jeudi 1 avril 2021

Jeudi saint

 

Jeudi saint au monastère d'Hurtebise : sur RCF : 

Émission RCF Jeudi Saint : 1er avril 2021

 

1.     La table.

Chant C 63-2 : La chambre haute  (HLH 139-1 T CFC M Berthier)

Une image contenant texte

Description générée automatiquement

(Sr M Raphaël) En ce jour, nous sommes réunis dans la chambre haute, autour de la table. C’est une table de fête, avec sa nappe blanche, ses fleurs de printemps, des cierges allumés. On a déposé sur la table du pain et du vin qui disent l’essentiel de la vie humaine. La nourriture simple et nécessaire, fruit de la terre et du travail des hommes, don de la générosité du Créateur. Le vin de la joie et de la fête. Pourquoi ce jour est-il différent de tous les autres jours ? Nous voulons entrer dans la célébration de la Pâque du Christ en participant à son dernier repas, en nous glissant parmi les convives pour ne rien perdre de ses paroles et de ses gestes. Car, nous le pressentons, nous sommes aujourd’hui en présence de sa présence. Dressons donc une table, nous aussi, dans nos maisons ! Peut-être que la pandémie nous empêche d’aller à l’église : alors, invitons l’église chez nous. Mettons nos vêtements de fête et allumons les cierges qui représentent tous ceux que nous voudrions inviter. À chaque cierge, évoquons un nom, un visage : que personne ne soit oublié !

2.     Le mémorial

Chaque année, au moment de la Pâque, les Juifs célèbrent le seder, le repas pascal. Pour eux, c’est un mémorial. Apprenons d’eux ce que cela signifie.

 

(Sr M Christine) Lecture Ex 12, 1-8.11-14

En ces jours-là, dans le pays d’Égypte,
le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci
sera pour vous le premier des mois,
il marquera pour vous le commencement de l’année.
Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël :
le dix de ce mois,
que l’on prenne un agneau par famille,
un agneau par maison.
Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau,
elle le prendra avec son voisin le plus proche,
selon le nombre des personnes.
Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger.
Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année.
Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois.
Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël,
on l’immolera au coucher du soleil.
On prendra du sang,
que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau
des maisons où on le mangera.
On mangera sa chair cette nuit-là,
on la mangera rôtie au feu,
avec des pains sans levain et des herbes amères.
Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins,
les sandales aux pieds,
le bâton à la main.
Vous mangerez en toute hâte :
c’est la Pâque du Seigneur.
Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ;
je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte,
depuis les hommes jusqu’au bétail.
Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements :
Je suis le Seigneur.
Le sang sera pour vous un signe,
sur les maisons où vous serez.
Je verrai le sang, et je passerai :
vous ne serez pas atteints par le fléau
dont je frapperai le pays d’Égypte.

Ce jour-là
sera pour vous un mémorial.
Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage.
C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »

(Sr M Raphaël) « Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge, vous la fêterez ». Un mémorial, dans la tradition biblique, ce n’est pas simplement un souvenir qui nous fait regarder le passé comme passé, peut-être avec un brin de nostalgie. C’est bien plutôt une façon de ramener le passé vers le présent, de faire mémoire de l’événement passé au point de le revivre dans le maintenant. Le mémorial a une puissance d’actualisation qui nous rend contemporains de l’événement remémoré et nous permet de le vivre à notre tour.

Aujourd’hui encore, en faisant mémoire de la sortie d’Egypte, les Juifs se sentent personnellement concernés, comme s’il s’agissait de leur propre libération.

En ce Jeudi Saint, alors que nous voulons rejoindre Jésus et ses disciples dans la « chambre haute » où se déroule le repas pascal, nous faisons mémoire de sa présence comme si nous y étions.

Chant : J 49 : J’ai désiré d’un grand désir.

 

Une image contenant texte, reçu

Description générée automatiquement

(Sr M Raphaël)  Approchons-nous de la table. Les disciples ont apporté tout ce qui était nécessaire pour célébrer la Pâque. Du pain non levé, des herbes amères… mais où est l’agneau pascal ? Les textes n’en parlent pas. Peut-être parce que c’était une évidence ? Mais peut-être aussi pour nous rendre attentifs à cette énigme… L’agneau pascal, n’est-ce pas Jésus lui-même, lui dont Jean Baptiste disait : « voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » ? Ce soir, les sacrifices anciens seront abolis, pour laisser place à une offrande différente, définitive, celle du Fils de Dieu ! Au cours de ce repas, Jésus va poser deux gestes qui entreront dans nos mémoires, deux gestes prophétiques qui anticipent sa passion et en donnent le sens. Le premier de ces gestes est le lavement des pieds.

3.     Le lavement des pieds.

Écoutons l’évangile de Jean.

(Sr M Bénédicte) Lecture : Jn 13, 1-15

Avant la fête de la Pâque,
sachant que l’heure était venue pour lui
de passer de ce monde à son Père,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde,
les aima jusqu’au bout.

Au cours du repas,
alors que le diable
a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote,
l’intention de le livrer,
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains,
qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,
se lève de table, dépose son vêtement,
et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ;
puis il verse de l’eau dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples
et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre,
qui lui dit :
« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit :
« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ;
plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit :
« Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »
Jésus lui répondit :
« Si je ne te lave pas,
tu n’auras pas de part avec moi. »
Simon-Pierre
lui dit :
« Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,
mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit :
« Quand on vient de prendre un bain,
on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds :
on est pur tout entier.
Vous-mêmes,
vous êtes purs,
mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ;
et c’est pourquoi il disait :
« Vous n’êtes pas tous purs. »

Quand il leur eut lavé les pieds,
il reprit son vêtement, se remit à table
et leur dit :
« Comprenez-vous
ce que je viens de faire pour vous ?
Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”,
et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître,
je vous ai lavé les pieds,
vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné
afin que vous fassiez, vous aussi,
comme j’ai fait pour vous. »

 (Sr M Raphaël) Plein d’admiration devant ce geste, Maurice Zundel écrit :

(sr Jn Bapt)  « Dieu se met à genoux devant l’homme ! ».

(Sr M Raphaël) Par ce geste, il invite ses disciples à en faire autant les uns pour les autres, il leur donne le grand commandement : « C’est à cela que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés ». Maurice Zundel commente :

(sr Jn Bapt)  « Le dernier mot du suprême Prophète, le dernier mot du Fils de l’Homme et du Fils de Dieu, c’est d’aimer l’Homme et de faire de l’amour de l’Homme le test, le critère, la pierre de touche de l’amour de Dieu. […] Il faut donc que le vrai visage de Dieu s’imprime maintenant dans le cœur des disciples et qu’ils sachent que Dieu, justement, est au-dedans d’eux-mêmes, d’une présence confiée à toute conscience humaine. C’est à cela que Jésus veut conduire ses disciples ; c’est ce Royaume de Dieu qu’il voulait ériger au-dedans de nous, nous révélant que le ciel est ici, maintenant, dans cette éternité de l’amour, au cœur de notre plus secrète intimité »[1].

(S M Raphaël) Contemplons ce mystère de Dieu agenouillé devant l’homme, à travers les mots du poète Jean-Yves Quellec, dans cette hymne :

Chant : M 511 bis : quand Jésus se lève de table…

4.     La cène

(Sr M Raphaël) « Qui pourrait oublier cette heure où l’amour a dicté sa loi ? »

Pour que cette heure demeure à jamais dans la mémoire de son église, Jésus pose ce soir un deuxième geste prophétique. C’est le geste qui transforme le repas pascal en Eucharistie. Écoutons comment saint Paul, dans la première lettre aux Corinthiens, nous transmet à ce propos ce qu’il a lui-même reçu.

(Sr M Véronique) Lecture : 1 Co 11, 23-26

Frères,
moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur,
et je vous l’ai transmis :
la nuit où il était livré,
le Seigneur Jésus prit du pain,
puis, ayant rendu grâce,
il le rompit, et dit :
« Ceci est mon corps, qui est pour vous.
Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe,
en disant :
« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.
Chaque fois que vous en boirez,
faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain
et que vous buvez cette coupe,
vous proclamez la mort du Seigneur,
jusqu’à ce qu’il vienne.

(Sr M Raphaël) Chaque année, au Jeudi saint, nous faisons mémoire de l’institution de l’Eucharistie. En elle se perpétue pour nous la présence du Christ ressuscité. « Eucharistie » veut dire « action de grâce ». Action de grâce pour le don que Dieu nous a fait en son Fils, action de grâce pour le don que le Fils a fait de lui-même, jusqu’à mourir pour nous. Mais par ce don de l’Eucharistie, le Christ nous appelle aussi à la communion entre nous et avec lui, comme si nous ne formions qu’un seul corps ! À travers ce don, il nous appelle à devenir nous-mêmes son « corps », à former corps avec lui, à « faire église » ! Sans doute, cette année encore, nous ressentirons le manque, dans l’impossibilité de rejoindre une grande assemblée célébrante. Mais la technique nous permet de nous sentir unis à travers les ondes et de vivre ainsi une autre dimension, non moins forte, de la communion ! Que le manque nous soit occasion d’inventer d’autres chemins de communion, une communion plus intérieure sans doute. Et chantons notre reconnaissance pour le don reçu !

Couplet de « Qui donc est Dieu »

5.     Gethsémani

(sr M Raphaël) Le repas s’achève. Après avoir chanté les psaumes, les disciples se rendent au jardin des Oliviers, où ils ont coutume de passer la nuit. Pour Jésus commence la nuit de l’agonie. Il nous demande de l’accompagner, de veiller avec lui, mais qui pourra le suivre vraiment ?

Chant : dernier couplet de C 63-2 : « Un feu le brûle et l’arrache à ses frères, … Jésus reste seul au temps du calice ».

(sr Jn Bapt) Le pasteur Daniel Bourguet écrit :

« C’est la nuit ! La nuit sur Gethsémani, sur les disciples et sur Jésus ! Une nuit peu ordinaire… Pour Jésus, c’est la dernière nuit, et il le sait ! C’est la nuit la plus lourde à porter…

Les disciples sont là, avec leur maladresse et leur amour… Ils savent plus ou moins qu’un lourd secret pèse sur cette nuit… Quelle nuit ! Cette nuit est la nôtre, et son poids est celui de notre humanité.

Mais c’est aussi la nuit de Dieu, la nuit de son mystère, la nuit la plus profonde…

Cette nuit nous étreint, mais ne reculons pas ! Cheminons pas à pas, car on pressent déjà qu’il y a dans cette étreinte une étreinte d’amour. Ô Christ, accueille-nous au cœur de cette nuit… »[2]

 

Si temps : ref de Taizé Bleibet hier

Restez ici et veillez avec moi, veillez et priez, veillez et priez

https://www.youtube.com/watch?v=5QN9xJEyu7s



[1]                 Maurice Zundel, Ta Parole, comme une source, p. 291-292

[2]                 Daniel Bourguet, Gethsémani. Veillez et priez, éditions Olivétan, 2007, p. 10.


Aucun commentaire: