
5.
Et si toi seul
N’étais toujours nouveau,
Si de toi seul
Ne rayonnait l’Astre d’en-haut,
Si ton matin n’allait renaître,
Si parmi tous les chants de fête
Ta voix n’était la plus secrète,
Serais-tu Dieu,
Toi seul, toujours nouveau ?



Monition du Mercredi des Cendres 2026

Nous voici sur le seuil du Carême…
La liturgie, la vie chrétienne nous offre un nouveau « Mercredi des Cendres » !
Et donc, le partage d’une nouvelle méditation pour entrer en Carême.
Exercice un peu redoutable, vous en conviendrez, lorsqu’on pense que pour certaines consœurs, c’est la 68e entrée en Carême.
Et pourtant ce jour est neuf…
Dans la première lecture, le prophète Joël nous exhorte, au nom de Dieu :
« Maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu… » (Jl 2)
« Maintenant ! »
Notre cycle liturgique nous offre de nouveau ce temps privilégié du Carême, mais le Carême 2026 ne ressemble pas au précédent.
Et ce jour, Mercredi des Cendres, ne ressemble pas à hier, ni à demain.
Comment mieux accorder notre comportement à cette nouvelle étape de notre vie de foi ?
Comment mieux suivre Jésus sur le chemin ?
Dans ces premiers versets de la prophétie de Joël, il est deux fois question de « revenir à Dieu » :
« Revenez à moi de tout votre cœur… revenez au Seigneur votre Dieu ! »
« Revenez… »
Ce verbe « revenir » est un terme clé, de la Bible et du chemin monastique.
Dans la Bible, il exprime l’appel de Dieu, son désir de voir revenir à lui son peuple.
Écoutons cette parole de Dieu, transmise par un autre prophète, Jérémie :
« Inlassablement je vous ai envoyé tous mes serviteurs les prophètes, pour dire : ‘Revenez chacun de votre mauvais chemin, rendez meilleurs vos actes et n’allez pas suivre d’autres dieux pour les servir ; vous habiterez sur le sol que je vous ai donné, à vous et à vos pères’ » (35, 15).
Ce « revenir » est donc au cœur de l’histoire d’amour entre Dieu et son peuple.
Ce « revenez » exprime aussi le cœur du chemin monastique.
On trouve chez les Pères du désert, au 4e siècle, cette parole expressive :
« L’abbé Poemen a dit : ‘Il y a une voix qui crie à l’homme jusqu’à son dernier souffle : ‘Aujourd’hui, convertis-toi’ ! »
Cet appel à la conversion, nous l’entendrons tout à l’heure à l’Eucharistie : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! »
Cet appel à la conversion apparaît aussi au commencement du ministère terrestre de Jésus, lorsqu’il déclare : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 15).
« revenir », « se convertir », c’est la même dynamique…
Mais au fond, à quoi nous appelle ce retour, cette conversion ?
Est-il possible que cette conversion s’adresse à tout chrétien et pas seulement aux moniales ?
Voyons cela de plus près.
C’est vrai, la « conversion » est un vœu des moines et des moniales qui suivent la Règle de Benoît.
Cette « conversion de vie, conversion des mœurs » est adossée aux deux autres vœux que nous prononçons à la Profession, les vœux de stabilité et d’obéissance.
Vous le savez peut-être ou vous l’apprendrez, les Bénédictins ne prononcent pas explicitement les vœux de pauvreté et de chasteté.
Ces deux vœux sont inclus dans le vœu de « conversion ».
Ce vœu de « conversion de vie » est très large et il va au-delà du seul engagement à renoncer à posséder à titre personnel des biens matériels et à vivre dans la continence.
Comme l’écrit le pasteur Pierre-Yves Brandt, qui a inspiré quelques idées de cette méditation, « la conversion consiste en une transformation profonde de l’être, à laquelle le moine / la moniale consacre son labeur tout au long de sa vie » . (1)
Il me semble que les valeurs de notre vie monastique peuvent interpeller tout chrétien qui souhaite mettre ses pas dans ceux de Jésus, qui désire s’engager sur un nouveau chemin de Carême.
Le Carême est, en effet, un chemin de conversion !
Pour nous y engager, l’Église nous offre trois outils : la prière, le jeûne et le partage.
Concernant le jeûne et le partage, on peut les percevoir comme une invitation à consentir à une privation, à un manque.
En ce sens, le Carême ne nous invite-t-il pas à un « travail intérieur de désappropriation et de dépossession » (P.-Y. Brandt) ?
Notre société prône le consumérisme et s’efforce de convaincre tout un chacun que la consommation est capable d’offrir ce bonheur auquel tout être humain aspire.
À contre-courant, notre Dieu, Lui, a besoin d’un vide, d’une « disponibilité intérieure », d’un espace en nous pour se manifester.
En ce sens, le Carême questionne notre attachement aux choses, aux objets, à la nourriture, mais aussi à nos occupations, à nos titres, à notre gloire personnelle, à notre égo.
Le chemin de Carême oriente notre regard vers ce qu’on pourrait appeler « la vraie vie ».
Pas la vie biologique seulement, faite de besoins et d’instincts, mais une vie intense, profonde, « en abondance », comme le promet Jésus dans le 4e Évangile (Jn 10, 10).
Pour obtenir cette vie en abondance, nous avons besoin de nous libérer.
Comme l’écrit encore Pierre-Yves Brandt : « La vraie vie ne se déploie que là où elle peut circuler. Elle a besoin d’espace. Elle est comme l’oiseau : il ne peut déployer ses ailes et prendre son envol si on l’enferme dans une cage ».
Le « jeûne » que nous pouvons pratiquer en Carême comporte différents aspects. 
Il ne tient pas seulement à la nourriture.
Chacun de nous peut s’interroger : quels aspects de ma vie m’encombrent et nécessiteraient une libération ?
C’est ici que Benoît, dans son chapitre sur le Carême, nous rejoint (RB 49).
Il propose deux pistes : « ajouter » ou « retrancher ».
Chacun de nous peut revisiter sa vie et voir le lieu où un ajout ou un retranchement pourraient favoriser sa relation à Dieu.
N’omettons pas un jeûne possible, bien actuel : notre rapport à la planète.
Nous pouvons faire l’expérience qu’il n’est pas « si évident de modifier ses habitudes » (P.-Y. Brandt).
Un tel jeûne entretient un lien étroit avec ce que Pierre Rabhi appelait la « sobriété heureuse ».
Ces jeûnes que nous choisissons, ces voies que nous empruntons pour nous rapprocher de Dieu, pour suivre Jésus au désert, peuvent nous confronter à la peur du manque.
Comme Jésus.
Rappelons-nous le récit de ses tentations dans le premier Évangile :
« Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim… » (Mt 4, 1-2).
Au désert, Jésus a fait l’expérience du manque.
Mais pas seulement.
Expérience du manque, des tentations, mais aussi expérience de la présence de Dieu :
« Alors le diable quitte (Jésus). Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient » (Mt 4, 11).
Ce récit des tentations de Jésus est instructif !
En ce Carême, si nous connaissons « la peur du manque », soyons sûr(e)s qu’elle nous conduit à « faire l’expérience de la grâce de Dieu qui vient combler une attente confiante » (P.-Y. Brandt).
Et pour que notre confiance en Dieu grandisse, un troisième outil est proposé en Carême : celui de la prière.
La prière en ce temps de Carême nous permet de questionner nos relations, à nous-mêmes, à Dieu et aux autres.
Dans nos relations à autrui, la conversion de vie propose un chemin de décentrement.
C’est ici que peut se situer le vœu de « chasteté », qui consiste non à pratiquer la continence, mais qui est l’apprentissage de la juste distance, avec chacun, aussi intense que peut être la relation vécue.
Et, vis-à-vis de soi, l’appel à la conversion – qu’il soit un vœu ou un chemin proposé à tout chrétien – conduit à l’« unification intérieure ».
De multiples désirs peuvent nous habiter.
Ces désirs que notre société de consommation cherche à satisfaire dès qu’ils apparaissent.
Ce temps privilégié du Carême peut nous aider à nous conscientiser de l’apparition de ces désirs et, ensuite, à décider de postposer leur satisfaction, à les creuser.
Le Carême peut être la décision, non de tuer tout désir, mais de « ne pas succomber à la recherche de la satisfaction immédiate du désir » (P.-Y. Brandt).
Le désir est certes légitime, nous sommes des êtres de désir, mais le Carême nous propose un chemin de liberté, nous offre le choix de déployer en nous un espace… pour rencontrer Dieu.
Cet espace que Jésus évoque dans l’Évangile du Mercredi des Cendres : 
« Quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6)
Espace de silence, d’écoute, de relation à Dieu.
La conversion de vie m’ouvre à découvrir une liberté intérieure et à faire l’expérience d’une joie profonde, qui est un « fruit de l’Esprit » (Galates 5, 22).
Le psalmiste y aspire, dans le psaume de l’Eucharistie de ce jour :
« Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. 
Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange !
» (Ps 50)
La conversion me convie à « accepter de me perdre de vue… (à) renoncer à porter un jugement sur moi-même… (à) renoncer à viser ma propre justice » et, dès lors, à recevoir de Dieu son Esprit pour me soutenir et me guider (P.-Y. Brandt).
Si je laisse l’Esprit agir en moi, il m’aidera dans ce travail de décentrement et d’unification ; il m’inspirera les ajouts et les retranchements qui peuvent me rapprocher de Dieu.
La seule chose qui compte, c’est ce que nous révèle Saint Paul dans sa Deuxième Lettre aux Corinthiens :
« Nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu »
Ce que Dieu nous demande en ce Carême, ce à quoi l’Église nous invite, c’est le désir de suivre Jésus sur son chemin, de nous rapprocher de Lui.
La démarche de Carême est une démarche libre et volontaire.
Comme le laisse entendre Saint Benoît, quand il déclare :
« Chacun offrira de sa propre volonté à Dieu, dans la joie du Saint-Esprit… » (RB 49, 6).
Dès lors, il n’y a pas de place pour des « mines de Carême » !
Par notre démarche ce matin, en cette église, nous témoignons de notre désir d’entrer d’une manière neuve en ce nouveau Carême.
Dieu a travaillé notre cœur et nous avons la liberté et la responsabilité de répondre à son appel.
Saint Paul ajoute : 
« Nous vous exhortons… à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui »
La Grâce est déjà en nous… C’est son Esprit qui nous conduit et nous entraîne !
Alors, gardons confiance !
Dieu nous accueille tel(le)s que nous sommes, avec nos qualités et nos défauts, nos réussites et nos échecs, nos compétences et nos errances, mais surtout, avec notre désir fort d’accompagner Jésus en son chemin…
Engageons-nous-y avec enthousiasme !
Nous ne sommes pas seul(e)s !
Nous commençons ce Carême en Communauté, avec toute l’Église…
Écoutons Saint Paul : 
« Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut » (2 Co)
Et répondons à l’invitation de St Benoît : « Attendons la sainte Pâque avec la joie du désir spirituel » !
Joyeux Carême pascal à chacun(e) de vous…

Sr Marie-Jean Noville (18 février 2026)

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(1) P.-Y. BRANDT, Impact de la formation sur les vœux monastiques : pour une vie plus fraternelle à la suite du Christ (2), dans Collectanea Cisterciensia, 86 / 2 (2024), p. 129-143.